Pour Noël 2019 – Saint Thomas d’Aquin a dit : « Soyez humains envers les étrangers, mais prenez des mesures pour protéger le bien national »

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Paru dans Council of European Canadians

En examinant le débat sur l’immigration, on suppose presque automatiquement que la position de l’Église est celle d’une charité inconditionnelle envers ceux qui entrent dans la nation légalement ou illégalement. Cependant, est-ce le cas ? Que dit la Bible à propos de l’immigration ? Que disent les docteurs et les théologiens de l’Église ? Par-dessus tout, que dit le plus grand des docteurs de la foi (de l’Église chrétienne), saint Thomas d’Aquin, à propos de l’immigration ? Son opinion offre-t-elle un aperçu des questions brûlantes qui secouent actuellement la nation et brouillent les frontières nationales ?

L’immigration est un problème moderne et certains pourraient donc penser que le médiéval Saint Thomas (1225-1274) n’aurait pas d’opinion sur le problème. Et pourtant, il en a une. Il suffit de regarder dans son chef-d’œuvre, la Summa Theologica…question 105, article 3 (I-II, Q. 105, Art. 3). On y trouve son analyse fondée sur des intuitions bibliques qui peuvent enrichir le débat national. Elles sont tout à fait applicables au présent.

Saint Thomas : « Les relations de l’homme avec les étrangers sont doubles : pacifiques et hostiles ; et en dirigeant ces deux types de relations, la Loi contenait des préceptes appropriés ».

Commentaire : En faisant cette affirmation, saint Thomas affirme que tous les immigrants ne sont pas égaux. Chaque nation a le droit de décider quels immigrants sont bénéfiques, c’est-à-dire « pacifiques » pour le bien commun. Pour sa propre défense, l’État peut rejeter les éléments criminels, les traîtres, les ennemis et autres qu’il juge nuisibles ou « hostiles » à ses citoyens.

La deuxième chose qu’il affirme est que la manière de traiter l’immigration est déterminée par la loi dans les cas d’immigration bénéfique et d’immigration « hostile ». L’État a le droit et le devoir d’appliquer sa loi.

Saint Thomas : «… les Juifs se sont vu offrir trois possibilités de relations pacifiques avec les étrangers. Premièrement, lorsque les étrangers passaient par leur terre en tant que voyageurs. Deuxièmement, lorsqu’ils venaient s’installer sur leur terre en tant que nouveaux arrivants. Et dans ces deux cas, la Loi a prévu des dispositions aimables dans ses préceptes, car il est écrit (Exode 22,21) : « Tu ne molesteras pas un étranger [advenam] » ; et encore (Exode 22,9) : « Tu ne molesteras pas un étranger [peregrino] ».

Commentaire : Saint Thomas reconnaît ici le fait que d’autres voudront venir visiter ou même rester dans le pays pendant un certain temps. Ces étrangers méritent d’être traités avec la charité, le respect et la courtoisie qui est due à tout homme de bonne volonté. Dans ces cas, la loi peut et doit protéger les étrangers contre les mauvais traitements ou les abus.

Saint Thomas : « Troisièmement, lorsque des étrangers désiraient être admis entièrement dans leur communauté et leur mode de culte. À cet égard, un certain ordre était observé. Car ils n’étaient pas immédiatement admis à la citoyenneté : de même qu’il était de droit avec certaines nations que nul ne soit considéré comme citoyen sauf après deux ou trois générations comme le dit le philosophe (Polit. iii, 1) ».

Commentaire : Saint Thomas reconnaît qu’il y aura ceux qui voudront rester et devenir citoyens des terres qu’ils visiteront. Cependant, il pose comme première condition d’acceptation le désir de s’intégrer pleinement dans ce qui serait aujourd’hui considéré comme la culture et la vie de la nation. Une deuxième condition est que l’octroi de la citoyenneté ne soit pas immédiat. Le processus d’intégration prend du temps. Les gens doivent s’adapter à la nation. Il cite le philosophe Aristote qui disait que ce processus était autrefois réputé prendre deux ou trois générations. Saint Thomas lui-même ne donne pas de calendrier pour cette intégration, mais il admet que cela peut prendre beaucoup de temps.

Saint Thomas : « La raison en est que si l’on permettait aux étrangers de se mêler des affaires d’une nation dès qu’ils s’y installent, de nombreux dangers pourraient survenir, car les étrangers n’ayant pas encore le bien commun à cœur pourraient tenter quelque chose de blessant pour le peuple ».

Commentaire : Le sens commun de saint Thomas n’est certainement pas politiquement correct mais il est logique. Le théologien note que vivre dans une nation est une chose complexe. Il faut du temps pour connaître les questions qui touchent la nation. Ceux qui connaissent la longue histoire de leur nation sont les mieux placés pour prendre les décisions à long terme concernant son avenir. Il est nuisible et injuste de confier l’avenir d’un pays à des gens récemment arrivés qui, bien que ce ne soit pas de leur faute, ont peu d’idée de ce qui se passe ou s’est passé dans le pays. Une telle politique pourrait mener à la destruction de la nation. Pour illustrer ce point, saint Thomas note plus tard que le peuple juif ne traitait pas toutes les nations de la même manière, car les nations les plus proches d’eux étaient plus rapidement intégrées dans la population que celles qui ne l’étaient pas. Certains peuples hostiles ne devaient pas du tout être admis dans la pleine communion en raison de leur inimitié envers le peuple juif.

Saint Thomas : « Il était néanmoins possible, par dérogation, d’admettre un homme à la citoyenneté pour un acte de vertu : ainsi, il est rapporté (Jude 14,6) qu’Achior, le capitaine des enfants d’Ammon, « fut uni au peuple d’Israël avec toute la succession de sa parenté ».

Commentaire : C’est-à-dire que les règles n’étaient pas rigides. Il y avait des exceptions qui étaient accordées en fonction des circonstances. Cependant, ces exceptions n’étaient pas arbitraires mais avaient toujours à l’esprit le bien commun.

Principes bibliques sur l’immigration

Ce sont là quelques-unes des réflexions de saint Thomas d’Aquin sur la question de l’immigration, fondées sur des principes bibliques. Il est clair que l’immigration doit avoir deux choses à l’esprit : la première est l’unité de la nation ; la seconde est le bien commun. L’immigration doit avoir pour but l’intégration et non la désintégration ou la ségrégation. L’immigrant ne devrait pas seulement vouloir assumer les avantages mais aussi les responsabilités de se joindre à la pleine communion de la nation. En devenant citoyen, une personne fait partie d’une grande famille à long terme et n’est pas actionnaire d’une société par actions qui ne cherche qu’à servir ses propres intérêts à court terme.

Deuxièmement, saint Thomas enseigne que l’immigration doit avoir à l’esprit le bien commun ; elle ne peut ni détruire ni accabler une nation. Cela explique pourquoi tant d’Américains éprouvent un malaise causé par une immigration massive et disproportionnée. Une telle politique introduit artificiellement une situation qui détruit les points communs d’unité et submerge la capacité d’une société à absorber organiquement de nouveaux éléments dans une culture unifiée. Le bien commun n’est plus pris en compte.

Une immigration proportionnelle a toujours été un développement sain dans une société puisqu’elle injecte une vie et des qualités nouvelles dans un corps social. Mais lorsqu’elle perd cette proportion et sape la raison d’être de l’État, elle menace le bien-être de la nation. Lorsque cela se produit, la nation ferait bien de suivre les conseils de saint Thomas d’Aquin et les principes bibliques. La nation doit pratiquer la justice et la charité envers tous, y compris les étrangers, mais elle doit avant tout sauvegarder le bien commun et son unité, sans lesquels aucun pays ne peut durer longtemps.

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