Des enfants étaient-ils tués à Auschwitz ? Des témoins parlent

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Au cours de mes trente-huit années de pratique du métier d’accoucheuse, j’ai passé deux ans au camp de concentration d’Auschwitz-Birkenau. Parmi les nombreux convois qui arrivaient sans cesse à ce camp, les femmes enceintes ne manquaient pas, J’ai exercé mes fonctions d’accoucheuse dans trois blocs successivement, des blocs qui du reste ne se différenciaient en rien des autres, ni extérieurement ni intérieurement, si ce n’est que l’un d’eux avait le sol pavé de briques. C’étaient des baraques en bois d’une longueur de quarante mètres environ, avec de nombreux trous pratiqués par les rats. Le terrain du camp était bas et argileux, ce qui faisait que pendant les périodes de pluie il y avait une quinzaine de centimètres d’eau dans les baraques et même plusieurs dizaines de centimètres dans certaines. J’ai travaillé dans ces conditions pendant deux ans, jour et nuit, sans personne pour me remplacer. Pendant un certain temps je fus aidée par ma fille Sylvia, mais la terrible maladie qui elle non plus ne l’épargna pas la rendit plutôt inapte à ce travail. Les femmes mettaient au monde sur la conduite de chauffage. J’ai pratiqué de la sorte plus de 3 000 accouchements. Malgré l’effroyable saleté, la vermine et les rats, malgré les maladies infectieuses et les autres horreurs impossibles à décrire, il se passait là quelque chose d’extraordinaire, d’incroyable, mais vrai. Un jour, le « Lagerartzt » (médecin du camp) m’ordonna de lui présenter un compte rendu au sujet des infections chez les accouchées, de la mortalité parmi les mères et les nourrissons. Je lui répondis que je n’avais encore eu aucun cas mortel chez les mères et les nouveau-nés. Le « Lagerartzt » me lança un regard incrédule, et il me dit que même dans les meilleures cliniques allemandes on ne pouvait se prévaloir de tels résultats.

Ce texte est la traduction française du Rapport d’une accoucheuse d’Auschwitz, paru dans l’Anthologie d’Auschwitz, sous la signature de Stanislawa Leszczynska, ancienne détenue du camp de concentration d’Auschwitz-Birkenau, numéro matricule 41 335 (Tome II, 2e partie, Varsovie, 1969, page 159 et suivantes).

A l’objection que les nouveau-nés étaient tués par la suite, on observera qu’en 1983 des Juifs qui étaient nés à Auschwitz se sont rencontrés lors d’un grand rassemblement organisé à Washington D.C. Daniel K. déporté à Auschwitz à l’âge de 10 ans, actuellement professeur à l’Université de Jérusalem, a publié le témoignage suivant :

Peu de temps après notre arrivée (à Auschwitz), un des jeunes chefs de notre groupe, Freddie Hirsh, demanda l’autorisation d’établir un centre d’éducation pour les jeunes. Permission lui fut donnée et peu après le centre d’éducation devint un centre spirituel et social pour le camp. C’était l’âme du camp. Des représentations musicales et théâtrales étaient données au centre, y compris des opéras interprétés par des enfants. On discutait des différentes idéologies – sionisme, socialisme, nationalisme tchèque – et ces discussions se déroulaient comme si personne ne savait ce qui l’attendait (…). Au centre d’éducation des enfants, un moniteur s’appelait Imre. Il dirigeait la chorale enfantine. Les répétitions avaient lieu dans la grande baraque des toilettes, où l’acoustique était bonne. C’était au bout du camp, à moins de 100 mètres de la rampe où les convois arrivaient, à quelques centaines de mètres des crématoires.

Par la suite, Daniel K. fut atteint par la diphtérie. Il raconte ce qui lui est arrivé :

Je fus envoyé dans les baraques du camp hôpital. Ma mère avait demandé d’y être transférée afin de rester avec moi à l’hôpital.

Témoignage paru dans The Jerusalem Post, 25 janvier 1995, page 7.

Ces témoignages seront confortés par plusieurs documents inédits, entre autres ceux découverts en mai 2000 à Moscou par Carlo Mattogno et Jürgen Graf. Il s’agit plus particulièrement d’un rapport rédigé en allemand par quatre médecins juifs internés à Auschwitz, les docteurs Lebovits, Weil, Reich et Bloch. Ce rapport, trouvé par l’Armée rouge à la libération du camp en janvier 1945, comprend une liste de plus de mille personnes hospitalisées à l’hôpital d’Auschwitz avant le 27 janvier 1945, avec la mention de leur âge, de la date d’arrivée au camp. etc. Ces patients étaient pour la plupart des internés juifs. Parmi eux se trouvaient 97 garçons et 83 filles âgés de quelques mois à 15 ans. (Source : Gossudarstvenny Archiv Rossiskoj Federatsii, Moscou, 7021-108-23)

 

Source : Le « Procès Amaudruz », 233 pages, 2009, Editions de Cassandra. Livre toujours disponible au prix de 30 CHF franco de port. Adresse pour commander : Editions de Cassandra, case postale 141 CH-3960 Sierre

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