Le président tchétchène Ramzan Kadyrov ordonne la réconciliation des couples divorcés

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Sous le couvert d’une lutte contre les extrémismes mais dans une volonté évidente de doter son pays d’une structure sociale dont il saurait profiter de la vulnérabilité, le président-dictateur tchétchène Ramzan Kadyrov a donné un coup d’accélérateur à un programme aussi ambitieux que moyenâgeux de réconciliation des couples divorcés.

Au début juillet, Ramzan Kadyrov a déclaré qu’il fallait concilier les couples divorcés: « Nous devons réveiller les gens, parler, expliquer. Faire revenir les femmes qui ont quitté leurs maris pour les réconcilier est notre première tâche. » Il a soutenu que la racine de tous les problèmes sociaux était dans un grand nombre de divorces. Les enfants issus de familles monoparentales sont beaucoup plus sensibles à l’influence des extrémistes, surtout quand ils restent avec leur mère, a-t-il déclaré.

La « conciliation des conjoints » est engagée dans des commissions spéciales avec la participation de personnages civils et religieux. Les conjoints divorcés sont invités séparément au siège, à Grozny, de la Commission pour la conciliation des familles et offerts « à faire la paix ».

Dans toute la république, des équipes ont été mises en place pour réunir les familles, une ligne directe fonctionne: il est proposé d’appeler à ceux qui souhaitent faire la paix et demander l’aide des autorités.

Dans certains cas, même les parents des ex-conjoints sont approchés et mis en relation. Parfois la femme retourne chez son mari, qui s’est remarié, et devient la deuxième épouse.

Près de 1000 « réconciliations » vantées à la télévision publique

Le 21 août, la télévision tchétchène a signalé que 948 familles avaient déjà été réunies, rapporte la BBC. Les téléspectateurs ont pu assister à une interview édifiante de Rustam Abazov, directeur du Département des relations avec les organisations religieuses et publiques de la Tchétchénie. « Quel est le succès? », lui a-t-on demandé. « Le programme a été développé par Ramzan Akhmatovich Kadyrov si clairement que nous n’avons aucune difficulté avec sa mise en œuvre, a-t-il répondu. Il poursuivit dans des accents dignes d’une propagande nord-coréenne: « Je voudrais souligner que dans aucun pays du monde un tel programme n’existait, c’est-à-dire qu’il n’y a pas de précédent historique. C’est la seule fois où, à cette échelle, les gens répondent à l’appel d’un chef de l’Etat. Ce respect, c’est l’amour de notre leader national, parce que les paroles et les actes de Ramzan Akhmatovich n’ont jamais été en désaccord. »

« Si vous refusez, c’est contre la volonté de Kadyrov que vous allez »

Selon une résidente de Grozny citée par BBC l’argument principal des autorités sur la proposition de « faire la paix » est la volonté de Kadyrov. « Il s’avère que si vous refusez, alors c’est comme si vous alliez non seulement contre la religion et l’Etat mais encore contre la volonté (de Kadyrov). C’est une telle forme de pression. Il est clair que lorsque vous êtes pressée de tous les côtés, vous devez être d’accord. La question est de savoir combien de temps durera ce nouveau mariage », a-t-elle déclaré au journal « Noeud du Caucase ».

D’autres sont fermement opposés. « Je suis divorcée depuis 12 ans. La commission ne m’a pas encore contactée mais si cela se produit, je vais refuser. C’est de la violence contre les gens », a déclaré à la BBC une résidente de Grozny. Encore selon cette autre habitante de Tchétchénie, qui a témoigné de manière anonyme, les autorités sont venues avec une proposition pour retrouver son ex-conjoint mais il a refusé: « J’ai dit que je n’allais pas renouer avec un homme avec qui je suis divorcé depuis sept ans ».

La pratique de la réconciliation des ex-conjoints en Tchétchénie est en place au moins depuis 2012, a déclaré à Radio Liberty la coordinatrice de la Fondation Heinrich Boll, Irina Kosterina. Cette dernière avait elle-même assisté à une réunion de la commission islamique concernée il y a trois ans. Selon Irina Kosterina, les autorités tchétchènes « ont constamment signalé le règlement, par exemple, de 2000 conflits familiaux ». L’experte est surprise que maintenant le programme de réconciliation des familles soit présenté comme quelque chose de nouveau. L’historien Mayrbek Vachagaev rappelle que la pratique du regroupement familial par le clergé existait déjà du temps de l’URSS.

Source : Meduza.io

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