Serbie. Ana Brnabic, Première ministre lesbienne et pro-UE : le coup politique du président Vucic

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La nomination d’une première ministre fortement marquée pro-UE et ouvertement homosexuelle divise la classe politique serbe, certains se montrant favorables à cette désignation, d’autres la déclarant totalement hors de propos. Réactions recueillies par le journal Balkan Insight.

Si, comme prévu, le parlement confirme Ana Brnabic au gouvernement, la Serbie aura un premier ministre fortement orienté pro-UE.

« Le travail qui a commencé doit être terminé – et je me consacre depuis quelques mois à faire entrer la Serbie dans les rangs de ces Etats modernes où l’administration publique fonctionne de façon efficace et au service des citoyens », a déclaré Ana Brnabic, jeudi, à l’agence de presse serbe Tanjug, ajoutant qu’elle sera personnellement engagé dans les objectifs de travail « qui sont plus grands et plus importants que nous tous individuellement ».

Ana Brnabic, qui s’est toujours profilée hors-parti, est largement connue pour ses positions pro-UE. Elle est aussi la première personne ouvertement homosexuelle à occuper ces fonctions.

« Les questions lourdes resteront en main du président Vucic »

Bojan Klacar, directeur du Centre pour des élections libres et la démocratiques (CESID), a déclaré au journal Balkan Insight que le choix du président Aleksandar Vucic était à la fois attendu et logique, entendu qu’Ana Brnabic est quelqu’un avec qui il peut clairement coopérer.

Bojan Klacar estime que le président Vucic gardera les mains libres sur les questions sensibles comme la question du Kosovo et les affaires étrangères.

Cependant, remarque Bojan Klacar, «en tant que Premier ministre, Ana Brnabic ne sera pas dominante dans les sujets politiques, de sorte que dans les questions politiques lourdes comme les relations entre la Serbie et le Kosovo, ou les affaires étrangères, elles seront toujours dans les mains de Vucic ».

Bojan Klacar estime bénéfique pour la Serbie un nouveau premier ministre fortement orienté pro-UE. Sous l’ère de «l’ancien président serbe Tomislav Nikolic, il y avait un manque d’engagement ferme et clair envers l’UE », souligne-t-il.

Le président Nikolic était connu pour avoir défendre des relations cordiales avec la Russie de Vladimir Poutin. Sa déclaration, en mars 2016, était révélatrice : Poutine « connaît tous mes secrets ».

« Une nomination totalement hors de propos »

Le Parti libéral-démocrate, d’opposition, a déclaré espérer qu’Ana Brnabic saurait « couper le nœud gordien » dans la région – et éloigner entre autre la Serbie de la Russie.

Dragan Sutanovac: « Une nomination hors de propos »

Le Parti démocratique, d’opposition également, a quant à lui rejeté la nomination d’Ana Brnbic, la qualifiant de totalement hors de propos. « Les informations sur sa désignation pour former le nouveau gouvernement est tout à fait hors de propos parce que Vucic est le seul à décider du sort de la nation », a déclaré son le chef, Dragan Sutanovac.

Boban Stojanovic, de la Faculté des sciences politiques de Belgrade, convient qu’ Aleksandar Vucic gardera en main la majeure partie du pouvoir politique réel : « Cette nomination attirera l’attention internationale sur lui, mais Ana Brnabic n’a pas d’influence sur les autres ministres, donc il gardera le contrôle ». Il ajoute que le choix d’un candidat hors parti comme Ana Brnabic en tant que premier ministre pourrait créer des problèmes pour le président Vucic dans son propre parti. « Ça va être très difficile à expliquer aux membres du Parti progressiste et à leurs électeurs pourquoi il l’a nommé, puisqu’elle n’ est pas membre du parti, ni le sera. »

En janvier, Ana Brnabic confirmait de pas avoir l’intention de devenir membre du Parti progressiste ni d’aucun autre parti, déclarant ne pas se sentir en réelle confiance dans les partis politiques.

Zorana Mihajlovic, figure du Parti progressiste, a apporté son soutien à Ana Brnabic.

Cependant, jeudi, elle a gagné le soutien d’une figure importante du Parti progressiste, Zorana Mihajlovic, qui est également connue pour ses positions pro-UE.

Ivica Dacic, chef du parti de la petite coalition, le Parti socialiste de Serbie, a déclaré respecter le choix de Vucic – mais demande « une plus grande participation » de son parti au sein du gouvernement.

Cependant, Dragan Markovic, chef d’un autre parti partenanaire du Parti progressiste, Serbie unie, a déclaré à l’agence Tanjug jeudi que Brnabic ne serait pas son premier ministre.

« Le choix du président ou de l’Ouest ? »

Le parti nationaliste Dveri droite s’est demandé quant à lui si Ana Brnabic était bien le choix du président Vucic ou « le choix de l’Occident ». « Personne ne sait qui est Ana Brnabic, ou ce que sont ses positions politiques, sauf qu’elle a travaillé pour des entreprises étrangères et des ONG toute sa vie et a obtenu son éducation dans l’Ouest », a déclaré Dveri dans un communiqué de presse.

Un autre mouvement de droite, Nasi, se demande Ana Brnabic avait été recommandée en raison de son « orientation sexuelle ou par l’Occident ».

Reste que la confirmation du choix d’Ana Brnabic en tant que premier ministre est susceptible d’aller en douceur. Le Parti progressiste a une majorité absolue au Parlement, même sans appui de petits partenaires de la coalition comme Serbie unie.

 

Source : traduction libre d’un article (en anglais) paru dans Balkan Insight / Maja Zivanovic

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