Moscou se prépare à remplacer ses forces au Donbass par des militaires «privés», suggère un analyste de Kiev

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La Douma d’Etat va bientôt adopter un projet de loi visant à régulariser le statut des compagnies militaires « privées », même si ces mercenaires sont interdits par la loi russe. Selon Alexeï Kaftan, observateur de Kiev, le Donbass ukrainien est l’un des premiers endroits où ils pourraient être déployés.

Dans le Delovaya stolitsa d’aujourd’hui, il dit que la manière dont la nouvelle loi a été proposée est une réponse russe à la déclaration de la Verkhovna Rada ukrainienne selon laquelle Moscou est en occupation du territoire ukrainien.

Ce lundi, rapporte Kaftan, le ministre russe des Affaires étrangères Sergey Lavrov a exprimé son opinion « personnelle » que la Russie a besoin d’une loi régissant les entreprises militaires privées afin que les personnes qui y participent soient « dans le domaine juridique et donc défendus » par le pouvoir de l’Etat.

Mercredi, un haut responsable de la Douma a déclaré que le Parlement russe allait examiner un projet de cette mesure plus tard ce mois-ci, une indication d’après Kaftan qu’une version finale existe ou est sur le point d’être rédigée. Et hier, le porte-parole de Poutine a soutenu l’idée [d’une nouvelle législation], mais a noté qu’elle ne relevait pas de la compétence du Kremlin et n’était donc pas une initiative du Kremlin.

Il y a de bonnes raisons à la retenue publique du Kremlin, poursuit Kaftan. Après avoir commencé l’agression contre l’Ukraine, la Russie s’est impliquée dans une série de guerres locales (Syrie, Soudan, Afghanistan et Libye) dans lesquelles l’application des forces armées [régulières] est difficile ou indésirable. C’est pourquoi elle veut pouvoir faire appel à des entreprises militaires privées.

La mort d’un employé de compagnie militaire privée attirera moins l’attention et l’inquiétude parmi les Russes, mais Moscou a un problème: son « instrument préféré de la géopolitique du Kremlin est illégal dans la Fédération de Russie ». Le paragraphe 359 du Code pénal prévoit une peine de trois à sept ans de prison pour ceux qui participent à des conflits armés en tant que mercenaires.

Bien sûr, Kaftan continue, dans le cas de la Russie,« le terme ‘privé’… est une figure de style » parce que si Moscou organise ces milices privées, elles ne sont pas privées, et si elle ne les organise pas, elles ne sont pas légales. « En fait, celles-ci seraient des sociétés d’État avec une façade « privée » travaillant dans l’intérêt du FSB et du GRU. » Ce que Moscou va faire, c’est rendre ça officiel.

Comme le député de la Douma qui pousse en avant la légalisation des compagnies privées le fait remarquer,« la loi permettra aux employés des entreprises militaires privées de participer à des opérations antiterroristes à l’étranger et à des actions de défense de la souveraineté des gouvernements alliés contre l’agression extérieure ». Ils peuvent également être utilisés pour défendre des « objets divers » comme les puits de pétrole et de gaz et des chemins de fer.

Dans certains de ces cas, ils seront en concurrence plus ou moins ouverte avec les unités militaires russes régulières. Mais « il y a un créneau dans lequel les compagnies militaires privées russes seront au-delà de toute concurrence. » Ruslan Leviyev, le chef du Conflict Intelligence Team, dit qu’ils peuvent être utilisés dans « les républiques autoproclamées du Donbass, de l’Abkhazie, de l’Ossétie du Sud et des pays d’Asie centrale ».

Ce n’est probablement pas une coïncidence si cette discussion a commencé à Moscou à la veille de la discussion à la Verkhovna Rada ukrainienne d’une loi sur la réintégration du Donbass.« Le gouvernement russe semble avoir décidé qu’il « retirera officiellement » les forces du ministère de la Défense et du FSB de cette région ukrainienne et utilisera plutôt des « compagnies militaires privées ».

Mais Moscou fait une grosse erreur si elle pense pouvoir s’en tirer comme ça, conclut Kaftan. En veillant à ce que les compagnies militaires privées fassent partie du domaine juridique russe, le gouvernement russe a fait en sorte que tout le monde reconnaisse que «Moscou n’en demeure pas moins responsable de ses actes ».

Source: traduction d’un article (en anglais) paru sur Window on Eurasia / Paul Goble

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