René-Louis Berclaz — Ezra Pound, l’aigle et les vautours

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Paru dans le Courrier du Continent

Imaginons un esprit lucide et éclairé venant d’Italie, pétri de culture gréco-latine, publiant une enquête fouillée sur les agissements criminels de la Mafia. Une telle révélation lui vaut d’être kidnappé à l’étranger par la police de son propre pays, séquestré, torturé, déporté, arrêté, inculpé de trahison, de diffamation, d’incitation à la haine, de troubles à l’ordre public. Mais ses accusateurs, se rendant compte que l’accusé aura le droit de se défendre lors de son procès, de prouver le bien-fondé de sa cause et l’iniquité des accusations portées contre lui, le font alors passer pour fou et interner pendant douze ans dans un hôpital psychiatrique…

Digne d’une série B, ce scénario aurait pour mérite de faire comprendre, sans la moindre ambiguïté, que la patrie du divin Dante est entièrement sous la férule de la Mafia sicilienne et de ses suppôts !

C’est exactement ce qui est arrivé à Ezra Pound (1885-1972), prince des poètes et citoyen américain.

Voilà en quels termes un psychiatre étatsunien en service commandé décrit l’aigle enchaîné : « Le défendant a maintenant soixante ans, il est dans l’ensemble en bonne condition physique. Etudiant précoce, il se spécialisa dans la littérature. Il s’exila volontairement pendant quarante ans, vivant en Angleterre, en France, et les derniers vingt et un ans en Italie, gagnant sa vie d’une manière précaire par son activité de poète et de critique. Sa poésie et ses études littéraires sont devenues célèbres, mais ces dernières années son intérêt pour les théories économiques et monétaires l’ont apparemment détourné de la littérature. On l’a toujours considéré comme excentrique, chagrin et égocentrique. En ce moment même il ne se rend pas compte de sa situation réelle. Il affirme que ses émissions n’avaient rien d’une trahison, et que toutes ses activités radiophoniques viennent de la mission qu’il s’est lui-même assigné : sauver la Constitution. Il est anormalement pompeux, de manières expansives et exubérantes, son débit est précipité, il a tendance à se laisser distraire et à s’écarter du sujet. A notre avis, sa personnalité, anormale depuis de nombreuses années, s’est de plus en plus altérée avec l’âge, au point qu’il se trouve aujourd’hui dans un état paranoïde qui le rend mentalement incapable de consulter utilement un avocat, ou de participer avec raison et compréhension à sa propre défense. En d’autres termes, il est dément, ne peut être jugé, et doit être soigné dans un asile d’aliéné. »

Parfois ingrate, l’Histoire ne retiendra pas le nom de cet éminent représentant de l’art hippocratique, digne pourtant de figurer au Panthéon érigé à la mémoire de ses confrères staliniens de l’Institut Serbsky de Moscou, célèbres pour leurs soins diligents appliqués aux récalcitrants du paradis soviétique. Pourquoi faudrait-il qu’un vulgaire psychiatre yankee de série B se torture les méninges à examiner le bien-fondé des arguments d’un vieux fou, quand toute la synagogue est derrière lui pour lui tenir la main et lui graisser la patte ?

Deux jours après la mort de Benito Mussolini, Ezra Pound, qui ne cherchait nullement à s’enfuir ni à se cacher, fut remis aux forces d’occupation américaine par des partisans. Il fut enfermé à Pise pendant six semaines dans une cage de fil de fer barbelé. Placé au secret, personne n’avait le droit de lui parler et il devait rester tout le jour au soleil ou sous les intempéries et toute la nuit sous la lumière de puissants projecteurs.

Ramené aux Etats-Unis, Ezra Pound fut interné à l’hôpital St-Elisabeth, un centre psychiatrique près de Washington destiné aux fous dangereux. Il fut enfermé pendant quinze mois dans un immense dortoir sans meubles ni fenêtres, dans lequel les malades passaient la plus grande partie de leur temps immobilisés dans une camisole de force. Il fut ensuite transféré dans une chambre commune occupée par une dizaine de patients et, après dix-huit mois de promiscuité forcée, dans une cellule individuelle avec une table, une machine à écrire et l’autorisation de lire et d’écrire. Il occupa ses loisirs à traduire trois cents poèmes chinois qui furent publiés par l’université Harvard en 1954.

En 1947, les autorités sanitaires refusèrent le déplacement du « malade » dans une clinique privée, sous prétexte que ce transfert rendrait sa situation meilleure et plus confortable. Pourquoi punir un malade, si les mêmes autorités le croyaient vraiment fou et donc irresponsable ?

En 1948, Ezra Pound reçut le prestigieux Prix Bollingen, attribué par l’université Yale pour ses Cantos de Pise. Un geste éminemment charitable, presque une libération dans l’esprit des puritains enjuivés et hypocrites de la côte Est, destiné certainement à encourager un pauvre aliéné – mais américain de génie quand même – à suivre le bon chemin de la rédemption…

En 1953, une nouvelle expertise psychiatrique estima qu’Ezra Pound ne souffrait plus que de simples « troubles de la personnalité », une conséquence sans doute de la qualité des soins qui lui furent prodigués… Dès lors qu’il était reconnu sain d’esprit, Ezra Pound aurait pu, logiquement, passer en jugement, mais il n’en fut rien… Il dut encore rester interné jusqu’au mois d’avril 1958, date à laquelle les charges retenues contre lui par la justice américaine furent enfin abandonnées.

De retour en Italie au mois de juin 1958, en descendant du bateau, Ezra Pound gratifia la foule venue l’accueillir d’un vigoureux salut fasciste et déclara aux journalistes que l’Amérique entière était devenue un vaste asile de fou…

On se demande bien pourquoi Hollywood n’a pas encore exploité le filon, avec un Schwarzenegger au top qui serait vraiment parfait dans le rôle du poète ! En première partie, le scénario montrerait pourquoi le poète fut bâillonné et persécuté. Après l’entre-acte, le retour en force du héros… baston « Triple A » du côté de la City, remake musclé de Goldfinger à Fort Knox, Apocalypse now à Wall Street et, bouquet final, Yahvé lui-même confiné – au terme d’un combat homérique – dans le cyclotron géant du CERN à Genève, où il se rend enfin utile en balayant des particules d’antimatière !

Ezra Pound n’était pas de ceux qui se contentent de critiquer sans rien proposer. Il n’était pas non plus de ces artistes qui se satisfont des miettes que les « mécènes » juifs laissent à leurs bouffons malpropres, justes bons à distraire les lobotomisés du petit écran. Il cherchait d’autres voies, d’autres solutions, pour résoudre une crise économique et financière rendue endémique par un ultralibéralisme dominant, cache-nez de l’usurocratie prédatrice. En 1917, Ezra Pound rencontra à Londres le Major C. H. Douglas, le théoricien du Crédit social, un système qui a sans doute le grave défaut de faire la part trop belle aux travailleurs, au détriment des spéculateurs internationaux. De même, il s’intéressa à la monnaie franche de l’économiste Silvio Gesell, expérimentée avec succès en 1932 lors de l’expérience de Wörgl (Autriche), mais vite interdite par la Banque centrale autrichienne, car susceptible de porter atteinte aux intérêts de l’usurocratie.

Alors qu’il résidait dans l’Italie de Mussolini, pays où il se sentait beaucoup plus libre de travailler qu’aux Etats-Unis, Ezra Pound publia sur l’économie et la monnaie une série de brochures pendant les années trente et quarante, dans le but d’éclairer ses compatriotes sur certains aspects méconnus de leur histoire. Ce sont des extraits de ces écrits que les éditions de l’Age d’Homme ont réunis et publiés en un volume sous le titre Le Travail et l’Usure. L’auteur se croyait protégé par le Premier Amendement de la Constitution américaine, lequel tient la liberté d’expression pour un droit absolu, et par le principe sacro-saint dans les pays anglo-saxons de l’habeas corpus, exemples typiques de ces droits de l’homme à géométrie variable, garantis aussi longtemps qu’on n’en fait pas usage. Ezra Pound n’exerça jamais aucune responsabilité officielle dans l’Italie fasciste. Il croyait aux vertus de la libre information pour tous. Il n’a jamais trahi personne, et surtout pas le peuple américain. Avec ses Cantos, œuvre immense d’une immense érudition, et clef indispensable pour comprendre ce monde qui est aussi le nôtre, Ezra Pound a sa place auprès d’un Homère ou d’un Dante Alighieri.

Une lettre des Rothschild à la Maison Ikleheimer datée du 26 juin 1863 contient ces paroles incendiaires : « Il y en aura peu qui pénétreront ce système, et ceux qui le comprendront s’emploieront à en jouir ; quant au public, peut-être ne comprendra-t-il jamais que ce système est contraire à ses intérêts. »

Les jeux sont simples : récolter l’usure au taux de 60 % et plus, et varier la valeur de l’unité monétaire au moment jugé opportun par les usuriers.

L’ignorance de ces jeux n’est pas un produit de la nature, mais un effet de l’artifice. Le silence de la presse, en Italie comme ailleurs, y a puissamment aidé. Cette ignorance fut, en outre, patiemment élaborée. La véritable base du crédit était déjà connue des fondateurs du Mont de piété de Sienne, au début du XVIIe siècle. Cette base était et reste : l’abondance ou productivité de la nature jointe à la responsabilité de tout un peuple.

Les banques et les banquiers ont des fonctions utiles et virtuellement honnêtes. Qui fournit une mesure des prix sur le marché et, dans le même temps, un moyen d’échange, est utile à son pays. Mais qui falsifie cette mesure et ce moyen d’échange est un scélérat.

Voici pourquoi la radio de Londres, en proclamant la libération de l’Europe et de l’Italie, ne répond jamais à la question : Et la liberté de ne pas s’endetter, qu’en faites-vous ? C’est aussi pourquoi Brooks Adams écrivit : « Après Waterloo, aucune puissance n’a pu contrebalancer celle des usuriers. »

C’est pourquoi Mussolini fut, il y a vingt ans, condamné par le Comité central de l’usurocratie. Voici pourquoi se font les guerres : pour créer des dettes qui sont payées dans une monnaie haussée. La guerre est le suprême sabotage ; c’en est la forme la plus atroce. Pour dissimuler l’abondance existante ou virtuelle, les usuriers suscitent les guerres, et ce, pour créer la disette. Car il est plus difficile d’obtenir le monopole de matières qui abondent que de celles qui sont rares. Les usuriers déclenchent des guerres pour établir des monopoles à leur avantage, et pour ensuite étrangler le monde. Les usuriers provoquent des guerres pour créer des dettes dont ils jouissent des intérêts, ainsi que des profits résultant des fluctuations de la valeur de l’unité monétaire.

De fait, après l’assassinat du président Lincoln, rien de sérieux ne fut tenté contre l’usurocratie jusqu’à la fondation de l’Axe Rome-Berlin. L’ambition italienne de se donner la liberté économique, qui n’est autre que celle de ne pas s’endetter, déchaîna sur elle les sanctions de sinistre mémoire. A ceux qui rejettent le concept d’autarcie sous prétexte qu’il en coûte trop, que le blé doit s’acheter là où il coûte le moins, je rappellerai que c’est justement l’importation du blé d’Egypte à vil prix qui, sous l’Empire romain, ruina l’agriculture italienne. Il est important de comprendre qu’une certaine littérature, ainsi que tout le système journalistique contrôlé par l’usurocratie mondiale, ne tendent qu’à maintenir le public dans l’ignorance du système usurocratique et de ses mécanismes. L’ignorance de ce système et de ses ressorts cachés n’est pas un produit naturel ; elle fut créée. Le libéralisme et le bolchévisme se réunissent dans leur mépris fondamental de la personne humaine. Le libéralisme dissimule son économie funeste sous deux prétextes : la liberté d’expression et celle de la personne garantie en théorie par la formule de l’« habeas corpus ». L’ennemi, c’est l’ignorance (la nôtre). Au début du XIXe siècle, John Adams (pater patriæ) s’aperçut que les défauts et les erreurs du gouvernement américain provenaient moins de la corruption du personnel que d’une ignorance de la monnaie, du crédit et de leur circulation. Nous n’avons pas bougé depuis. L’étude est jugée trop aride par ceux qui n’en voient pas la portée. L’usure est un vice et un crime condamnés par toutes les religions et par tous les moralistes de l’Antiquité. C’est dans le DE RE RUSTICA de Caton que nous trouvons ce fragment de dialogue :

  • Que dis-tu de l’usure ?
  • Et toi, que penses-tu de l’assassinat ?

Je le répète : on a perdu le sens de la distinction entre le productif et le corrosif ; entre la division des fruits du travail fait en commun (soit un juste et vrai dividende appelé partage dans la langue médiévale) et l’intérêt corrosif qui ne représente aucun accroissement de la production utile et matérielle.

Il ne s’agit pas de faire de l’antisémitisme, mais de fouler aux pieds le système monétaire hébraïque au moyen duquel les Juifs exercent leur épouvantable usure.

Source : Ezra Pound, Le Travail et l’Usure, (extraits) Editions l’Age d’Homme, Lausanne, 1968

Publié par le Courrier du Continent No 568 (mai 2015), page 8

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