Comment la république séparatiste virtuelle biélorusse de « Veïchnoria » est devenue un mème Internet

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Le 14 septembre, aux portes de l’EU, commencera l’exercice militaire Zapad 2017, qui mettra à la manoeuvre en Biélorussie et dans l’enclave russe de Kaliningrad, selon les sources, de 13 000 à 100 000 soldats des armées conjointes russes et biélorusses.

Selon le ministère russe de la Défense, le scénario de Zapad 2017 prévoit de simuler l’infiltration de la Biélorussie et de Kaliningrad par des « groupes extrémistes » dans le but « d’organiser des actes terroristes » à des fins de déstabilisation. Un scénario légèrement différent pour le général biélorusse Oleg Belokonev, qui parle de tentatives de déstabilisation de la part d’une « coalition de pays à l’ouest, (…) là où se trouvent la Pologne, la Lituanie et la Lettonie. »

Le chef de l’état-major général de l’armée biélorusse Oleg Belokonev le 29 août au palais de Minsk de la République tient un exposé sur l’exercice biélorusse-russe « Zapad-2017 ».

De manière inattendue a été annoncé récemment sur les réseaux sociaux par une communauté de blogueurs biélorusses écoutée en Ukraine la création d’un « État » virtuel nommé « République de Veïchnoria ».

Un région imaginaire inventée par des militaires…

Le nouveau «pays» a été inventé à l’origine par le quartier général des forces militaires russes et biélorusses qui se préparent à mener les exercices militaires conjoints « Zapad 2017 ».

Selon le scénario plus précis de cet exercice de simulation, une entité appelée « Lubenia » occupe la partie de la Pologne en bordure de la Biélorussie, et « Vesbaria » occupe le territoire de la Lituanie et de la Lettonie. C’est à partir de ces «États» dangereux que part la menace sur la Biélorussie, sur le territoire duquel émerge l’enclave de « Veïchnoria » (tiré du lituanien qui signifie «hospitalier»), où, avec le soutien de « Lubenia » et « Vesbaria », la situation est déstabilisante.

… puis détournée par des opposants

Les opposants biélorusses au président Alexandre Lukachenko, qui dirige le pays d’une main de fer depuis plus de vingt ans, se sont immédiatement intéressés à cette nouvelle entité de « Veïchnoria ». Sur la carte des exercices, elle coïncide avec le nord-ouest de la Biélorussie, dont la population est plus ou moins insatisfaite du président Alexandre Lukachenko que dans le reste du pays. Ici habite principalement des Polonais ethniques et des catholiques dans un pays majoritairement orthodoxe.

Pour situer : en Biélorussie les différences de préférences politiques entre les différentes régions du pays ne sont pas aussi fortes qu’en Ukraine, où il existe des antagonismes historiques sérieux entre l’ancienne Galicie (capitale Lviv) par exemple et le Donbass (Donetsk). On parlerait plutôt, rapprochant la situation en Biélorusse à celle en Ukraine, aux différences qu’il peut y avoir entre le Donbass et la région de Kharkiv.

Territoire, armoiries et drapeau de la Veïchnoria.
Document d’identité du nouvel Etat, appelé aussi Viejsnoryjza.

Les internautes biélorusses n’ont pas tardé à prendre le scénario d’une guerre fictive de la Biélorussie contre la Veïchnoria sur le ton de la plaisanterie, clamant leur allégeance à ce qui symbolise pour eux l’antithèse de leur propre pays, autoritaire et tourné vers la Russie.

« Tout d’abord, écrit « Kazan », un activiste, sur sa page Facebook, c’était en plaisantant qu’on parlait de ça. Mais plus on en parlait, plus les gens ont commencé à prendre l’existence de Veïchnoria au sérieux… Le fait est qu’auparavant, en Biélorussie, il n’y avait pas de nom collectif pour désigner les régions occidentales qui, auparavant, faisaient partie de la Pologne. Et maintenant, la Veïchnoria inventée peut combler cette lacune. »

Drapeau, hymne, devise

Le journaliste ukrainien Denis Kazansky estime que bien que Veïchnoria soit virtuelle, elle peut devenir un véritable nom pour la «Galicie biélorusse» – une région qui peut constituer une opposition au gouvernement pro-russe du président Lukachenko.

Toutes ces questions ont été longtemps tournées en ridicule et les tentatives de discussion sur l’autonomie des différentes régions de Biélorussie pouvaient conduire en prison.

Devise de 50 veïchnoriefs.

Mais en quelques jours, Veïchnoria avait un drapeau et des armoiries, un hymne et sa propre monnaie. Le «pays» a même ouvert son site internet gouvernemental et annoncé la délivrance de passeports. Il y a peu, la file d’attente pour recevoir ce document était de 4 588 personnes. Une page sur Wikipedia dédiée à la Veïchnoria a par ailleurs été créée en cyrillique mais s’est trouvée rapidement supprimée.

La localisation imaginaire de ces fausses républiques mais aussi la participation de quelque 12 700 militaires, selon Moscou, jusqu’à 100 000 selon l’Otan, à ces manoeuvres, ont provoqué l’inquiétude des pays baltes, ainsi que celle de l’Otan. Le président ukrainien, quant à lui, a fait part de la nature menaçante de ces exercices Zapad 2017. « Nous sommes très attentifs à la conduite de ces exercices, et nous voyons la possibilité d’une menace, y compris pour l’intégrité territoriale de l’Ukraine », a-t-il déclaré.

Légende: à gauche, une Veïchnorienne, au centre un utilisateur Twitter, à droite une Biélorusienne.

 

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