Herbert Smagon: Témoin de la tragédie allemande du XXe siècle

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Par J. Belenger, dans Renegade Tribune.

La plupart d’entre nous avons vu ces images plusieurs fois auparavant, mais n’ont pas réussi à repérer l’auteur. Ce n’est pas du tout surprenant. Les informations disponibles sur Internet sur Herbert Smagon en français sont très sommaires, bien qu’elles soient disponibles dans d’autres langues européennes, comme l’allemand et l’italien, mais aussi en russe. La présence de Smagon dans les médias sociaux est pratiquement inexistante et son site web (www.art-smagon.de) semble être hors service depuis longtemps et abandonné. Sa biographie en français est disponible sur le site Galleria d’Arte Thule.

Herbert Smagon

Herbert Smagon est né le 2 janvier 1927 à Karwin, en Silésie (aujourd’hui partie de la Pologne, de la République tchèque et de la Slovaquie), qui faisait alors partie de l’empire austro-hongrois. Il a fait l’expérience directe du harcèlement que les minorités allemandes ont subi dans cette région particulière de la part des Tchèques. Il s’enfuit avec sa famille à Berlin. Lorsque Herbert Smagon eut 14 ans, jusqu’ à la fin de la guerre, lui et sa famille restèrent à Vienne. En 1943, il a servi son service militaire en tant qu’agent auxiliaire de la Luftwaffe allemande, plus tard il a étudié à l’Académie des Beaux-Arts de la capitale autrichienne.

Au cours de cette période, il a remporté un prix pour le « Meilleur jeune artiste de la ville de Vienne » et ses œuvres ont même été exposées au Palais Hofburg de Vienne. Son ouvrage primé « Luftwaffenhelfer » a été peint pendant les pauses pendant son service militaire, qui consistait à défendre sa position avec des antiaériens de 8,8 cm-Flak contre les attaques aériennes des bombardiers alliés. A cette époque, Smagon a bénéficié d’une promotion accordée par le précédent Reichsjugend-Führer Baldur von Schirach alors gouverneur de Vienne.

Après la guerre, toutes les œuvres d’Herbert Smagon, jusqu’en 1945, disparurent à jamais.

Il repart à zéro dans la ville de Stuttgart en tant que graphiste et illustrateur indépendant. Il a remporté plusieurs prix internationaux en tant que graphiste publicitaire. Aujourd’hui, il vit et travaille dans la Forêt Noire. Dans les années 1950, Smagon a refusé de participer à des expositions de groupe en raison de questions liées à la façon dont les choses tournaient dans le monde de l’art européen, qui, selon lui, étaient antithétiques à la nostalgie innée de la beauté par les êtres humains. Il a senti que cette tendance du grand public s’inscrivait dans la tentative de détruire les fondements de l’art européen. C’est ainsi qu’il se sépare également des institutions « artistiques » de l’époque en Allemagne.

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Herbert Smagon appartient à la génération des témoins oculaires qui ont survécu à l’enfer de la catastrophe européenne. Son œuvre raconte l’histoire des horreurs du butin de guerre (pénétré par les « Forces alliées » victorieuses sur le peuple allemand) que les institutions politiques souhaitent faire taire jusqu’ à ce jour. Cela expliquerait pourquoi Herbert Smagon reste une sorte de « figure culte » en marge du monde artistique d’aujourd’hui (si tant est que ce soit le cas).

Ses peintures sur la fin de la Seconde Guerre mondiale en Allemagne sont comme une représentation graphique de « HELLSTORM La Mort de l’Allemagne nazie ». Il m’est impossible de ne pas frémir intérieurement quand je vois des tableaux comme Le meurtre de la nièce de Mme Hurtinger, Occupation e la ville de Roessel, Torches vivantes, Crack-Babys ou ce que je crois être son chef-d’œuvre: Dresde 1945-1989.

À mon avis, le trait le plus saisissant de l’œuvre d’Herbert Smagon est son style graphique particulier qui contraste avec les thèmes qu’il dépeint. Comme je l’ai récemment commenté dans un média social populaire, ses illustrations de la fin de la Seconde Guerre mondiale ressemblent à un livre de contes de fées pour enfants transformé en un cauchemar d’horreur et de destruction dans lequel tout ce qui est beau et saint a été défiguré, violé, brûlé et détruit de la façon la plus hideuse qui soit. Il n’ y a rien de rédempteur dans ces images. L’héroïsme et la tragédie montrés par les protagonistes de ces tableaux sont noyés par le maelström de l’horreur pure et simple qu’ils vivent face à l’anéantissement total. Ces images représentent essentiellement la fin du monde d’un point de vue allemand.

Il y a ici une vidéo sur Youtube produite par Scorched Earth intitulée The Controversial Art of Herbert Smagon, qui sert aussi d’introduction à son travail. Les images combinées à la musique (je crois que c’est celle de Lisa Gerrard) rendent l’ensemble d’autant plus poignant.

Smagon a continué à peindre pendant tout le reste du XXe siècle et au-delà. Ses deux tableaux les plus populaires de cette période ont été créés vers la fin de l’ère de la guerre froide: La famille moderne (1988) et la chute du mur de Berlin (1989). Dans les deux cas, il dépeint, avec une cruelle ironie, la société dystopienne allemande de la fin du siècle qui avait germé des cendres laissées par la destruction du Troisième Reich.

J’appartiens encore à la génération des témoins oculaires du XXe siècle liés au destin des Allemands. En tant qu’artiste éducateur, je ressens toute la force de la vérité historique telle que je l’ai vécue, une vérité qui est cachée à tout prix aujourd’hui mais qui sera révélée comme un témoignage pour les générations futures. » (citation transcrite par Renegade Tribune)

 

Source : Renegade Tribune / J. Belenger

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