Fasciné par la guerre – un Autrichien dans le Donbass

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Il est bien connu des autorités. Il s’est lui-même trouvé dans de nombreuses zones dangereuses du monde. Qui est l’homme que la justice autrichienne soupçonne d’avoir commis des « crimes de guerre » dans l’est de l’Ukraine et extradé lundi de Pologne ?

Un citoyen autrichien soupçonné de crimes de guerre dans le conflit opposant dans la région du Donbass forces loyalistes et séparatistes pro-russes en Ukraine a été extradé de Pologne vers l’Autriche lundi dernier. Visé par un mandat d’arrêt européen émis par la justice autrichienne, Benjamin F., 25 ans, avait été interpellé fin avril par des garde-frontières polonais alors qu’il s’apprêtait à quitter la Pologne pour l’Ukraine.

Le jeune homme de 25 ans est accusé « d’avoir tué des prisonniers / ou d’avoir tué des civils alors qu’il combattait aux côtés des forces ukrainiennes dans le secteur de l’aéroport de Donetsk au printemps 2016 », a déclaré un porte-parole du parquet de Wiener Neustadt, près de Vienne. Le suspect était déjà objet d’une enquête pour violation de la loi sur les substances contrôlées.

Sensations fortes

Le parquet autrichien, qui n’a pas fourni d’informations supplémentaires en raison de l’enquête en cours, avait émis le mandat d’arrêt en février, quelques jours après que Benjamin F., un ancien engagé de l’armée autrichienne, eut accordé une longue interview sur ses activités en Ukraine au quotidien autrichien Kurier.

Sans évoquer de possibles crimes, le jeune homme, originaire d’une petite localité du Voralberg, dans les Alpes autrichiennes, avait témoigné de sa fascination pour la guerre et les combats, déclenchant des investigations plus poussées des services de sécurité autrichiens.

Dans le quotidien Kurier Benjamin F. se racontait qu’il avait été bon étudiant et qu’il jouait du violon. Il voulait être un moniteur de ski. Il était membre bénévole du service d’incendie local.

Benjamin F. a quitté son village du Voralberg, proche de la fontière allemande, pour vivre des aventures dangereuses à l’étranger. Photo Office du tourisme Kleinwalsertal Mittelberg.

A 17 ans, Benjamin F. a rejoint les forces armées autrichiennes et a servi au Kosovo, où il se plaignait qu’alors que les troupes françaises étaient envoyées en mission, les Autrichiens eux restaient en caserne. « Je me suis ennuyé à mort », résume-t-il dans l’interview.

À la recherche des défis plus risqués, le jeune autrichien partit pour la Somalie, où il a accompagné en arme des navires dans des eaux infectées de pirates. Il a essayé en vain de s’enrôler dans la Légion étrangère française, puis est retourné en Autriche pour travailler à Vienne comme gardien de sécurité.

Lorsque les combats ont éclaté dans l’est de l’Ukraine, Benjamin F. s’est connecté à des pages Facebook partageant les mêmes sensations fortes et de mêmes aspirations, et a gagné l’est de l’Ukraine. Dans son entretien au Kurier, il décrit la région du Donbass en 2014 comme un pur chaos. De nombreux soldats étaient régulièrement en état d’ébriété. Les accords de Minsk gelant les combats le long d’une ligne de démarcation les combats se sont transformés en ennuyeuse guerre des tranchées « avec les alcooliques et les drogués», regrettait-t-il.

La Syrie, l’Irak et de retour en Ukraine

Benjamin F. s’est déplacé ensuite en Syrie combattre l’Etat islamique, d’abord avec la milice kurde YPG, ensuite du côté des Peshmergas kurdes d’Irak lorsqu’il trouva les YPG trop religieux. « Tout est plus vivant là où il y a des morts », dit-il dans l’interview.

Il retourna en Ukraine quelques semaines plus tard rejoindre la Task Force Pluto, une unité bénévole fondée par trois Américains et un Autrichien avec qui il s’était lié d’amitié lors de son service militaire.

« Ils sont allés en Ukraine avec une conviction nationaliste pour soutenir l’Ukraine contre la Russie », témoigne au service médias Deutsche Welle, Timo Vogt, un photographe allemand qui a rencontré l’unité Pluto dans l’est de l’Ukraine en 2016 à l’occasion d’un reportage sur les étrangers combattant dans le Donbass.

Benjamin F. fonctionnait dans une unité formée de volontaires qui prenait part aux hostilités aux abords de l’aéroport de Donetsk. Capture écran vidéo Die Presse.

Les trois Américains et les deux Autrichiens ont des tatouages sur les avant-bras symbolisant leur esprit de camaraderie: Molon Labe « viens les prendre », écrit en grec ancien. Il s’agit d’une réplique célèbre de défi, qui aurait été prononcée par le roi Léonidas I de Sparte lorsque le roi Xerxès perse avait exigé que ses forces déposent leurs armes en 480 avant J.-C.

Timo Vogt était avec Benjamin F. dans une tranchée à moins d’un kilomètre de l’aéroport de Donetsk. « Je l’ai vu prendre son fusil et faire feu sans hésitation », raconte le photographe. « Il combattait du côté de ceux dont il soutenait la vision du monde. Quand ce n’était plus le cas il s’en allait. »

Dans une court reportage qui avait été consacré au jeune homme quelque temps après la parution de l’article du Kurier, la TV autrichienne ORF mentionnait qu’aux dires de Benjamin F. il n’avait pas pris directement part aux combats en Ukraine, son rôle se limitant à celui de simple soldat sanitaire.

Benjamin F. est loin d’être la seule personne à aller chercher des guerres à combattre. Et en Ukraine, il y en a tant côté loyaliste que séparatiste. Rien qu’en Autriche, 300 ressortissants de souche ou naturalisés prennent part à des conflits à l’étranger, selon des informations fournies par le ministère autrichien de l’Intérieur.

 

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © GrandFacho.com.

Sources : Deutsche Welle / Kurier / Die Presse

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