David Rouiller, de Résistance Helvétique: « Nous devons nous débarrasser de tout romantisme tiers-mondiste »

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Nous, et l’« Autre Tiers-Mondisme »

Par David Rouiller, porte-parole de Résistance Helvétique

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David Rouiller

Retour sur une conférence

Le 30 juin dernier, fut organisée par le groupe Alternative Nationale une conférence intitulée « Révolutions d’Afrique et d’Asie », avec pour orateur David L’Epée et un certain Dany Colin, militant panafricaniste, cinéaste et doctorant en philosophie à l’université de Toulouse. En un peu plus d’une demi-heure, Dany Colin nous parla de l’histoire et de l’avenir du mouvement panafricaniste. Son exposé fut suivi par l’intervention de près de trois heures ( !) de David L’Epée, qui nous exposa en long et en larges ses connaissances sur la Chine, la Corée du Nord et les « Socialismes asiatiques ».

L’exposé de David L’Epée semblait inspiré par l’éternelle fascination de l’Occidental pour le lointain empire chinois. Il faut admettre que, contrairement à ce qu’on pourrait croire, L’Epée ne nous fait pas un remake des gauchistes des années 60 et 70, qui prêchaient aux ouvriers français que la Chine maoïste avait fait descendre le paradis sur terre. La démarche de L’Epée relève plutôt d’une sorte d’émerveillement intellectuel pour un monde exotique et presque inaccessible.

Un ou plusieurs Tiers-mondismes ?

Le discours de Dany Colin était en revanche militant, ce qui n’est en soi pas étonnant, vu qu’il s’affichait comme représentant de la nouvelle école du panafricanisme. Il nous parla de Marcus Garvey, de Thomas Sankara, de Khadafi. Après avoir exposé l’évolution du panafricanisme, il nous présenta l’essentiel de sa thèse. Le panafricanisme, l’union des peuples africains, constituerait un rempart contre le mondialisme, l’ennemi des nations, des peuples et des identités. Les nationalistes étant les ennemis naturels du mondialisme, Colin appelle donc à un front commun entre nationalistes africains et nationalistes européens.

Nous touchons ici à une problématique qui nécessite une mise au point, et c’est la raison pour laquelle nous revenons aujourd’hui sur cette conférence : nous voulons parler ici de « L’Autre Tiers-mondisme ». Le sujet a été traité en profondeur par Philippe Baillet dans un ouvrage paru en 2016 et que nous nous devons de recommander absolumenti. Qu’est-ce donc que « L’Autre Tiers-Mondisme » ? Quand on prononce le vocable de tiers-mondisme, on pense immédiatement à de chevelus militants d’extrême gauche, hurlant dans leur mégaphone des slogans à la gloire de tel ou tel « mouvement de libération », en lutte contre « l’impérialisme ». Ou à des bobos manifestant pour les Rohingyas, « oppressés par les terroristes bouddhistes ». Ou, moins drôle, à des communistes français, porteurs de valises…

Pourtant, à côté du tiers-mondisme des enfants gâtés de l’Occident, existe aussi un Autre Tiers-mondisme  (terme préférable à celui de « Tiers-mondisme de Droite », parfois utilisé). Il s’agit de la tendance, chez beaucoup de militants européens de Droite radicale, nationalistes, nationaux-révolutionnaires, etc…, à se chercher des alliés, et parfois même des références ou des modèles, parmi les révolutionnaires d’Afrique, d’Asie ou d’Amérique latine.

Les trois variantes de l’Autre Tiers-mondisme …

Philippe Baillet a retracé en détails les origines et l’évolution de cet Autre Tiers-mondisme. Ici, nous nous contenterons de traiter les aspects qui nous concernent le plus directement. Nous distinguerons donc ici grosso modo trois variantes de cet Autre Tiers-mondisme qui se basent respectivement sur trois modes de raisonnements différents : une stratégique, une spiritualiste et/ou intellectualiste et une « fatras ». La variante stratégique s’était particulièrement développée dans le contexte de la Guerre froide. La volonté de libérer l’Europe de l’occupation militaire par deux puissances étrangères poussait à rechercher des alliés à travers le monde, parmi les « non-alignés ».

La deuxième variante s’est développée surtout chez des intellectuels, qui mettaient la priorité sur l’enrayement de la décadence occidentale. Certains d’entre eux pensaient trouver chez certaines cultures du Tiers-monde des solutions de types spirituelles ou métaphysiques. On assista à une singulière évolution : parti d’un raisonnement de type stratégique et machiavélien, on allait aboutir à la naissance d’un philo-islamisme de Droite ! Le titre d’un livre d’Alain de Benoist, publié en 1986, « Europe, Tiers monde, même combat ! », illustre parfaitement la conjonction des deux premières variantes.

La troisième variante, que nous avons nommée ici par commodité «fatras », est la plus influente aujourd’hui : fille d’internet, des réseaux sociaux, de la culture youtubesque, de l’information-consommation, elle mêle tout et son contraire pour s’attirer le public le plus large possible : slogans marxistes et valeurs conservatrices, philo-islamisme et patriotisme, antiracisme obsessionnel et antisémitisme primaire, discours anticolonial et complotisme délirant. Tout le monde l’aura compris, le dernier avatar de l’Autre Tiers-mondisme est représenté par Alain Soral et son entourage.

En synthèse, les adeptes de l’Autre Tiers-mondisme rêvent d’une alliance entre les forces de Droite européennes et les nationalistes du Tiers monde. Certains, comme Egalité & Réconciliation (le mouvement d’Alain Soral) prétendent construire une alliance entre nationalistes français et barbus immigrés sur le sol français…

et ses quatre erreurs fondamentales

Mais là où le bât blesse, c’est que les partisans de l’Autre Tiers-mondisme commettent quatre erreurs fondamentales. La première erreur est d’ordre politique. Un front commun entre nationalistes européens et révolutionnaires du Tiers Monde ne peut avoir de sens qu’à la condition d’avoir un ennemi principal commun. A l’époque de la Guerre froide, une grande partie des forces de Droite en Europe prônaient la Troisième Position : ni Ouest, ni Est. Il pouvait donc sembler logique de dessiner une Quadricontinentale des peuples, opposée aux « impérialismes » soviétiques et américains. Or, cette logique relevait du vœu pieu, car nos Tiers-mondistes de Droite faisaient (et continuent de faire) la même erreur que les Tiers-mondistes de gauche : ils ne voient le monde qu’avec leurs yeux d’Occidentaux ! Leur conception était stratégique, rationnelle et machiavélienne : l’ennemi de mon ennemi est mon ami, donc tous en avant contre l’ « impérialisme occidental» ou l’ « axe américano-sioniste » ! Or, la distinction entre l’Europe et l’Occident, ou le combat pour une Europe libérée des emprises américaine et russe, sont totalement étrangères à l’état d’esprit des révolutionnaires du Tiers-monde. Pour eux, la notion d’Occident constitue le synonyme parfait de l’ « impérialisme », et englobe l’Europe, l’Amérique, et même le Japon ou Israël !!

Cette confusion nous amène directement à examiner la deuxième erreur fondamentale commise par nos « Tiers-mondistes de Droite » : une méconnaissance totale de la psychologie des peuples du Tiers-monde. Que ce soit en Afrique, en Asie ou dans le monde musulman, on regarde l’Occidental, le Blanc, ou l’Européen comme l’Ennemi. Ce qui domine dans les mentalités, c’est une idée vague de l’Occident, perçu comme une menace perpétuelle. La distinction que la culture de Droite opère entre la Tradition occidentale et l’Europe moderne, ou subversive, est totalement ignorée par le Tiers-monde. Bien au contraire, l’idée de l’ « Occident » y est un fourre-tout hétéroclite où on range tout ce qui vient de l’ « Ennemi » : qu’il s’agisse du christianisme, des Droits-de-l’Homme, de la colonisation, de l’esclavage, du féminisme, de l’homosexualité affichée, et même de la médecine moderne…

La troisième erreur est d’ordre spirituel. Nous avons vu plus haut que certains ont pensé que l’Islam, une religion pourtant totalement étrangère à l’Europe, pouvait amener des alliés, voire apporter des solutions à la crise du monde moderne. L’Islam pourrait donc nous servir à dépasser la décadence occidentale ? Encore faut-il savoir de quoi l’on parle. Pour nous, le terme de décadence renvoie à la chute de l’idée d’Etat, à la disparition de la volonté politique, à la domination de l’économie sur le Politique, à une société ramollie et complexée, de moins en moins capable de se défendre… Mais, pour les musulmans, le concept de décadence concerne forcément et uniquement … la sexualité ! Une alliance basée sur une telle confusion sémantique relève donc d’une absurdité délirante. Mais il y a pire encore. Le philo-islamisme, même quand il est de Droite, amène à ne pas comprendre le rôle que joue l’Islam aujourd’hui dans le monde. L’Islam est devenu un instrument qui sert à justifier, sur le plan moral, ce qu’il faut bien nommer une guerre raciale contre « l’homme blanc ». Les motivations profondes de cette haine relèvent des plus bas instincts criminels. Y chercher des justifications métaphysiques constitue une faute grave.

La dernière erreur fondamentale consiste à vouloir réunir, sous la bannière du « nationalisme », des forces aux objectifs en fin de compte complètement opposés. Car les partisans de l’Autre Tiers-mondisme oublient encore une chose essentielle : c’est que, dans les pays du Tiers-monde, toutes les forces politiques, à l’exception des Islamistes radicaux (dont nous venons de parler), se réclament du nationalisme ! C’est à qui accusera l’autre de « brader la patrie » ! Mais nous, avons-nous quelque chose de commun avec ce nationalisme ? Ayons l’honnêteté de lever les yeux et de voir, sur leurs bannières, l’effigie de Nelson Mandela … Là aussi, l’Ennemi, c’est l’Occident, le « Blanc », ou, tout simplement, « nous »…

Des résultats ?

Malgré ce que nous venons d’exposer, nous pourrions nous dire que les tenants de l’Autre Tiers-mondisme ont probablement eu de louables intentions. C’est d’ailleurs sans doute le cas d’un David L’Epée. Pour cela, peut-être devrions-nous encore nous intéresser aux éventuels résultats de cette stratégie.

Prenons l’exemple de la cause palestinienne. Il ne s’agit pas ici de discuter du bien-fondé du combat du peuple palestinien, qui est totalement justifié d’un point de vue ethno-nationaliste. Mais il s’agit de savoir dans quelle mesure il est pour nous important de soutenir la dite cause. Depuis toujours, nombreux ont été les nationalistes européens à s’être engagés dans la lutte contre le sionisme. En 1968, un militant belge de Jeune Europe, Roger Coudroy, tomba même les armes à la main au cours d’un affrontement avec l’armée israélienne. Et pourtant… on attendrait en vain un quelconque geste en retour de la part de Palestiniens.

En France, l’association Egalité & Réconciliation d’Alain Soral assène depuis plus de dix ans qu’elle allait amener des masses de « musulmans patriotes » et de « patriotes français d’origine africaine » à voter pour le Front National. Les résultats sont si maigres qu’on n’ose les évoquer.

Une logique : l’intérêt

Faut-il donc rester complètement indifférent à tout ce qui se passerait dans le Tiers-monde ? Ce serait évidemment une erreur. Ce qu’il convient de faire est exactement ce que font tous les êtres humains sur cette terre, à l’exception des Européens qui s’entêtent à vouloir expier tous les péchés du monde. Il nous faut désormais suivre nos propres intérêts ! Nous devons nous débarrasser de tout romantisme tiers-mondiste, qu’il soit pro-chinois, ou qu’il sente la savane. Si le Front de Libération nationale du Wakanda arrive au pouvoir, tant mieux pour les Wakandais. Mais, à l’heure actuelle, maintenant que l’Europe est devenue une terre à prendre pour tous les nomades de la planète, nous n’avons plus à dépenser la moindre goutte d’énergie pour des causes qui ne nous concernent que de trop loin.

Pour approfondir, nous ne pourrons que recommander encore une fois la lecture du livre de Philippe Baillet.

* Philippe Baillet, L’Autre Tiers-mondisme: des origines à l’islamisme radical – Fascistes, nationaux-socialistes, nationalistes-révolutionnaires entre « défense de la race » et « solidarité anti-impérialiste » Akribeia, Saint-Genis-Laval, 2016, 475 p

Plus d’infos : la page Facebook de Résistance Helvétique et son site internet.
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