Qu’est-ce que les « Canadiens européens » ?

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Canadien européen
Ces gars sont-ils des Turcs, des musulmans, des Azerbaïdjanais ou des Canadiens d'origine européenne ?

Par Ricardo Duchesne


Nous offrons ici à nos lecteurs une traduction en français de cet article paru le 4 septembre 2017 sur Council of European Canadians. Texte original en anglais de Ricardo Duchesne (photo ci-dessous), sociologue, professeur à l’Université de New Brunswick.


Il y a deux semaines, un certain « Charlie Smith » a écrit un court article demandant « Ce que c’est, diable, qu’un Canadien européen ? » (What The Hell Is A European-Canadian?). Publié dans le Georgia Straight, dont Smith est le rédacteur en chef depuis 2005, il demande pourquoi le Conseil des Canadiens européens (Council of European Canadians) utiliserait le terme « européen » pour décrire la majorité des Canadiens alors que le « continent Europe » désigne une masse continentale contiguë à des pays asiatiques comme la Turquie, la Géorgie, le Kazakhstan, la Russie et l’Azerbaïdjan.

Le terme « Canadien européen  » implique qu’il y a un point commun et un lien entre ceux qui sont originaires d’Ukraine, du Portugal, de Grèce, de Finlande, d’Allemagne, de Roumanie, de Turquie, de Suisse, d’Estonie et d’Angleterre, pour ne nommer que 10 de ces pays.

Désolé, le terme « européen » n’implique pas qu’il y ait une « communauté culturelle et un lien » entre tous les pays qui sont inclus géographiquement dans le continent de l’Europe. Charlie a peut-être « enseigné les techniques d’investigation » à un endroit appelé « Kwantlen Polytechnic University », mais il semble qu’il n’a fait aucune recherches pour cet article.

Il est de notoriété publique que le continent européen est contigu avec des terres, des cultures (et aujourd’hui des États-nations) qui se situent entre l’Asie et l’Europe, mais qui ne sont pas classés comme européens au sens culturel du terme, car ils ont des identités ethniques, des religions et une histoire très différentes. Ouvrez n’importe quel atlas standard de l’Europe, et aucun d’entre eux ne classera la Turquie, la Géorgie, le Kazakhstan ou l’Azerbaïdjan comme européens – à moins qu’ils ne soient classés comme des régions en périphérie de la Russie soviétique. La Russie a toujours été connue pour être en partie européenne et en partie asiatique, avec la partie occidentale de la Russie, et les peuples slaves, fermement identifiés comme européens dans leur christianisme, leur langue indo-européenne et leurs caractéristiques raciales.

Même l’Union européenne immigrationniste reconnaît cette réalité culturelle. Aucun des pays asiatiques que Charlie trouve « européen » n’appartient à cette union.

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Diviser les concepts et les idées en une multiplicité de parties divergentes et contradictoires au motif qu’aucun concept n’a de frontières définitionnelles claires est un jeu postmoderniste que les étudiants de premier cycle sont obligés de jouer dans le monde universitaire. Puisqu’aucun concept ne saisit jamais aucun aspect de la réalité d’une manière bien délimitée, les postmodernistes ont très bien réussi à persuader les étudiants qu’aucun concept fermement établi et aucun énoncé factuel n’est possible. Soyez assurés que ces efforts déconstructifs ont été entièrement dirigés contre les concepts et les identités occidentales afin de créer de l’incertitude, du doute et de la faiblesse chez les Européens au sujet de leur histoire et de leur culture, de manière à faciliter l’absorption de l’Occident dans un monde encore plus confus, sans frontières et ridiculement diversifié, contrôlé par les entreprises et manipulé par des journalistes sans visage.

(Il a été dit que le fondateur de la déconstruction, Jacques Derrida, s’est senti comme un « étranger » en France, comme un « petit juif noir et très arabe », et que c’était une motivation motrice dans ses efforts incessants pour déconstruire l’identité européenne et promouvoir le multiculturalisme).

Quand on regarde le Canada, il est très certain que cette nation a été fondée par des personnes ayant des ancêtres dans les îles britanniques et en France. A cet égard, ils étaient « européens ». Ils étaient aussi « canadiens » puisque la plupart d’entre eux sont nés au Canada. Wikipedia en a fait une entrée sur les « Canadiens européens » qui est raisonnablement exacte et juste. C’est un fait statistique qu’en 1871, selon le premier recensement après la Confédération, 32 pour cent des habitants canadiens étaient d’ascendance française, 24 pour cent irlandais, 20 pour cent anglais, 16 pour cent écossais et 6 pour cent allemand. Et c’est un fait statistique qu’en 1867, 79 p. 100 étaient nés au Canada.

Charlie dit aussi que le terme « Canadien européen » est « trop réducteur » en ignorant que les Canadiens peuvent aussi être identifiés par « leur classe sociale, leur niveau d’éducation, leur statut socioéconomique, leur profession, leur religion, le nombre de générations au Canada, leur orientation sexuelle, leur lieu de résidence urbain ou rural, leur perspective politique, leur province d’origine, leurs passe-temps, leur âge, leur sexe ou leur situation de famille ».

C’est absurde. Évidemment, on peut distinguer les Canadiens de nombreuses façons, y compris le poids, les goûts musicaux, la couleur des cheveux, les habitudes alimentaires – à l’infini. Mais si nous voulons avoir une conversation sur l’identité nationale ou ethnique des Canadiens, il va de soi que nous devrions nous concentrer sur les concepts pertinents plutôt que d’empiler un concept sur un autre, un sujet sur un autre, ce qui crée de la confusion et du chaos conceptuel. Peut-on parler d’orientation sexuelle, ou de religion, ou d’idéologies politiques, en particulier sans parler simultanément de toute autre identification ? Peut-on parler du Charlie Smith de Georgia Straight sans parler des innombrables Charlie Smiths qui habitent la planète avec des hobbies et des orientations sexuelles différentes ?

Le but de ce type de déconstruction est de créer une situation dans laquelle rien ne peut être distingué de quoi que ce soit d’autre puisque toutes les choses sont interconnectées et incluent une multiplicité d’autres choses. Cette conception sans particularité de la réalité dans laquelle il n’y a pas de concepts et d’identités définis a été ridiculisée à juste titre par Hegel comme « la nuit où toutes les vaches sont noires ». Tout s’efface dans une nuit sombre dans laquelle aucune chose particulière ne peut être distinguée d’une autre chose.

C’est ce que les banques, les partis politiques et les médias, comme le Georgia Straight, veulent: un monde de Canadiens indiscernables qui peuvent être définis de diverses façons sans racines, identités et connaissances précises de leurs ancêtres, de sorte qu’ils peuvent être facilement manipulés pour croire ce que l’establishment veut qu’ils croient.

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