Jean Haudry : le type physique des Indo-Européens

0
479

Paru dans Blanche Europe

Jean Haudry est le grand maître des études indo-européennes. Toute personne pro-blanche doit connaître son travail. Nous reproduisons ici le dernier chapitre de l’ouvrage Les Indo-Européens, publié par les Éditions de la Forêt, p. 171-176.


Depuis plus d’un siècle, les linguistes ont inlassablement affirmé que la notion d’indo-européen s’applique à une communauté de langue qui n’implique pas une homogénéité raciale. Cette séparation de la linguistique et de la génétique va de soi du point de vue de la méthode. Mais elle est en partie contredite dans la réalité par le fait que les différences linguistiques constituent des barrières au libre cours des gènes et freinent ainsi la différenciation génétique des ethnies (Mair, The bronze age and early iron age peoples of Eastern central Asia, p. 8, renvoyant aux travaux de Robert R. Sokal).

D’autre part, si l’expression de « race indo-européenne » est impropre, il est en revanche légitime de chercher à déterminer les types physiques représentés parmi les locuteurs. Pour y parvenir, on dispose de deux sources d’information : l’étude anthropologique des ossements humains trouvés dans les sites considérés (pour d’autres raisons) comme indo-européens ; le témoignage des textes anciens et des documents figurés. Cette seconde source a l’avantage de ne pas dépendre d’une hypothèse archéologique préalable.

Par exemple, la localisation de l’habitat originel des Indo-Européens au Proche-Orient, dans la culture des Kuro-Araxes (site de l’Âge du Bronze, sud du Caucase, 3500-2200), selon Gamkelidze et Ivanov (1984, 1985) conduit logiquement à conclure que le type anthropologique de la population, qui « se caractérise par une brachycéphalie assez prononcée, un développement marqué de la pilosité sur le visage et le corps, et une forme caractéristique du nez », représenterait celui des Indo-Européens.

Or, les documents figurés, déjà réunis par Vacher de Lapouge, montrent à l’évidence qu’il n’en est rien. Parallèlement, les témoignages anciens concordent pour désigner la race nordique, sinon comme celle de l’ensemble du peuple, au moins comme celle de sa couche supérieure. C’était, par exemple, l’opinion de Dumézil (Jupiter, Mars, Quirinus, p. 12) : « les Indo-Européens appartenaient à la race blanche et comptaient des représentants des trois principaux types d’hommes alors fixés en Europe, avec prédominance marquée du nordique. »

Cette prédominance de la race nordique est manifeste chez les Germains, au témoignage de Tacite (Germanie, IV, 1-2) :

Pour moi, je me range à l’opinion de ceux qui pensent que les peuples de la Germanie, pour n’avoir jamais été souillés par d’autres unions avec d’autres tribus, constituent une nation particulière, pure de tout mélange et qui ne se ressemble qu’à elle-même. De là vient que l’apparence, elle aussi, pour autant que la chose est possible en un si grand nombre d’hommes, est la même chez tous : yeux farouches et bleus, cheveux d’un blond ardent, grand corps (…)

L’anthropologie moderne a toutefois nuancé ce jugement. (Günther, Rassenkunde des deutschen Volkes ; Much, Die Germania des Tacitus). Sigurd est brun, Saga des Völsungar, chapitre 22. C’est aussi, naturellement, le cas d’Atli (= Attila, roi des Huns), ibid. chapitre 25 : « Il y avait un frère de Brynhildr qui s’appelait Atli. C’était un homme cruel, grand et très brun, noble pourtant et le plus grand des guerriers. » Cette indication est significative : l’auteur de la saga signale le fait que dans ce cas l’apparence physique ne concorde pas avec la position sociale. L’homologie entre le type physique et le statut social est explicite dans le Chant de Rig de l’Edda : Jarl le noble est « blond pâle », Karl le paysan libre est « roux, aux joues rosés », Thraell le serviteur est « noir de peau ».

Chez les Celtes, « on ne retrouve cependant que rarement (…) l’idéal classique du Celte grand et fort, à la chevelure blonde et à la peau blanche comme du lait » (Le Roux et Guyonvarc’h, La civilisation celtique, p. 57) : c’est que, comme l’indiquent les mêmes auteurs plus haut, « les Celtes n’ont jamais été, dans leurs États, qu’une minorité aristocratique et guerrière ». L’usage de se décolorer les cheveux indique la signification sociale du type physique.

Cette situation se retrouve plus tranchée encore dans l’Inde védique où selon Kumar : « Les témoignages littéraires décrivent la population aryenne comme des Nordiques blonds. » (The Ethnic Components of the Builders of the Indus Valley Civilization and the Advent of the Aryans, p. 67) Ces témoignages, à la vérité, ne sont pas très nombreux, et il y a des témoignages contraires, comme il est naturel en raison du caractère récessif de la blondeur et des traits qui l’accompagnent, comme les yeux bleus.

L’énigme de Mammata, brahmane kaçmirien du onzième siècle de notre ère :

un lotus blanc qui ne pousse pas dans l’eau et deux lotus bleus sur un lotus blanc ; ces trois lotus sur une liane d’or,

appliquée au clair visage d’une blonde aux yeux bleus, ne peut représenter que l’exception, mais témoigne de la survivance d’un idéal physique traditionnel. Le type nordique est mis en valeur dans le Véda, où Indra, le dieu blond (hari-), donne aux guerriers aryens la victoire sur leurs adversaires à la peau sombre, les dasa-, race des ténèbres, démoniaque, comme les Fomore de la légende irlandaise. Car la blancheur de la peau est celle du ciel-diurne, tandis que la couleur noire est celle du ciel-nocturne, de la terre et de l’enfer. Aujourd’hui encore, en raison de la législation qui a prohibé l’intermariage, les différences physiques sont sensibles entre les hautes castes où le type nordique est bien représenté et les castes inférieures où il est totalement absent.

Les témoignages en provenance de l’Iran ancien ne sont pas très nombreux, mais ils sont très explicites. Sur le « sarcophage d’Alexandre », les soldats perses sont « presque tous de race nordique, pure ou dominante, grands et minces, têtes allongées, visages étroits, yeux clairs, cheveux blonds, moustache blonde ou rousse » (Günther, Die nordische Rassebei den Indogermanen Asiens, p. 115). L’Avesta, Yast 13.134 décrit la « bonne descendance » comme « avisée, éloquente, blanche aux yeux clairs » : précédé de deux qualificatifs élogieux, les deux traits physiques, en eux-mêmes neutres, prennent valeur laudative.

C’est pourquoi, bien que les cheveux blonds ne soient pas fréquents en Arménie, l’épopée populaire arménienne mentionne si souvent ce trait physique de ses héros. Ce n’est pas une simple image : dans son Histoire de l’Arménie, 1.24, Moïse de Khorène rapporte que Tigrane « avait une chevelure blonde, bouclée aux extrémités, un visage coloré, un regard doux, une noble stature, de larges épaules, des jambes puissantes, de beaux pieds. » Le contexte laudatif montre que la blondeur est appréciée comme une qualité.

En Grèce, « les poètes classiques, d’Homère à Euripide, s’obstinent à nous représenter les héros grands et blonds. Toute la statuaire, depuis l’époque minoenne jusqu’à l’époque hellénistique, donne aux déesses et aux dieux, sauf peut-être à Zeus, des cheveux d’or et une taille surhumaine » (Faure, La vie quotidienne au temps de la guerre de Troie, p. 48). Certes, comme l’indique Faure, le type physique moyen était tout autre, mais le témoignage n’en est que plus significatif : si le type nordique est considéré comme un idéal physique, c’est qu’il était celui de la couche supérieure de la population. Ce que confirme le témoignage des documents figurés : dans son étude sur le profil grec, Peterson a montré que les portraits d’Eupatrides (nobles) présentent tous des traits du type nordique, celui que décrit Adamantios : « des hommes de haute taille (…) avec un teint clair et des cheveux blonds. »

Découvertes dès la fin des années 1970 par les archéologues locaux, étudiées par Victor H. Mair qui les a fait connaître, les corps spontanément momifiés et les squelettes de l’Âge du Bronze et du début de l’Âge du Fer de la vallée du Tarim ont pleinement confirmé les indications des auteurs antérieurs sur la présence de la race nordique chez les ancêtres des Tochariens. Observant que l’appellation Arçi s’est appliquée au pays et à ses habitants du premier siècle après J.-C. jusqu’au IXème siècle, Van Windekens observait : « Il est donc très logique de se demander si ce peuple n’avait peut-être pas une raison particulière pour se désigner de cette façon ; cet usage s’étendant sur un espace de temps de huit siècles prouve que l’on a pas affaire à une appellation occasionnelle et sans importance, mais que l’on se trouve vraiment devant une tradition très durable. D’autre part l’épithète « blanc » elle-même invite déjà bien à croire qu’ils s’imposaient ce (sur)nom d’après leur aspect physique. Et en effet, les peintures que les Tokhares du bassin oriental du Tarim nous ont laissées nous apprennent des choses fort intéressantes à ce sujet. Les fresques de la région de Tourfan montrent des types indigènes aux yeux bleus et aux chevaux blond-roux.

Feist reproduit un spécimen caractéristique de ce type de l’Asie Centrale, en frontispice de son livre Kultur, Ausbreitung und Herkunft der Indogermanen. Von Le Coq donne donne dans on ouvrage Buddhistische Spätantike in Mittelasien III, pl. 1, une fresque représentant des seigneurs « tokhariens » aux yeux bleus et aux cheveux blond-roux ; et dans son article Drei Buddhabilder auf Holztäfelchen mit tocharischen Aufschriften, il donne la description de la première peinture : « Die Hautfarbe ist weisz » [la couleur de la peau est blanche] et plus loin « Dans Gesicht mit dünnen schwarzen Lminien gegliedert zeigt feine europäisch Züge » [le visage divisé par des fines lignes noires présente de beaux traits qui donnent l’impression d’un Européen]. Les textes eux-mêmes, surtout les longs fragments du dialecte A, nous décrivent les Bouddhas ayant « la peau d’or, les cheveux blonds ou blancs, les yeux bleus » : en réalité les auteurs donnent une représentation du type général de leur peuple, et attribuent à Bouddha l’aspect physique de celui-ci (…) Il n’y a donc aucun doute : les Tochares du bassin du Tarim avaient la peau blanche, les cheveux blonds, les yeux bleus ; ils étaient fiers de ces qualités physiques, et l’épithète « blanc » qu’ils se donnaient eux-mêmes leur était un titre d’honneur. » (Lexique étymologique des dialectes tokhariens, p. XX)

Stèle scythe au Kirgizstan

L’étude des ossements trouvés dans les kourganes confirme ces indications : on y trouve une prédominance de dolichocéphales de haute taille avec des nez aquilins étroits e un visage mince plus fin et beaucoup plus étroits que les massifs hommes de Cro-Magnon du bassin du Dniepr (Kumar, op. cit. p. 66). L’étude de Kilian confirme ces vues, mais aussi les nuance, insistant sur l’importance de la différence entre la forme étroite du visage dans la race nordique proprement dite et la forme large caractéristique de la race dalique. Il conclut (De l’origine des Indo-Européens, p. 184) :

En raison de la proximité des Nordides et des Dalides comme de leur liaison partielle, le peuple indo-européen d’origine doit comporter une composante dalide d’importance inégale selon le lieu, la composante nordide étant prédominante. D’autres composantes, en particulier méditerranéennes, ne sont pas à exclure.

L’unité raciale de l’aristocratie indo-européenne a dû être renforcée par l’endogamie ; son type physique a été perçu comme une marque de supériorité, comme le signe extérieur du *ménos qui l’anime. Largement documentée, la blondeur est une caractéristique du héros. Bède le Vénérable rapporte que le pape Grégoire le Grand, observant des Angles faits prisonniers qui avaient « un teint clair, des traits fins et une belle chevelure », avait déclaré, après avoir appris le nom de leur nation :

C’est un nom qui leur convient, car ils ont des faces angéliques et il est juste qu’ils deviennent les cohéritiers des anges du ciel.

Elle a même été ressentie comme un lien entre peuples indo-européens étrangers, par-delà les différences linguistiques (qui pourtant définissent le « barbare ») et malgré les conflits qui les opposent : comment expliquer autrement l’étonnante mention chez Eschyle (Les Perses, 185-186) de la Perse et de la Grèce en guerre comme « sœurs du même sang » ? Ce n’est pas une invention d’Eschyle : déjà Hérodote (6, 54 ; 7, 61-62) se fait l’écho de rapprochements entre le nom des Perses et celui de Persée, entre le nom des Mèdes et celui de Médée, exprimant le sentiment d’une parenté, dont Xerxès aurait chercher à tirer parti (7, 150) pour rallier Argos à sa cause.

Réagissez à cet article en soumettant votre commentaire ci-dessous.

Vos partages nous permettent de continuer, merci !