Le chaos 2015 par Gaston-Armand Amaudruz

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Les Prisons imaginaires, estampe, Giovanni Battista Piranesi.

Rétrospective Gaston-Armand Amaudruz

SÉRIE – Editorial de G.-A. Amaudruz paru dans l’édition de mai 2015 de la revue nationaliste suisse Courrier du Continent, No 568, sous le titre « Le chaos 2015 ».

Que les affaires du monde, de l’Europe, de la Suisse même, laissent à désirer, c’est le moins que l’on puisse dire. On remplirait des livres à dénoncer des maux et à proposer des remèdes. On a beau scruter l’horizon, il s’obstine à rester sombre.

Une observation s’impose : les foules marchent dans la nuit, elles ne savent pas où elles vont mais, comme l’a dit Roorda, elles veulent y parvenir le plus vite possible. Les dirigeants des ploutocraties ont longtemps cru que les bonnes paroles suffiraient à les maintenir sur une route sûre : mais l’évolution de la situation porte à en douter.

La modernité se résume en un mot : décadence, c’est-à-dire diminution des réactions saines, surtout défensives, de l’organisme communautaire. Ainsi, la Suisse résiste de moins en moins à une invasion étrangère, supposée pacifique, qui, si elle peut aboutir à des résultats positifs avec des immigrants de souche européenne, pose de graves problèmes avec les Africains et les Maghrébins. En France, les éléments inassimilables ─ parce qu’ils refusent l’intégration ─ font déjà éclater l’unité du pays.

Bref, l’Europe, à des degrés de gravité divers selon les régions et les pays, devient une terre de peuplement aux dépens des habitants de souche. Certes, quelques immigrés s’intégreront encore mais les « inassimilables » s’assimilent entre eux et constituent dès maintenant une communauté étrangère qui représentera bientôt un véritable Etat dans l’Etat.

Il est donc sage de prévoir le pire : un chaos ethnique porteur de catastrophe. Les nations historiques (Grande-Bretagne, Italie, Allemagne, France – et même la Suisse) sont devenues des entités administratives ouvertes à tous les vents, où les éléments sains reculent toujours davantage face à un magma humain ingouvernable.

Après les désastres, on pourra reconstruire quelque chose en Europe, à conditions de préparer le terrain et de poser des jalons pour le long terme. Les réalités sont toujours plus fortes que les doctrines : seulement voilà, si nous connaissons plus ou moins les doctrines, le « progrès » nous a fait oublier certaines réalités incontournables. Raison d’espérer ou de désespérer ? Il faut commencer par regarder la réalité en face avant qu’elle ne s’impose brutalement, y croire et au besoin combattre.

Il incombera aux générations du XXIe siècle de reprendre l’ouvrage là où nous l’avons laissé. Et cela à partir d’une réalité dont on a oublié qu’elle est toujours impitoyable. Le XXe siècle a cru au nationalisme, alors qu’à des degrés divers les nations n’existaient que sur le papier, effacées jour après jour par des communautés d’intérêt n’y voyant qu’un territoire à exploiter.

A cette fin, un engagement politique au jour le jour au sein de nations moribondes ne suffit plus. Il faut compter avec une phase sans doute longue de chaos spirituel et matériel avant de redécouvrir les lois naturelles, celles que les ploutocraties s’acharner à violer.

Puisque nous assistons au crépuscule du nationalisme, avec la dissolution des nations dans de grands ensembles apatrides, les forces politiques saines devront s’organiser autrement, peut-être sous forme de communautés ethnique ou spirituelle ou, mieux encore, les deux ensembles. Mais en tout cas à l’écart des décevantes agitations électoralistes.

L’élaboration de doctrines doit pour un temps précéder les luttes électorales stériles. Il faut au préalable et – paradoxalement – se mettre d’accord sur des buts lointains avant d’engager le combat pour des objectifs proches qui peuvent, à long terme, être contreproductif par rapport au but final. Ainsi, rétablir l’ordre face aux troubles porteurs de guerres civiles peut devenir négatif parce que conservateur d’un désordre démocratiquement établi.

En effet, le problème n’est plus « tyrannie ou liberté », mais « ordre ou chaos », l’ordre exigeant des contraintes comme conditions intrinsèques à la vie. Autrement dit, pour survivre et revivre, il faut accepter certains sacrifices. Un tel contexte impose une révision des objectifs et des méthodes. Elémentaire : il faut d’abord savoir où l’on va avant de choisir la route à suivre.

Certes, on continuera à s’engager dans les habituelles batailles électorales, mais à titre d’arrière-garde, pour rassembler et former les forces saines. Telle sera la tâche des partis et des périodiques existants. Mais l’avant-garde, comme toujours, sera constituée de groupes restreints, spontanés, concentrés, soudés, issus ou non des structures en place, voire même de personnalités chanceuses et charismatiques, placées au bon endroit et au bon moment, comme ce fut le cas, par exemple, d’Eva Peron en Argentine.

CdC No 568, mai 2015

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