Commentateur russe : L’attaque occidentale n’a rien changé en Syrie ou nui à Moscou malgré la réaction de l’opinion publique russe

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L’attaque occidentale contre la Syrie n’a pas changé l’issue probable du conflit là-bas, les alliances de Bachar el-Assad avec la Russie et l’Iran, ou le point de vue de Vladimir Poutine sur Donald Trump, dit Petr Akopov ; mais elle a déjà conduit à une transformation de l’opinion publique russe d’une manière susceptible d’avoir des conséquences dangereuses.

Que l’attaque limitée n’ait pas changé la situation sur le terrain ou le soutien iranien et russe pour Assad est évident, écrit le commentateur de Moscou dans Vzglyad ; et il est également évident que Poutine comprend parfaitement que Trump a agi pour paraître dur et détourner l’attention de ses problèmes personnels aux Etat-Unis.

Mais si Poutine comprend que ce qui vient de se passer est « une imitation de conflit », il est loin d’être clair que l’opinion publique russe voit les choses de la même manière, dit Akopov. Les Russes se demandent pourquoi le Kremlin n’a pas répondu à ce que beaucoup d’entre eux considèrent comme une attaque contre le statut de Moscou en tant que puissance mondiale.

« C’est surprenant », dit-il, que « les gens ne voient pas ou ne veulent pas voir ce qui est évident ». Tout d’abord, le discours de Moscou sur le droit international est « simplement un élément d’un jeu géopolitique […] La Russie ne s’y fie pas : elle défend ses intérêts nationaux par tous les moyens disponibles. C’est étrange de ne pas le remarquer. »

Deuxièmement, « ces frappes n’ont fait aucun mal aux positions de la Russie dans le monde ». Il y a trois ans, l’Occident parlait d’évincer Assad et d’exclure la Russie du Moyen-Orient ; aujourd’hui, les positions d’Assad et de Moscou sont beaucoup plus fortes, « et la position des Etats-Unis non seulement au Moyen-Orient mais dans le monde entier s’est considérablement affaiblie ».

Et donc, troisièmement, les Russes qui comparent l’attaque contre la Syrie à une sorte de frappe contre la Russie « ne sont pas simplement “stupides” mais “risibles” ». Selon Akopov, « nous sommes en train de gagner la guerre de Syrie », et les Américains limitent leurs cibles à celles où les Russes ne seront pas lésés. Pourquoi Moscou ne devrait-elle rien faire d’autre que critiquer en réponse ?

Le conflit russo-américain actuel en Syrie n’est pas du tout proche des conflits passés auxquels les Russes le comparent souvent. Ce n’est pas comme le Vietnam en ce sens que la Russie en Syrie déclare ouvertement sa présence et a clairement indiqué qu’aucune attaque meurtrière contre ses forces ne sera tolérée, ce que les Américains ont été contraints de respecter.

Et ce n’est pas comme en Yougoslavie au printemps 1999, lorsque les Américains ont fait ce qu’ils voulaient. En effet, si l’on compare cette situation avec celle d’aujourd’hui, il est évident « comment le monde et tout ce qui y est lié à la Russie a changé au cours de ces années », poursuit Akopov, bien qu’il y ait un aspect de cette comparaison digne d’être mentionné.

« Les frappes américaines actuelle en Syrie ont le même caractère symbolique et sans espoir que la prise de contrôle[russe] de l’aéroport de la capitale du Kosovo, car ni l’un ni l’autre ne peut changer le cours de l’histoire. En 1999, la Russie ne pouvait pas défendre la Serbie contre les missiles et les bombes de l’OTAN. »

Mais maintenant, « en 2018, les Etats-Unis ne peuvent rien faire pour nuire à la Syrie et à nos positions tant dans ce pays qu’au Moyen-Orient en général », sans parler de la Russie elle-même. Poutine le comprend très bien, suggère Akopov ; il est important que le peuple russe fasse aussi bien, de peur qu’en interprétant mal la situation, il ne donne aux Etats-Unis une victoire qu’ils ne méritent pas.

Source: traduction d’un article (en anglais) paru sur Window on Eurasia / Paul Goble

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