Pourquoi les attaques à l’acide ont doublé au Royaume-Uni

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Adele Bellis, 24 ans, qui a été marquée à vie par une attaque à l'acide orchestrée par son ami violent. Capture écran vidéo.

L’utilisation de liquides corrosifs pour défigurer les personnes à vie devient de plus en plus populaire outre-Manche. Plus une semaine ne passe sans qu’une attaque de ce genre soit signalée. La police métropolitaine a dévoilé des statistiques frappantes. Les attaques à l’acide sont notamment commises entre gangs londoniens.

Dans les premières heures du lundi de Pâques lors d’une nuit glorieuse dans une boîte de nuit dans l’Est de Londres, le « Mangle », une vingtaine de personnes ont été sprayées avec de l’acide. L’attaque – qui s’est déroulée pendant une altercation au sujet de drogue entre deux groupes d’hommes -, a provoqué l’évacuation de 600 invités, y compris les stars de télé-réalité de la série TOWIE et des mannequins et fiancées de footballeurs. Bilan : vingt-deux victimes souffrant de graves brûlures qui nécessiteront des soins à vie, dont deux (une jeune femme de 22 ans et un jeune homme de 24 ans) qui ont partiellement perdu la vue, et d’autres personnes qui ont également dû être hospitalisées suite aux effets du produit toxique.

En relation avec cette affaire, une trentaine de policiers sont parvenus à appréhender dans le Northamptonshire un certain Arthur Collins, après cinq jours de cavale, un ouvrier du bâtiment de 24 ans, qui n’est autre que le petit ami de la star du soap opéra britannique Ferne McCann, ancienne Miss Essex (2012). La police a dû faire usage d’un « taser » pour maîtriser le suspect qui tentait la fuite après avoir sauté d’une fenêtre. Il a été écroué pour 14 chefs d’accusations de lésions corporelles graves et présomption de tentative de meurtre.

Une attaque à l’acide affectant un tel nombre de personnes est rare, mais l’utilisation de produits chimiques nocifs – ou de «face melters » (« défigurants ») – comme arme de choix est maintenant horriblement fréquente au Royaume-Uni. Selon les chiffres publiés par la police métropolitaine, il y a eu une forte augmentation du nombre d’attaques signalées à Londres. Depuis 2010, un total de 1 800 agressions à l’acide ont été enregistrées. Leur nombre a même explosé en 2015 (261) et 2016 (454). Cette augmentation se reflète à l’échelle nationale, avec un nombre croissant de personnes traitées dans les hôpitaux et incidents signalés à la police à travers le Royaume-Uni.

Progression des cas d’attaques à l’acide à Londres de 2012 à 2016. Source: Metropolitan Police.

L’attaque du Mangle a été l’une des quatre attaques de ce genre en l’espace de seulement 11 jours à Londres pendant les vacances de Pâques. Le 8 avril, une famille chinoise locale se promenait avec un enfant de deux ans dans une poussette à Islington, au nord de Londres, lorsque de l’acide a été jeté sur eux. Criant de douleur, ils ont été rincés à l’eau par les passants. Le père de 40 ans a subi des «blessures graves», sa femme et son enfant des blessures plus légères.

Moins d’une semaine plus tard, un homme d’une vingtaine d’années roulait dans son Audi S3 à Bow, à l’est de Londres. Il a été embouti par derrière par un quatre roues motrices blanc. Quand il est sorti pour inspecter les dégâts, il a été pulvérisé au visage avec de l’ammoniaque et poussé au sol avant que les « carjackers » ne s’enfuient avec son véhicule. Mercredi dernier, deux jours après l’incident du Mangle, un adolescent a subi des brûlures graves sur son visage et son cou après que lui et une amie fussent atteints d’acide à Fulham, à l’ouest de Londres.

C’est un phénomène assez choquant, mais regardez seulement en février: cinq attaques d’acide, toutes dans un petit rayon autour de l’est de Londres et de l’Essex – une zone qui semble être l’épicentre des attaques d’acide en Grande-Bretagne. Il y a eu l’attaque dans un train à Barking, d’un jeu de football amateur et ensuite d’une école secondaire à Dagenham. Plus deux vols de voitures à l’aide d’acide à Essex, y compris celui dont a été victime l’ancien boxeur Michael Watson à Chingford. En novembre 2016, un homme d’affaires britannique d’origine pakistanaise a été aspergé au visage d’une bouteille de Lucozade dans une attaque raciste par un gang de 14 adolescents à Dagenham.

Dans son « Évaluation de la menace 2017 », les autorités de Thurrock dans l’Essex ont mentionné que les attaques d’acide sont «une préoccupation nouvelle et croissante dans la violence liée aux gangs». En février, il y a eu sept attaques à l’acide dans l’arrondissement de Havering en seulement trois semaines. En mai de l’année dernière, Alexander Bassey, âgé de 17 ans, a été condamné à huit ans de prison pour « lésions corporelles graves » après avoir aspergé cinq adolescents avec de l’acide d’une bouteille à la gare Ockendon. Et la liste est longue.

Les attaques à l’acide ne sont pas nouvelles. La substance était une arme populaire dans la Grande-Bretagne victorienne, principalement parce que l’acide sulfurique était alors produite à l’échelle industrielle. Elle a également été utilisée comme un outil d’intimidation dans la Grande-Bretagne des gangs, apparaissant dans le film Brighton Rock sous la forme d’une petite bouteille portée par le gangster anti-héros Pinkie Brown. Dans l’Asie du Sud-Est, où les attaques d’acide sont peu répandues, elles sont avant tout une arme de violence domestique ou appelée violence « d’honneur », par des hommes contre des femmes. Il est difficile d’imaginer une manière plus malveillante de ruiner la vie de quelqu’un.

Mannequin et présentatrice de télévision, Katie Piper a été défigurée par une attaque à l’acide. Capture écran.
Parmi les attaques les plus vicieuses et dommageables se trouvent celles à l’acide, dont plusieurs femmes comme Katie Piper ont été victimes. Image DR.

Au cours des dernières années, il y a eu quantité d’incidents épouvantables en Grande-Bretagne: un homme défiguré dans un cas de méprise d’identité à Cornwall, la présentatrice de télévision Katie Piper, attaquée par un homme qui l’avait violée, un homme qui gardera de terribles cicatrices au visage après une attaque devant un cinéma dans le Sussex, et un investigateur des gangs du journal le Sun, arrosé d’acide à son domicile à Glasgow. Mais maintenant, ce qui n’était qu’un filet d’attaques s’est transformé en une inondation.

Le 22 mai 2016, à Ockendon station, dans l’Essex, une caméra de sécurité enregistre l’agression à l’acide de cinq jeunes hommes âgés de 16 à 22 ans par l’un de leur ami âgé de 17 ans. Ce dernier sera condamné à huit ans de prison. Certaines victimes portent des cicatrices à vie. Image : British police transport.

Il y a une raison pour laquelle l’acide devient de plus en plus une arme de choix en 2017. Contrairement aux victimes britanniques médiatisées telles que Piper et Naomi Oni – une vendeuse à Victoria’s Secret qui a été attaquée par une ami jalouse portant un niqab -, la nouvelle vague d’agressions chimiques nocives en Grande-Bretagne est maintenant menée principalement par des jeunes hommes sur d’autres jeunes hommes – principalement des criminels de bas niveau qui utilisent l’acide comme outil de revanche et pour régler de petits conflits.

Pour les jeunes délinquants armés opérant dans le cadre de mesures de répression accrues contre les couteaux et les armes à feu, une arme chimique présente un avantage: elle peut être portée incognito dans une bouteille de boissons gazeuses et est légale, économique et facile à saisir. L’acide sulfurique, par exemple, sous forme de nettoyeur de drain, peut être acheté pour 1 £ (1.14 euro) dans n’importe quel magasin de bricolage. Mais surtout, l’acide est une arme avec un impact particulièrement épouvantable.

« L’intention principale d’une attaque acide n’est pas de tuer, mais de laisser son empreinte sur un adversaire – de défigurer quelqu’un pour que tout le monde puisse le voir. C’est pourquoi le visage est souvent la cible », indique Jaf Shah, de l’organisme de bienfaisance Acid Survivors Trust International basé à Londres. « L’élément choquant à propos des attaques à l’acide c’est qu’ils sont terriblement prémédités: l’auteur est conscient de l’impact physique et psychologique profond que ces produits chimiques auront sur la victime lorsqu’ils l’achèteront. C’est ce qui rend cette arme si bouleversante ».

Les attaques à l’acide ont des liens étroits avec le monde de la drogue en Grande-Bretagne. En juin de l’année dernière, deux frères ont été emprisonnés après avoir jeté une bouteille de produit sanitaire One Shot sur Carla Whitlock à Southampton pour se venger d’une transaction de drogue qui avait mal tourné. Le juge a qualifié leur action de «barbarie médiévale» et l’acide utilisée comme une arme «pernicieuse et diabolique». En 2009, un témoin clé dans un procès pour meurtre impliquant des adolescents actifs dans le trafic de drogue dans sud de Londres a été attaqué à l’acide après avoir témoigné.

C’est une arme utilisée par les gangs « going country » pour vendre de la drogue dans des villes situées à l’extérieur de Londres. En juin, un dealer de Peckham qui a vendu du crack dans l’Essex a jeté de l’acide à la face d’un membre de gang rival à Westcliff. En 2015, les membres de gangs de Londres qui vendaient de la drogue à Boscombe, dans le Dorset, ont aspergé de l’ammoniaque au visage de deux hommes dans ce que la police a qualifié de «crime lié à la drogue».

« Dans le monde criminel, détruire le futur d’un ennemi en le défigurant, c’est gagnant. C’est une évolution horrible ».

La capacité de l’acide à susciter la peur est puissante. En dépit de si terribles blessures, la plupart des victimes d’agressions à l’acide ne cherchent pas la justice, de peur de rétorsions. Une étude menée dans une unité régionale pour brûlés dans l’Essex a révélé que seulement neuf victimes sur 21 ont poursuivi des accusations criminelles contre leurs agresseurs. Selon les chiffres publiés par la police de Londres, les trois quarts des enquêtes policières sur les attaques à l’acide sont abandonnées parce que les victimes ne veulent pas nommer les auteurs ou porter des accusations.

Des militants comme Shah affirment que des contrôles beaucoup plus stricts devraient être mis en place pour contrôler la vente d’acides puissants et d’autres produits chimiques nocifs. Il souhaite un système de licence garantissant que l’identité des personnes qui achètent ces produits soient enregistrés. Il existe également la possibilité d’introduire une interdiction de vente d’acide aux moins de 18 ans, en s’inspirant de la Loi de 1985 sur l’approvisionnement en substances toxiques, créée pour faire face à la hausse d’inhalation de vapeurs de colle et de gaz dans les années 1970 et 1980.

« L’acide est maintenant une arme à la mode pour les criminels et les gangs qui veulent exercer un contrôle sur les gens et garder en ligne de mire ceux susceptibles d’attaques de vengeance », explique le Dr Simon Harding, un expert en gangs à l’Université de Middlesex. « Les jeunes membres de gangs sont toujours à la recherche d’un moyen de gagner de la notoriété et du « capital de rue ». Dans le monde criminel, détruire le futur d’un ennemi en le défigurant, c’est gagnant. C’est une évolution horrible. »

Comme la colle et le gaz, si les gens veulent s’accrocher à l’acide, ils le feront. Malheureusement, plus la police empêche les couteaux et les armes à feu de circuler plus les produits chimiques les plus corrosifs seront utilisés comme méthode de règlement de différends, répandant la peur et, de la manière la plus lâche possible, laissant une marque.

 

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Source : traduction libre d’un article (en anglais) paru sur VICE

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