ANALYSE « Poutine a quatre scénarios pour le Donbass et va choisir le pire pour l’Ukraine »

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Vitaly Portnikov, journaliste et éditeur.

Moscou contrôle complètement la situation dans la Donbass occupé, dit le journaliste et éditeur Vitaly Portnikov; et par conséquent, on ne devrait pas considérer ce qui se passe ces derniers jours comme une menace à sa capacité de dicter les résultats, mais seulement comme une occasion pour Vladimir Poutine de choisir parmi quatre scénarios possibles pour la région.

Selon le commentateur ukrainien, le leader du Kremlin choisira celui qui est le plus mauvais pour l’Ukraine à long terme, même si celui-ci peut plaire à certains Ukrainiens et à l’Occident à court terme (apostrophe. ua/article/politique/2017-11-24/u-putina-est-est-est-chetyire-stsenariya-dlya-donbassa-kreml-vyiberet-huds).

Les luttes entre les dirigeants des régions occupées peuvent refléter des divergences d’opinion au sein de l’élite de Moscou, concède Portnikov dans un entretien avec Yekaterina Shumilo du site Apostrophe, mais cela ne devrait pas détourner l’attention des Ukrainiens parce que cela ne change pas la capacité globale du Kremlin de décider sur le cours général du développement.

Et donc il est important de considérer les quatre options dont dispose Poutine non pas comme un élément de quelque « solution » de la crise mais plutôt à propos de ce que le leader du Kremlin veut atteindre.

Le premier scénario pour Poutine, dit Portnikovsays, « est d’entamer une nouvelle guerre » comme il l’ a fait en Géorgie pour « restaurer l’intégrité territoriale […] des républiques d’Abkhazie et d’Ossétie du Sud » et chercher à conquérir tous les oblasts de Donetsk et de Lougansk et à les incorporer aux républiques non-reconnues de la région.

Portnikov estime que « cette variante est maintenant inacceptable pour Poutine parce qu’elle conduirait à de nouvelles sanctions de l’Union européenne, une nouvelle détérioration des relations avec les Américains, et dans les deux régions (de Donetsk et Lougansk) à de nouveaux et graves problèmes futur avec la capitale russe et le président russe ».

« Cela signifie, poursuit l’analyste ukrainien , que potine ne commencera pas une nouvelle guerre, ni avant les élections présidentielles russes ni après. »

Le deuxième scénario impliquerait « un retrait complet[des forces russes] du territoire du Donbass ». C’est également un variante impossible car un retrait complet signifierait pour Poutine une capitulation devant l’Occident. Et Poutine « ne pourra pas agir de cette façon. »

Le troisième scénario, poursuit M. Portnikov, est « le maintien du statu quo », mais ce n’est pas une bonne option pour Moscou, car elle ne ferait rien pour empêcher la poursuite des sanctions ou la résistance ukrainienne. Pour le moment, cependant, Poutine peut, comme il l’a fait avec ses contacts téléphoniques avec les dirigeants de Donbass, chercher à transformer leur région en Transnistrie.

Et c’est donc la quatrième variante, au moins après les élections, que Poutine est le plus susceptible de sélectionner, dit Portnikov. Cela implique « le remplacement des forces russes sur le territoire de Donetsk et de Lougansk par les forces de maintien de la paix des Nations Unies, sans que l’Ukraine ait à reprendre le contrôle des territoires ».

« Pour les Etats-Unis, dit-il, il est possible que cela ressemble un triomphe » car Washington y verrait un développement dans lequel la Russie est contrainte de retirer ses forces de ces territoires. « Mais les forces armées ukrainiennes, les structures de maintien de l’ordre et les structures étatiques n’entreront pas dans ce territoire. »

Et en conséquence, il représenterait pour l’Ukraine le résultat le plus dangereux de tous, dit le commentateur ukrainien.

C’est parce que cela ne transformera pas la situation en « conflit gelé  » comme certains l’imaginent, mais deviendrait plutôt « un véritable piège pour l’Ukraine », parce qu’une fois que cela se produira, les gens commenceront à parler d’une période de transition, la Russie cessera d’assumer les coûts du soutien aux populations et l’Ukraine devra tout payer.

Toutefois, ce fardeau n’est pas le pire dans tout cela, dit M. Portnikov. Le pire, c’est que les habitants d’une région que l’Ukraine ne contrôle pas pourraient néanmoins élire des gens non seulement dans les scrutins locaux, mais au parlement ukrainien – et il y a donc la possibilité dangereuse que leurs voix créent « un lobby pro-russe stable » qui ramène l’Ukraine à avant 2013, donc « convertir toute l’Ukraine en une zone d’influence de la Fédération de Russie ».

Ce n’est pas un fantasme, poursuit l’analyste. La Moldavie montre comment cela pourrait fonctionner. Les électeurs de Transnistrie ont aidé à installer un président pro-russe à Chisinau, même si le reste du pays s’ y opposait. Igor Dodon est « un produit de l’influence politique russe », d’une majorité créée par l’ajout des électeurs de Transnistrie que Chisinau ne contrôle pas.

Créer une telle « majorité pro-russe en Ukraine n’est pas aussi difficile qu’il n’y paraît » si Moscou avec l’accord de l’Occident suit simplement la même stratégie. Le facteur limitant est de savoir si la Russie – et cela signifie Poutine – sera d’accord ou s’il pense qu’il peut obtenir encore plus dans les circonstances.

La situation actuelle est beaucoup plus favorable à l’Ukraine que le quatrième scénario. Il donne à Kiev une marge de manœuvre: « Nous pouvons considérer que ces territoires sont occupés » et ne permet donc pas aux citoyens de voter aux élections ukrainiennes. Mais s’il y a des Casques bleus de l’ONU plutôt que des forces russes, ce sera beaucoup plus difficile à faire.

Dans un tel cas, Kiev n’aura « aucune chance de manœuvrer », ce qui pourrait être l’objectif principal de Poutine pour les mois et les années à venir.

 

Source: traduction d’un article (en anglais) paru sur Window on Eurasia / Paul Goble

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