L’antijudaïsme de Louis Jacolliot

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L’ANTIJUDAÏSME DE LOUIS JACOLLIOT

Louis Jacolliot (1837-1890) était un magistrat colonial français, libre-penseur, franc-maçon et anticlérical, amateur d’exotisme et d’ésotérisme, admirateur de la civilisation hindoue, et auteur prolifique. Il écrivit plusieurs dizaines de petits récits de voyage (Voyage au pays des bayadères, Voyage au pays des singes, etc.), qui eurent le mérite de populariser les cultures orientales (notamment celle de l’Inde) dans le grand public français. Il fut aussi l’auteur de plusieurs livres à prétention « scientifique », mais parfois un peu farfelus (il abuse souvent des identifications phonétiques, notamment entre Christ et Krishna, dont il fait un seul personnage : le Christ aurait donc été initié en Inde durant ses « années inconnues »). Ses thèses ne sont guère prises au sérieux (de même, sa traduction des Lois de Manou est considérée comme assez douteuse par les spécialistes), mais ses réflexions ne sont pas toutes à rejeter, loin de là, même s’il pousse parfois le bouchon un peu loin. Hormis ses récits de voyages, ses livres les plus connus sont : La Bible dans l’Inde, ou la Vie de Iezeus Christna (1869) ; Les Fils de Dieu (1873) ; Christna et le Christ (1874). Il est souvent féroce avec le cléricalisme, les missionnaires chrétiens, le judaïsme, et même parfois avec le système brahmanique (malgré son immense admiration pour l’Inde). Son antijudaïsme appartient bien sûr à la variété voltairienne (rationaliste). Voici un échantillon :

Louis Jacolliot

La Bible dans l’Inde (1869)

(extraits)

Ainsi que nous l’avons démontré, l’Egypte reçut de l’Inde, par Manès ou Manou, ses institutions sociales et ses lois, qui eurent pour résultat la division du peuple en quatre castes et placèrent au premier rang les prêtres, au second les rois, puis les commerçants et les artisans, et au dernier échelon social, le prolétaire, le serviteur, presque l’esclave. Ces institutions et un même droit pénal produisirent, comme dans l’Inde, à l’aide du rejet de la caste prononcé contre les coupables, une classe mêlée, rebut de toutes les autres qui, déclarée à jamais impure et proscrite, ne put parvenir à effacer la tache indélébile que la loi lui avait imprimé au front. Ces rejetés de la caste, ces parias de l’Egypte, soulevés par Moïse, qui leur fit entrevoir la liberté, donnèrent naissance aux Hébreux, à cette nation pompeusement appelée le peuple de Dieu. (…)

Voyez-vous ce Dieu manifestant sa puissance par des invasions de grenouilles et de moucherons, puis frappant un peuple entier par l’envoi de la peste et d’affreux ulcères, et en dernier lieu par le massacre de tous les premiers nés de chaque famille ! Quelle graduation du risible… à l’horrible ! (…) j’ose le dire franchement, si j’avais à choisir entre le Dieu de Moïse et le bœuf Apis, c’est ce dernier que je préférerais. Quand il a bien décimé l’Egypte par toutes sortes de fléaux, Jéhovah couronne son œuvre par une épouvantable boucherie d’enfants… Mais ce n’est pas assez encore, il ordonna à son peuple de garder un souvenir éternel de ce haut fait, et d’en fêter l’anniversaire par des cérémonies et des chants. (…) Il a fallu que cet esclave fanatique [Moïse], élevé par charité à la cour des Pharaons, fût bien persuadé de l’avilissement et de la stupidité du peuple qu’il avait soulevé, pour qu’il ait osé, en écrivant après coup l’histoire de cette révolution, l’entourer de ces ridicules horreurs. (…)

Ce fut bien un peuple de parias que Moïse entraîna dans le désert ! (…) Ne fallait-il pas, du reste, faire croire au prodige et inspirer la terreur, pour pousser en avant ce servile troupeau que rien dans le passé ne ralliait comme nation, si ce n’est le souvenir des souffrances communes ? (…) Qu’on ne nous parle donc plus du peuple de Dieu ! (…) quel est ce rôle d’orgueil et d’impudence unique dans l’histoire ? Une nation se dit la seule protégée par l’Etre suprême, et elle ne sait donner à ses voisins que les plus odieux exemples de duplicité et de cruauté, et c’est au nom de Dieu qu’elle massacre les habitants des terres qui sont à sa convenance et sur lesquelles elle veut s’établir ! (…) Je ne connais pas dans le passé un peuple dont l’hypocrisie ait été plus constante et qui ait mieux su sanctifier les moyens par le but. (…) En résumé, le gouvernement établi par Moïse fut théocratique sous l’impulsion souveraine des prêtres. (…)

Ces principes [du Décalogue] ne datent point du mont Sinaï, ils sont antérieurs aux Hébreux et à toutes les civilisations qui les ont précédés ; et lorsque Moïse vint les révéler au peuple sur la montagne, il y avait longtemps que la conscience les avait d’elle-même fait connaître à tout homme juste. Ce Décalogue, donné avec tant de pompe aux Hébreux au milieu des sons de la trompette et du tonnerre, me semble, du reste, une dérision bien amère… Il suffit de lire la Bible pour voir que peu de peuples furent plus corrompus, que peu usèrent de plus de duplicité dans leurs relations avec leurs voisins, que peu enfin eurent moins le respect de la chose d’autrui. Ils pillent l’Egypte avant de la quitter, traversent le désert, continuent leurs brigandages, leurs vols à main armée sur chaque terre nouvelle qu’ils foulent, jusqu’à ce que, lassant la patience des peuples, ils soient vigoureusement châtiés et réduits de nouveau en servitude. Moïse et ses successeurs eurent beau faire, les parias restèrent des parias, et il fut impossible de faire une nation sérieuse, attachée à la terre et adonnée au travail, de ces anciens esclaves des Pharaons. (…)

…on peut remarquer que le Dieu de la Genèse, le Dieu des premiers pas bibliques, ne ressemble pas au Jéhovah jaloux et altéré de sacrifices humains de l’Exode et des livres suivants. (…) Plus nous avancerons, plus nous aurons l’occasion de constater que, si la Judée changea quelque chose à la civilisation léguée par l’Inde et l’Egypte, ce ne fut que pour faire un retour à la barbarie, à la cruauté des premiers âges, où l’homme nomade ne reconnaissait le droit que par la force.

– Cède-moi la terre, ou je te tue, dit Caïn à Abel.

– Obéissez, courbez-vous sous la parole de Dieu, ou la mort ! dit Moïse aux Hébreux, et ces derniers à leur tour s’en furent droit aux peuples leurs voisins et leur dirent :

– Cédez-moi vos richesses, vos filles vierges et vos maisons, ou vous serez détruits par le fer et le feu.

(…) Les premiers chapitres de la Genèse hébraïque ne sont point à leur place dans ce livre [l’Ancien Testament], qui n’est que le panégyrique audacieux de la violence et de la destruction. Il faut restituer cette Genèse aux Védas, à qui elle appartient. (…)

Je ne puis résister au désir de faire en quelques lignes le bilan de tous les massacres accomplis, de tout le sang versé d’après les ordres de Jéhovah, soit par Moïse et ses successeurs sur les Israélites eux-mêmes, soit par ces derniers sur les peuples qu’ils voulaient anéantir pour s’emparer de leurs dépouilles. (…) [suivent de nombreuses citations de la Bible] Qu’est-il besoin de continuer plus longtemps ces citations, et l’histoire tout entière de ces premiers temps des Hébreux pourrait-elle nous montrer autre chose que des ruines, des massacres et de honteuses superstitions ? Est-il un peuple qui ait eu de pareils débuts et qui ait osé les mettre sous la protection de l’Etre suprême ? (…)

Non, ce n’est point chez ce peuple que nous irons chercher les origines de nos croyances et de nos traditions religieuses et philosophiques, et ce n’est point de ce livre de la Bible que nous ferons sortir la foi nouvelle des nations modernes. Le Christ est venu fouler aux pieds toutes ces superstitions. Juif, il renia les Juifs, car cet apôtre de l’égalité du bien pour le bien et de la foi en l’éternelle bonté de l’Etre suprême ne pouvait rien avoir de commun avec la loi de vengeance de Jéhovah. Moïse avait entrevu l’unité de Dieu et les primitives croyances sur la création par les traditions de l’Egyptien Manès. Dominateur d’un peuple, il employa sa science au profit de sa domination et de celle de ses initiés, et il marcha par le feu et le sabre, léguant ses doctrines et son rôle à Mahomet, qui plus tard devait fonder, en imitant ses exemples et copiant son livre de la loi. (…) Quel singulier ramassis de superstitions ridicules… Quoi !… L’Etre suprême ne se serait manifesté aux hommes que pour les astreindre à d’aussi singulières pratiques ! (…)

Je comprends qu’une grande nation, l’empire romain, par exemple, puisse faire accepter son influence aux peuples qu’elle soumet à ses lois par la conquête.

Je comprends qu’un petit peuple, les Athéniens, par exemple, arrive, par le développement extraordinaire de son génie artistique, de son génie littéraire, philosophique et moral, à servir de modèle à ses successeurs dans cette grande voie du progrès qui sillonne le monde et ne connaît pas de nationalités. En effet, on n’effacera pas de la scène du monde civilisé les siècles de Périclès et d’Auguste.

La Judée peut-elle revendiquer un pareil passé ?

Où sont ses grandes conquêtes portant au loin l’influence de son nom ?

Où sont ses monuments artistiques, philosophiques et littéraires ?

Nés de l’esclavage, descendants des parias de l’Egypte, les Hébreux errent pendant longtemps dans le désert ; repoussés de tous cotés par les peuplades limitrophes qui ne voulaient ni s’allier avec eux, ni leur permettre le passage sur leurs terres, ils se précipitent un beau jour, comme une horde de sauvages affamés, sur les petites tribus de la Palestine, brûlant, saccageant, massacrant, qui les Amalécites, qui les Chananéens, qui les Madianites, qui les Amorrhéens, etc. …

Voilà leurs conquêtes !

Jamais ramassis de brigands obscurs, d’envahisseurs nomades, ne laissèrent derrière eux tant de ruines noyées dans le sang. Il est vrai que ces attaques violentes et ces pillages s’accomplirent au nom de Jéhovah, ce qui, pour beaucoup de gens, est encore aujourd’hui une excuse suffisante… (…)

Je me suis toujours demandé pourquoi les partisans de la révélation repoussaient le Coran ; ils trouveraient là, cependant, des leçons d’humanité que l’épouvantail hébraïque s’est bien gardé de leur donner. Heureusement que ces scènes de carnage, que toutes ces turpitudes ne dépassèrent pas le cercle restreint de la Judée, et que les anciens maîtres de l’Egypte, ainsi que les Assyriens et les Babyloniens, se dérangèrent de temps en temps pour venir mettre à la raison ces forcenés, qui ne purent jamais vivre en paix, ni abandonner le goût du pillage et des rapines. (…) Il n’est pas un peuple au monde qui ait si peu fait, si peu produit, si peu pensé… (…)

Vous ne voyez donc pas que ce peuple d’Israël, abêti par la servitude et qui avait gardé ses traditions errantes du désert, opprimé par un lévitisme aussi inepte que despotique, constamment du reste emmené en esclavage par les nations ses voisines, n’eut ni l’idée, ni le temps d’acquérir le goût des grandes choses. Aussi, quand on parle de civilisation hébraïque, prononce-t-on un mot vide de sens. (…) Il est trop évident que les Hébreux ne firent que continuer leurs traditions de servage, et il serait par trop ridicule de faire naître chez eux le souffle initiateur des temps anciens. (…) Est-ce que les Hébreux ne furent pas dans le monde ancien les derniers représentants du régime théocratique pur ? Est-ce qu’ils ne furent pas les derniers à conserver ces castes de prêtres et de lévites qui, sur le modèle des hiérophantes d’Egypte, dominèrent le peuple par les mystères et les superstitions les plus grossières, et ne se gênèrent point pour déposer les rois qui ne se firent pas les esclaves de leurs volontés ?

Les Israélites furent le peuple le plus méprisé de l’antiquité ; aucune des nations voisines n’avait oublié son origine servile. (…)

Nous avons suffisamment répété que la Bible n’est pas un livre original ; il suffit de la lire attentivement pour s’en convaincre ; aucune des coutumes qu’elle impose ne lui appartient ; elles se retrouvent toutes dans les civilisations plus anciennes de l’Egypte et de l’Orient. (…) Dira-t-on que la Bible a apporté aux peuples cette grande idée de l’unité de Dieu que nul, jusqu’à elle, n’avait su dégager de la superstition et des mystères ? A cela nous répondrons que Moïse n’a fait que défigurer l’idée première qu’il avait puisée dans la théogonie égyptienne, et que son Jéhovah, irascible, sanguinaire et destructeur de nations, loin d’être un progrès, n’est que le pervertissement de la croyance primitive.

[fin des citations.]

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