Un an après l’attentat terroriste de Berlin, les marchés de Noël allemands se caractérisent par une sécurité renforcée

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Depuis des décennies, les marchés allemands de Noël proposent du vin chaud, des carrousels et des cadeaux artisanaux. Cette année, des blocs de béton, des caméras de surveillance et des policiers en civil seront également présents sur les lieux, un an après une attaque meurtrière.

Les autorités allemandes ont renforcé la sécurité autour des fêtes de fin d’année dans le but d’empêcher une répétition de l’attaque du marché de Noël de Berlin l’année dernière, qui a fait 12 morts.

Mais beaucoup d’experts en matière de sécurité affirment que les efforts déployés pour décourager les agresseurs ne servent pas à grand-chose et risquent même d’augmenter le nombre de victimes en cas de problème. En fait, disent-ils, une véritable amélioration de la sécurité pour la myriade de marchés de Noël du pays serait coûteuse, intrusive et risquerait de ne pas fonctionner.

Prenez des obstacles concrets, commente Chris Phillips, ancien chef du National Counter Terrorism Security Office du Royaume-Uni. « Si un véhicule heurte un bloc et que le bloc explose, c’est extrêmement dangereux…. Des éclats de béton tueront des gens. » Il estime que la police se concentre trop sur les menaces passées au lieu d’anticiper les prochaines actions des terroristes. Les combattants de l’État islamique revenant d’Irak et de Syrie, par exemple, peuvent tenter de reproduire les camions et les voitures piégées qu’ils ont utilisés là-bas.

« Historiquement, nous avons vu des tactiques utilisées sur les champs de bataille se déplacer vers des environnements urbains », déclare Bruce Hoffman, directeur des études en sécurité à la Walsh School of Foreign Service de l’Université de Georgetown.

Les plus de 1 450 marchés allemands de Noël sont de grandes attractions, attirant au moins 85 millions de visiteurs par an et générant un chiffre d’affaires de plus de 1 milliard d’euros, selon l’association allemande des Showmen. La planification des marchés dans les grandes villes comme Berlin, Munich et Francfort prend des mois.

Dans un pays qui impose de lourdes restrictions à l’utilisation de la vidéosurveillance, les caméras font leur première apparition sur plusieurs marchés cette année. Des policiers en uniforme armés de pistolets automatiques patrouillent le centre de la ville tandis que des policiers sous couverture se mêlent à la foule, soutenus par des gardes de sécurité privés.

Les autorités et les organisateurs craignent une répétition d’attaques à Paris, Bruxelles et Copenhague, où des hommes armés maraudeurs ont fait des ravages. Ce mois-ci, la police a trouvé une cache de près de 200 cartouches dans un garage près d’un marché de Noël à Berlin. Une porte-parole de la police a déclaré qu’aucune arrestation n’avait été effectuée et qu’une enquête se poursuivait.

Des équipes d’hélicoptères lourdement armés sont en attente dans des casernes à travers l’Allemagne.

Dans le passé, les autorités ont résisté à des mesures de sécurité plus strictes, arguant qu’elles alerteraient inutilement la population. Ceci a changé le 19 décembre 2016, quand Anis Amri, un demandeur d’asile tunisien débouté, trafiquant de drogue et activiste radicalisé connu, a lançé un camion volé dans un marché de Noël sur la Breitscheidplatz, près du zoo de Berlin.

Le principal marché de Noël de Cologne ne permet plus aux fêtards d’emmener des sacs à dos ou des valises. Les routes qui traversent le centre-ville de Francfort sont bloquées par des postes de contrôle, des camionnettes garées et deux rangées de blocs de béton.

« Il y a des policiers ici. Il n’ y a pas de véhicules », rapporte Len Doucette, un agent retraité de la Gendarmerie royale du Canada âgé de 68 ans, originaire d’Ottawa (Ontario), qui visite le marché de Noël de Francfort avec des amis. « Je me sens en sécurité. »

Stephan Borghorst, un chercheur de 49 ans au parlement allemand, se montre philosophe sur les risques lorsqu’il se promène dans un marché berlinois.

« La probabilité d’être tué dans un attentat terroriste est à peu près la même que d’être frappé par la foudre », plainsante-t-il. « Je ne vais pas me cacher à la maison. »

Selon M. Phillips, les villes allemandes pourraient suivre l’exemple de New York et de Londres et se tourner vers des défenses anti-camions permanentes déguisées en mobilier urbain, y compris des bornes, des sculptures et des bancs résistants aux chocs.

La meilleure façon de les protéger serait d’encercler les marchés, juge M. Hoffman. Les points de contrôle de sécurité de type aéroportuaire seraient une option plus intrusive.

Selon les organisateurs, de telles mesures coûteraient trop cher et tueraient l’esprit des marchés qui s’étendent généralement sur les centres-villes. Même des barrières sans prétention se faisant passer pour du mobilier urbain bloqueraient les rues de la ville pendant les 11 mois de l’année où les marchés ne fonctionnent pas.

Les bornes escamotables auraient stoppé l’attaque de l’an dernier et permettraient encore au trafic de circuler librement pour le reste de l’année. L’ambassade britannique à Berlin est protégée par de telles bornes depuis l’attentat à la bombe perpétré en 2003 contre le consulat britannique, de même que le quartier général de la HSBC à Istanbul, qui a fait 30 morts.

Mais à un coût pouvant atteindre 13’500 € par borne, selon le fabricant britannique ATG Access, elles sont trop chères pour la plupart des petits marchés de Noël en Allemagne, ont déclaré les organisateurs. Le renforcement des flancs nord et sud de la Breitscheidplatz à 200 mètres au nord et au sud coûterait lus de plus de 2 millions d’euros.

C’est trop pour les organisateurs du marché, qui ont demandé au conseil municipal de Berlin d’aider à couvrir les frais de sécurité supplémentaires de cette année.

A Lübeck, sur la côte baltique de l’Allemagne, les organisateurs ont dépensé 20.000 € pour 80 sacs de sable et de gravier, qu’ils ont peints pour donner l’impression d’être « de Noël », a déclaré une porte-parole du marché.

« Faute d’une meilleure alternative, ces barrières temporaires sont utiles » affirme Raphael Bossong, un expert en sécurité à l’Institut allemand pour la sécurité internationale et la sûreté à Berlin. « C’est important de garder confiance. »

Compte tenu des coûts, les villes allemandes disent qu’elles font de leur mieux avec les moyens dont elles disposent.

« Il n’ y a pas de sécurité totale », conclut Albert Ritter, président de l’association des Showmen allemands basée à Berlin. « Si quelqu’un veut faire quelque chose de criminel, il trouvera un moyen. »

Source: The Wall street Journal

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