Pour la première fois, un radical islamiste a attaqué des Russes ethniques au Daghestan

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Au Daghestan, cinq morts dans un attentat revendiqué par l'EI
Un homme a ouvert le feu et tué cinq femmes à Kizliar, dans le nord du Daghestan, république instable du Caucase.

La fusillade qui a coûté la vie à cinq personnes dans une église orthodoxe russe de Kizlyar il y a une semaine représente une nouvelle escalade dangereuse au Daghestan. Pour la première fois, un radical islamiste y a attaqué les Russes de souche en tant que groupe, une manifestation apparente contre le nouveau gouverneur russe destiné à faire fuir les Russes du Caucase du Nord.

Magomed Shamkhalov, un commentateur pour le portail OnKavkaz, dit que « l’attaque cynique » a probablement été organisée par « les forces qui ont perdu l’accès » à voler le budget et est donc compris par les Daghestanais comme « une attaque contre Vladimir Vasiliyev, le nouvel homme fort de Poutine à Makhachkala, la capitale de cette république.

Le tireur, identifié comme Khalil Khalilov, âgé de 22 ans, a utilisé un fusil de chasse et tué cinq femmes et en a blessé d’autres. Il vient d’une région à prédominance non russe non loin de Kizlyar, une ville qui a encore une majorité ethnique russe et dans laquelle, jusqu’ à présent, les Russes de souche se sentaient plus ou moins chez eux.

Daghestan. Capture écran Google Maps.

Les blogueurs daghestanais suggèrent, et Shamkhalov est d’accord, que l’attaque n’a probablement pas été orchestrée par des islamistes radicaux comme beaucoup à Moscou semblent le croire, mais plutôt par « des forces influentes qui avec l’arrivée de Vasiliyev (…) ont perdu leur accès au budget de la république auquel ils avaient été habitués depuis le dernier quart de siècle ».

Mais quoi qu’il en soit, d’autres considèrent l’attaque comme dirigée contre les Russes ethniques du Caucase du Nord en tant que groupe avec l’intention pour l’attaquant de répandre la peur parmi les Russes et d’amener ainsi encore plus d’entre eux à fuir la région à prédominance musulmane que dans les dernières décades.

Dans un article paru hier dans la Komsomolskaya Pravda, Dmitry Steshin, correspondant spécial du journal de Moscou pour la région, affirme que « seules les églises retiennent les derniers Russes dans le Caucase » et que cette attaque réduira la possibilité qu’ils puissent continuer à le faire.

Et d’autres encore soutiennent que cette attaque signifie que les églises orthodoxes ne sont pas les cibles des terroristes islamistes en général, une conclusion qui, si elle est vraie, ne fera que pousser le Patriarcat de Moscou et l’establishment ecclésiastique dans une position encore plus hostile par rapport à la population musulmane de la Fédération de Russie.

Roman Silantyev, spécialiste de l’islam étroitement lié au Patriarcat et au gouvernement russe, explique à l’agence de presse Nakanune que la fusillade de dimanche montre que les églises orthodoxes non seulement dans le Caucase du Nord mais aussi ailleurs sont désormais « dans la zone de risque » et pourraient être attaquées à tout moment par ISIS.

Il souligne également que cette attaque contre une église russe est quelque chose de sans précédent au Daghestan. « Avant cela « , dit Silantyev, « les terroristes ont attaqué tout le monde sans faire de distinction entre chrétiens orthodoxes et musulmans (…) Il y avait plusieurs églises qui recevaient des menaces mais elles n’étaient pas attaquées ». Maintenant, la situation semble avoir changé.

Il est extrêmement difficile de se défendre contre des attaques en loup solitaire, dit Silantyev; et à son avis, il n’ y a qu’une seule façon de procéder: pour traquer et arrêter autant de wahhabites que possible: « moins il y a de wahhabites en Russie, moins il y a de risques » d’attaque terroriste. S’il n’ y avait pas de wahhabites en Russie, affirme-t-il, il n’ y aurait pas d’attentats terroristes.

Source: traduction d’un article (en anglais) paru sur Window on Eurasia / Paul Goble

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