L’Internet russe : le nouveau champ d’expression de l’ultra-droite européenne et américaine

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Le bannissement, ces derniers jours, de nombreux comptes et sites suprémacistes et néonazis américains – dont le Daily Stormer – par les géants du Net Google, Facebook, Airbnb, Twitter, oblige l’extrême droite américaine, l’alt-right, à se replier vers un environnement internet moins populaire mais plus permissif.

L’attention sur la Russie, en tant qu’espace d’expression paradoxal pour les mouvements nationalistes américains et européens, est toute récente et vient de la tentative – après les affrontements à Charlottesville, en Virginie – du controversé site jeune et néonazi The Daily Stormer d’y trouver refuge après sa suppression de la Toile.

Depuis longtemps, cependant, les réseaux sociaux russes accueillent tous les points de vue tant qu’ils ne font pas peur au Kremlin – ou arrange à celui-ci de connaître.

Ainsi, il n’est pas étonnant de trouver, sur Vkontakte par exemple (« le Facebook russe »), des communautés dédiées à Hitler, Staline, Beria, Degrelle, aux nationalistes ukrainiens de l’OUN ou d’Azov, à l’Armée orthodoxe russe, à la « musique australienne, américaine et canadienne nationaliste », aux « aryan girls » ou aux nationalistes lorrains et texans.

« Un pays de toute façon plein d’extrémistes », observe un avocat russe

Le nombre de membres de ces groupes et pages va d’une simple dizaine à plusieurs centaines de milliers (730 000 pour Poutine, 110 00 pour le régiment paramilitaire ukrainien Azov, 46 000 Staline, 32 000 Hitler, 26 000 Trump, 18 000 les Aryan Girls, 1300 Marine Le Pen, 540 Léon Degrelle, 25 pour les nationalistes arméniens). La page récente du Daily Stormer sur Vkontakte compte 350 fans.

Si certaines communautés sont peuplées en majorité ou quasi exclusivement de membres russophones, il y en a de créés visiblement par et pour des étrangers vivant aux Etats-Unis, en Allemagne, Suède et dans d’autres pays.

Dans une conversation avec les journalistes du site Meduza, un journal d’opposition russe basé à Riga en Lettonie, qui l’invitait à commenter les déclarations de l’ultra-droite américaine selon laquelle le réseau social russe offrait « moins de censure », le secrétaire de presse du réseau social Vkontakte, Evgeny Krasnikov, a avancé que la plateforme n’entendait pas supprimer des comptes au seul motif qu’ils soutiennent des points de vue nationalistes. Seulement « s’il y a des appels à la cruauté, à la violence, ou si du matériel interdit est partagé, il seront bloqués », a-t-il expliqué.

En Russie, les propos extrémistes, les images et symboles fascistes y compris la croix gammée, sont réprimées par la loi et, théoriquement, un étranger publiant de l’étranger sur un site russe une opinion condamnable pourrait être amené devant les tribunaux. Dans la pratique, comme le souligne l’avocat du groupement des droits de l’homme « Agora » Damir Gainutdinov, interrogé par Meduza, ça ne s’est jamais fait.

« La publication d’une croix gammée est un délit administratif, le délai de prescription est de trois mois », et de toute façon « le pays est plein d’extrémistes », explique-t-il en substance. « Le maximum qui peut être obtenu est le blocage du contenu. C’est simple et bon pour les statistiques », il conclut désabusé.

Interrogé récemment par l’AFP, Alexandre Verkhovski, le directeur du centre Sova qui étudie la xénophobie et le nationalisme en Russie, explique la présence grandissante des groupes d’extrême-droite américains sur les réseaux sociaux russes par la facilité avec laquelle ils peuvent se cacher et la faiblesse du contrôle. Les groupes suprémacistes américains « ne sont pas délibérément encouragés par la Russie mais on ne se soucie pas du tout d’eux, ils ne sont pas d’ici et les (Russes) ne lisent pas l’anglais », il ajoutait.

Outre The Daily Stormer, des groupes suprématistes américains comme le National Socialist Movement ou la League of the South disposent désormais d’une page VK, ce dernier l’expliquant par « l’augmentation de la censure sur Facebook ».

« Quitter Facebook pour Vkontakte devient une tendance pour l’alt-right »

Des utilisateurs étrangers à la Russie interrogés par Meduza ont expliqué leur motivation à rejoindre Vkontakte. Parmi eux Henry, un résident de Houston, Texas, créateur de deux groupes nationalistes sur le réseau social russe qui s’est enregistré en juin 2016. « J’ai été amené ici par la censure interne sur Facebook. Là, selon les règles du réseau social, il y a beaucoup de choses dont vous ne pouvez pas parler – et les publier. Par exemple, une vision alternative de l’Holocauste, des Juifs, du racisme, de la maçonnerie. Vous ne pouvez même pas écrire un article sur Adolf Hitler », a-t-il déclaré.

Dans un groupe créé par Henry, il y a 100 personnes, dans l’autre 450. Dans le même temps, il dirige une communauté fermée sur Facebook, qui compte 1300 membres – mais note que seul dans VKontakte il peut écrire ce que Facebook interdit. Le dernier blocage du compte de Henry sur Facebook a duré plusieurs mois.

« Quitter Facebook pour Vkontakte devient une tendance pour les nationalistes. Il n’y a pas beaucoup de censure ici, bien que récemment deux de mes amis aient perdu leurs pages en raison de messages inappropriés », dit-il.

Henry admet qu’il sait qu’en Russie on peut être emprisonné pour des déclarations extrémistes sur Internet et s’y oppose: « Je suis contre toute forme de censure, nous devons défendre la possibilité de discuter. Vous ne pouvez pas simplement interdire aux autres d’exprimer leur point de vue. »

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