En Biélorussie, Loukachenko face au spectre d’une « révolution à la roumaine »

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© DR. Sur fond de crise économique la grogne monte contre le régime autoritaire du président Alexandre Loukachenko. Un commentateur prédit le risque d'une révolution "à la roumaine". Photo: révolution roumaine de 1989.

Sur fond de crise économique, la grogne monte contre le régime autoritaire du président Alexandre Loukachenko. Depuis le 17 février, des manifestations se succèdent dans plusieurs villes biélorusses, bravant les interdictions et les arrestations musclées. Pour un journaliste d’opposition le scénario d’une révolution, non pas à la Maïdan comme en Ukraine, mais « à la roumaine » se précise.

« Le président Loukachenko réagit aux manifestations populaires de manière totalement inadéquate », analyse Dmitry Galko, journaliste d’opposition très connu du site BelarusPartisan. « Son régime pense qu’il doit prendre des mesures pour repousser l’éventualité d’un Maïdan de style ukrainien alors que ce cas de figure est impossible en Biélorussie ». Par conséquent, un scénario plus horrible approche, impliquant « un soulèvement populaire spontané ».

Sur le portail de BelarusPartisan, le commentateur biélorusse affirme qu’il n’existe que « trois scénarios de sortie de l’impasse actuelle: l’introduction de la loi martiale, une véritable révolution, enfin « de larges concessions à la société civile, c’est-à-dire une transformation significative du système et transition vers le dialogue ».

Seul le troisième scénario apporterait quelque chose de positif pour la Biélorussie « mais si les autorités choisissent le premier (ndlr: la loi martiale) alors les évènements iront rapidement à la seconde (ndlr: une révolution). Et cette seconde, à son tour, à une tentative d’occupation du pays par l’allié maudit [ndlr : à comprendre la Fédération de Russie] avec tous ses charmes attendus », prévoit Dmitry Galko.

Localisation de la Biélorussie. Source: CIA World Factbook

Loukachenko se trompe en anticipant un Maïdan à la mode ukrainienne

Mais le régime Loukachenko ne se prépare à aucun de ces trois scénarios, poursuit-t-il. Il se prépare à «un quatrième : la répétition en Biélorussie d’un Maïdan à l’ukrainienne», une éventualité «dans nos conditions complètement irréaliste ».

Beaucoup de gens supposent que le Maïdan ukrainien était une révolution. Mais ce n’était pas le cas, selon l’analyste biélorusse. « Il s’est transformé en un soulèvement qui s’est terminé par la fuite de Ianoukovytch et l’effondrement du parti au pouvoir des Régions, deux mois après son lancement ».

Les événements ont duré si longtemps, poursuit-il, «non pas parce qu’une masse critique de personnes n’est pas venue dans les rues », capable de renverser le régime qui se trouvai à Kiev mais plutôt parce que les Ukrainiens du Maïdan n’ont pas fixé comme but son renversement.

« Malgré les affirmations des adversaires de la révolution ukrainienne, poursuit Dmitri Galko, en fait le Maïdan a été un instrument de pression de l’opposition sur les autorités, une scène publique en parallèle de négociations en coulisses ». Et finalement l’opposition ukrainienne a opposé au pouvoir en place quelque chose de plus radical pour achever la fin.

L’opposition ukrainienne « a obtenu une victoire politique avec des coûts minimes. Les dirigeants politiques du Maïdan étaient une opposition non au sens biélorusse du mot, c’est-à-dire non pas un groupe semi-souterrain et persécuté de dissidents, mais une partie du système de pouvoir en Ukraine. »

« À un certain moment », les politiciens de l’opposition étaient prêts à parvenir à un accord avec Ianoukovytch. « Mais le président ukrainien a pris peur et s’est enfui et le pouvoir est passé entre les mains de la foule. Quand cela s’est produit, se remémore Dmitri Galko, « le Maïdan a commencé à passer d’un levier de négociation à un soulèvement. »

«Il est pratiquement impossible de lutter contre un soulèvement populaire général»

© DR. Alexandre Loukachenko, souvent qualifié de « dernier dictateur d’Europe » en référence à la restriction continuelle des libertés publiques dans son pays, est au pouvoir depuis 23 ans.

Mais en Biélorussie « il n’y aura pas de Maïdan car il n’y a pas de politique en Biélorussie, pas de place pour des négociations, pas de sujet de négociation, et personne ne peut s’entendre ». Cela ne veut pas dire « que nous n’aurons pas de révolution. Au contraire, les révolutions peuvent survenir en quelques jours au moment où l’occasion se présente.

«Il est pratiquement impossible de lutter contre un soulèvement populaire général», souligne Dmitri Galko, à moins que vous ayez autant de chars qu’en Chine. « Mais pour cela, il faut être la Chine. Et la Biélorussie n’est pas la Chine.  »

Une révolution biélorusse ne peut être empêchée «que par de larges concessions à la société, qui bouillonne d’insatisfaction. L’utilisation de plus de répression ne fonctionnera pas. Au contraire, une telle démarche ne fera qu’accélérer les choses ».

Selon Dmitri Galko, «il serait préférable que les autorités [de Minsk] gardent en tête une image non pas de Kiev en 2013-2014, mais plutôt de la révolution roumaine de 1989 qui a commencé plus que soudainement, n’a duré qu’une semaine et s’est terminée comme chacun le sait d’une façon brutale pour le régime au pouvoir ».

«Parmi les pays d’Europe de l’Est de l’ex camp socialiste, poursuit-il, la Roumanie a été la moins démocratique ou la plus dure. Donc le renversement du communisme a été là-bas rapide et extrêmement sanglant. »

Et de conclure: «plus les régimes du camp socialiste étaient de velours, plus les changements se sont fait pacifiques. Il s’agit d’un schéma tout à fait logique », sur lequel les Biélorusses en général et Alexandre Loukachenko devraient penser, surtout quand la population est si insatisfaite et en colère.

 

Source : traduction libre d’un article (en anglais) paru dans Eurasia Review / Paul Goble

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