René-Louis Berclaz ─ C. A. Panzarasa, Volontaire de France à la Decima MAS

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René-Louis Berclaz 

C. A. Panzarasa, Volontaire de France à la Decima MAS

Dans ce monde qui marche cul par-dessus tête, il est des destins d’une logique impitoyable… Prenez Dario Fo : en 1943, à 17 ans, il est engagé volontaire dans les parachutistes, unité d’élite de la République sociale italienne (RSI) fondée par Mussolini le 1er décembre 1943, mais le malheureux tombe sur la tête… De nos jours, c’est un atout précieux : Dario Fo recevra le Prix Nobel de littérature pour ses élucubrations !

Carlo Alfredo Panzarasa eut une autre destinée : né à Paris le 4 mai 1926 de parents immigrés italiens, il fréquenta le Francisme de Marcel Bucard et le mouvement de la jeunesse fasciste à l’étranger. En 1943, à 17 ans, il est engagé volontaire dans le bataillon Longobardo puis incorporé en juillet 1944 dans la prestigieuse Decima MAS (X-MAS). Commandée par le prince Borghese, cette unité de la marine de guerre italienne ralliée à la RSI, composée de nageurs de combat et de fusiliers-marins, s’illustra notamment pour les exploits sans précédent de ses hommes-torpilles (1).

Pour l’Italie et ses ultimes défenseurs, le vin est tiré en avril 1945 : le « marò » Carlo Alfredo Panzarasa boit la tasse et découvre que cette potion amère a un arrière-goût de Jouvence !

C’est sur la pellicule que Carlo Alfredo Panzarasa immortalisa l’éternelle jeunesse des garçons du quai de Bacalan (2), ses camarades de combat qui contribuèrent au prix du sang à sauver l’honneur de l’Italie… (3)

Tout commence pour Carlo Alfredo Panzarasa le 8 septembre 1943, jour où un régime de trahison et de forfaiture issu du coup d’Etat du 25 juillet 1943 capitule face à l’ultimatum des Anglo-Américains et au mépris de la parole donnée à l’allié germanique. C’est la stupeur et la consternation chez de nombreux immigrés italiens résidant à Paris, dont les plus jeunes se retrouvent chaque jour au Centre culturel italien de Paris, rue Sédillot, dans l’idée encore confuse qu’il faut malgré tout faire honneur à la patrie. Parmi ces jeunes franco-italiens, trois mousquetaires, Lino Ventura, Serge Reggiani, Ivo Livi (Yves Montand) et… Carlo Alfredo Panzarasa ! Les trois mousquetaires étaient bien quatre mais nos trois velléitaires devenus célèbres après-coup se défilèrent sans tambour ni trompette, ayant sans doute pris la mesure des risques à s’engager les armes à la main pour défendre l’honneur de l’Italie. Il est vrai qu’ils excellèrent par la suite à valoriser ─ au cinéma ─ leurs exceptionnelles aptitudes au combat !

Engagés volontaires, deux cents de ces lycéens furent regroupés en mars 1944 quai de Bacalan, à la base océanique des sous-marins italiens de Bordeaux (Betasom), dont les officiers, placés sous le commandement du capitaine de vaisseau Enzo Grossi, titulaire de la Médaille d’Or pour la valeur militaire (la plus haute distinction militaire italienne) et de la Croix de Chevalier de la Croix de fer allemande, s’étaient ralliés en masse à la RSI.

Les jeunes franco-italiens furent incorporés dans le bataillon Longobardo, commandé par Giuseppe Parello, un officier vétéran du front de l’Est. Les « Volontari di Francia » reçurent une formation d’infanterie de marine similaire à celle du bataillon San Marco, la première unité de fusiliers marins de la Decima MAS.

Suite au débarquement des Alliés en Normandie le 6 juin 1944, une partie du bataillon Longobardo quitta Bordeaux fin juin 1944 pour se rendre en Italie par chemin de fer. Certains de ces fusiliers-marins restés en Gironde eurent pour mission de défendre la côte atlantique avec les troupes allemandes ; d’autres, plus impatients, s’engagèrent dans les Waffen-SS italiens. Après six jours d’un voyage mouvementé en wagon de marchandise, 150 fusiliers-marins arrivèrent à Venise, leur nouveau lieu de cantonnement. Sur place, une mission bien particulière attendait certains d’entre eux : infiltrer les réseaux de la Résistance ! Seul résultat de cette mission périlleuse, voire insensée : la capture et la mort sous la torture pour quatre jeunes Volontaires de France. Carlo Afredo Panzarasa s’en sort par miracle et se pose encore aujourd’hui des questions sur les véritables motivations qui poussèrent le chef de cette mission à envoyer à la mort de jeunes engagés volontaires nullement formés pour cette singulière besogne, certains d’entre eux s’exprimant en italien avec l’accent français !

Fin juillet 1944, le bataillon Longobardo prend le nom de bataillon Fulmine au moment de son intégration à la Decima MAS, toujours commandée par le prince Borghese. La compagnie des Volontaires de France se trouve ainsi incorporée au bataillon Fulmine, stationné à Ivrea (Piémont). Les Volontaires de France sont alors confrontés à la guerre des partisans, une dure épreuve pour laquelle les jeunes fusiliers-marins ne sont pas vraiment préparés. Entre la fin de l’été et le début de l’automne 1944, les ratissages se succèdent dans les conditions éprouvantes de la guerre civile qui déchire l’Italie du Nord.

Le 10 octobre 1944, Carlo Alfredo Panzarasa reçoit la Croix de guerre pour la valeur militaire en vertu de sa bravoure au combat.

Fin décembre 1944, le bataillon Fulmine est transféré à Gorizia, en Vénétie julienne : les hordes titistes se préparent à envahir le Frioul et Trieste, avec en perspective des massacres visant la population italienne, comme ce fut déjà le cas en automne 1943. Le 9 janvier 1945, le bataillon Fulmine occupe Tarnova, un village situé à quelques kilomètres de Gorizia : la position verrouille et contrôle les accès de Gorizia et de Trieste. La mission du bataillon Fulmine est de gagner du temps en attendant des renforts. A Tarnova, 214 fusiliers-marins équipés d’armes légères font face à plus de deux mille partisans lourdement armés. Le 19 janvier 1945, les Titistes déclenchent l’assaut : la bataille de Tarnova va durer presque une semaine, quand bien même les fusiliers-marins, à un contre dix, ne disposent que de deux jours de vivres et de munitions. Toutes les tentatives menées par la Decima MAS en vue de rompre l’encerclement sont repoussées par les Titistes rameutés par milliers de toute la région. De même, une autre contre-attaque conduite par trois blindés allemands venus en renfort échoue, les partisans ayant minés tous les accès de Tarnova.

Le 24 janvier 1945, faute de munitions et de ravitaillement, les fusiliers-marins du bataillon Fulmine reçoivent enfin l’ordre de décrocher. Un Volontaire de France, Thémistocle Cotini, détruit à la grenade un blockhaus ennemi pour permettre aux survivants de rejoindre les positions italiennes. Sur les 214 fusiliers-marins du bataillon Fulmine engagés à Tarnova, dont 89 Volontaires de France, 86 seront tués au combat et 56 blessés. Ils étaient 150 en arrivant au port… Quelques-uns d’entre eux, prisonniers des Titistes, seront torturés avant d’être décapités.

Les partisans titistes se vengeront en exterminant, notamment en Istrie, des dizaines de milliers de civils italiens précipités vivants dans les innombrables gouffres de cette région karstique.

Grâce au sacrifice des Volontaires de France et de leurs camarades de la Decima MAS, l’offensive des hordes titistes fut brisée, empêchant ainsi l’occupation par la Yougoslavie de Gorizia et de Trieste, qui resteront dès lors définitivement italiennes, malgré un épisode tragique : 40 jours d’atrocités titistes entre mai et juin 1945 dont fut victime la population italienne de Trieste et des environs. Les troupes d’occupation néo-zélandaises y mirent fin en chassant les Titistes.

En 1949, le prince Borghese sera libéré sur le champ lors de son procès en appel, le tribunal ayant reconnu que la Decima MAS préserva la Vénétie julienne d’une annexion yougoslave.

Le bataillon Fulmine est démobilisé le 30 avril 1945 à Schio, mais une poignée d’irréductibles « marò » veut encore croire qu’il n’est pas interdit d’espérer… Carlo Alfredo Panzarasa en fait partie : il joue sa vie sur les routes du Nord de l’Italie, à la merci des barrages de partisans et des patrouilles qui exécutent sans jugement les derniers « fascistes » en fuite. La chance l’accompagne et il finit par trouver refuge et réconfort auprès de la parenté établie en Lombardie.

Un petit appareil de photo ne le quitta jamais tout au long de cette épopée : son fidèle Leica, avec lequel Carlo Alfredo Panzarasa engrangea des centaines de clichés témoignant de la vie et des combats de ses camarades, les Volontaires de France, dont il est le dernier survivant. Ayant à cœur de perpétuer et d’honorer la mémoire de ses camarades, Carlo Alfredo Panzarasa rassembla au fil du temps une riche documentation sur ces années terribles où se joua, pour un tour de roue, le destin de la Grande Europe des patries charnelles.

En 1992, les dépouilles mortelles de six Volontaires de France, torturés et décapités par les Titistes, furent restituées par la Slovénie à l’Italie. Elles reposent depuis 1993 dans le cimetière militaire de Gorizia, après avoir reçu les honneurs militaires au Sanctuaire de l’Armée de Redipuglia : tombés à la bataille de Tarnova, ces six Volontaires de France ont ainsi obtenu la reconnaissance officielle qu’ils avaient combattus, eux et leurs camarades, pour l’honneur de l’Italie.

  1. Decima MAS, du nom de la Xe Légion de Jules César, celle qui faisait la différence sur le champ de bataille ; MAS pour « Memento Audere Semper » (Souviens-toi d’oser toujours), la devise du poète Gabriele d’Annunzio, autre manière de dire que l’avenir appartient aux audacieux

  2. Andrea Vezzà, I Ragazzi di Quai de Bacalan, Editions Ritter, Milan, 2012, 193 pages richement illustrées

  3. Carlo Alfredo Panzarasa, Volontaires de France, (édition bilingue français/italien) Aviani & Aviani, Udine, 2012, 156 pages richement illustrées, en vente à la librairie Facta, 4, rue de Clichy, F-75009 Paris, au prix de 30 euros


Carlo Alfredo Panzarasa

4 mai 1926 ─ 11 décembre 2016

Volontaire de France à la Decima MAS

Président de l’Association des Anciens Combattants de la Decima MAS (RSI)

Président-fondateur de l’Institut de recherche historique et militaire

de l’ère contemporaine (Trieste)

À notre cher et regretté camarade et concitoyen

de la Confédération helvétique

PRÉSENT !

« Souviens-toi d’oser toujours ! »

Istituto di Ricerche Storiche e

Militari dell’Età Contemporanea

Carlo Alfredo Panzarasa”

Via XXIV Maggio 4 – 34133 Trieste, Italia

Tél. & Fax 040 241 59 65, E-mail : [email protected] www.istitutopanzarasa.com


 

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