La République raciale de Platon

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.Platon, La République

Par Guillaume Durocher, dans Occidental Observer.

Selon les égalitaristes, les notions de nation et de race sont des constructions en grande partie modernes. Les marxistes, en particulier, prétendent que les classes dominantes occidentales ont inventé ces idées pour consolider le pouvoir des États bourgeois, ou comme simple prétexte pour diviser la classe ouvrière en inventant, disent-ils, des fractures raciales, et pour opprimer leurs sujets des colonies.

La tâche nous incombe, par conséquent, de rendre compte de l’élaboration des concepts de tribu, de nation et de race dans notre tradition européenne. Mais en réalité, les thèmes de l’hérédité et de l’etho-centrisme sont présents dans la pensée occidentale depuis les commencements.

Hérodote, le premier historien, en est une bonne illustration, lui qui définit il y a 2500 ans l’appartenance à la nation grecque par quatre critères : religion commune, sang commun, langue commune et moeurs communes.

Dans cet article, je vais rendre comte de la pensée ethnique et raciale dans le traité monumental de Platon, la République, qui est amplement reconnu comme un texte fondateur de toute la tradition de la pensée occidentale. Je démontrerai les points suivants :

  • Inégalité : l’idée que les homme sont créés inégaux parcourt tout le dialogue et se trouve au cœur de l’éthique qu’il développe. Platon affirme que les individus sont caractérisés par des différences innées quant au physique, à la personnalité et à l’intelligence, en plus des différences qui tiennent à l’éducation.
  • Hérédité et eugénisme : Platon remarque que les différences entre les hommes sont en grande partie héritées et propose des solutions eugéniques pour améliorer aussi bien la société en général que les élites en particulier, en faisant explicitement des comparaisons avec l’élevage des animaux.
  • Patriotisme : Platon explique que le patriotisme est une bonne chose et le compare à l’amour familial.
  • Identité ethno-raciale : Platon explique que les « liens de sang » impliquent que les Grecs ne devaient pas se faire la guerre au point de se réduire les uns les autres en esclavage, traitement qui doit être réservé aux non-Grecs, et que leur identité commune devrait être cultivée par des pratiques religieuses conjointes.

La République de Platon propose la vision puissante d’un État aristocratique racialement conscient.[1]

L’élite dirigeante, formée par les « gardiens », et dans une moindre mesure le reste des citoyens, s’améliorent culturellement par l’éducation et biologiquement par l’eugénisme. L’élite recherche la vérité par la pratique de la réflexion et de la dialectique, l’éducation donnée par une religion (civile) s’adressant aux masses et à l’élite, toutes deux conditionnées à tenir la poursuite de ces biens culturels et biologiques pour un devoir moral sacré.[2]

Inégalité naturelle et aristocratie

Platon considère que l’inégalité entre les hommes est de soi évidente. Il écrit :

Quand tu prétends qu’un homme est bien doué pour une chose, et un autre mal doué, entends-tu que le premier l’apprend aisément et le second avec difficulté ? Que l’un, après une courte étude, porte ses découvertes bien au-delà de ce qu’il a appris, tandis que l’autre, avec beaucoup d’étude et d’application, ne sauve même pas le savoir reçu ? Que chez l’un, les dispositions du corps secondent l’esprit, et que chez l’autre, elles lui font obstacle ? Est-il d’autres signes que ceux-là par lesquels tu distingues l’homme doué pour quoi que ce soit de celui qui ne l’est pas ? (455b-c)

Platon parle des « adultes stupides » (598c), des « gens à l’esprit lourd » (526b), des « hommes de rien » (495c), des « caractères inférieurs » (545a). Il remarque que les enfants naissent sans raison et que « certains ne me semblent jamais recevoir de raison » (441a-b)

Si Platon voit l’infériorité intellectuelle et morale comme en partie innée et en partie causée par une mauvaise éducation, il ne croit pas qu’une bonne éducation puisse anéantir un mauvais naturel :

L’éducation n’est point ce que certains proclament qu’elle est, car ils prétendent l’introduire dans l’âme, où elle n’est point, comme on donnerait la vue à des yeux aveugles. (518c)

Platon a aussi reconnu les différences physiques et morales entre hommes et femmes, « en tous emplois plus faible que l’homme », en ce qui concerne la guerre et la politique (455e). Toutefois, Platon admet que des femmes devraient avoir le droit de faire partie du corps des gardiens ou de tout autre rôle dans la communauté, pour autant qu’elles en aient la capacité. (Ce « féminisme » méritocratique était assez radical, étant donné la situation d’exclusion des femmes de la sphère politique dans la société grecque antique.)

La reconnaissance platonicienne de l’inégalité entre les hommes n’avait pas pour but d’humilier ou de maltraiter les moins doués. Au contraire, l’essentiel était d’organiser la société en fonction de ces différences, puisque « la nature n’a pas fait chacun de nous semblable à chacun, mais différent d’aptitudes » (370c).

Callipolis, sa cité-État idéale, est un régime méritocratique entièrement tourné vers une sorte de tri cognitif et moral de ses administrés, où les meilleurs (les plus intelligents, courageux et honnêtes) sont sélectionnés pour former l’élite dirigeante des gardiens. La non-reconnaissance de l’inégalité, de l’excellence des membres de l’élite morale en particulier, implique que ceux-ci finiront par « mener une vie contraire à leur nature et à la vérité » (495c).

La reconnaissance de la réalité inégalitaire n’est pas seulement un letimotiv dans la République, elle est aussi au centre de tout son argument moral. Pour le dire simplement : une société, tout comme une âme humaine, est faite de parties différentes, qui peuvent se contrarier, les unes étant meilleures que les autres. La moralité consiste à faire prévaloir le meilleur contre le moins bon. Platon pensait que le but était atteint lorsqu’une personne ou une société était gouvernée par la raison, en alliance avec les émotions les plus nobles, ces dernières prenant les rênes du plaisir et de la douleur bruts.[3]

Ceci posé, le mépris de Platon pour les égalitaristes n’étonnera plus. Ces gens qui ne discernent et ne discriminent pas ont le goût mauvais, le jugement mauvais, et des critères de jugements vils ou inexistants.

Comme les individus égalitaires – et leur équivalent politique, la démocratie – sont incapables de distinguer le bien du mal, Platon les considère comme les êtres les plus immoraux qui soient, un tout petit cran au-dessus des psychopathes et des tyrans.[4]

Hérédité et eugénisme

Platon reconnaît que l’inégalité entre les hommes est non seulement innée, mais aussi héréditaire. Ce point est relevé à plusieurs reprises, d’une façon parfois assez frappante.

Par exemple, si « quelque forgeron chauve et de petite taille » s’enrichissait soudain et « épousait la fille de son maître », le produit de leur union serait des « êtres bâtards et chétifs » (496a).

Platon explique que la philosophie ne devrait pas être « abordée par les talents bâtards, mais seulement par les talents authentiques » (535c). Il relie également la beauté physique à la bonté morale, expliquant que sa classe dirigeants de philosophes-rois devrait être formée « des plus fermes, des plus courageux, et autant qu’il se peut, des plus beaux. » (535b). Cette remarque est étonnante, étant donné que Socrate, le maître de Platon, était de l’avis général fort laid.

Comme l’inégalité entre les hommes est innée et héréditaire, Platon pense que la responsabilité du mariage et de la procréation concerne la société.[5]

Dans ces conditions, Platon défend avec la plus grande vigueur l’eugénisme positif et l’eugénisme négatif. Il fait explicitement l’analogie avec ce qui se passe dans le règne animal:

– Je vois en effet dans ta maison des chiens de chasse et un grand nombre de nobles oiseaux ; par Zeus ! As-tu donné quelque attention à leurs unions et à la façon dont ils procréent ?
– Que veux-tu dire ?
– D’abord, parmi ces animaux, quoique tous soient de bonne race, n’en est-il pas qui sont ou qui deviennent supérieurs aux autres ?
– Il en est.
– Or donc, veux-tu avoir des petits de tous également, ou t’attaches-tu à n’en avoir que des meilleurs ?
– Des meilleurs.
[…]
– Et ne crois-tu pas que si la procréation ne se faisait pas ainsi, la race de tes chiens et de tes oiseaux dégénérerait beaucoup ?
– Si.
– Mais quelle est ton opinion touchant les chevaux et les autres animaux ? En est-il autrement pour eux ?
– Ce serait absurde.
– Oh ! Oh ! Mon cher camarade, m’écriai-je, de quelle éminente supériorité devront être doués nos chefs, s’il en est de même à l’égard de la race humaine ! (459a-b)

Platon en tire la conclusion suivante :

Il faut, selon non principes, rendre les rapports très fréquents entre les hommes et les femmes d’élite, et très rares, au contraire, entre les sujets inférieurs de l’un et de l’autre sexe, […] si l’on veut que le troupeau atteigne à la plus haute perfection. (459d-e)

Pour la même raison, Platon explique que les hommes d’exception, les guerriers en particulier, devraient être récompensés par une plus grande activité sexuelle :

Quant aux jeunes gens qui se seront signalés à la guerre ou ailleurs, nous leur accorderons, entre autres privilèges et récompenses, une plus large liberté de s’unir aux femmes, pour qu’il y ait prétexte à ce que la plupart des enfants soient engendrés par eux. (460b)

Un certain nombre de ces propositions politiques sont si radicales que Platon a sans doute voulu qu’elles fussent considérées comme utopiques. De fait, il dit explicitement que le régime conçu dans la République pourrait être irréalisable.[6] Toutefois, le principe demeure. Comme l’hérédité existe, l’amélioration du patrimoine génétique (ou de la race) est moralement un bien.

Platon défend donc rationnellement la régulation du sexe et de la procréation, refusant de laisser des choses d’une telle importance aux caprices animaux des individus :

Former des unions au hasard, ou commettre faute du même genre, serait une impiété dans une cité heureuse, et les chefs ne la souffriront pas. (458d-e).[7]

Ce programme justifie que l’État incorpore en son sein les jeunes qu’il a formé : « Nous vous avons formés dans l’intérêt de l’État comme dans le vôtre, pour être ce que sont les chefs et les rois dans les ruches ».

Platon défend aussi l’eugénisme négatif. Cette subordination radicale de l’intérêt individuel à la communauté semble extrême et injuste à notre époque. Mais les Grecs anciens vivaient dans des temps beaucoup plus difficiles et violents.

Par conséquent, toutes les cités-États grecques voyaient les populations surnuméraires comme indésirables et prenaient des mesures contre ce phénomène, y compris l’infanticide. Les plus systématiques à cet égard étaient les Spartiates, qui laissaient mourir les enfants mal formés.

Platon considère que les enfants des pires parents et les mal-formés congénitaux devraient être séparés [8] de l’élite, « si l’on veut conserver sa pureté à la race des gardiens ». (460c)

Asclépios, le dieu grec de la médecine, était de l’avis de Platon quelqu’un qui avait le sens du « bien public », puisqu’il n’a « point tenté de prolonger leur vie misérable par un lent traitement d’infusions et de purgations, et de les mettre dans le cas d’engendrer des enfants destinés probablement à leur ressembler ; il n’a point pensé qu’il fallût soigner un homme incapable de vivre dans le cercle de devoirs qui lui est fixé, parce que de cela ni le malade lui-même ni la cité ne tirent profit. » (407d-e)

D’accord en cela avec la pratique ordinaire des Grecs, même dans la démocratique Athènes, Platon subordonne radicalement les intérêts de l’individu à ceux de la communauté dont il dépend.

Socrate : Ainsi, tu établiras dans la cité des médecins et des juges tels que nous les avons décrits, pour soigner les citoyens qui sont bien constitués de corps et d’âme ; quant aux autres, on laissera mourir ceux qui ont le corps malsain, et ceux qui ont l’âme perverse par nature et incorrigible, on les mettra à mort.
Glaucon : C’est à coup sûr ce qu’il y a de mieux à faire, pour les malades eux-mêmes et pour la cité. (409e-410a)

Platon pense que l’application de ces mesures eugéniques pourrait passer par l’éducation religieuse et par des mythes.

Nous le déclarerons coupable d’impiété et d’injustice, celui qui  donne à l’État un enfant dont la naissance secrète n’a pas été placée sous la protection des prières et des sacrifices que les prêtresses, les prêtres et toute la cité offriront chaque mariage, afin que d’hommes bons naissent des enfants meilleurs, et d’hommes utiles des enfants plus utiles encore ; une pareille naissance au contraire, sera le fruit de l’ombre et de la terrible intempérance.(461a-b)

Famille et patriotisme

La République médite longuement le problème de savoir comment faire aimer et servir de façon désintéressée la cité-État par ses citoyens. Comme Alexis de Toqueville dans De la Démocratie en Amérique, Platon explique que le gouvernement tourné vers le bien public peut être promu par une religion civile et en appeler au sentiment familial et patriotique.

Au diapason de la société grecque antique, Platon prenait la famille très au sérieux. Parmi les vices du tyran, figure phobique par excellence, il mentionne « le goût du sang des membres de sa famille dans sa bouche impie ».

Dans la République, Platon imagine une société où les membres de l’élite seraient désintéressés, car ils appartiendraient tous à une seule et même famille (suite notamment à l’institution utopique de la communauté des femmes). Les gardiens seront sélectionnés parmi les enfants qui auront démontré des qualités de désintéressement et de patriotisme.

Nous avons dit, si tu t’en souviens, que mis à l’épreuve du plaisir et de la douleur, ils devaient faire paraître leur amour pour la cité, et ne jamais se départir de leur conviction patriotique au milieu des travaux, des dangers et des autres vicissitudes ; qu’il fallait rejeter celui qui se montrerait défaillant ; et celui qui sortirait de toutes ces épreuves aussi pur que l’or du feu, l’établir chef et le combler de distinctions et d’honneurs, pendant sa vie et après sa mort. (503e)

D’une manière plus générale, Platon pense que la société toute entière doit être conditionnée à se voir comme une famille élargie, par la vertu d’un mythe religieux.

J’essaierai de persuader d’abord aux chefs et aux soldats, ensuite aux autres citoyens, que tout ce que nous leur avons appris en les élevant et les instruisant, tout ce dont ils croyaient avoir le sentiment et l’expérience, n’était, pour ainsi dire, que songe ; qu’en réalité ils étaient alors formés et élevés au sein de la terre, eux, leurs armes et tout ce qui leur appartient ; qu’après les avoir entièrement formés la terre, leur mère, les a mis au jour ; que dès lors, ils doivent regarder la contrée qu’ils habitent comme leur mère et leur nourrice, la défendre contre qui l’attaquerait, et traiter les autres citoyens en frères, en fils de la terre comme eux. (414d-e)

Aucun gardien, membre de l’élite dirigeante, ne voit un autre gardien comme un « étranger », mais comme « un père ou une mère, un fils ou une fille, un petit-enfant ou un grand-parent » (463c). Ce sentiment familial fera particulièrement sentir ses effets pendant les guerres.

Ils lutteront d’autant plus vaillamment contre l’ennemi qu’ils ne s’abandonneront jamais les uns les autres, se connaissant comme frères, pères et fils, et s’appelant de ces noms […] je sais qu’alors ils seront invincibles. (471d)

De manière significative, le prince des philosophes remarque que le fait de ne pas savoir distinguer les citoyens et les étrangers caractérise le régime qui dégénère en direction de l’égalitarisme, « quand le métèque devient l’égal du citoyen, le citoyen du métèque et l’étranger pareillement. » (563a)

Ceux qui manquent de discernement et d’identité ne sont plus capables de distinguer entre ceux qui ont en partage même sang, même culture, même éducation et même responsabilité civique, et les autres.

Platon avait un sentiment très net de son identité grecque, aussi bien culturellement que racialement, ou ethniquement.

Dans un passage saisissant, il explique que les guerres entre cités-États grecques devraient être tenues pour des conflits internes, alors que la guerre vraiment brutale devrait être réservée aux non-Grecs.

Solidarité raciale/ethnique parmi les Grecs

Je prétends en effet que les Grecs appartiennent à une même famille et sont parents entre eux, et que les barbares appartiennent à une famille différente et étrangère. […] Par suite, lorsque les Grecs combattent les barbares, et les barbares les Grecs, nous diront qu’ils guerroient, qu’ils sont ennemis par nature, et nous appellerons guerre leur inimitié ; mais s’il arrive quelque chose de semblable entre Grecs, nous dirons qu’ils sont amis par nature, mais qu’en un tel moment la Grèce est malade, en état de sédition, et nous donnerons à cette inimitié le nom de discorde. (470c-d)

Les Grecs devraient réserver aux non-Grecs le traitement qu’ils s’infligent les uns aux autres. En pratique, les Grecs ne devraient pas se réduire les uns les autres en esclavage, s’humilier ou se ruiner.

Socrate : Maintenant, comment nos soldats se conduiront-ils à l’égard de l’ennemi ?
Glaucon : En quoi ?
Socrate : Premièrement en ce qui concerne l’esclavage. Estimes-tu juste que des cité grecques asservissent des Grecs, ou bien faut-il qu’elles le défendent aux autres, dans la mesure du possible, et que les Grecs s’habituent à ménager la race grecque, par crainte de tomber dans la servitude des barbares ?
Glaucon : En tout et pour tout, il importe que les Grecs en usent entre eux avec ménagement.
Socrate : Il importe donc qu’ils ne possèdent pas eux-mêmes des esclaves grecs, et qu’ils conseillent aux autres Grecs de suivre leur exemple.
Glaucon : Parfaitement ; ainsi ils tourneront davantage leurs forces contre les barbares et s’abstiendront de les tourner contre eux-mêmes.
[…]
Socrate : Nous ne porterons pas non plus dans les temples, pour les y consacrer aux dieux, les armes des vaincus, surtout celles des Grecs, pour peu que nous soyons jaloux de la bienveillance de nos compatriotes. Nous craindrons plutôt de souiller les temples en y apportant les dépouilles de nos proches, à moins que le dieu ne le veuille autrement. […] Passons maintenant à la dévastation du territoire grec et à l’incendie des maisons. […] Je crois qu’on ne doit ni dévaster, ni incendier, mais enlever seulement la récolte de l’année. (469b-470b)

Le simple vol des récoltes vaut mieux que des dégâts permanents infligés aux ennemis du jour, « dans la pensée qu’ils se réconcilieront un jour avec eux et ne leur feront pas toujours la guerre ». (470e)

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En outre, au-delà des frontières politiques de la cité-État, Platon explique que les Grecs devraient cultiver le sens de leur identité commune et leur apparentement en menant en commun des cérémonies religieuses :

Mais n’aimeront-ils pas les Grecs ? Ne regarderont-ils pas la Grèce comme leur patrie ? N’assisteront-ils pas à de communes solennités religieuses ? (470e)

Tous les arguments sur l’apparentement entre Grecs de cités-États, souvent en guerre entre elles, sont tout autant valables en ce qui concerne les États-nations européens. La chrétienté a longtemps unifié les Européens spirituellement et culturellement. Si la civilisation occidentale et les peuples européens se meurent aujourd’hui, c’est sans doute en grande partie à cause de leur incapacité à se reconnaître un apparentement.

Pour des raisons d’ordre émotionnel, liés à la psychologie de l’ethnocentrisme (par lequel les gens tendent à s’identifier à une ethnicité locale ou à une nation, définie par une langue par exemple, beaucoup plus que par un groupe racial plus large) et à cause de la politique mesquine des États, les nationalistes du passé, alors même qu’ils identifiaient l’altérité radicale des Africains et des Asiates, ont été typiquement incapables de reconnaître les autres européens comme des parents.[10]

Je souligne toutefois que les guerres fratricides entre Européens n’ont pas été engendrées seulement par des nationalistes égarés. La guerre entre Européens existe depuis bien plus longtemps que le nationalisme. Et même depuis l’époque du nationalisme, les élites dirigeantes habituelles, la plupart du temps universalistes, ont été le plus souvent les instigatrices des guerres fratricides. En outre, durant les deux guerres mondiales, les Européens racialement conscients faisaient partie des opposants les plus résolus à ces conflits.

Gardiens européens

Platon est révéré en tant que fondateur de la tradition philosophique occidentale, sans nul doute la plus sophistiquée au monde, et concourt toujours pour la place du plus grand philosophe de tous les temps.

Dès lors, pour nous autres hérétiques, il est réconfortant de savoir qu’une si grande figure prenait tant au sérieux les notions de race et de nation.

Il considérait comme une évidence l’influence génétique sur le comportement, il voyait la question du patrimoine génétique comme étant d’intérêt général, le patriotisme comme une extension du sentiment familial et comme un bien évident, il voyait dans le respect pour le sacré un moyen de promouvoir les intérêts du groupe dans son ensemble et saisissait l’importance de la solidarité entre groupes apparentés. De la pensée nationaliste et eugéniste à son sommet.

Nous sommes en illustre compagnie.

Platon avait la réputation d’être un homme qui contemplait les abstractions dans les nuages. Pourtant, je suis frappé de la « modernité » et des implication pratiques de quantité de ses arguments. Il a conçu une société idéale ordonnée autour de l’éducation, de la saine musique, de l’exercice physique et intellectuel, des rites et des mythes religieux, et de l’eugénisme.

Le programme social de Platon est à la fois rafraîchissant par sa bonne connaissance des faits bruts de l’humanité, et ardemment holiste et systématique. Le but était de promouvoir le bien et de prévenir le mal, défini comme une société ou un individu de mauvais naturel ou inculte.

En fin de compte, pour Platon, une bonne société peut se définir comme celle qui possède une bonne culture sur la base de bons gènes. Existe-t-il quelque chose d’aussi évident, et à la fois d’aussi contesté par le régime égalitaro-individualiste ?

Inspirés par Platon, nous pouvons aisément imaginer la création d’un ordre militaro-spirituel de « gardiens de l’Europe », choisis parmi les meilleurs individus de toutes les nations de la mère patrie et de la diaspora européenne, qui se donnerait pour tâche de poursuivre avec zèle l’amélioration culturelle et génétique de notre peuple.

Cela semble encore utopique, mais le vingt-et-unième siècle est encore jeune.


[1] Bien sûr, il faut faire attention à ne pas prendre littéralement tout ce que Platon dit dans La République. Il s’agit principalement d’une exploration de la psychologie humaine et de la nature morale. La discussion sur la politique est présentée comme une analogie pour l’âme humaine: la ville-état idéal (Callipolis) est censé servir de modèle macro-échelle qui peut aider à explorer ce à quoi l’âme humaine idéale pourrait ressembler. Certaines des politiques les plus bizarres de Callipolis – le partage des femmes entre les élites dirigeantes, le bannissement de tous les enfants de plus de dix ans à la fondation de la ville – doivent être comprises comme des mesures nécessaires pour imaginer cette utopie. En particulier, ces mesures assurent une parfaite unité au sein de l’élite (ne plus être divisé par la famille ou la propriété), reflétant l’unité de la raison dans un individu, et une éducation parfaite de la nouvelle génération. Pour le lecteur moderne, la République est peut-être mieux lue comme une exploration intellectuelle par l’expérimentation de la pensée, analogue à la science-fiction. Toutefois, rien de ce qui précède ne porte atteinte au fait que l’inégalité innée, l’eugénisme, le patriotisme et l’identité raciale/ethnique grecque étaient importants pour la pensée de Platon.

[2] Schopenhauer et Tocqueville ont d’ailleurs présenté des arguments largement analogues sur le rôle de la religion (civil-)religion dans l’éducation et la moralisation des masses.

[3] Par exemple, un alcoolique peut souffrir immédiatement d’inconfort par manque de boisson, même si sa raison sait qu’il doit s’abstenir. Sa fierté pourrait l’aider à résister à la tentation.

[4] La représentation de la démocratie par Platon est d’ailleurs l’un des récits les plus accablants que j’aie jamais lus.

[5] Comment s’interroger: étant donné les fondements biologiques et génétiques de l’existence humaine, comment la composition du patrimoine génétique des générations actuelles et futures ne pourrait-elle pas être considérée comme une question d’intérêt public?

[6] Cependant, étant donné les percées en cours dans le domaine de la biologie, il semble que même l’eugénisme humain deviendra de plus en plus praticable, je pense en particulier aux possibilités de sélection embryonnaire.

[7] Platon semble d’ailleurs assimiler le profane à ce qui est nuisible à la communauté: »notre prochaine tâche est de veiller à ce que les mariages soient aussi éloignés que possible du blasphème – ce qui se produira s’ils contribuent autant que possible au bien-être de la communauté » (458e).

[8] Ou peut-être laissé pour mort, le langage n’est pas explicite.

[9] Socrate est le personnage principal de la plupart des dialogues de Platon. Dans chaque cas, j’attribue à Platon les arguments de Socrate.

[10] Il faut garder à l’esprit que les instincts ethnocentriques et les systèmes émotionnels des Européens, et en fait de tous les humains, ont largement évolué dans notre passé préhistorique lorsque les sociétés n’étaient généralement pas plus grandes qu’une tribu. Dans un tel contexte, une langue commune aurait probablement été un bon indicateur de parenté ethnique et de similarité génétique. Dans un contexte moderne, l’instinct ethnocentrique semble permettre une identification aussi large que possible avec les nations linguistiques.


L’édition de référence sur lequel s’appuie l’auteur de cet article est  Plato Republic (Robin Waterfield Trans.) New York: Oxford University Press, 1994.


Source : traduction du site Blanche Europe de l’article «Plato’s Racial Republic», de Guillaume Durocher, paru dans Occidental Observer

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