À la rencontre de la Nouvelle droite suédoise: Daniel Friberg

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Daniel Friberg

Paru dans Le Harfang, magazine de la Fédération des Québécois de souche.

Nonobstant les désaccords majeurs qui nous séparent de la Nouvelle droite française, force est de constater qu’elle eut un impact majeur et joua un rôle d’initiateur. Du GRECE sortirent des Pierre Vial, Guillaume Faye, Robert Steuckers et Jean Mabire, ainsi qu’une génération de penseurs et auteurs qui permirent de redéfinir le nationalisme et le combat identitaire. L’influence qu’eut ce mouvement en France est indéniable. Ce qu’on sait moins, c’est que ses idées voyagèrent et inspirèrent tant l’Alternative Right américaine que la Nouvelle droite suédoise, deux mouvements interconnectés. Pour découvrir ce dernier mouvement, qui de mieux que Daniel Friberg, fondateur d’Arktos et de Motpol, et auteur du livre le Retour de la vraie droite.

Le Harfang – En premier lieu, pourriez-vous présenter Motpol à nos lecteurs ?

Daniel Friberg – Motpol est un laboratoire d’idée (think tank) de la Nouvelle droite suédoise que j’ai fondé il y a une dizaine d’années avec quelques collègues. On pourrait dire que nous sommes la version suédoise du GRECE. Durant cette première décennie, nous avons animé un site assez populaire qui présente nos idées et organisé des conférences annuelles, ainsi que des événements sociaux. Nous avons célébré notre dixième anniversaire en mai 2016.

H – Bien que nos politiciens invoquent souvent le modèle scandinave et plus particulièrement le modèle suédois, les Québécois connaissent très peu la politique suédoise. Quelles sont les forces en présence et quelle est la place de la droite ?

DF – Premièrement, vous devez savoir que la politique suédoise est parmi les plus gauchistes d’Europe. C’est une des similarités avec le Canada.

Nous avons actuellement trois grands partis, les Sociaux-démocrates, les Modérés (anciennement conservateurs, mais extrêmement libéraux depuis quelques temps) et les Démocrates suédois qui sont socialement conservateurs et opposés à l’immigration. C’est ce dernier parti qui obtient le plus haut pourcentage dans les sondages, mais il peine à trouver des partenaires pour former une coalition. Ce sera intéressant de voir si après les élections générales de l’an prochain, les Modérés acceptent de former une coalition avec les Démocrates suédois ou s’ils préfèrent former une coalition avec les socialistes pour éviter une prise de pouvoir des Démocrates. Dans tous les cas, je crois qu’il est un peu trop tard pour renverser les flux migratoires et les tendances démographiques destructrices en général.

H – Nous pourrions qualifier votre ouvrage le Retour de la vraie droite d’optimiste. Qu’est-ce qui vous laisse croire que demain sera meilleur qu’aujourd’hui ?

DF – Tout simplement en observant les statistiques, les preuves empiriques et les tendances. Nos partis politiques croissent sans cesse, nos maisons d’édition vendent de plus en plus de livres, nos sites Web augmentent leur lectorat, nos conférences attirent de plus en plus de participants. Il faut aussi noter que cette croissance n’est pas linéaire, mais exponentielle, du moins dans les deux dernières années.

H – Pour me faire l’avocat du Diable, les réformes sociétales de l’extrême-gauche sont implantées de plus en plus rapidement, ce qui semblait impossible il y a quelques années (théorie du genre, mariage homo, lutte anti-racisme systémique…). Cela ne démontre-t-il pas une progression de l’extrême-gauche plutôt qu’une régression ?

DF – Cela démontre plutôt que la gauche, qui est encore très influente, pousse ses idées trop loin, ce qui se traduit par un réaction de plus en plus forte dans nombre de pays.

H – À quoi vous attendez vous dans les prochaines années pour la Suède et le monde occidental en général ?

DF – « Le centre ne peut pas tenir. » Nous verrons une polarisation politique croissante, comme celle à laquelle nous avons assisté aux Etats-Unis, entre les nationalistes et les mondialistes (ou la vraie droite versus la fausse droite et la gauche socialiste ou libérale). Je crois que c’est très positif et que ça obligera les gens à choisir leur camp. La majorité finira par rejoindre le nôtre.

Au niveau social, nous verrons les flux migratoires vers l’Occident ralentir et finalement cesser, alors que nos infrastructures s’écrouleront et que la dépression économique s’installera. Nous verrons aussi la chute rapide de l’État-providence, ainsi que l’augmentation des conflits ethniques et de la violence intercommunautaire. J’espère que nos peuples sont prêts pour ce qui s’en vient.

Je n’ai aucun doute sur le fait que les Européens se sortiront gagnants de cette situation, la seule question est celle du nombre de victimes de cette Reconquista.

H – Une des principales critiques adressées à la Nouvelle droite française est sa position anti-catholique. Comment la Nouvelle droite perçoit-elle la religion et plus particulièrement le catholicisme ?

DF – Le catholicisme est rarement discuté en Suède qui est davantage protestante, voire athée. Personnellement je préfère le catholicisme au protestantisme, car il est plus sain et plus traditionnel.

En tant que mouvement, je ne crois pas que l’Alt-Right doive se positionner sur les questions religieuses puisque ça diviserait plutôt qu’unir. Et nous devons absolument nous unir dans les années à venir. C’est sur une base ethnique plutôt que religieuse qu’émergera cette unité.

H – Dans la même ligne, la Nouvelle droite s’inspire de différents penseurs comme Evola et Nietzsche, mais aussi de Primo de Rivera et d’autres penseurs catholiques. Comment est-il possible de s’inspirer de gens aux visions si opposées ?

DF – Je crois que c’est facile. Vous pouvez trouver des idées utiles de pratiquement n’importe quel penseur, même de ceux de la gauche. Ces penseurs sont tous anti-modernistes et de droite, bien qu’ils diffèrent sur d’autres sujets, particulièrement la religion.

H – Existe-il des différences marquées entre le Nouvelle droite suédoise et la Nouvelle droite française incarnée notamment par un Alain de Benoist ?

DF – Certainement. Alors que la Nouvelle droite suédoise (plus souvent appelée Droite alternative) s’inspire de la Nouvelle droite française (particulièrement du GRECE), nous nous rapprochons davantage de penseurs comme Guillaume Faye et Dominique Venner, et du mouvement identitaire que d’Alain de Benoist sur de nombreux sujets comme le multiculturalisme. Sur ce sujet par exemple, nous refusons la notion d’enclaves non-européennes en Europe et croyons que c’est tout ou rien. Soit nous mettons en branle un programme de déportation à grande échelle, soit nous vivons l’horreur du Grand Remplacement.

H – Si nous acceptons l’idée que la lutte métapolitique est primordiale pour opérer des changements à long terme, quelle est la première étape pour un individu qui souhaite contribuer à la lutte ?

DF – Il faut devenir un acteur plutôt qu’un spectateur, c’est-à-dire que oui, c’est important de visiter nos sites et de lire nos livres, mais c’est encore plus important de travailler activement vers des objectifs communs en ces temps difficiles. On peut être un contributeur financier, un auteur, un créateur de memes, un orateur, un monteur vidéo, un troll internet, un organisateur… On peut assumer un ou plusieurs rôles selon nos talents et ressources.

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