HISTOIRE : « Les Russes doivent reconnaître qu’ils ont occupé ceux qu’ils libéraient »

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Cette vieille image illustre la prise de contrôle d'une partie de l'Europe par les Soviétiques à la suite de la Conférence de Yalta en février 1945.

Pour les Russes, le Jour de la Victoire est toujours la date la plus importante. Mais ils agissent comme si le 9 mai était la fin d’une histoire et ne parviennent pas à voir que l’armée soviétique a d’abord libéré l’Europe de l’Est des nazis, puis est devenue une force d’occupation pendant près d’un demi-siècle, analyse la journaliste Tatyana Ross, rédactrice au journal en ligne Kasparov.ru.

Les Russes sont encouragés par le Kremlin à considérer le Jour de la Victoire dans l’isolement de ce qui a suivi, poursuit-elle. Dans ces conditions, ils voient la réaction des Européens des Pays de l’Est à ces célébrations comme des efforts à « réviser les résultats de la Grande Guerre Patriotique » et comme une défense inadmissible de l’agression d’Hitler.

Les Russes ne se demandent pas pourquoi, après que l’Armée rouge ait libéré l’Europe de l’Est, elle n’est pas rentrée à la maison, mais plutôt « a laissé dans TOUS les pays libérés un contingent de ses forces » pendant des décennies, observe Tatyana Ross. Et ils ne voient pas que les forces de libération ont conduit à l’occupation, et l’occupation a conduit à Budapest, Vilnius et tout le reste.

« Si la Russie reconnaissait et condamnait l’occupation soviétique de l’Europe de l’Est », enchaîne Tatyana Ross, il n’y a « aucun doute que [l’Armée rouge] serait alors considérée comme une force héroïque qui a libéré [Europe de l’Est] du fascisme allemand. Et [dans ce cas,] il se trouverait personne pour démolir les monuments soviétiques ».

La colère que les Ukrainiens, Baltes et autres Européens de l’Est ressentent est le résultat direct de l’attitude de la Russie qui continue à « affirmer qu’elle n’était qu’un libérateur » et rien d’autre, tout comme Moscou  insiste aujourd’hui sur le fait qu ‘ « il n’y a pas de soldats russes dans le Donbass » et qu’ils sont en Syrie «seulement pour aider les honnêtes gens.»

« Il est temps, Tatyana Ross poursuit, d’admettre honnêtement que l’Armée rouge soviétique libératrice est devenue un occupant. » Sortir ce cadavre du placard permettra à chacun de mieux respirer. D’ici là, dit-elle encore, «la Russie n’aura pas de futur » parce que « les Russes ne comprendront pas pourquoi d’autres peuples sont si négativement inclinés envers eux. »

Malheureusement, dit-elle, il y a cinq raisons pour lesquelles le Kremlin ne reconnaîtra pas cette réalité:

Tout d’abord, « reconnaître l’URSS comme l’occupant de l’Europe de l’Est signifie réduire sa propre grandeur dans la victoire » et admettre que les Soviétiques ont commis des crimes graves au long du chemin, même s’ils étaient triomphants.

En second lieu, déclarer pour le Kremlin que l’armée soviétique était non seulement un libérateur mais un occupant signifie dire aux Russes que parmi ceux qui les résistaient n’étaient pas seulement des nazis mais aussi de ceux qui se battaient légitimement pour leur propre liberté et indépendance.

En troisième lieu, un tel aveu amoindrit l’insistance du Kremlin que Moscou ne mène « que des guerres de libération. »

Quatrièmement, admettre que l’armée soviétique était un occupant après 1945 exige une reconnaissance qu’elle était un occupant avant l’invasion allemande de 1941, à la suite du pacte Molotov-Ribbentrop entraînant l’occupation des pays baltes, de la Biélorussie occidentale et de l’Ukraine, ainsi qu’une partie de Roumanie.

Et cinquièmement – et cela peut être la chose la plus intolérable pour l’actuel occupant du Kremlin – une telle reconnaissance exige non seulement la dénonciation de l’URSS pour ce qu’elle a fait, mais aussi la condamnation en premier lieu de l’homme que Vladimir Poutin appelle «un bon gestionnaire» (Staline).

Les Russes doivent reconnaître que personne ne conteste que l’armée soviétique les a libérés des nazis, mais ils doivent aussi reconnaître que les Européens de l’Est ont des raisons impérieuses de désapprouver ce que l’armée soviétique et l’Etat ont fait après cette date et que pendant près de 50 ans il s’est agi d’une occupation et non d’une libération.

 

Source : traduction libre d’un article (en anglais) paru dans Window on Eurasia / Paul Goble

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