Russie : ce qu’il faut retenir du débat entre Alexeï Navalny et Igor Strelkov

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Navalny / Youtube

Alexeï Navalny, l’activiste anti-corruption qui compte se présenter à l’élection présidentielle de l’année prochaine malgré le refus de la commission électorale centrale, qui l’a déclaré inéligible en raison d’une condamnation de justice, a déjà débattu avec des personnalités publiques. En mars dernier, il avait accepté un face à face avec l’animateur de télévision Vladimir Pozner. Une année plus tôt, il s’était affronté à Anatoly Chubais, le chef du fonds d’investissement Rusnano et l’un des personnages les plus influents au cours de la présidence de Boris Eltsine. Ce jeudi, alors que sa campagne présidentielle fait face à une répression policière à l’échelle nationale, Alexeï Navalny a débattu avec Igor Strelkov (Igor Girkin de son vrai nom), l’ancien combattant de l’armée russe qui a joué un rôle clé dans l’annexion de la Crimée par la Russie et, plus tard, dans la guerre dans les territoires séparatistes pro-russes dans l’est de l’Ukraine. Le journal en ligne Meduza résume les principaux échanges de ce débat, qui a été produit par la chaîne indépendante Dozhd et diffusé en ligne.

Aucun ne veut montrer de soutien au pouvoir établi

Igor Strelkov a insisté sur le fait qu’il n’a jamais approuvé les autorités russes post-soviétiques, soutenant qu’il a soutenu Vladimir Poutine en 2014 parce qu’il croyait que le président organisait une «révolution d’en haut» avec l’annexion de la Crimée et l’aide aux séparatistes à Donetsk et Lougansk. Au printemps 2015, cependant, Igor Strelkov dit qu’il a perdu foi en Poutine quand la «révolution» n’est pas venue. Il a également critiqué la politique du président Poutine à l’égard de la Tchétchénie. En renvoyant le programme anti-corruption de Navalny au rang de réformisme « cosmétique », Igor Strelkov a accusé le principal opposant au chef du Kremlin de chercher la présidence afin de poursuivre la politique de Vladimir Poutine et Boris Eltsine.

Alexeï Navalny a soutenu pour sa part que ses réformes produiraient des juges honnêtes, des élections libres et une diversification économique, mettant fin aux «règlements fous de l’État russe», ainsi que de nouvelles sanctions contre l’accumulation illégale des richesses. Il a également rappelé aux téléspectateurs que Strelkov était un monarchiste.

Le débat entre Navalny (à gauche) et Strelkov (droite) a eu lieu à Moscou le 20 juillet dans les locaux de campagne d’Alexeï Navalny. Image Navalny campaign.

Blâmer l’Occident est discutable

Selon Igor Strelkov, le monde extérieur est fondamentalement opposé à l’émergence d’une nation russe forte et souveraine. Il a même affirmé que Vladimir Poutine et l’oligarchie dominante en Russie sont en fait des marionnettes de l’Occident.

Alexeï Navalny a rejeté l’idée d’une conspiration mondiale contre la Russie, arguant que la concurrence internationale est normale. Le plus grand ennemi de la Russie, a-t-il déclaré, n’est pas l’Occident mais les actions de son propre leadership politique. Navalny a également approuvé les sanctions occidentales contre les secteurs économiques russes ciblés et les oligarques liés à Vladimir Poutine, en disant à Strelkov que les Russes devraient être plus concernés par les problèmes intérieurs.

La guerre en Ukraine reste un test décisif pour le patriotisme russe

Débattant de la guerre en Ukraine, Alexeï Navalny s’est concentré sur les problèmes intérieurs russes, estimant que le conflit n’était pas une guerre de libération ou de lutte contre une invasion criminelle mais comme un fardeau insupportable pour le budget fédéral russe. « La guerre que vous avez initiée est coûteuse, a lancé Navalny à Strelkov. Elle est en train de détruire l’économie russe. Vingt millions de personnes vivent en dessous du seuil de pauvreté et vous me dites que nous devrions financer une guerre. La Russie ne peut se permettre de faire la guerre ».

En réponse à une question du public, Igor Strelkov a refusé d’endosser toute responsabilité dans la catastrophe du vol MH17 de la Malaysia Airlines, qui s’est écrasé en juillet 2014 alors qu’il servait en tant que ministre de la Défense de l’autoproclamée République populaire de Donetsk. L’ancien commandant rebelle a affirmé que ses soldats manquaient des armes nécessaires pour abattre un avion de ligne.

Igor Strelkov a averti que la proposition de Navalny de redonner à l’armée ukrainienne le contrôle de ses frontières dans l’est de l’Ukraine avec la Russie risque de donner lieu à une nouvelle vague de réfugiés et mettrait en péril la souveraineté de la Russie sur la Crimée. Une guerre totale entre la Russie et l’Ukraine est inévitable, insiste Igor Strelkov, disant que l’idée de frontière telle que soutenue par Navalny répéterait la «trahison» de Vladimir Poutine contre la «Novorossia».

En réponse, Alexeï Navalny a contesté les références nationalistes de Strelkov, l’accusant de travailler pour le Service fédéral de sécurité (FSB) alors que les nationalistes russes étaient eux-mêmes enfermés et que des populations russes entières étaient obligées de quitter l’Ouzbékistan et la Tchétchénie. Igor Strelkov a repoussé ces allégations en citant sa carrière militaire en Tchétchénie et ses activités insurrectionnelles en Transnistrie.

 

Source : traduction libre d’un article (en anglais) paru sur Meduza / Kevin Rothrock

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