Le Futur archaïque

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Will Franklin

Dans L’Archéofuturisme, Guillaume Faye envisage un monde futur qui associe simultanément les dernières avancées de la science et de la technologie, et les valeurs et la vision-du-monde d’Homère et des anciens mythes. Un monde qui est profondément inégalitaire, où la force fait le droit, mais où la force inclut maintenant les pouvoirs de la science. Cette idée d’une combinaison d’archaïsme et de futurisme frappa une corde instinctive chez moi dès que j’en entendis parler pour la première fois, mais je ne savais pas encore vraiment pourquoi. Donc j’ai commandé le livre et je l’ai lu, et pour la plus grande part je l’ai aimé, mais je ne pouvais toujours pas mettre le doigt exactement sur ce qui résonnait en moi si profondément. Puis je me souvins où j’avais lu cela auparavant.

L’an 1994. De l’espace arrive une planète folle, passant à toute vitesse entre la Terre et la Lune, déchaînant une destruction cosmique. La civilisation humaine est transformée en ruine. Deux mille ans plus tard, la Terre renaît… Un étrange nouveau monde naît de l’ancien : un monde de sauvagerie, de super-science, et de sorcellerie. Mais un homme brise ses liens pour combattre pour la justice ! Avec ses compagnons Ookla le Mok et la Princesse Ariel, il jette sa force, son courage et sa fabuleuse épée solaire contre les forces du mal. C’est Thundarr, le Barbare !

En 1980, j’avais trois ans, et la meilleure chose à la télévision était Thundarr le Barbare [1]. J’ai commencé à le regarder avant même que mes souvenirs commencent ; c’est comme s’il avait toujours été avec moi. Je ne sais pas à quel créneau horaire il apparut pour la première fois, mais je sais que quand j’étais un peu plus âgé, il passait très tôt le matin chaque samedi. Je mettais une sonnerie pour être sûr de me lever à temps pour le regarder.

Thundarr est le genre de dessin animé qui ne pourrait simplement pas être fait en 2011. En y repensant aujourd’hui, je suis même étonné qu’il ait pu sortir en 1980.

Le personnage de Thundarr est en partie John Rambo et en partie Arnold Schwarzenegger dans Conan. Il est le prédécesseur des deux, puisqu’aucun des deux n’avait encore été représenté dans un film, bien que bien sûr les livres de Robert E. Howard étaient connus depuis longtemps. La vision du monde dans Thundarr doit beaucoup à Howard, en esprit sinon à cause de son influence directe. Un monde de sauvagerie, de super-science, et de sorcellerie. Un monde où la distinction d’Hésiode et d’Homère entre humains et héros est la loi.

Cela est dit clairement dans le tout premier épisode, « Le secret de la perle noire », où Thundarr doit protéger une tribu d’humains contre le méchant magicien Gémini. Thundarr est représenté comme supérieur aux autres humains à tous égards, au point qu’on oublie qu’il est humain lui-même. Il est humain, mais il n’est pas comme eux, qui sont faibles et impuissants.

Thundarr est plus fort, plus grand, plus déterminé, plus habile, plus laconique dans son discours, et supérieur en tout à l’humain moyen de l’an 3994, au point que cela rappelle les différences entre Achille, Ajax et Hector, et les milliers de soldats inconnus et simplement humains de l’Iliade.

Cela est dit le plus clairement dans l’Episode 4, « Les Maraudeurs de l’Abîme », lorsqu’un vieil homme demande à Thundarr : « Quelle sorte d’homme es-tu ? » (une question qui, comme l’a remarqué Huston Smith, fut aussi posée à Jésus et au Bouddha – pas qui, mais qu’es-tu ?). Thundarr répond simplement : « libre ».

Une partie du « secret de la perle noire » se déroule dans les ruines de Manhattan, que Thundarr appelle « Manhatt ». On voit que la ville est abandonnée depuis longtemps, décadente et envahie par les végétaux et la vie sauvage, un peu de la manière dont Tyler Durden imagine qu’elle sera dans Fight Club. A un moment Gémini, un magicien avec une tête à deux visages comme le dieu romain Janus, donne vie à la Statue de la Liberté, et Thundarr, Ariel et Ookla affrontent le golem géant. Dame Liberté, un cadeau des francs-maçons français aux jeunes Etats-Unis, symbolisant l’égalité et d’autres valeurs des Lumières, devient ici un monstre féroce, crachant le feu avec sa torche et détruisant les ruines de Manhatt encore plus. Mais Thundarr et ses compagnons finissent bien sûr par triompher, parce que dans ce monde il n’y a pas d’égalité, et la liberté est simplement un autre mot pour la force.

L’une des choses les plus remarquables chez Thundarr, en-dehors de son hyper-masculinité qui serait aujourd’hui totalement inacceptable, est qu’il est complètement païen. Les deux expressions favorites de Thundarr sont « Chiens de l’Enfer ! » et « Seigneurs de la Lumière ! ». La douce berceuse de ce que William Burroughs appelait « l’Univers au Dieu unique » a été remplacée par un monde de magie et de chaos ; de monstres, de magiciens, et de scientifiques ; de zones isolées de technologie avancée et de vastes étendues de pénurie postindustrielle, exactement comme Guillaume Faye l’envisage. Le dieu de ce monde n’est pas suspendu à une croix, mais brandit une épée – une épée solaire.

La magie joue un rôle important dans le monde de Thundarr, mais elle n’est associée à aucune moralité. Ariel a des pouvoirs magiques, et les méchants magiciens comme Gémini et Mindok aussi (un personnage fascinant qui commence comme scientifique mais devient ensuite un cerveau autonome et immortel, qui apprend ensuite la sorcellerie en plus de la science). Le fait qu’Ariel soit « bonne » ne garantit pas qu’elle soit plus forte. Bien au contraire, Ariel se montre souvent insuffisamment forte pour faire les choses elle-même, et c’est seulement la force habile et brutale de Thundarr qui la sauve de la mort ou de la capture.

Ariel est la contrepartie féminine de l’hyper-masculin Thundarr, et là aussi c’est le genre de personnage qui ne pourrait plus être montré aujourd’hui. Les personnages féminins modernes sont presque toujours représentés comme plus intelligents que les hommes autour d’eux, qu’elles tolèrent moitié par amusement et moitié par nécessité, et en fin de compte on peut voir que les femmes ont toujours raison. Ces stupides hommes.

Mais Thundarr n’aura rien de tout cela. Ariel représente en effet cette attitude moderne, mais seulement pour être constamment dépassée par Thundarr, et on peut voir qu’elle est dépendante de sa force et de son pouvoir masculin. Cette relation est révélée dans le deuxième épisode « Fleurs maléfiques », où Thundarr attrape Ariel par la taille et la jette sur son épaule pour la sauver des monstres qui les attaquent. Ariel dit, avec un dégoût simulé : « Tu es vraiment obligé de me porter comme un sac ? ». Thundarr répond : « Non, j’aurais pu te laisser là ».

On peut voir Thundarr le Barbare comme une relique du passé, à la fois du passé antique de l’Iliade et du Beowulf, et du passé pas si ancien de 1980, avant que le Politiquement Correct devienne totalement hégémonique dans la culture et l’art populaires. Mais si Guillaume Faye a raison, et si la terre se dirige vers une « convergence des catastrophes », alors nous pourrions aussi voir Thundarr comme un guide vers le futur post-apocalyptique qui nous attend, le futur archaïque.

[1] Curieusement (peut-être parce que Thundarr fait trop « germanique »), le titre de l’adaptation française est Arok le Barbare. (NDT)

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