La politique de l’identité blanche au Canada

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L'auto-identité canadienne avant l'imposition d'une fausse diversité.

Par Ricardo Duchesne


Nous offrons ici à nos lecteurs une traduction en français de cet article paru le 29 novembre 2018 sur Council of European Canadians. Texte original en anglais de Ricardo Duchesne (photo ci-dessous), sociologue, professeur à l’Université de New Brunswick.


Note de la rédaction : Cet article est le texte d’une conférence donnée à l’Université de la Colombie-Britannique, le 7 novembre 2018, à l’invitation des Students for Freedom of Expression.

La structure logique du présent document, énoncée dans huit revendications, est la suivante :

  1. Le Canada n’était pas une nation d’immigrants, mais une nation construite à partir de zéro par des colons et des Euro-Canadiens autochtones ;
  2. Le principe sous-jacent du multiculturalisme est que la plupart des êtres humains ont un besoin très fort de voir leur identité ethnoculturelle reconnue par l’État, mais dans la pratique, le multiculturalisme ne reconnaît que la culture collective des minorités et des groupes immigrants, tout en ciblant la culture collective des Euro-Canadiens ;
  3. Les nations occidentales ont été fondées à la fois sur les droits individuels et les affinités culturelles voisines;
  4. Le Canada a été fondé en tant qu’État ethno-national anglo-québécois combiné aux droits civiques-libéraux ;
  5. Le multiculturalisme tel qu’il est actuellement mis en œuvre dans les pays occidentaux ne vise pas l’égalité des droits des minorités établies de longue date, mais plutôt la création d’une nouvelle identité multiraciale par l’importation de millions d’étrangers ayant des droits collectifs ;
  6. Pierre Trudeau visait la séparation de la culture et de l’État, c’est-à-dire la séparation de l’identité nationale anglo-québécoise du Canada de l’État canadien ;
  7. la Charte des droits est guidée par les principes des droits de la personne contre les traditions culturelles canadiennes tout en « protégeant et en améliorant » la culture collective des minorités ;
  8. puisque la Charte des droits reconnaît en principe le besoin humain d’une identité ethnique collective, il s’ensuit que la Charte peut être utilisée pour défendre la politique de l’identité blanche. [1]

1. Le Canada n’est pas une nation d’immigrants, mais une nation créée par des colons et des Euro-Canadiens autochtones.

L’affirmation selon laquelle « le Canada est une nation d’immigrants divers » équivaut à un acte délibéré de tromperie orchestré par l’establishment canadien dans le but de forcer les Euro-Canadiens à croire que leur marginalisation imminente par la diversification des immigrants est un état de fait naturel et compatible avec l’histoire du Canada. Il n’y a aucune preuve historique à l’appui de cette affirmation. La plupart des hommes et des femmes qui ont bâti le Canada étaient originaires de ce pays, et ceux qui sont venus de l’extérieur étaient majoritairement français, irlandais, britanniques, écossais et européens jusqu’aux années 1970.

L’immigration n’a pas été un facteur majeur de la croissance démographique de 1850 à la fin du XIXe siècle. En 1867, 79 % des résidents canadiens étaient nés au Canada. De 1871 à 1891, un taux de fécondité élevé « a permis à la population du Canada de passer de 3,7 à 4,8 millions d’habitants » Les Québécois et les Acadiens sont un peuple créé par la fécondité des femmes et non par l’immigration. Les Loyalistes, eux aussi, n’étaient pas des immigrants, mais des colons originaires des sols de l’Amérique du Nord britannique. Avant la Confédération, il n’y a eu que « deux périodes assez limitées » d’immigration importante : de 1783 à 1812 et de 1830 à 1850. Durant ces deux périodes, les immigrants venaient principalement des îles britanniques.

L’immigration en Nouvelle-France, de 1608 à 1760, ne comptait que 10 000 colons et, par la suite, elle fut « presque inexistante ». L’immigration a contribué pour environ un septième (1/7) à la croissance démographique totale de la Nouvelle-France depuis ses débuts jusqu’à sa conquête en 1763.

La population francophone comptait environ 90 000 personnes dans les années 1770 et, par la suite, jusqu’à la fin des années 1800, la population a augmenté rapidement, les femmes ayant en moyenne 5,65 enfants survivants. L’augmentation de la population du Québec au cours des années 1800 s’explique principalement par le taux de natalité toujours élevé. En 1950, la population du Québec comptait près de 4 millions d’habitants. Cette augmentation s’explique principalement par la persistance de taux de fécondité élevés. Ce n’est que dans les années 1970 que Montréal a connu un afflux croissant d’immigrants non européens.

Entre 1896 et 1914, le Canada a connu des niveaux d’immigration élevés avec 2,5 à 3 millions d’arrivants au cours de cette période. Cependant, la composition ethnique de la nation est demeurée à 84 p. 100 britannique et québécoise, tandis que la composante européenne est passée à 9 p. 100. Entre 1941 et 1962, la population du Canada est passée de 11,5 millions à 18,5 millions d’habitants, en grande partie à cause du « taux de natalité extrêmement élevé au Canada ». Ce n’est qu’après l’imposition du multiculturalisme en 1971 que les immigrants de l’extérieur de l’Ouest ont commencé à arriver en grand nombre.

Le Canada a été créé par des Euro-Canadiens autochtones ; toutes les institutions, le système juridique, les programmes d’études, la transformation de la nature sauvage en fermes productives, toutes les villes, les traditions parlementaires, les églises, toute l’infrastructure des chemins de fer, des ports, des industries maritimes et des routes ont été créés par des Euro-Canadiens qui travaillent fort.

2. Le multiculturalisme reconnaît la culture collective des minorités et des groupes d’immigrants tout en ciblant la culture collective des Euro-Canadiens

La théorie de la citoyenneté multiculturelle préconisée dans l’ensemble par Will Kymlicka et Charles Taylor est teintée de deux poids, deux mesures, en reconnaissant le « lien profond » que les minorités, en tant qu’« êtres humains », ont avec leur culture et leur ethnicité, tout en qualifiant toute forme d’identité ethnoculturelle des Euro-Canadiens de raciste et de peu libérale. Kymlicka affirme souvent que « la plupart des gens ont un lien très fort avec leur propre culture », et qu’obliger les immigrants à « se départir de leur héritage distinctif et à s’assimiler entièrement aux normes culturelles existantes « reviendrait à supprimer » une disposition très forte « dans la condition humaine ». [2]

Les Canadiens qui ont élaboré la théorie de la citoyenneté multiculturelle sont connus sous le nom de « communautaristes libéraux ». Je suis d’accord avec les communautaristes libéraux pour dire que les droits individuels présupposent l’existence d’une communauté de personnes et que le libéralisme contient dans ses prémisses l’idée que les humains devraient avoir droit à la reconnaissance de leur identité culturelle, car cette reconnaissance est essentielle à l’épanouissement de l’individu.

Je me demande alors pourquoi Kymlicka et Taylor ne se soucient que des droits culturels et des attaches ethniques des minorités, mais pas des mêmes besoins humains que les Euro-Canadiens qui doivent se réaliser en tant qu’individus dans leur propre paysage culturel ? Alors que les minorités se distinguent par leur culture et leur ethnicité, la « culture majoritaire anglophone » ne s’identifie que par sa langue et certaines commodités modernes. La culture anglaise est présentée comme une sphère déracinée et neutralisée composée de commodités modernes – institutions économiques, éducatives et sociales – destinées « en principe » à servir n’importe qui, quel que soit son contexte culturel. Les Anglais ne sont que de simples détenteurs de droits individuels, alors que tous les autres groupes ethniques jouissent à la fois de droits individuels et de droits collectifs.

Chaque fois que Kymlicka et Taylor identifient les Anglais/Européens par leur histoire et leur culture, ils les qualifient avec mépris de « colonisateurs » et de « racistes ». Le seul attribut culturel que les Canadiens d’origine européenne sont autorisés à célébrer est le multiculturalisme. Les mots « fierté », « particularité culturelle » et « vies culturellement significatives » sont réservés exclusivement aux groupes ethniques immigrants. Kymlicka affirme explicitement que le multiculturalisme ne peut réussir tant que « les citoyens nés d’origine[d’origine européenne] et ayant un fort sentiment d’identité nationale ou de fierté nationale » ont voix au chapitre dans l’arène publique, qualifiant régulièrement de « xénophobes » et « intolérants » ceux qui désapprouvent l’immigration massive ». [3]

C’est manifestement injuste. Tout comme les minorités se sont vu accorder le droit collectif de s’inquiéter des effets négatifs de l’assimilation forcée sur leur identité culturelle, la majorité euro-canadienne devrait avoir le droit collectif de s’inquiéter de la façon dont leur patrimoine, leurs coutumes et leurs affinités historiques sont décimés par les effets combinés de l’immigration massive et de la propagande anti-blanche.

3. Les nations occidentales ont été fondées à la fois sur les droits individuels et les affinités nationalistes ethniques.

On dit souvent que les nations occidentales étaient censées être fondées sur une forme « inclusive » d’identité civique définie non pas par la culture et l’ethnicité, mais par les seules valeurs libérales, telles que l’égalité devant la loi, la séparation de l’Église et de l’État et les droits individuels, qui peuvent être partagés par tous les humains dans le monde. Ce n’est pas vrai. Les nations européennes ont été créées sur la base  « d’un héritage commun, d’une langue commune, d’une foi commune et d’une ascendance ethnique commune ». Ce point de vue est largement soutenu par le plus éminent expert sur le nationalisme, Anthony D. Smith, et, plus récemment, par le livre d’Azar Gat, Nations : La longue histoire et les racines profondes de l’ethnicité politique et du nationalisme (2013). Gat va plus loin que Smith en utilisant la science de la sociobiologie pour montrer que les nations « sont enracinées dans des sentiments humains primordiaux d’affinité entre parents et culture, de solidarité et de coopération mutuelle, gravés dans la nature humaine ». L’ethnicité est de loin le « facteur le plus important » de l’identité nationale. [4]

4. Le Canada a été fondé en tant qu’État ethnique anglo-québécois combiné aux droits civiques.L’histoire montre, en fait, que les États possédant un degré élevé d’homogénéité ethnique, où les ancêtres ont vécu pendant des générations – Angleterre, France, Italie, Belgique, Hollande, Suède, Norvège, Finlande et Danemark – étaient ceux qui avaient les traits libéraux, les constitutions et les institutions les plus forts. C’est pourquoi les droits des minorités sont devenus une composante légitime de ces nations libérales. En revanche, ces États (ou empires comme l’Empire austro-hongrois) composés de multiples groupes ethniques étaient ceux qui étaient enchantés par des formes peu libérales de nationalisme ethnique et d’intenses rivalités sur les identités et les frontières politiques. Les documents de recherche montrent qu’à mesure que la diversité augmente dans les communautés de l’Ouest, les communautés ont tendance, selon Robert Putnam, à « se méfier de leurs voisins, quelle que soit la couleur de leur peau, à se retirer même de leurs amis proches, à attendre le pire de leur communauté et de ses dirigeants », à faire moins de bénévolat dans les activités communautaires, à donner moins à des œuvres de bienfaisance… à voter moins … et à se rassembler malheureusement devant la télévision « . [5]

Je ne suis pas d’accord avec Janet Ajzenstat lorsqu’elle affirme que « les Pères de la Confédération… avaient l’intention de donner au nouveau pays… une identité civique », c’est-à-dire « inculquer un sens de la nation « fondé uniquement sur l’égalité des droits et « inclusif » de toutes les cultures et races, plutôt que sur un pays assurant les valeurs culturelles britanniques et françaises. Bien que l’Acte de l’Amérique du Nord britannique ait été un rejet de la subordination des Canadiens français à la culture majoritaire britannique et un appui au principe libéral central selon lequel les lois du pays doivent s’appliquer également à tous les citoyens, il est incorrect de conclure que les Pères ne se préoccupaient pas de l’identité culturelle du Canada[6].

Au moment de la Confédération, environ 70 p. 100 de la population parlait anglais et 30 p. 100 français. Les Pères tenaient pour acquis qu’avec la langue venait la culture, et que les Français et les Anglais étaient les « deux races fondatrices ». Ils ont compris que les francophones se considéraient comme une nation distincte, une collectivité distincte au sein du Canada. Bien que les anglophones ne se voyaient pas comme une nation culturelle distincte, ils se voyaient comme un peuple d’origine britannique qui créait une nation anglo-canadienne majoritairement britannique qui reconnaîtrait la majorité française au Québec, mais se verrait comme faisant partie intégrante de l’Empire britannique. Les Canadiens français prendraient le contrôle d’un gouvernement provincial ayant sa propre législature, le Code civil, le français comme langue officielle au Québec et les minorités religieuses jouissant du droit de séparer les écoles dans toutes les provinces. L’AANB était un document conforme aux principes libéraux, tout en s’engageant à assurer le bien-être collectif du Canada en tant qu’ethno-État plutôt qu’en tant que simple regroupement d’individus abstraits et sans racines.

5. Le multiculturalisme n’est pas une question de droits des minorités, mais d’effacer l’identité culturelle des peuples occidentaux.

La théorie de la citoyenneté multiculturelle a été saluée comme un effort visant à étendre l’égalité des droits aux « groupes auparavant exclus » au sein des nations occidentales. La réalité est que cette théorie fait partie d’un programme radical visant à peupler l’Occident avec des millions d’immigrants étrangers – devenus immigrants – possédant des droits de groupe spéciaux afin de briser l’identité ethnique des Euro-Canadiens. Tout cela semble assez innocent quand Kymlicka dit que, tout comme les peuples autochtones et les minorités historiques devraient se voir accorder des droits aux minorités, les « groupes d’immigrants établis de façon permanente » devraient en faire autant. Mais il ne parle pas des droits d’un groupe statique d’immigrants établis. Il formule une forme «transformatrice » de « citoyenneté multiculturelle » pour un nouveau Canada voué à l’intégration de millions de nouveaux immigrants. Le but du multiculturalisme, selon les mots de Kymlicka, est de faire en sorte que le Canada ne soit « plus jamais » « typiquement blanc et chrétien ». [8]

Cette théorie n’a pas été formulée uniquement pour le Canada, ni pour les pays dits « immigrants » comme l’Australie et les États-Unis. Les grands théoriciens du multiculturalisme ont passé beaucoup de temps à essayer de persuader les Européens que si leurs nations veulent protéger les droits des minorités, elles aussi doivent importer des millions d’immigrants. Kymlicka sait que « dans la plupart des pays occidentaux, la discrimination explicite des minorités ethniques, raciales ou religieuses, parrainée par l’État, a largement cessé dans les années 1960 et 1970 ». Il sait que les nations occidentales légiféraient déjà, à travers les années 70 à 90, une variété de lois et de politiques visant à accorder l’autodétermination culturelle et les droits territoriaux aux minorités telles que les Québécois, les Basques, les Catalans, les Gallois et les Autochtones[9]. La théorie du « multiculturalisme immigrant » n’avait pas pour but de protéger les droits des minorités établies, mais de créer une identité multiraciale totalement nouvelle dans le monde occidental en accordant des droits minoritaires à des millions d’immigrants étrangers.

6. L’ancien premier ministre Pierre Trudeau visait la séparation de la nationalité culturelle de l’État canadien

Il n’y a rien dans les principes fondamentaux du libéralisme qui oblige les Européens à embrasser la diversité des immigrants. Au contraire, la diversification sans dialogue ouvert est une idéologie antilibérale enracinée dans le marxisme culturel. Le marxisme culturel est une conséquence du marxisme qui vise à modifier radicalement les cultures et les ethnies de l’Occident. Mais on ne peut nier que les États libéraux occidentaux ont une conception faible de leur identité collective enracinée dans l’histoire. Cela les rendait vulnérables à l’infiltration culturelle marxiste et à la corruption.

Les libéraux ont une conception imaginaire de leurs États-nations comme des associations créées par des individus isolés qui concluent un contrat entre eux dans l’abstraction de toute communauté antérieure, dans le seul but d’assurer leur droit naturel à la vie, la liberté et le bonheur. Ils ont une prédilection pour étouffer le fait que leurs États libéraux, comme tous les États, ont été créés de force par un peuple ayant une langue, un patrimoine, des caractéristiques raciales et un sens de l’acquisition territoriale communs impliquant la dérogation des groupes marginaux.

C’est pourquoi les dirigeants canadiens ont si facilement accédé au programme multiculturel de Trudeau. Ce n’est pas que les Canadiens étaient dépourvus de tout sentiment d’identité collective. Les Canadiens comprenaient bien que les Anglais et les Français étaient des gens distincts. Jusqu’aux années 1960, de fortes restrictions en matière d’immigration s’appliquaient aux personnes considérées comme appartenant à des groupes ethniques minoritaires. La faiblesse des dirigeants libéraux résidait dans leur croyance imaginaire que leurs droits libéraux étaient les seuls principes fondateurs du Canada, ce qui les aveuglait sur le fait que leurs nations étaient créées par des groupes ethniques contre d’autres groupes ayant des intérêts territoriaux différents.L’expérience de la Seconde Guerre mondiale a intensifié cette croyance imaginaire au point que les dirigeants occidentaux, les mêmes nations ethnocentriques qui ont combattu le nazisme, ont commencé à croire que toute forme d’identité collective était par nature antilibérale. Ils ont commencé à croire que chaque nation devrait être liée par des valeurs communes transnationales, par des droits humains universels. Ils ont également commencé à croire que tous les êtres humains, quelle que soit leur nationalité, devraient jouir des mêmes droits à la vie, à la liberté et au bien-être économique que les citoyens de leur propre pays.

L’anti-nationalisme de Pierre Trudeau doit être considéré dans le contexte de ce climat intellectuel. Trudeau en est arrivé à la conclusion que les dirigeants canadiens « doivent séparer une fois pour toutes » les concepts d’État et de culture. Aucun groupe ethnique, qu’il s’agisse des anglophones au Canada ou des Québécois au Québec, ne doit revendiquer l’identité culturelle du Canada. Tout comme la religion a été séparée de l’État, la culture doit être séparée de l’État. Le Canada doit être identifié comme une « société polyethnique » et de cette façon, le Canada deviendrait vraiment une société libérale et démocratique. Une nation qui donne la priorité à l’ethno-culture de la majorité et qui établit ainsi un nationalisme qui élève les intérêts de cette majorité au-dessus des intérêts des minorités, ne peut pas être véritablement démocratique. La seule attente de la part du gouvernement serait de s’assurer que tous les Canadiens apprennent les langues officielles et acceptent les valeurs du libéralisme multiculturel. Il y aurait deux langues officielles, mais pas de culture officielle.

7. La Charte des droits s’inspire des principes des droits de la personne contre les traditions culturelles canadiennes tout en « protégeant et en améliorant » la culture collective des minorités.

Trudeau a ajouté que la création d’un Canada sans identité culturelle nationale ferait de ce pays un modèle pour la solution des conflits ethniques et de l’expansion nationaliste dans le monde. Le fédéralisme canadien serait « une expérience de grande envergure… un brillant prototype pour le façonnage de la civilisation de demain ». En conséquence, Trudeau rejette le nationalisme biculturel qui était proposé pendant ces années par de nombreux Canadiens en faveur d’une identité multiculturelle[12]. Il a essayé de justifier cette décision en disant que « le biculturalisme ne décrit pas correctement notre société ; le multiculturalisme est plus juste ». Mais Trudeau ne décrivait pas vraiment le Canada tel qu’il était dans les années 1970, un pays dont la population était à 96 % euro-canadienne. Il envisageait le multiculturalisme comme un projet d’avenir contre le passé. Le Canada n’allait pas devenir « un prototype brillant » en reconnaissant simplement sa diversité intra-européenne ou en luttant contre la discrimination à l’égard d’un petit nombre de minorités établies de longue date. Le nationalisme culturel est une source majeure de conflits humains et de dégradation des droits de l’homme des individus. Le moyen de briser le nationalisme culturel, a-t-il conclu, était de peupler la nation de cultures différentes. Hugh Forbes, un partisan du rêve de Trudeau, a fait remarquer qu’il était clair dès l’instauration du multiculturalisme officiel en 1971 que son succès « dépendrait évidemment de la diversification délibérée de la population canadienne ». [14]

Ce programme multiculturel serait inscrit dans la Charte des droits et libertés adoptée en 1982. Les plus éminents juristes considèrent la Charte comme une constitution « transformatrice » qui a élevé « au rang de loi suprême » les « valeurs fondamentales traditionnelles de la démocratie libérale, adaptées à la réalité de l’État-nation multiculturel de l’après-Seconde Guerre mondiale ». Ces mots viennent de Lorraine Weinrib, professeure à la Faculté de droit de Toronto. Elle considère avec emphase la Charte comme un document issu de la détermination des nations occidentales, après l’expérience de la Seconde Guerre mondiale, d’assurer des « garanties juridiques supérieures » des valeurs fondamentales des démocraties libérales renforcées par les normes des droits de la personne[15]. Brian Dickson, ancien juge en chef de la Cour suprême du Canada, considère également la Charte comme « l’aboutissement logique des développements canadiens dans le domaine des droits de la personne – elle s’appuie sur les codes provinciaux et fédéraux des droits de la personne et les Bill of Rights canadiens ». [16]

Selon eux, la nouveauté de la Charte, c’est que ses « aspirations transformatrices » n’étaient pas « enchaînées à l’histoire juridique canadienne », mais plutôt « transnationales », la « marque de la démocratie libérale au lendemain de la Deuxième Guerre mondiale » dans le monde occidental. L’« aspiration transformatrice » était de promouvoir la diversité et les droits de la personne au Canada par opposition à tout « code moral conservateur traditionnel fondé sur une culture, une histoire, une religion ou une ethnicité communes ». Tous les vestiges de l’identité britannique du Canada devaient disparaître, y compris l’histoire du Canada en tant que nation fondée par les Anglais et les Français.

La Charte, en particulier l’article 15, qui affirme l’égalité des droits sans distinction de race, de religion ou de sexe, représente « l’une des forces les plus importantes et les plus dynamiques sur la voie de la justice sociale ». Par experts juridiques « dynamiques », on entendait que les Canadiens pourraient s’appuyer sur les dispositions en matière d’égalité pour éliminer toutes les inégalités qui subsistent, telles que définies par les élites actuelles et futures formées dans nos universités culturelles marxistes. Ils considéraient comme acquis que les Canadiens sont un peuple en marche vers un avenir où il y aura une « justice sociale égale ». Ils n’ont jamais défini la « justice sociale », mais ont simplement tenu pour acquis que les dispositions relatives à l’égalité sont une « force dynamique » destinée à assurer le « changement social » et l’« égalité ».Qu’en est-il de la force véritablement dynamique et transformatrice qu’est l’immigration, en amenant des centaines de milliers de personnes de cultures collectivistes, en créant une réalité culturelle qui ne peut qu’influencer le sens de l’article 27, qui dit que la Charte « doit être interprétée d’une manière compatible avec la préservation et la valorisation du patrimoine multiculturel des Canadiens » ? Le Canada se retrouvera-t-il dans une situation où des groupes semi-autonomes désireux de préserver leurs caractéristiques particulières pourraient interpréter l’article 27 comme signifiant qu’ils ont le droit de préserver des caractéristiques culturelles jugées essentielles à la dignité humaine des membres de leur groupe, même si cela implique moins de respect pour le principe des droits individuels[18] ?

Je comprends qu’il serait trompeur de penser que l’article 27 accorde à chaque groupe d’immigrants le même droit constitutionnel de survivre en tant que communautés distinctes qu’il accorde aux peuples autochtones, à la minorité nationale du Québec, aux communautés confessionnelles et aux minorités francophones et anglophones. Je comprends que l’article 27 doit être considéré dans le contexte des autres droits individuels protégés par la Charte. Toutefois, la Charte accorde des droits spéciaux aux groupes culturels non européens qui peuvent prétendre qu’il y a eu, et qu’il y a toujours, discrimination et manque de possibilités pour leur expression culturelle. Le paragraphe 15(2) de la Charte stipule que le gouvernement a le droit constitutionnel « de créer des programmes spéciaux visant à améliorer la situation des personnes qui font partie de groupes qui ont toujours été victimes de discrimination au Canada ». [19]

Encore une fois, je comprends qu’il serait tiré par les cheveux de prendre ces mots pour signifier que la Charte, selon les termes de l’expert constitutionnel Joseph Magnet, accorde aux minorités immigrantes des « créances alimentaires », c’est-à-dire des droits collectifs de « maintenir intactes, indéfiniment dans le futur, les caractéristiques distinctives de l’identité qui les unissent en une société distincte ». [20]

Mais cette interprétation, à elle seule, est inadéquate, en ce sens qu’elle offre un compte rendu strictement légaliste de la signification du multiculturalisme et des droits collectifs, sans la moindre conscience de la signification sociale et philosophique plus large du multiculturalisme, de sa signification dans nos universités, nos médias, nos associations minoritaires et des milliers de publications. Elle a aussi le défaut d’ignorer la véritable « force dynamique » de l’immigration de masse et l’équilibre ethnique en rapide évolution du pouvoir au Canada. Joseph Magnet, en fait, semble être conscient que le sens de l’article 27 pourrait donner lieu à de fortes interprétations collectivistes dans l’avenir. Bien qu’il écrive d’une manière purement conceptuelle, il utilise le concept d’ethnicité structurelle pour se référer à « la capacité d’une collectivité à se perpétuer… à résister à l’assimilation, et à propager ses croyances et ses pratiques ». Il dit même que « dans la mesure où le principe de l’ethnicité structurelle est inhérent à l’article 27, cela a un impact dramatique sur les résultats du système de la Charte du Canada ». [21]

Il note que l’article 27, après tout, « est entré en vigueur sur l’insistance des… minorités immigrantes ». L’article 27 « doit être considéré comme une revendication d’un pouvoir accru de la part des minorités ethniques non protégées par des dispositions constitutionnelles historiques », à propos des minorités qui cherchent quelque chose de plus proche des « revendications alimentaires ». Il dit ensuite que les minorités immigrantes pourraient bien chercher à limiter les droits individuels afin de préserver « les caractéristiques essentielles » de leur identité culturelle. Le multiculturalisme dans la Charte pourrait modifier les normes minimales de respect de la liberté individuelle… en faveur des besoins particuliers des groupes semi-autonomes pour préserver leurs caractéristiques particulières. [23]

Il me semble que l’article 27 sera interprété différemment au cours des prochaines décennies, à mesure que les groupes d’immigrants continueront de croître de façon exponentielle et de former des enclaves ethniques au Canada. Le fait que personne ne se soucie d’offrir des délais quant à la durée pendant laquelle les immigrants auront besoin de droits collectifs spéciaux est inséparable du fait plus pertinent que personne ne se soucie d’offrir des limites quant au nombre d’immigrants qui devraient venir chaque année et quant au nombre d’années pendant lesquelles le Canada devrait être ouvert à une immigration massive.

Nous avons besoin d’une analyse scientifique adéquate des intérêts des groupes ethniques. De nombreuses études scientifiques démontrent que tous les organismes vivants survivent à l’intérieur des groupes en compétition avec les autres groupes. La coopération et la préférence au sein du groupe est une stratégie évolutive compatible avec la survie, l’amélioration et la protection de son propre troupeau, de sa famille ou de son peuple. Des dispositions aussi altruistes que le partage, la loyauté et l’entraide se manifestent principalement et intensivement au sein des groupes plutôt que vers un « nous » universel, au mépris de son peuple. L’escalade des conflits entre les groupes ethniques est plus faible lorsqu’il existe des barrières physiques entre eux. Nous savons tous que les Européens ont tendance à être plus individualistes, moins collectivistes dans leur conscience ethnique, et qu’ils ont une capacité unique de penser en termes moraux universels, d’où leur origine au siècle des Lumières, un système juridique rationnel et la méthode de la science moderne. Les non-Européens sont plus conscients de leur appartenance collective et raciale et plus enclins à pratiquer le népotisme ethnique. Les Blancs font preuve d’ethnocentrisme, mais implicitement dans leurs habitudes de vote, le choix des quartiers résidentiels et des écoles pour leurs enfants.

Les communautariens libéraux n’utilisent pas le langage de la psychologie évolutionniste, mais leur point de vue selon lequel les humains ont un besoin naturel de voir leur identité culturelle validée revient au même. Dans sa discussion sur le multiculturalisme dans la Charte, Joseph Magnet fait appel aux conclusions de la psychologie sociale pour montrer à quel point il est important pour les individus d’appartenir à un groupe de personnes ayant une culture semblable. Il dit que « les psychologues sociaux ont démontré que le moi individuel est incomplet sans intégration dans un groupe social ». Il ajoute que « l’identification volontaire à un groupe ethnique » « complète un aspect important de la personnalité ». Les attaques contre le patrimoine culturel sont donc des attaques contre les individus des membres du groupe ethnique. [24]

On peut se demander : Les psychologues sociaux ont-ils quelque chose à dire sur la façon dont les personnes anglo-canadiennes peuvent se sentir incomplètes sans intégration dans leur propre groupe culturel ? L’ethnicité anglophone est-elle un aspect important de la personnalité des individus anglophones ? Les attaques contre l’héritage culturel des Anglos sont-elles des attaques contre les membres individuels qui composent le groupe anglophone ? Magnet n’a pas un mot à dire sur la population anglophone majoritaire ou sur la population euro-canadienne en général. On suppose qu’ils n’ont pas de culture, mais qu’ils ne sont que des individus abstraits avec des droits et un programme multiculturel pour renforcer les cultures étrangères.

8. La Charte peut être utilisée pour défendre l’identité culturelle collective euro-canadienne.

Cette politique de deux poids, deux mesures contre l’identité euro-canadienne doit faire l’objet de discussions ouvertes si l’on veut que les Euro-Canadiens survivent en tant que majorité légitime au Canada. La signification du multiculturalisme, et ce que la Charte entend par multiculturalisme, sera déterminée par la proportion de non-Européens au Canada et par la volonté des Euro-Canadiens d’affirmer leur identité collective. La situation actuelle dans laquelle les Euro-Canadiens ont l’obligation de reconstruire leur culture selon les valeurs transnationales formulées par des avocats anonymes des droits de la personne et des universitaires mondialistes, alors qu’on s’attend simultanément à ce qu’ils « comprennent » l’appartenance des minorités aux « besoins humains » à un groupe culturel, ne peut plus durer longtemps.

Si nous voulons surmonter cette politique de deux poids, deux mesures, l’article 27 doit être interprété d’une manière « compatible avec la préservation et l’amélioration » de la culture de tous les groupes ethniques du Canada, y compris les Euro-Canadiens. La Loi sur le multiculturalisme stipule clairement que « tous les citoyens », y compris les Euro-Canadiens, « sont égaux et ont la liberté de préserver, d’améliorer et de partager leur patrimoine culturel ». La fondation du Canada par des Euro-Canadiens fait partie de cet héritage. Dans la mesure où le multiculturalisme utilise le langage des droits collectifs pour garantir la survie des groupes « minoritaires », il s’ensuit que les Euro-Canadiens ont le droit d’utiliser le multiculturalisme pour « préserver » leur identité en tant que groupe au Canada confronté à des modèles d’immigration qui les réduisent rapidement à une minorité démonisée.

L’establishment veut cacher cette réalité constitutionnelle aux Euro-Canadiens. Les conservateurs mondialistes veulent que les Euro-Canadiens agissent en tant qu’« individus » sans droits de groupe tout en mendiant lamentablement des masses d’immigrants qui arrivent chaque année pour « adopter » cet individualisme. Ils sont inconscients du fait que les immigrants viennent de cultures collectivistes et que les immigrants de deuxième génération ne s’assimilent qu’à un ensemble de nations déracinées, mondialistes et anti-blanches. Ils ne comprennent pas que les tendances démographiques actuelles feront pencher l’équilibre du pouvoir ethnique de façon décisive en faveur des groupes qui poursuivent des intérêts ethniques en concurrence avec les Euro-Canadiens. Comme les Asiatiques, les Noirs, les Autochtones, les Indiens, les Chinois et les non-Blancs expriment généralement pleinement leurs droits constitutionnels de groupe dans les modèles de vote ethnique et par la création d’associations, de clubs et d’églises, les Euro-Canadiens n’auront d’autre choix que d’affirmer leur droit constitutionnel à participer à la « politique de l’identité blanche ».

References

[1] This paper draws on my book, Canada in Decay: Mass Immigration, Diversity, and the Ethnocide of Euro-Canadians (Black House Publishing Ltd, 2017).

[2] Will Kymlicka, Multicultural Citizenship: A Liberal Theory of Minority Rights (Oxford University Press, 1995), pp. 8, 84, 90.

[3] Keith Banting and Will Kymlicka, ‘Canadian Multiculturalism: Global Anxieties and Local Debates,’ British Journal of Canadian Studies, vol. 23, no. 1 (2010), p. 60.

[4] I discuss civic and ethnic nationalism in ‘The Greek-Roman Invention of Civic Identity Versus the Current Demotion of European Ethnicity.The Occidental Quarterly (Vol. 15, No. 3, Fall 2015).

[5] Cited in Michael Jonas, ‘The Downside of Diversity’ The Boston Globe (August 5, 2007. Since Putnam’s research came out in 2006, many studies have followed addressing the effects of immigration and diversity on community cohesion, trying to paint as pleasant an image of diversity as the academic establishment expects to see, but releasing data which actually show that diversity has resulted in a decline in social capital, community trust, and overall civic engagement. I offer an overview of these studies in ‘Steven Pinker’s Anti-Enlightenment Attack on White Identitarians’, The Occidental Quarterly (Vol. 18, No. 2, Summer 2018); and in ‘Diversity is Destroying the Cohesion and Social Capital of Western Nations’, in Council of European Canadians (November 10, 2017), https://www.Euro-Canadian.ca/2017/11/diversity-destroying-cohesion-social-capital-whites.html.

[6] Janet Ajzenstat, The Canadian Founding: John Locke and Parliament (McGill-Queen’s Press).

[7] Will Kymlicka, ‘Multiculturalism: Success, Failure, and the Future’ Migration Policy Institute, Reports (February 2012), https://www.migrationpolicy.org/research/TCM-multiculturalism-success-failure.

[8] Ibid. See also Finding Our Way, Rethinking Ethnocultural Relations in Canada (Oxford University Press, 1998), where he writes about a Canada that will ‘never again … be white … a British country.’ (p. 57).

[9] Will Kymlicka, ‘Multiculturalism: Success, Failure, and the Future’.

[10] I am drawing on Carl Schmitt’s critique of liberalism; see Ricardo Duchesne, ‘Carl Schmitt is Right: Liberal Nations Have Open Borders Because They Have No Concept of the Political’, The Occidental Quarterly (Vol. 17, No. 1, Spring 2017).

[11] Pierre Trudeau, ‘The New Treason of the Intellectuals’. This essay, originally published in Cité Libre in 1962, is now available online, https://docs.google.com/document/d/1CChvPQwRJWj02WN3nur7jKr9nwj8aBgPKzSliSIbMpY/edit?pli=1#heading=h.gwl098qh9ien.

[12] Ibid.

[13] Cited in ‘Trudeau as the First Theorist of Canadian Multiculturalism,’ in Stephen Tierney, editor, Multiculturalism and the Canadian Constitution (UBC Press, 2007), p. 30.

[14] Ibid, p. 38.

[15] Lorraine E. Weinrib, ‘The Canadian Charter’s Transformative Aspirations,’ in Magnet et al. The Canadian Charter of Rights and Freedoms: Reflections on the Charter After Twenty Years (Butterworths, 2003), p. 18.

[16] Brian Dickson, ‘The Canadian Charter of Rights and Freedoms: Context and Evolution,’ in Beaudoin and Mendes, Eds. The Canadian Charter of Rights and Freedoms (Carswell, 1996), chapter 1, p.19.

[17] Lorraine E. Weinrib, ‘The Canadian Charter’s Transformative Aspirations’.

[18] http://publications.gc.ca/collections/Collection/CH37-4-3-2002E.pdf.

[19] Ibid.

[20] Joseph Eliot Magnet, ‘What Does ‘Equality Between Communities’ Mean?’ in Magnet et al. The Canadian Charter of Rights and Freedoms: Reflections on the Charter After Twenty Years (Butterworths, 2003), p. 282.

[21] Joseph Eliot Magnet, ‘Multiculturalism in the Canadian Charter of Rights and Freedoms,’ in Beaudoin and Mendes, Eds. The Canadian Charter of Rights and Freedoms (Carswell, 1996), Chapter 18.

[22] Ibid.

[23] Ibid.

[24] Ibid.

[25] https://laws-lois.justice.gc.ca/eng/acts/C-18.7/page-1.html.

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