Suisse : Des élections pour quoi faire ?

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Des élections pour quoi faire ?

La Suisse a voté mais la majorité des citoyens s’est abstenue. On estime que 20 % des Suisses ne votent jamais, 20 à 25 % le font à chaque occasion, le restant adopte un comportement aléatoire en fonction de l’importance présumée des enjeux…

Peu importe les variations provoquées par les dernières élections fédérales, assimilables aux légères impulsions que l’automobiliste doit donner à son volant pour maintenir le cap, quand bien même la voie serait absolument rectiligne. C’est pourquoi le char de l’Etat est confié à des marins d’eau douce d’une extrême prudence qui ne naviguent que par grand beau temps…

Exagérations ? Que non point. Consciente que le temps peut changer, l’Assemblée fédérale élit quand l’orage menace un chef de guerre nanti des pleins pouvoirs militaires et même civils dans la zone du Réduit national (1939-1945), une politique qui a fait ses preuves lors des deux grands conflits mondiaux.

Seulement voilà : de nos jours, il n’y plus de déclaration de guerre sur papier timbré ni de mobilisation générale, mais un conflit larvé qui oppose la Confédération helvétique (8 millions d’habitants) à l’Union européenne (512 millions d’habitants).

En démocratie, on est libre de s’engager ou de s’abstenir mais le système affirme que les abstentionnistes ont toujours tort.

Ce principe intolérant d’un système politique fondé sur la tolérance et le dialogue permet d’éluder la question qui fâche, tant les réponses pourraient être décoiffantes. Les grosses formations politiques doivent se dire que les abstentionnistes sont comme le loup qui dort : il serait imprudent de les réveiller. Autrement dit, il serait certes utile de savoir pourquoi les abstentionnistes s’abstiennent, mais dangereux de jouer avec le feu au risque de favoriser des partis marginaux, voire des mouvements politiques faits sur mesure qui instrumentaliseraient les causes cachées de l’abstentionnisme pour récupérer les abstentionnistes…

Or, se sont bien sûr là que se trouvent les véritables enjeux, raison pour laquelle la question qui tuerait les gros partis ne sera jamais posée sur la place publique…

Le système des partis en place, censés promouvoir l’excellence par la concurrence, tombe vite dans la routine : les promesses électorales sont répétitives, ce qui prouve bien qu’elles tardent à se réaliser…

Avec le temps, les électeurs finissent par s’en apercevoir, cause première de l’abstentionnisme chronique…

S’ensuit une certaine complaisance entre les partis en place et un certain fatalisme pour les électeurs désabusés, une situation qu’il est convenu de nommer « politique du consensus », fondée sur le principe selon lequel l’attentisme est la meilleure solution pour résoudre sans faire de vagues les questions urgentes. C’est surtout une manière de voir les choses qui fait la part belle à un partage « équitable » du butin : entre les gros partis, bien sûr…

Les gros partis sont semblables aux poissons morts qui suivent le courant de l’opinion publique, elle-même canalisée par des officines de propagandes téléguidées par des cercles mondialistes tels le groupe Bilderberg ou l’Aspen Institute.

Récupérer les abstentionnistes est bien sûr la grande ambition de ces faiseurs d’opinion. Leur dernière trouvaille n’est rien d’autre que le Mouvement 5 étoiles, un parti politique fabriqué « in vitro » – dans un œuf, comme on le verra plus loin, – par les éternels apprentis-sorciers de ces mêmes cénacles mondialistes.

C’est ce que le journaliste Pietro Orsatti a découvert lors d’une enquête publiée par la revue Micromega en juillet 2010. Cette enquête a révélé que le Mouvement 5 étoiles est une émanation de l’entreprise de conseils Casaleggio Associati, fondée en 2004 par Gianroberto Casaleggio (1954-2016), un informaticien ex-cadre d’une filiale d’Olivetti. Ce fleuron de la bureautique italienne fut sacrifié sur l’autel de la mondialisation et la victime collatérale des agissements mafieux de son PDG, le juif Carlo De Benedetti, impliqué dans la faillite du Banco Ambrosiano, banque de la Mafia et du Vatican dont il était le vice-président quand le président en était Roberto Calvi, retrouvé pendu en 1982 sous un pont de Londres…

Casaleggio Associati comptait, parmi ses quatre actionnaires-fondateurs, le juif Enrico Sassoon, ancien éditorialiste du quotidien Il Sole 24 Ore (propriété de la Confindustria, le syndicat du grand patronat italien), que Gianroberto Casaleggio a connu lorsqu’il était PDG de Webegg, une société issue de l’ancien groupe Olivetti, menée à la faillite et délestée de près de 18 millions d’euros en 2002 à cause de la gestion frauduleuse de Casaleggio.

Ce trésor de guerre sera utilisé pour financer les débuts du Mouvement 5 étoiles. Et comme Sassoon est un membre influent du cercle Bilderberg et de l’Aspen Institute, et qu’il a également présidé la chambre de commerce américaine en Italie, un lobby spécialisé dans la fusion et l’acquisition d’entreprises, tout se passa sans faire de vagues…

En 2004, peu après sa fondation, Casaleggio Associati annonça la création d’un partenariat avec la société américaine de management Enamics.

Parmi les clients d’Enamics, on trouve d’anciens clients d’Enrico Sassoon (Microsoft, Coca-Cola, Disney) auxquels il convient d’ajouter, entre autres, JP Morgan (Rockefeller) et Barclays (Rothschild), le Trésor américain et le pétrolier Shell.

Un véritable retour aux sources, puisque Adriano Olivetti (1901-1960), fils du fondateur, industriel progressiste mais anticommuniste, fonda en 1948 un mouvement politique baptisé Movimento Comunità (Mouvement Communauté) qui tenta de réunir sous un même drapeau les courants socialistes et libéraux. Grâce au potentiel régional de matières grises à haute valeur ajoutée, Ivrea devint dès les années 1950 un pôle pour les intellectuels, les scientifiques et les entrepreneurs désireux de réaliser une synthèse entre vocation industrielle et culture humaniste. Le Val d’Aoste aurait pu devenir une véritable « Silicon Valley » avant l’heure…

Adriano Olivetti mourut mystérieusement le 27 février 1960 dans le train entre Milan et Lausanne, alors que ses entreprises, qui employaient dans le monde près de 36 000 salariés, connaissaient un essor prodigieux.

Deux ans plus tard, Enrico Mattei, qui lui aussi voulait édifier sur le socle de l’autarcie une puissante industrie nationale en mesure de garantir l’indépendance énergétique de l’Italie, succomba en plein vol à un mystérieux attentat.

L’alchimiste Casaleggio, quant à lui, après avoir choisi l’œuf comme symbole de sa société Webegg, choix prédestiné qui désignait l’incubateur du Mouvement 5 étoiles, devait disparaître victime d’un cancer foudroyant.

Une fois les premiers succès électoraux acquis, avec les subventions et autres prébendes qui vont avec, le comique vociférateur Beppe Grillo, dont les talents de bateleur avaient permis de rallier nombre d’abstentionnistes et d’indécis, a soudain perdu sa langue qu’il avait pourtant bien pendue.

Le troisième larron, Luigi Di Maio, mannequin de vitrine aux allures de chanteur de charme napolitain, affiche maintenant une mine de croque-mort depuis ses volte-face motivées par un goût morbide de la « combinazione » qu’il prétendait combattre avant son arrivée au pouvoir…

L’alléchante carte de visite du Mouvement 5 étoiles réside dans son système de démocratie interne et participative fondé sur une plateforme de vote en ligne, le réseau Rousseau, qui compterait près de 100 000 usagers enregistrés.

L’adhérent a ainsi l’impression de ne pas être qu’un simple membre cotisant ou qu’un vulgaire électeur que l’on courtise platement juste avant les échéances électorales, mais bien un acteur respecté de la vie du mouvement et, par là même, un citoyen engagé dont les avis sont pris en compte.

Un système d’e-voting était prévu en Suisse pour les élections fédérales d’octobre 2019. Pour ce faire, le Conseil fédéral avait mandaté un organisme public, La Poste, censé mener à bien cet ambitieux projet, soumis à d’exigeants critères de sécurité et de fiabilité. La Poste avait d’ailleurs engagé des hackers pour tester les systèmes de sécurité. Des failles ont été découvertes dans le code source, une faiblesse qui permet à un pirate informatique de modifier le résultat d’un vote sans que l’on puisse s’en apercevoir.

Peu avant l’échéance prévue, la Chancellerie fédérale a confirmé que le système en question n’offrait pas une sécurité suffisante. La Poste n’ayant plus le temps de corriger le tir, elle prenait la décision de faire une croix sur les élections fédérales d’octobre, tout en assurant préparer un nouveau système de vote électronique, mais seulement à partir de 2020 et pour une exploitation à l’essai.

C’est bien dommage que les experts du géant jaune n’aient pas eu l’idée d’acquérir « clé en main » le système d’e-voting de Casaleggio, le gourou étoilé… Que d’argent économisé pour le contribuable !

A moins bien sûr de supposer sans médire que le réseau Rousseau ne remplissait pas non plus les conditions de sécurité et de fiabilité requises…

Autre cause de l’abstentionnisme : tant qu’il ne sera pas possible de débattre librement et publiquement de TOUS les sujets, les élections ne seront ni valides ni crédibles…

René-Louis Berclaz

René-Louis Berclaz — L’Europe des tabous