En retirant sa citoyenneté à Mikhaïl Saakachvili, le président ukrainien se débarrasse de son principal rival

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Petro Porochenko (à gauche) et Mikhaïl Saakchvili. Des destins qui s'écartent. Photo archive.

C’est un coup de tonnerre qui éclate en Ukraine avec la décision du président Petro Porochenko de déchoir de sa citoyenneté Mikhaïl Saakachvili, l’ex-gouverneur de la région ukrainienne d’Odessa et ancien président de la Géorgie.

Mikhaïl Saakachvili, président de la Géorgie de 2004 à 2013, est devenu citoyen ukrainien en 2015 après avoir accepté l’offre de Petro Porochenko, son vieil ami, avec qui il avait étudié à l’université de Kiev, de l’aider à mettre en œuvre des réformes. Nommé directement par lui après avoir reçu la nationalité ukrainienne, il est devenu gouverneur de la stratégique et importante région d’Odessa, grande comme la Belgique, au bord de la Mer Noire.

Les services gouvernementaux des migrations ont annoncé mercredi que le président Porochenko avait retiré à Mikhaïl Saakachvili la nationalité ukrainienne au motif qu’il n’avait pas déclaré des poursuites criminelles lancées à son encontre en Géorgie. L’ancien président géorgien s’était exilé de son pays natal et s’était vu déchoir de sa nationalité en 2015.

Au moment de l’annonce de la déchéance de sa nationalité ukrainienne, Mikhaïl Saakachvili se trouvait aux Etats-Unis, apprenait-on.

Les autorités géorgiennes ont lancé un mandat d’arrêt le 2 août 2014 contre l’ex chef de l’Etat pour recours à une force excessive contre les manifestants qui avaient contesté son pouvoir en novembre 2007 à Tbilissi et d’utilisation abusive de fonds budgétaires. La décision prise par le tribunal de Tbilissi avait été dénoncée par les partisans de Saakachvili, figure de la « Révolution des roses » de 2003, comme une décision politique.

La menace d’une extradition vers la Géorgie

En juin dernier, l’éventualité d’une extradition de Mikhaïl Saakachvili vers la Géorgie avait été dénoncée par Davit Saqvarelidze, un membre du clan Saakachvili. D’après celui-ci, le président Porochenko considérait désormais Saakachvili comme ouvertement dans l’opposition et désireux de renverser le gouvernement.

Des rumeurs sur une possible suppression de sa nationalité ukrainienne, condition sine qua non à une extradition, avaient redoublé il y a une dizaine de jours à l’occasion de la visite officielle du président Porochenko en Géorgie.

La décision de Kiev de retirer sa citoyenneté à Mikaïl Saakachvili intervient un jour après que Donald Trump, le président des Etats-Unis, ait évoqué sans preuve dans un message publié sur Twitter des « efforts déployés par l’Ukraine pour saboter » sa candidature « et favoriser doucement Clinton » lors de la campagne présidentielle de 2016.

En réponse, dans un message publié en sur Facebook Mikaïl Saakachvili a accusé le président Porochenko d’avoir montré son parti pris envers Hillary Clinton.

Les relations entre Petro Porochenko et Mikhaïl Saakachvili, que Petro Porochenko avait loué pour ses réformes en tant que président de la Géorgie, se sont brutalement détériorées ces années dernières.

En novembre dernier, après une année et demie à la tête de la région d’Odessa, Mikhaïl Saakachvili avait été démissionné avec fracas à cause, selon lui, du refus des autorités ukrainiennes de réprimer la corruption omniprésente dans le pays. Le président Porochenko avait récusé ces critiques.

Oligarque ayant le contrôle de médias, chantiers navals et d’une entreprise plus grand producteur de confiseries d’Ukraine, Petro Porochenko a été élu président avec 54% des suffrages lors de l’élection présidentielle anticipée du 25 mai 2014. Sa victoire est intervenue après que les manifestants du Maïdan aient évincé le président pro-russe Viktor Ianoukovych, incitant la Russie à envahir la Crimée et à fomenter la guerre dans les régions orientales de l’Ukraine.

Les partisans occidentaux de l’Ukraine ont généralement soutenu le président Porochenko mais ils se plaignent que le rythme des réformes s’est bloqué et se demandent si son administration a la volonté politique de décourager la corruption généralisée.

« J’ai des ambitions plus grandes que d’être Premier ministre »

Au cours des derniers mois, l’ex-gouverneur d’Odessa a travaillé à forger une alliance de partis d’opposition. En font partie d’importants militants anti-corruption et d’anciens journalistes d’investigation aujourd’hui députés au parlement.

En février 2017, au cours d’une interview donnée à la télévision géorgienne Rustavi-2, Mikhaïl Saakachvili avait annoncé l’intention d’ «établir des règles du jeux » complètement nouvelles dans la vie politique ukrainienne et «amener une nouvelle génération à l’élite politique». Il avait précédemment comparé le parlement de l’Ukraine, la Verkhovna Rada, à «un cimetière» et à «un marécage».

Après l’annonce de la privation de sa citoyenneté ukrainienne, Mikhaïl Saakashvili a relayé sur Facebook une déclaration de ses alliés politiques. On lisait: « Porochenko fait des erreurs graves sur ses craintes d’une nouvelle consolidation des forces politiques et des politiciens qui critiquent le modèle de pouvoir cleptocratique. »

Connu pour son caractère énergique et ses coups de sang, l’ancien gouverneur d’Odessa, décidé à poursuivre le combat pour «débarrasser l’Ukraine de la sale corruption», reste l’un des rares hommes politiques ukrainiens à avoir une bonne cote de popularité. Un sondage, l’an dernier, le plaçait devant le président Porochenko parmi les personnalités favorites des Ukrainiens.

Le retrait de sa citoyenneté ukrainienne par celui-là même qui a donné une nouvelle vie politique à l’ex-président géorgien pour qu’il entreprenne des réformes de fond, et notamment y combatte une corruption endémique, sonne apparemment le glas des ambitions politiques de Mikhaïl Saakachvili en Ukraine. A moins que, comme l’affirment ses partisans, c’est le président Petro Porochenko qui commet là « une erreur » à l’endroit de celui qui un jour a déclaré sans ambages : « J’ai des ambitions plus grandes que d’être Premier ministre ».

Mise à jour. 27.07.2017 à 22.00. Saakachvili déchu de sa nationalité : « C’est une vengeance des oligarques proches de Porochenko ». Vidéo.

L’ancien président géorgien Mikhaïl Saakachvili, déchu de sa nationalité ukrainienne, a accusé jeudi les proches du président Petro Porochenko d’avoir voulu « se débarrasser de lui », dans un entretien accordé à France 24.

 

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