Moscou met en scène ce qu’elle appelle « l’islamisation rampante du sud-est de l’Ukraine »

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L’une des raisons pour lesquelles certains Russes voudraient que la Russie, l’Ukraine et le Bélarus forment un seul État est que le pourcentage de musulmans dans les deux pays non russes est nettement inférieur à celui de la Russie, ce qui retarderait le jour où les musulmans vont défier les Russes pour obtenir une position dominante dans la Fédération de Russie.

Même l’Anschluss de la Crimée de Vladimir Poutine a travaillé dans cette direction parce que, malgré la présence des Tatars de Crimée musulmans, une Fédération de Russie, y compris incluant cette annexion illégale, est devenue un peu moins musulmane qu’avant 2014, d’autant plus que de nombreux Tatars de Crimée ont quitté la péninsule ukrainienne pour d’autres endroits d’Ukraine.

Mais maintenant que les conditions se sont stabilisées au front, Moscou et les Ukrainiens pro-Moscou agitent la menace islamiste supposée en Ukraine, non seulement pour dénigrer les Tatars de Crimée que les Russes accusent de sympathie islamiste, mais aussi pour diviser les Ukrainiens, encourager les Russes à lutter contre Kiev et décourager l’Occident de soutenir l’Ukraine.

Sergey Arafonov, sur le portail Svobodnaya pressa sous le titre provocateur « Ce qui se cache derrière l’islamisation rampante de l’Ukraine » (svpressa. ru/society/article/187243/), donne un exemple emblématique de ces commentaires russes.

Selon le journaliste russe, « le facteur islamique se fait de plus en plus connaître [en Ukraine] et surtout dans les régions du sud-est » de ce pays. Certains de ces facteurs reflètent l’afflux des Tatars de Crimée, mais d’autres eux impliquent des musulmans de nationalité slave ou originaires de pays du Moyen-Orient qui cherchent à recruter pour l’Etat islamique.

Dans certains endroits, dit Arafonov, « l’islamisation se déroule avec audace et en pleine visibilité publique comme dans l’oblast de Kherson », mais dans d’autres, elle se développe comme si elle était souterraine, attendant son heure avant de sortir. Aleksey Zhuravko, député pro-Yanoukovitch à la Verkhovna Rada de 2006 à 2012, affirme que les relations entre musulmans et ukrainiens sont souvent « pauvres ».

Il y a des groupes caucasiens qui se sont battus en Syrie et des groupes de Tatar de Crimée qui veulent lutter contre la Russie. Certains recrutent activement, d’autres s’entraînent, mais tous sont dangereux, selon le politicien pro-Moscou.

Aleksandr Aleksandrovsky, un dirigeant antimaidan à Kharkiv, ajoute que « le nombre de musulmans dans les grandes villes a considérablement augmenté. A Kharkiv et Odessa, il y a de grandes diasporas syrienne et libanaise. Ils sont épris de paix  » car ils soutiennent le président syrien Assad et donc aussi la Russie.

Mais les Libyens, les Irakiens et les Tunisiens, poursuit-il, sont une autre affaire. Ils sont hostiles à la Russie comme on peut le voir sur « les graffitis islamiques » dans les rues des villes ukrainiennes. Ils veulent se battre pour l’Etat islamique et le khalifat, et à l’occasion ils vont coopérer avec les forces ukrainiennes anti-russes à cette fin, une alliance -il suggère- qui n’est pas toujours facile.

L’agence ukrainienne de sécurité a raison, dit Aleksandrovsky, que de tels groupes existent et recrutent pour l’Etat islamique, mais la SBU a prouvé son impuissance en ne pouvant pas empêcher que cela se produise.

Source: traduction d’un article (en anglais) paru sur Window on Eurasia / Paul Goble

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