La carte de France de la radicalisation djihadiste: 15.000 profils signalés

0
500

Le fichier des islamistes radicaux surveillés par la police française contient environ 15.000 noms

Voici quelques enseignements à tirer :
– Le fichier des 15.000 radicalisés comprend 18% de mineurs
– Le plus jeune a 11 ans
– Plus de 2.000 sont impliqués dans les filières djihadistes
– 8 départements français comptent plus de 300 cas signalés.

Dans la guerre contre le terrorisme, les services de police et de renseignement français ciblent environ 15.000 individus susceptibles de constituer une menace. Alors que l’opinion et la plupart des responsables politiques se focalisent sur les fameuses fiches S, ces personnes sont recensées dans une base de données plus récente et infiniment moins connue : le Fichier des signalements pour la prévention de la radicalisation à caractère terroriste (FSPRT). Créé en mars 2015 par un décret confidentiel, il énumère les islamistes radicaux français ou résidents sur notre territoire qui sont signalés et suivis.

Parmi ceux-ci, 4.000 constituent « le haut du spectre », dixit un responsable policier, c’est-à-dire les plus susceptibles de passer à l’action, et que les agents de la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI) suivent de très près, en tant qu' »objectifs opérationnels ». Un nombre de suspects à peu près équivalent jugés moins dangereux sont surveillés par le Service central du renseignement territorial (SCRT). Le reste des personnes figurant au fichier incombe à la PJ, aux gendarmes et au renseignement parisien.

© DR.

« Outil de gestion » des islamistes radicalisés

On estime, par ailleurs, à environ 500 le nombre d’individus en cours d’évaluation et à 2.500 celui des signalés qui ne nécessitent qu’une simple veille. Enfin, un tiers des personnes désignées, considérées comme les moins dangereuses, relèvent de la compétence des préfets et font l’objet d’un traitement parasocial, qui mobilise aussi bien l’Éducation nationale et les associations que l’administration pénitentiaire et les services sociaux.

Le fichier est mis à jour au fur et à mesure des vérifications et des investigations entreprises. Selon le préfet Olivier de Mazières, qui dirige l’état-major opérationnel de prévention du terrorisme, « le rythme des entrées est presque compensé par celui des sorties » – 1.200 noms ont été retirés depuis un an, précise-t-il. Le FSPRT a été largement utilisé dans le cadre de l’état d’urgence afin d’orienter les perquisitions administratives qui ont suivi les attentats. « Cela nous a permis de lever les doutes sur des personnes signalées en cours d’évaluation », confirme au JDD une source policière. Pour la première fois, le ministère de l’Intérieur entrouvre les portes sur les arcanes de ce fichier devenu le principal « outil de gestion » des islamistes radicalisés en France.

«Le rythme des entrées est presque compensé par celui des sorties»

Alimenté et géré par les policiers de l’Unité de coordination de la lutte antiterroriste (Uclat), le FSPRT comprend des données personnelles (identité, localisation, antécédents judiciaires et/ou psychiatriques…) mais fait également apparaître les éventuelles connexions entre individus repérés, ainsi que leurs lieux de rendez-vous. Validé par la Commission nationale de l’informatique et des libertés (Cnil), il n’est accessible qu’à un nombre restreint de fonctionnaires habilités appartenant aux seules unités chargées de l’antiterrorisme (DGSI, Renseignement territorial…). À l’origine, il était fondé sur les bases de données opérationnelles des services de renseignement. Il s’est enrichi au fil des mois grâce aux remontées d’informations collectées sur le terrain via les états-majors de sécurité (EMS) mis en place dans chaque département. En outre, il est alimenté par l’exploitation des appels reçus par la plateforme de signalement du Centre national d’assistance et de prévention de la radicalisation (CNAPR).

Un ordinateur, un téléphone, deux mandarines, une paire de boules Quies, un grand cahier remplis de notes… Après trente ans de services à la PJ, Roland occupe un des cinq postes que compte ce service, installé dans un bureau du ministère de l’Intérieur et chargé de traiter les alertes téléphoniques relatives aux risques de radicalisation. En moyenne, le téléphone sonne plus de 60 fois par jour. Baromètre des peurs, le standard entre en surchauffe après chaque attentat, comme au lendemain du 13 novembre, lorsque plus de 650 appels ont été enregistrés.

Les mères préfèrent voir leur fils en prison plutôt qu’en Syrie

Ce matin d’octobre, c’est avec une mère angoissée – comme dans 20% des cas – qu’il a longuement parlé. « Musulmane modérée », elle a longtemps hésité avant de composer le numéro de la plateforme (le 0800 005 696). Elle est inquiète pour sa fille, qui a épousé religieusement un « converti » radicalisé, et pour ses petits-enfants : l’aînée, « voilée » à 10 ans, tous sont « battus » quand ils récitent mal les sourates qu’ils doivent apprendre par cœur, privés de jouets, de dessins animés, de coloriage. Un mois qu’elle hésitait jusqu’à ce qu’elle entende cette phrase, prononcée par sa fille : « Dans pas longtemps, tu n’entendras plus parler de nous. »

Si une psychologue peut être mobilisée en cas de besoin, tous les intervenants de la plateforme sont des policiers triés sur le volet. Un choix assumé. « Les familles ne sont pas dans le pathos, souligne le chef de l’Uclat, Loïc Garnier, qui chapeaute la structure. Les mères préfèrent voir leur fils en prison plutôt qu’en Syrie. »

«La moitié des familles qui contactent la plateforme sont de culture non musulmane»

À la mi-septembre, 1.954 mineurs étaient inscrits au fichier, dont une majorité de sexe féminin. Cette surreprésentation pourrait néanmoins s’expliquer par la « surprotection » dont les filles seraient l’objet par rapport aux garçons dans les familles, relativise-t-on à l’Uclat. Une analyse similaire peut prévaloir s’agissant du nombre de « convertis » recensés dans le FSPRT : ils représentent 36 % des signalements.

« La moitié des familles qui contactent la plateforme sont de culture non musulmane, indique le numéro 2 de l’Uclat, Jean-François Gayrauld. C’est un fait : nos messages de prévention atteignent plus difficilement la maman musulmane de Roubaix-Tourcoing que celle d’un arrondissement parisien et de culture catholique. » À l’inverse, les policiers s’interrogent : ne faut-il pas parler aussi de « conversion » quand un jeune Maghrébin se met à (re)pratiquer la religion de ses parents à l’instar des born again chrétiens?

« Notre cœur de cible, ce sont les garçons de 18-25 ans issus des quartiers périphériques », indique-t-on à l’Uclat. Avec un passé de délinquant – 20% des cas mais aucune pointure du banditisme – et des problèmes d’addiction. Si le niveau d’études général est jugé faible, toutes les catégories socioprofessionnelles sont représentées, du chômeur à l’enseignant ou à l’ingénieur. Dénominateur commun, surtout chez les mineurs : le contexte familial (familles déstructurées, maltraitances…) et la question identitaire pour des jeunes qui ne se reconnaissent ni dans la France ni dans le pays de leurs parents ou de leurs grands-parents.

 

Source: Le Journal du Dimanche

Lire l’intégralité de l’article ici : http://www.lejdd.fr/Societe/Les-chiffres-secrets-de-la-radicalisation-islamique-815668

LAISSER UN COMMENTAIRE

Laissez votre commentaire
Entrez votre nom ici

*