Compte-rendu du procès de Daniel Conversano à la 17e Chambre le 23 mai 2018

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Paru sur le blog La vache retournée

La salle était comble dans ce palais de Justice flambant neuf où même les magistrats s’égarent dans des couloirs où la notion d’économie d’énergie semble n’être qu’un concept abscons, où des devises bien républicaines de fraternité et de droits de l’Homme vous sautent au visage au passage à la fouille. Les amis de l’accusé Daniel Conversano avaient répondu présent à son appel à le soutenir.

Par chance, son affaire a été la première à être traitée avec une entrée en matière annonçant la tonalité : « victime : la Licra ». Cela commençait mal !

Ladite Licra n’avait d’ailleurs pas jugé utile de dépêcher quelqu’un pour la représenter.

Daniel debout à la barre, ignorant les usages de la cour, a commencé à s’exprimer avant d’être sèchement coupé dans son élan par la Présidente au visage encadré par de longs cheveux gris qui s’est aussitôt lancée dans la lecture des faits reprochés, à savoir des propos tirés de plusieurs vidéos faites sur la défunte chaîne Dany Hebdo dans laquelle Daniel endossait le rôle d’un dictateur introduisant ses réflexions par un décoiffant « salut les nazis ! » de même saveur caustique que les propos retenus contre lui.

Bien entendu, si le premier degré peut faire trembler des babtous fragiles, le second degré ne peut que faire ricaner une jeunesse qui n’en peut plus, en ces temps de tonitruantes commémorations de mai 68, d’être née à l’ère de l’interdit d’autoriser.

Parmi les propos dont la Licra serait supposée être la victime, il était question en vrac de pieds qui puent, de grosses narines d’Africains, de régime autoritaire, de s’être fait baiser, de grosse femme qui prend de la place, d’islamisation insupportable, d’immigration débordante, d’entrer dans le 3e Reich, de non blancs, de mosquée cachère, et j’en passe.

Quelques rires étouffés dans l’assistance ont accueilli certains de ces propos, valant un recadrage sévère de la Présidente : « on n’est pas au cirque ici ! ».

Daniel a défendu son cas : sa jeunesse fougueuse d’ancien gauchiste découvrant quelques réalités intenables, ses aspirations artistiques plutôt que politiques, l’hostilité de la civilisation musulmane, l’attentat contre Charlie Hebdo qui l’a beaucoup touché en raison de l’incapacité de la culture islamique à s’adapter à notre culture et à notre attachement viscéral à la liberté d’opinion et d’expression. Car l’attentat contre Charlie, si les attentats qui ont suivi ont donné raison à ceux qui se méfient de l’idéologie islamique, est le seul, par le but visé et largement atteint, à avoir instauré durablement le délit de blasphème.

Daniel a changé, il a mûri, s’est beaucoup remis en question, a compris que trop d’excès langagiers nuisaient à son message. Il est devenu papa aussi, c’est aujourd’hui un trentenaire, un amorti, un père de famille, un personnage estimé si ce n’est par ses propos, au moins par le capital sympathie qu’il dégage. C’est un doux Daniel, un vrai gentil. Il le répètera à plusieurs reprises devant ses juges quelque peu dubitatifs.

La Présidente lui a rappelé que les pamphlets n’avaient pas à dépasser certaines limites, surtout s’ils sont publics. Puis le procureur s’est levé pour prendre la parole.

Ignorant les justifications que venait d’émettre Daniel, il lui a demandé si sa remise en question était la conséquence des coups que lui avait asséné Soral. On se demandait bien ce que Soral venait faire au milieu de cette galère déjà pénible. Sans doute le procureur a t-il voulu gratuitement humilier Daniel en lui rappelant ce triste fait, à moins qu’il ne soit lui-même soralien… sait-on jamais.

Daniel a réitéré ses explications, ajoutant que s’il estime l’islam dangereux il ne s’en prend cependant pas à cette idéologie de manière frontale et n’a jamais appelé à attaquer des mosquées ou des musulmans. Tout au plus exprime-t-il de manière légitime son inquiétude à voir les musulmans prendre le pouvoir en France, ce qui d’ailleurs est déjà le cas dans nombre de nos quartiers.

La Présidente, peu convaincue par son acte de contrition et par le fait qu’il ne tiendrait plus les mêmes propos que dans ses anciennes vidéos, lui a alors lâché un cinglant « c’est juste la forme qui change, le fond est là ».

Là encore, Daniel a insisté sur le côté caricatural de ce dictateur qu’il incarnait alors, ajoutant que face à un tel désordre dans notre pays ce personnage conversanien aurait pu rêver de partir vivre en Corée du Nord, pays où l’ordre règne, alors que dans la vraie vie Conversano n’envisagerait même pas d’y aller en simple touriste.

Décidément cassant, le procureur a sorti les banderilles, parlant de « propos abjects » tenus par un « soi-disant artiste », lesquels auraient même mérité « la prison avec sursis ». Le regret était palpable. Rebondissant sur le fait que Daniel ait évoqué la possibilité de partir enseigner le Français en Roumanie, il a dit craindre que notre ami ait en charge une classe de petits enfants innocents à qui il pourrait apprendre à devenir des sales fachos comme lui, qualifiant Daniel « d’extrêmement toxique ». On présume que ceci ne relève pas de la diffamation…

Enfin, l’autre vedette de la journée a débuté sa plaidoirie. Nicolas Gardères qu’on ne présente plus, la tête à claques préférée des spectateurs de Bistro Libertés, a tout donné dans la défense d’un accusé dont il ne partage pas une once des nauséabondes idées. L’exercice n’en était que plus méritoire et il s’y est prêté avec talent, quitte à user pour cela d’un mépris appuyé envers le milieu conversanien, mais comme le rappelait Daniel dans la vidéo d’annonce du procès : on fait profil bas et on encaisse les coups en silence, on relèvera la tête ensuite.

Me Gardères a rappelé que l’allusion au Reich dans la vidéo était chantée, qui plus est sur l’air du Temps des Cathédrales, ce qui lui donnait une résonance loufoque assez peu compatible en réalité avec les jeunesses hitlériennes. Le personnage de Conversano n’était qu’un trublion, un amuseur de jeunes branleurs hilares, une distraction de pauvres, d’Intouchables appartenant à ce monde de perdition qu’est la « fachotarcie », cette communauté étrange où les gueux édentés, les Jacouilles, rigolent stupidement de blagues racistes, un monde d’en bas aux antipodes de la si exemplaire caste bourgeoise avec ses si honorables magistrats du Mur des Cons qui, eux, du haut de leur élévation morale, avaient le bon goût de n’insulter que des blancs.

« C’est Jamel Debbouze, Conversano ! », s’est exclamé Gardères sous les gloussements de l’assistance, « c’est un clochard, Conversano ! ». Jurant ses grands dieux que Daniel ne torturerait pas de petits enfants roumains, il a ajouté que c’était juste un clown qui aimait se déguiser en Janis Joplin et en Françoise Sagan, un pauvre clown qui crachait et vomissait sur tout le monde.

Gardères nous a vendu du rêve…

Soulevant la question fatidique des « grosses narines » des noirs, il a rappelé que Michel Leeb en avait bien avant lui fait un sujet de sketchs sans qu’à l’époque il lui en coûte, que c’était une blague de beauf parce que Daniel « c’est un beauf, un frustré, un loser qui fait des blagues marrantes pour amuser ses potes, des bouffonneries ».

Il a tout donné dans l’arrogance, Nicolas, tout ! Il fallait insister sur le fait que Daniel et ses amis sont des personnes de basse extraction au QI aussi vide que le portefeuille. Le mépris de classe, une stratégie éminemment vexante mais momentanément nécessaire pour attendrir les juges. Durant tout ce temps, Daniel gardait un visage impassible qui accusait le coup, attendant avec fatalisme que l’orage passe.

Le meilleur restait pour la fin, lorsque Gardères a rebondi sur le terme de « non blancs », rappelant que l’expression était employée avec bien peu d’affection par les Indigènes de la République, soulignant que même Macron avait évoqué ces derniers jours les « mâles blancs ». Il a ajouté que c’était tout le discours actuel qui devenait racialisé par des Houria Bouteldja et des Rokhaya Diallo mais que c’était au seul Conversano qu’on venait en faire grief. « Je ne dirai pas qu’il est d’utilité publique mais il fait partie de son époque », puis désignant la salle, les amis de Daniel, il a conclu « c’est des petits blancs pauvres qui sont là, regardez-les, c’est pas des crânes rasés ».

Pour la conclusion, Daniel a repris la parole, se laissant sans doute un peu déborder du sujet au risque peut-être de rompre la portée de la plaidoirie de son avocat. Mais désarmant de bonne foi Daniel a de nouveau exprimé son inquiétude face à l’islamisation de notre pays et à la perte de plus en plus fracassante de notre libre arbitre, de notre pensée libre, de nos propos autorisés. « Je suis très attaché à ma liberté et je ne retrouve plus cette liberté », illustrant son propos par le fait qu’il se soit abonné à la chaîne de l’INA pour pouvoir voir d’anciennes émissions où la liberté de penser et de s’exprimer voulait encore dire quelque chose.

Ses derniers mots ont été des plus touchants : « Pourrons-nous dire dans vingt ans ce qu’on pouvait dire il y a vingt ans ? Si je projette de vivre en Roumanie c’est parce là-bas un artiste ou un intellectuel roumain ne serait pas poursuivi pour ces mêmes propos, que je suis inquiet pour ma fille parce qu’il y a une insécurité et que cette insécurité n’est pas un sentiment ».

Le délibéré aura lieu le 27 juin prochain.

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