L’affaire Kent-Wolkoff. Comment Churchill perdit presque la guerre

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L’AFFAIRE KENT-WOLKOFF. COMMENT CHURCHILL PERDIT PRESQUE LA GUERRE.

Gordon Beckwell

Winston Churchill devait être un homme très malheureux lorsqu’il mourut en 1965. A ce moment tout ce qu’il avait entrepris de réaliser était tombé à l’eau – principalement en résultat de la Seconde Guerre mondiale dont il avait tant encouragé la venue.

La guerre était supposée libérer la Pologne de l’occupation étrangère. Mais après la guerre elle devint un Etat-croupion dominé par la Russie soviétique.

La guerre était supposée sauvegarder la démocratie en Europe. Mais en 1949 il y avait deux fois plus de dictatures qu’en 1939.

Churchill pensait que la guerre conserverait la position de la Grande-Bretagne comme superpuissance mondiale. Au lieu de cela elle nous transforma en une puissance de troisième rang en faillite et toujours en déclin.

Il pensait que la guerre protégerait l’Empire britannique qu’il chérissait tant. Il avait complètement disparu ou était en train de le faire en 1950, y compris son Inde bien-aimée. La richesse qui aurait pu être utilisée pour développer un grand partenariat de tous les peuples de l’Empire avait été dépensée pour des armes de destruction massive.

Et s’il pensait que la guerre sauverait les Juifs de l’antisémitisme allemand il se trompait aussi pour cela. La plupart d’entre eux furent exterminés par les fanatiques nazis « brutalisés » par la guerre.

Mais cela aurait pu être encore pire. Seuls deux coups de chance, tous deux complètement imprévisibles en 1939/40, empêchèrent la Grande-Bretagne d’être occupée d’abord par l’Allemagne et ensuite par la Russie soviétique.

Quelques mois avant la fin de la guerre en 1945, Churchill réalisa que si notre « vaillant allié russe » continuait à avancer vers l’ouest, nous ne serions pas en position de les stopper. Il ordonna donc à l’Etat-major impérial de préparer un plan pour l’invasion et la conquête de la Russie [1]. Juste au cas où. La conclusion du rapport fut que nous ne pourrions pas les empêcher de s’emparer de toute l’Europe de l’Ouest – sauf si les prisonniers de guerre allemands acceptaient de combattre à nos cotés. Une chose qu’ils ne feraient presque certainement pas.

Seule l’invention inattendue de la bombe atomique sauva Churchill et notre peuple d’une Grande-Bretagne soviétique. Les frappes nucléaires superflues sur deux grandes villes japonaises, Nagasaki et Hiroshima, furent autant un message aux Russes qu’aux Japonais en 1945.

Mais sans un autre coup de chance imprévu, la déclaration de guerre de l’Allemagne aux USA, rien n’aurait pu empêcher une invasion finale de la Grande-Bretagne par l’Allemagne après 1940. Et que personne ne s’y trompe, les Allemands auraient été des maîtres cruels – même s’ils admiraient grandement les Britanniques.

Même ainsi, l’entrée de l’Amérique dans la guerre fut presque sabotée par des événements qui eurent leu en Grande-Bretagne pendant la période de la « drôle de guerre » en 1939-40.

Même avant la chute de la France, Churchill était en communication secrète avec le président US Roosevelt concernant la manière de faire entrer l’Amérique « isolationniste » dans la guerre à nos cotés. C’était notre seul espoir. Roosevelt y était entièrement favorable mais ne pouvait ignorer le sentiment anti-guerre généralisé dans le peuple américain. Il devait être très prudent, il y avait des élections présidentielles prévues pour la fin de 1940.

Ainsi pendant que Roosevelt promettait en public qu’« aucun garçon américain ne mourrait dans des conflits à l’étranger », il intriguait en secret avec Churchill pour amener précisément cela.

Le problème état que leur correspondance secrète était copiée par un opérateur du chiffrage de l’ambassade US à Londres. Tyler Kent était un homme avec une mission. Il voulait révéler que Roosevelt était un menteur à deux visages et empêcher l’entrée de l’Amérique dans la guerre.

Kent rencontra une Russe blanche [= anticommuniste] nommée Anna Wolkoff. Elle le présenta à Maule Ramsay, un parlementaire tory [= conservateur] qui comme elle voulait des négociations de paix avec l’Allemagne. Ensemble, tous trois planifièrent que Ramsay révélerait la duplicité de Roosevelt et la complicité de Churchill au Premier Ministre Neville Chamberlain et éventuellement à d’autres éléments anti-guerre au Parlement.

Si cela avait eu lieu, Roosevelt aurait presque certainement été battu dans les élections de novembre 1940 et les USA ne seraient jamais entrés dans la guerre.

Cependant, un officier de MI5 nommé Maxwell Knight avait réussi à placer des agents dans le Club de Droite [Right Club], une organisation créée par Ramsay. Dès qu’il apprit les intentions de Ramsay, le MI5 arrêta le parlementaire tory avec Wolkoff et Kent pour les empêcher de révéler une affaire assez énorme.

Beaucoup d’articles et de livres ont été écrits sur l’« affaire Kent-Wolkoff », des deux cotés de l’Atlantique.

Mais c’est seulement ces dernières années que le MI5 a déclassifié ses documents sur le sujet – révélant une série de mensonges et de coups tordus qui aidèrent même à mettre un millier de Chemises Noires derrière les barreaux et les barbelés. Ces dossiers ont été soigneusement analysés par l’auteur Bryan Clough dans un nouveau livre fascinant : State Secrets: The Kent-Wolkoff Affair [Secrets d’Etat : l’affaire Kent-Wolkoff].

Après des procès secrets, Kent fut condamné à une longue peine de prison au Royaume-Uni ; Ramsay fut coffré à la prison de Brixton pendant plusieurs années sous la Réglementation 18B ; et Anna Wolkoff fut condamnée comme « espionne » après un audacieux coup monté orchestré par Maxwell Knight.

D’abord, l’un de ses agents dit à Wolkoff qu’elle pouvait envoyer un message vers l’Allemagne chaque fois qu’elle le voulait en utilisant la valise diplomatique italienne. Peu après, un autre agent du MI5 demanda à Wolkoff si elle pouvait envoyer un message à Lord Haw-Haw (William Joyce), le propagandiste de la radio allemande pendant la guerre.

Donc Wolkoff transmit un message, sans doute rédigé par Knight lui-même, d’un agent du MI5 à un autre agent du MI5. Pour cela, elle fut jugée coupable de « communication avec l’ennemi » et reçut une longue condamnation – même si le message ne fut probablement jamais envoyé.

Bryan Clough montre aussi que les récentes révélations indiquent clairement que Joseph Kennedy, l’ambassadeur US en Grande-Bretagne, et Earl Jowitt, l’Avocat Général qui mena l’accusation, avaient peu de respect pour la vérité lorsqu’ils firent des déclarations publiques après les événements pour protéger leurs propres intérêts concernant l’affaire Kent-Wolkoff.

Cependant, Knight recherchait du plus gros poisson. En utilisant le journal récemment publié de Guy Liddell, le directeur de la division de contre-espionnage du MI5, en le croisant avec les nouveaux dossiers du MI5, Clough montre que, comme Mosley l’affirma toujours, son emprisonnement était l’une des demandes faites par les dirigeants travaillistes comme prix de leur entrée dans une coalition de temps de guerre avec Churchill.

Il décrit Attlee et Greenwood « faisant pression pour qu’une action soit effectuée contre la BUF ». Par conséquence l’objectif de Knight était de « monter une affaire contre la BUF ». Le problème était qu’« en dépit d’avoir quatre agents sur l’affaire pendant plus de neuf mois, la seule preuve qu’il avait obtenue sur une supposée Cinquième Colonne avait été inventée ».

Le livre de Clough et le journal de Liddell montrent que le Secrétaire à l’Intérieur, Sir John Anderson, « restait sur une position juridique, disant qu’il n’avait aucune preuve qui le conduirait à supposer que des membres de la BUF assisteraient activement l’ennemi » et que « s’il ne pouvait pas obtenir de telles preuves il pensait que ce serait une erreur d’emprisonner Mosley et ses partisans ».

Pour satisfaire les demandes des dirigeants travaillistes, Liddell et Knight se lancèrent dans une campagne magistrale de tromperie destinée à Anderson. Le journal de Liddell dit que ce dernier tenait bon, remarquant même que Mosley avait émis une instruction à ses Chemises Noires de ne rien faire pour gêner l’effort de guerre et de combattre jusqu’au dernier en cas d’invasion [allemande].

« Mais ne voyez-vous pas, monsieur le Ministre », insinuaient les deux officiers du MI5, « Chaque Chemise Noire comprend que cette instruction est juste un message codé, une ‘couverture’ pour se protéger ».

Clough montre que les officiers du MI5, désespérés, affirmèrent faussement que Mosley était impliqué dans des négociations traîtresses avec Ramsay et d’autres pour remplacer le gouvernement par un autre dirigé par le général Edmund Ironside qui voulait aussi une paix négociée avec l’Allemagne. Et bien que Bryan Clough ne va pas lui-même aussi loin, il est certainement difficile de croire que Liddell et Knight auraient pu résister à la tentation de suggérer à Anderson que Ramsay devait avoir briefé Mosley sur le contenu de la correspondance secrète Churchill-Roosevelt – une histoire qui pourrait paraître à tout moment dans le journal « Action » de la BUF si on les laissait agir.

Vernon Kell, le directeur général du MI5, utilisa alors des contacts dans le gouvernement dans l’entourage de Churchill pour s’assurer que la pression serait mise sur Anderson. En tous cas, la pression sur Anderson fut suffisante – 48 heures après l’arrestation de Ramsay il accepta qu’« environ 30 » des dirigeants de la BUF soient internés pour « handicaper le mouvement ». En un an, le MI5 vit que les « 30 » devinrent plus d’un millier d’hommes et de femmes britanniques emprisonnés sans accusation ni procès sous la Réglementation 18B.

La position de principe de Mosley pour « la Paix avec Honneur, l’Empire britannique intact, et le Peuple britannique en sécurité » fut perdue – et les nombreuses propositions de Hitler au gouvernement britannique pour des négociations de paix, confirmées durant l’interrogatoire de Göring après la guerre [2], restèrent sans réponse.

Ainsi commença la guerre qui aurait pu être évitée. Une guerre qui coûta la vie de 60 [?] millions d’Européens – incluant environ 366.365 Britanniques.

Longtemps après la fin de la Seconde Guerre mondiale, on sait que Mosley et Lady Diana invitèrent Maxwell Knight (retraité du MI5 et devenu alors présentateur TV et radio pour « L’Heure de la Femme » et des programmes naturalistes pour enfants) à prendre le thé à leur domicile français près de Paris. Oh, on voudrait avoir été une mouche sur le mur à ce moment.

En tous cas, Mosley était clairement une bonne âme.

[1] National Archives ref: CAB120/691

[2] National Archives ref: AIR20/8693

State Secrets: The Kent-Wolkoff Affair” by Bryan Clough, published 2005 by Hideaway Publications Ltd.,4 Erroll Road, Hove, East Sussex, United Kingdom. Price £15. ISBN 0 9525477 3 2

(traduction du texte publié sur le site www.oswaldmosley.com/)

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