Comment Hitler consolida son pouvoir en Allemagne et lança une révolution sociale

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Comment Hitler consolida son pouvoir en Allemagne et lança une révolution sociale

Les premières années du Troisième Reich

Léon Degrelle

I. Qui mettra fin à la faillite ?

« Nous avons le pouvoir. Maintenant notre travail gigantesque commence ».

Ce furent les paroles de Hitler la nuit du 30 janvier 1933, alors que les foules en liesse défilaient devant lui, pendant cinq longues heures, sous les fenêtres de la Chancellerie de Berlin.

Son combat politique avait duré quatorze ans. Il était lui-même âgé de 43 ans, c’est-à-dire qu’il était physiquement et intellectuellement au sommet de ses pouvoirs. Il avait conquis des millions d’Allemands et les avait organisés dans le parti politique le plus grand et le plus dynamique d’Allemagne, un parti entouré d’un rempart humain de centaines de milliers de SA, dont les trois quarts étaient membres de la classe ouvrière. Il avait été d’une habileté extrême. Se jouant de ses adversaires, Hitler les avait tous vaincus, les uns après les autres.

Debout à la fenêtre, son bras levé vers la foule en délire, il devait connaître un sentiment de triomphe. Mais il semblait presque apathique, absorbé, comme perdu dans un autre monde.

C’était un monde bien éloigné du délire de la rue, un monde de 65 millions de citoyens qui l’aimaient ou le haïssaient, mais qui étaient tous passés sous sa responsabilité, à partir de cette nuit. Et il savait – comme presque tous les Allemands à la fin de janvier 1933 – que c’était une responsabilité écrasante, presque désespérée.

Un demi-siècle plus tard, peu de gens comprennent à quelle crise l’Allemagne faisait face à cette époque. Aujourd’hui, il est facile de supposer que les Allemands ont toujours été bien nourris et même grassouillets. Mais les Allemands dont hérita Hitler étaient des quasi-squelettes.

Durant les années précédentes, une série de gouvernements « démocratiques » s’étaient succédés, souvent dans une confusion totale. Au lieu d’alléger la misère du peuple, ils l’avaient accrue, à cause de leur propre instabilité : il leur était impossible de poursuivre un plan donné pendant plus d’un an ou deux. L’Allemagne était dans une impasse. En seulement quelques années, il y avait eu 224.000 suicides – un chiffre effrayant, témoignant d’un état de misère encore plus effrayant.

Au début de 1933, la misère du peuple allemand était presque générale. Au moins six millions de chômeurs et de travailleurs affamés erraient sans but dans les rues, recevant une pitoyable allocation de moins de 42 marks par mois. Beaucoup de chômeurs avaient une famille à nourrir, de sorte qu’au total vingt millions d’Allemands, un tiers de la population du pays, étaient réduits à tenter de survivre avec environ 40 pfennigs par personne et par jour.

Les allocations de chômage, cependant, étaient limitées à une période de six mois. Après cela venait seulement la maigre allocation de misère accordée par les services d’aide sociale.

En dépit de l’énorme insuffisance de cette aide, en tentant de sauver les six millions de chômeurs de la destruction totale, même pendant seulement six mois, l’Etat et les branches locales du gouvernement allemand se virent menés à la ruine : rien qu’en 1932 cette aide avait dévoré jusqu’à quatre milliards de marks, 57% des revenus fiscaux du gouvernement fédéral et des Etats régionaux. Bon nombre de municipalités allemandes étaient en faillite.

Ceux qui étaient suffisamment chanceux pour avoir un travail quelconque ne s’en sortaient pas beaucoup mieux. Les ouvriers et les employés avaient subi une réduction de salaire de 25%. Parmi eux, 21% recevaient entre 100 et 250 marks par mois ; 69,2% d’entre eux, en janvier 1933, étaient payés moins de 1.200 marks annuellement. Pas plus de 100.000 Allemands, estimait-on, pouvaient vivre sans soucis financiers.

Pendant les trois ans avant l’arrivée d’Hitler au pouvoir, la masse salariale avait chuté de plus de moitié, tombant de 23 milliards de marks à 11 milliards. Le revenu moyen par tête était tombé de 1,187 marks en 1929 à 0,627 marks, un niveau à peine supportable, en 1932. En janvier 1933, quand Hitler entra en fonction, 90% des Allemands étaient dans le dénuement.

Personne n’échappait à l’effet d’étranglement du chômage. Les intellectuels étaient touchés aussi durement que la classe ouvrière. Sur les 135.000 diplômés des universités, 60% étaient sans emploi. Seule une infime minorité recevait des allocations de chômage.

« Les autres », écrivit un observateur étranger, Marcel Laloire (dans son livre La nouvelle Allemagne), « dépendent de leurs parents ou dorment dans des asiles de nuit. Pendant la journée on pouvait les voir sur les boulevards de Berlin avec des pancartes sur leur dos disant qu’ils accepteraient n’importe quel travail ».

Mais il n’y avait plus aucune sorte de travail.

La même décroissance avait touché l’industrie familiale allemande, qui comptait quelque quatre millions de travailleurs. Son chiffre d’affaires avait chuté de 55%, la masse salariale tombant de 22 milliards à 10 milliards de marks.

Les plus durement touchés étaient les travailleurs du bâtiment ; 90% d’entre eux étaient au chômage.

Les fermiers aussi avaient été ruinés, écrasés par des pertes se montant à 12 milliards de marks. Beaucoup avaient été forcés d’hypothéquer leur ferme et leur terre. Rien qu’en 1932 l’intérêt sur les emprunts qu’ils avaient souscrits à cause du crash équivalait à 20% de la valeur de la production agricole du pays entier. Ceux qui ne pouvaient plus rembourser les intérêts voyaient leurs fermes mises en vente aux enchères : durant les années 1931-1932, 17.157 fermes – avec une superficie totale de 462.485 hectares – furent liquidées de cette façon.

La « démocratie » de la « République de Weimar » allemande (1918-1933) s’était révélée totalement inefficace pour traiter des maux aussi flagrants que cet appauvrissement de millions de fermiers, même s’ils étaient les citoyens les plus stables et les plus durs au travail dans la nation. Pillés, dépossédés, abandonnés : pas surprenant qu’ils aient écouté l’appel d’Hitler.

Le 30 janvier 1933, leur situation était tragique. Comme le reste de la classe ouvrière allemande, ils avaient été trahis par leurs dirigeants politiques, réduits à choisir entre des salaires misérables, des allocations dérisoires et incertaines, et l’humiliation complète de la mendicité.

Les industries de l’Allemagne, autrefois renommée partout dans le monde, n’étaient plus prospères, en dépit des millions de marks de dons que les magnats financiers se sentaient obligés de verser dans les caisses des partis au pouvoir avant chaque élection, afin de s’assurer leur coopération. Pendant quatorze ans, les conservateurs bornés et les chrétiens-démocrates du Centre [Zentrum] s’étaient nourris au même râtelier, tout aussi avidement que leurs adversaires de la gauche.

Ainsi, avant 1933, les sociaux-démocrates avaient été généreusement arrosés par Friedrich Flick, un homme d’affaires super-capitaliste. Pour lui, comme pour tous ses semblables, c’était une question de tactique bien étudiée. Après 1945, son fils, fidèle à la tradition, continuerait à offrir ses largesses aux socialistes du Bundestag qui tendaient les mains, et, d’une manière détournée, à des partis politiques de même tendance et tout aussi avides, à l’étranger aussi. Les bienfaiteurs, bien sûr, s’assuraient que leurs cadeaux portaient leurs fruits sous forme de contrats lucratifs et d’annulations d’obligations fiscales.

Rien n’est donné pour rien. En politique, les menottes sont imposées sous forme d’argent.

Même s’ils s’étaient ainsi assurés de la coopération volontaire des politiciens des partis du système de Weimar, les titans du capitalisme allemand n’avaient connu qu’une succession de catastrophes. Les gouvernements bigarrés qu’ils soutenaient, formés dans l’urgence politique par des revendications et des compromis, étaient totalement inefficaces. Ils passaient d’un échec à l’autre, sans avoir le temps de faire des plans à long terme et sans avoir la volonté de se confiner d’une façon ou d’une autre à leur fonction propre.

Il faut du temps pour accomplir quelque chose d’important. C’est seulement avec du temps que les grand plans peuvent être amenés à maturité et qu’on peut trouver les hommes compétents capables de les mettre en œuvre. Il n’est donc pas surprenant que tous les plans économiques conçus au milieu de cette course aux avantages politiques à court terme aient été condamnés à échouer.

La corruption des partis politiques ne les rendait pas non plus capables de faire face aux exactions imposées par le traité de Versailles. La France, en 1923, avait en fait pris l’Allemagne à la gorge en occupant la région industrielle de la Rhénanie, et en six mois elle avait obligé le gouvernement de Weimar à une pitoyable capitulation. Mais à ce moment-là, désunis, se méprisant les uns les autres, comment ces oiseaux de passage auraient-ils pu offrir une résistance ? En 1923, en seulement quelques mois, sept gouvernements allemands se succédèrent. Ils n’avaient pas d’autre choix que de se soumettre à l’humiliation du contrôle allié, ainsi qu’aux intrigues séparatistes fomentées par les agents rétribués de Poincaré.

Les importants droits de douanes imposés sur la vente des produits allemands à l’étranger avaient fortement réduit la capacité de la nation à exporter ses produits. Dans l’obligation de payer des sommes gigantesques à leurs vainqueurs, les Allemands avaient payé milliard sur milliard. Puis, saignés à blanc, ils durent recourir à d’énormes emprunts à l’étranger, aux Etats-Unis en particulier.

Cet endettement avait achevé leur destruction et, en 1929, il avait précipité l’Allemagne dans une terrible crise financière.

Les grands industriels, malgré tous leurs pots-de-vin aux politiciens, se retrouvaient maintenant impuissants : leurs usines vides, leurs ouvriers vivant maintenant comme des quasi-clochards, l’air hagard, dans les lugubres quartiers ouvriers du voisinage.

Des milliers d’usines allemandes restaient silencieuses, leurs cheminées ressemblant à une forêt d’arbres morts. Beaucoup avaient fait faillite. Celles qui survivaient fonctionnaient d’une manière limitée. La production industrielle brute de l’Allemagne avait diminué de moitié : de sept milliards de marks en 1920 à trois milliards et demi en 1932.

L’industrie automobile fournit un parfait exemple. En 1932, la production allemande était proportionnellement un douzième seulement de celle des Etats-Unis, et seulement un quart de celle de la France : 682.376 voitures en Allemagne (une pour 100 habitants) contre 1.855.174 en France, alors que la France avait vingt millions d’habitants en moins.

L’Allemagne avait connu un effondrement similaire dans les exportations. Son excédent commercial était tombé de 2.872 milliards de marks en 1931 à seulement 667 millions en 1932 – une chute de près de 75%.

Submergée par la cessation des paiements et le nombre de comptes-courants à découvert, même la banque centrale allemande se désintégrait. Pressée par les demandes de remboursement des emprunts étrangers, le jour de l’arrivée d’Hitler au pouvoir la Reichsbank avait en tout seulement 83 millions de marks en devises étrangères, dont 64 millions avaient déjà été engagés pour déboursement le jour suivant.

La dette étrangère astronomique, d’un montant excédant celui des exportations totales du pays pendant trois ans, pesait comme du plomb sur le dos de chaque Allemand. Et il n’y avait aucune possibilité de se tourner vers les ressources financières intérieures de l’Allemagne pour trouver une solution : les activités bancaires étaient quasiment au point mort. Il ne restait que les taxes.

Malheureusement, les revenus fiscaux avaient aussi fortement diminué. De neuf milliards de marks en 1930, le revenu fiscal total était tombé à 7,8 milliards en 1931, puis à 6,65 milliards en 1932 (les allocations de chômage coûtant à elles seules quatre milliards).

Le fardeau de la dette financière des autorités régionales et locales, s’élevant à des milliards, s’était également aggravé à un rythme effrayant. Assaillies par des millions de citoyens dans le besoin, les municipalités à elles seules devaient 6.542 milliards en 1928, un montant qui s’était accru jusqu’à 11.295 milliards en 1932. Sur ce total, 1.668 milliard provenait d’emprunts à court terme.

Un espoir de compenser ces déficits par de nouvelles taxes n’était même plus imaginable. Les taxes s’étaient déjà accrues de 45% entre 1925 et 1931. Pendant les années 1931-1932, sous le chancelier Brüning, l’Allemagne des travailleurs au chômage et des industriels aux usines à moitié mortes avait été frappée par 23 décrets d’« urgence ». Cette surimposition multiple, de plus, s’était révélée complètement inutile, comme la « Banque Internationale des Paiements » l’avait clairement prévu. L’agence confirma dans un communiqué que le taux d’imposition en Allemagne était clairement si énorme qu’il ne pouvait plus être augmenté.

Et ainsi, dans un plateau de la balance financière : 19 milliards de dette étrangère plus la même somme en dette intérieure. Dans l’autre, les 83 millions de marks de la Reichsbank en devises étrangères. C’était comme si l’Allemand moyen devait à son banquier une dette de 6.000 marks, et avait moins de 14 marks dans sa poche pour la payer.

Une conséquence inévitable de cette misère et incertitude toujours croissantes concernant l’avenir était un déclin abrupt du taux de natalité. Quand les économies de votre ménage ont disparu, et quand vous craignez des calamités encore plus grandes pour les jours à venir, vous ne risquez pas d’ajouter des bouches à nourrir.

En ces jours le taux de natalité était un baromètre fiable de la prospérité du pays. Un enfant est une joie, à moins que vous n’ayez rien d’autre qu’une croûte de pain à mettre dans sa petite main. Et c’est exactement ce qui se passait pour des centaines de milliers de familles allemandes en 1932.

En 1905, pendant le règne du Kaiser Guillaume II, le taux de natalité avait été de 33,4 pour mille. En 1921 il était seulement de 25,9, et en 1924 il était tombé à 15,1. A la fin de 1932, il était tombé à 14,7 pour mille.

De plus, il atteignait ce chiffre seulement grâce au taux de natalité plus élevé dans les zones rurales. Dans les cinquante plus grandes villes du Reich, il y avait plus de décès que de naissances. Dans 45% des familles ouvrières, il n’y eut plus de naissances du tout durant les dernières années. La chute du taux de natalité était la plus prononcée à Berlin, qui avait moins d’un enfant par famille et seulement 9,1 naissances pour mille. Les décès excédaient le nombre de naissances de 60%.

Contrairement au taux de natalité, les politiciens prospéraient comme jamais auparavant – à peu près la seule chose qui prospérait en Allemagne en ces temps désastreux. De 1919 à 1932, l’Allemagne avait vu passer pas moins de 23 gouvernements, en moyenne à peu près un tous les sept mois. Comme toute personne sensée le comprend, un tel bouleversement dans la direction politique d’un pays nie son pouvoir et son autorité. Personne n’imaginerait qu’un travail efficace puisse être accompli dans une entreprise industrielle normale si le comité directeur, la direction, les méthodes de direction et les cadres étaient tous remplacés tous les huit mois. L’échec serait certain.

Pourtant le Reich n’était pas une usine de 100 ou 200 travailleurs, mais une nation de 65 millions de citoyens écrasés sous les fardeaux imposés du traité de Versailles, par la stagnation industrielle, par le chômage effrayant, et par une misère effroyable partagée par le peuple entier.

Les nombreux ministres qui se succédèrent rapidement pendant treize ans – du fait des querelles parlementaires minables, des demandes partisanes, et des ambitions personnelles – furent incapables de réussir quoi que ce soit à part l’effondrement certain de leur régime chaotique de partis rivaux.

La situation de l’Allemagne fut encore aggravée par la compétition effrénée entre les 25 Etats régionaux, qui divisaient l’autorité gouvernementale en unités qui étaient en opposition directe avec Berlin, sabotant ainsi sans cesse le pouvoir limité que le gouvernement central du Reich avait à l’époque.

Les vestiges régionaux de plusieurs siècles de particularisme étaient tous farouchement jaloux de leurs privilèges. Le traité de Westphalie de 1648 avait divisé l’Allemagne en centaines d’Etats lilliputiens, la plupart étant des royaumes de comédie dont les petits monarques tentaient d’agir comme Louis XIV dans des cours pleines de chichis et de courbettes.

Même au début de la Première Guerre mondiale (1914-1918), le Reich allemand comprenait quatre royaumes distincts (Prusse, Bavière, Wurtemberg et Saxe), chacun avec son souverain, son armée, son drapeau, ses titres de noblesse, et sa Grand-croix en émail bariolé. En plus, il y avait six grands-duchés, cinq duchés, sept principautés, et trois villes libres.

Le Bavarois s’accrochait farouchement à sa culotte de cuir, sa choppe de bière et sa pipe. Il prit part à la guerre pour les préserver. Le Saxon aurait volontiers eu une explication avec le Prussien hautain. Chacun était résolu à défendre ses droits. Et pour tous, le lointain Berlin était une épine dans leur flanc.

Chaque Etat régional avait son propre gouvernement séparé avec son parlement, son premier ministre et son cabinet. Tous ensemble ils alignaient une série de 59 ministres qui, ajoutés aux onze ministres du Reich et aux 42 sénateurs des Villes Libres, donnaient aux Allemands une collection de 112 ministres, chacun voyant l’autre d’un assez mauvais œil.

En plus, il y avait entre deux et trois mille députés – représentant des douzaines de partis politiques rivaux – dans les législatures du Reich, les 22 Etats et les trois Villes Libres.

Pour les élections au Reichstag de novembre 1932 – tenues seulement quelques mois avant que Hitler devienne Chancelier – il n’y avait pas moins de 37 partis politiques différents en compétition, avec un total de 7.000 candidats (14 d’entre eux par procuration), tous recherchant frénétiquement une part du gâteau parlementaire. C’était très étrange : plus le système des partis était discrédité, plus on voyait de champions démocratiques s’agiter et se bousculer dans leur impatience de trouver le bon filon.

Selon toutes les apparences, les titulaires qui avaient été élus étaient là pour toujours. Ils recevaient de gras salaires (un député du Reichstag touchait dix fois le salaire d’un ouvrier moyen), et s’accordaient de généreux revenus supplémentaires sous la forme de faveurs fournies par les clients intéressés. Un certain nombre de députés socialistes représentant Berlin au Reichstag, par exemple, s’étaient arrangés pour que leurs épouses reçoivent de somptueux manteaux de fourrure de la part de certains financiers juifs.

Dans une démocratie parlementaire, les mandats sont souvent très brefs, et les nominations ministérielles encore plus. La tentation est forte de l’obtenir pendant qu’on le peut.

Honnêtes, malhonnêtes ou pirates, ces 112 ministres et ces milliers de députés avaient transformé l’Allemagne en un pays ingouvernable. Il est incontestable qu’en janvier 1933, les politiciens du « système » étaient devenus complètement discrédités. Leurs successeurs hériteraient d’un pays en ruine, économiquement, socialement et politiquement.

Aujourd’hui, plus d’un demi-siècle plus tard, dans une zone où tant de gens vivent dans l’abondance, il est difficile de croire que l’Allemagne de janvier 1933 était tombée si bas. Mais pour quiconque étudie les archives et les documents pertinents de cette époque, il ne peut y avoir de doute. Pas un seul chiffre cité ici n’est inventé. En janvier 1933, l’Allemagne était à terre et se vidait de son sang.

Tous les chanceliers précédents qui avaient tenté de remettre l’Allemagne sur pied – incluant Brüning, Papen et Schleicher – avaient échoué. Seul un génie ou, comme certains le pensaient, un fou, pourrait faire revivre une nation qui était tombée dans un tel état de désarroi tombé.

Quand le président Franklin Roosevelt fut appelé à cette même époque pour résoudre une crise similaire aux Etats-Unis, il avait à sa disposition d’immenses réserves d’or. Hitler, se tenant silencieusement à la fenêtre de la Chancellerie le soir du 30 janvier 1933, savait au contraire que les caisses de sa nation étaient vides. Aucun grand bénéficiaire n’apparaîtrait pour l’aider. Le vieux président du Reich, Paul von Hindenburg, lui avait donné une feuille de travail d’épouvantables chiffres d’endettement.

Hitler savait qu’il partirait de zéro. De moins que zéro. Mais il avait aussi confiance dans sa force de volonté pour créer l’Allemagne à nouveau – politiquement, socialement, financièrement, et économiquement. Maintenant légalement et officiellement au pouvoir, il était sûr qu’il pourrait rapidement convertir ce code secret en une Allemagne plus puissante que jamais auparavant.

Quel soutien avait-il ?

D’un coté, il pouvait compter sur le soutien absolu de millions de disciples fanatiques. Et ce soir de janvier, ils participaient joyeusement au grand frisson de la victoire. Quelque treize millions d’Allemands, dont beaucoup d’anciens socialistes et communistes, avaient voté pour son parti.

Mais des millions d’Allemands étaient encore ses adversaires, des adversaires déconcertés, bien sûr, que leurs propres partis politiques avaient trahis, mais qui n’avaient pas encore été gagnés au national-socialisme.

Les deux camps – ceux pour et ceux contre Hitler – étaient presque égaux en nombre. Mais alors que ceux de gauche étaient divisés entre eux, les disciples de Hitler étaient fortement unis. Et pour une chose surtout, les nationaux-socialistes avaient un avantage incomparable : leurs convictions et leur foi totale en un chef. Leur parti hautement organisé et bien discipliné s’était attaqué aux pires obstacles, et les avait surmontés.

S’il jouissait d’un soutien populaire extraordinaire, le mouvement national-socialiste avait grandi trop vite, et des problèmes dérivant de cela l’attendaient. Des milliers de visionnaires avec des rêves nébuleux de domination, sans compter les têtes brûlées rêvant seulement de bagarres et de révolution permanente, avaient fait leur chemin dans les rangs nationaux-socialistes. Les ambitieux voulaient monter au sommet à tout prix – et aussi rapidement que possible. Beaucoup d’entre eux étaient mal préparés, certains manquaient simplement de morale. Beaucoup de déceptions amères attendaient Hitler à cause d’eux.

Hitler le sentait bien. Il avait ordonné à son parti de cesser de recruter de nouveaux membres, et même prescrit que les SA – l’énorme force paramilitaire qui l’avait porté au pouvoir – voient leurs effectifs réduits. En effet, en 1933, le nombre des SA (Sections d’Assaut) était monté jusqu’au chiffre incroyable de 2.500.000 hommes, 25 fois la taille de l’armée régulière, la Reichswehr.

C’est à cause de telles pressions que Hitler était parfois conduit à des actions brutales, contraires à son désir ou intention réels. Cela signifiait parfois des expulsions, l’usage de la force ou des cas d’intransigeance, même si son but supérieur était de réunir la nation d’une manière pacifique, et de réaliser ses programmes politiques et sociaux sans affrontements inutiles.

Hitler savait qu’il jouait avec de la dynamite. Cependant, il avait la conviction qu’il était conduit pas seulement par son mouvement national-socialiste, mais par une force intérieure, presque surnaturelle. Qu’on la nomme Providence ou Destinée, c’était cette force, pensait-il, qui l’avait porté à la victoire. Sa propre force de caractère était telle qu’il ne céderait devant rien. Pour Hitler, il ne faisait aucun doute qu’il forgerait un nouveau Reich, un nouveau monde.

Hitler savait que la tâche qu’il avait entreprise serait immense et difficile à accomplir, qu’il devrait transformer l’Allemagne dans presque tous les domaines : la structure de l’Etat, les lois sociales, la constitution de la société, l’économie, l’esprit civique, la culture, la nature même de la pensée humaine. Pour accomplir son grand but, il aurait besoin de rétablir l’équilibre des classes sociales dans le contexte d’une communauté régénérée, libérer sa nation de l’hégémonie étrangère, et restructurer son unité géographique.

Tâche numéro un : il devrait rendre le travail et l’honneur aux vies de six millions de chômeurs. C’était son but immédiat, une tâche que tout le monde pensait impossible à réaliser.

Après avoir refermé les fenêtres de la Chancellerie, Hitler, les poings serrés et l’air résolu, dit simplement : « La grande aventure commence. Le jour du Troisième Reich est venu ».

En seulement une année, cette « grande aventure » serait en plein développement, effectuant une transformation complète dans la vie politique, sociale et économique – en fait, dans le mode de vie allemand tout entier.

II. L’unification de l’Etat

« Ce sera la fierté de ma vie », déclara Hitler en devenant Chancelier, « si je peux dire à la fin de mes jours que j’ai regagné le travailleur allemand et que je lui ai rendu sa juste place dans le Reich ». Il voulait dire qu’il ne voulait pas simplement remettre les hommes au travail, mais s’assurer que le travailleur acquerrait non seulement des doits mais aussi du prestige, à l’intérieur de la communauté nationale.

La communauté nationale avait longtemps été la méchante belle-mère proverbiale dans sa relation avec le travailleur allemand. La lutte des classes n’avait pas été l’initiative exclusive des marxistes. Elle avait aussi été un fait de la vie pour une classe privilégiée, celle des capitalistes, qui cherchait à dominer la classe ouvrière. Ainsi le travailleur allemand, se sentant traité en paria, s’était souvent détourné d’une patrie qui semblait souvent le considérer simplement comme un instrument de production.

Aux yeux des capitalistes, l’argent était le seul élément actif dans le développement de l’économie d’un pays. Pour le mode de pensée de Hitler, cette conception était radicalement fausse : le capital, au contraire, était seulement un instrument. Le travail était l’élément essentiel : l’effort de l’homme, l’honneur de l’homme, les muscles et l’âme.

Hitler ne voulait pas seulement mettre fin à la lutte des classes, mais rétablir la priorité de l’être humain, dans la justice et le respect, comme principal facteur de production.

On pouvait se dispenser de l’or, et c’est justement ce que Hitler ferait. Il y avait une douzaine de choses qui pouvaient remplacer l’or comme moyen de stimuler l’industrie, et Hitler les inventerait. Mais le travail était la fondation indispensable.

Pour que la confiance du travailleur dans la patrie soit restaurée, celui-ci devait sentir qu’à partir de maintenant il devait (et serait) traité en égal, au lieu de rester un inférieur social. Sous les gouvernements des soi-disant partis démocratiques de gauche comme de droite, il était resté un inférieur ; car aucun d’eux n’avait compris que dans la hiérarchie des valeurs nationales, le travail est l’essence même de la vie ; et la matière, que ce soit l’acier ou l’or, seulement un instrument.

L’objectif était donc bien plus grand que la simple remise au travail de six millions de chômeurs. C’était d’accomplir une révolution totale.

« Le peuple », déclara Hitler, « n’est pas sur terre pour l’économie, et l’économie n’existe pas pour le capital. Au contraire, le capital doit servir l’économie, et à son tour l’économie doit servir le peuple ».

Il ne suffirait pas de simplement rouvrir les milliers d’usines fermées et les remplir d’ouvriers. Si les vieux concepts régnaient à nouveau, les ouvriers seraient une fois de plus traités comme de simples machines vivantes, sans visage et interchangeables.

Ce qu’il fallait, c’était rétablir cet équilibre moral entre les ouvriers, les êtres humains qui donnent forme aux matières premières, et un capitalisme utile et sous contrôle, rendu à sa fonction appropriée, celle d’instrument. Cela signifierait changer un monde entier, et cela prendrait du temps.

Comme Hitler le savait bien, une telle révolution ne pouvait pas être accomplie si le gouvernement central et les gouvernements régionaux demeuraient dans un état d’anarchie, accomplissant rarement quelque chose de solide, et devenant parfois fous. Il n’y aurait pas non plus de révolution dans une société si des douzaines de partis et des milliers de députés de toutes tendances concevables poursuivaient leurs intérêts égoïstes sous un système politique qui se débattait d’une façon incohérente depuis 1919.

Restaurer l’efficacité des institutions de l’Allemagne sur une base nationale était donc un préalable indispensable à toute renaissance sociale.

« Un poisson pourrit par la tête », dit un proverbe russe. Et c’était à la tête que l’Allemagne politique, avant Hitler, allait mal. En fin de compte, les partis « démocratiques » abdiquèrent sans même se défendre. En 1930, le vieux président, le maréchal von Hindenburg, utilisa ses pouvoirs d’urgence sous l’article 48 de la Constitution de Weimar pour permettre à une série de demi-dictateurs de gouverner par décrets. Mais même ainsi ils ne parvinrent pas à grand-chose.

Ces derniers chanceliers – Herr Brüning, Herr von Papen, et le général Schleicher – ne purent maintenir leur pouvoir que par décrets exécutifs. Leur autorité, artificiellement soutenue par un mauvais usage de l’article 48, dépendait de Hindenburg et de la camarilla qui le conseillait. On vit à quel point leur niveau de soutien populaire était mince lors d’un « vote de confiance » particulièrement humiliant, au Reichstag en 1932, où plus de 90% des députés votèrent contre lui et son gouvernement.

L’accession de Hitler au pouvoir mit brutalement fin à l’impuissance du gouvernement. Comme condition de sa nomination, cependant, Hindenburg avait demandé que le nouveau Chancelier soit entravé comme un prisonnier dans son propre gouvernement. Dans son premier gouvernement, Hitler fut obligé de nommer quatre fois plus de ministres conservateurs – ou mieux, réactionnaires – que de nationaux-socialistes. Seulement deux membres de son premier cabinet étaient nationaux-socialistes.

Les représentants de Hindenburg reçurent la mission de garder Hitler en laisse. A la séance du Reichstag du 24 mars, cependant, Hitler brisa cette laisse, non pas avec un décret exécutif (comme ses prédécesseurs immédiats), mais en obtenant une majorité parlementaire des deux tiers pour la loi des « Pleins pouvoirs » qui amenda légalement la constitution et lui donna les pleins pouvoirs pour une période de quatre ans.

Quatre ans au pouvoir pour planifier, créer et prendre des décisions. Politiquement, c’était une révolution : la première révolution de Hitler. Et complètement démocratique, comme l’avait été chaque étape de son ascension. Son triomphe initial était venu grâce au soutien de son électorat. De même, la pleine autorité pour gouverner lui fut accordée par un vote de plus des deux tiers des députés du Reichstag, élus au suffrage universel.

Ceci était en accord avec un principe de base de Hitler : pas de pouvoir sans l’approbation librement donnée du peuple. Il avait l’habitude de dire : « Si vous pouvez être maître de votre peuple seulement en imposant le pouvoir de l’Etat, vous pouvez vous attendre au couvre-feu à neuf heures ».

Nulle part dans l’Europe du XXe siècle, l’autorité d’un chef d’Etat n’avait été basée sur un consentement national aussi irrésistible et accordée librement. Avant Hitler, de 1919 à 1932, ces gouvernements se qualifiant pieusement de démocratiques étaient généralement arrivés au pouvoir par de maigres majorités, parfois pas plus de 51 ou 52%.

« Je ne suis pas un dictateur », avait souvent affirmé Hitler, « et je ne le serai jamais. La démocratie sera rigoureusement imposée par le national-socialisme ».

Autorité ne signifie pas tyrannie. Un tyran est quelqu’un qui se met au pouvoir sans la volonté du peuple ou contre la volonté du peuple. Un démocrate est placé au pouvoir par le peuple. Mais la démocratie ne se limite pas à une formule unique. Elle peut être partisane ou parlementaire. Ou elle peut être autoritaire. La chose importante est que le peuple l’ait souhaitée, choisie, établie sous une forme donnée.

C’était le cas pour Hitler. Il parvint au pouvoir d’une manière essentiellement démocratique. Que cela plaise ou non, le fait est indéniable. Et après son arrivée au pouvoir, son soutien populaire s’accrut sensiblement d’année en année. Ses ennemis les plus intelligents et les plus honnêtes ont été obligés de l’admettre, des hommes comme l’historien et professeur antinazi déclaré, Joachim Fest, qui écrivit :

« Car Hitler ne fut jamais intéressé à établir une simple tyrannie. La pure soif de pouvoir ne suffit pas à expliquer sa personnalité et son énergie – il n’était pas né pour être un simple tyran. Il était fixé sur sa mission de défendre l’Europe et la race aryenne… Il ne s’était jamais senti aussi dépendant des masses qu’à ce moment-là, et il observait leurs réactions avec une préoccupation inquiète. »

Ces lignes n’ont pas été écrites par le Dr. Goebbels, mais par un sévère critique de Hitler et de sa carrière (J. Fest, Hitler, New York: 1974, p. 417).

Le 28 février 1933, moins d’un mois après sa nomination comme Chancelier, Hitler avait déjà réussi à se libérer du poids mort conservateur avec lequel Hindenburg avait pensé pouvoir l’entraver. L’incendie du Reichstag de la soirée précédente poussa le vieux président à approuver une nouvelle loi d’urgence « Pour la protection du Peuple et de l’Etat », qui accroissait considérablement les pouvoirs de l’exécutif.

Mais Hitler voulait obtenir davantage que quelques concessions accordées à regret par un vieil homme malléable : il voulait que les pleins pouvoirs lui soient accordés légalement par l’institution démocratique suprême de la nation, le Reichstag. Hitler prépara son coup avec l’habileté, la patience et la l’intelligence pour lesquelles il est légendaire. « Il possédait », écrivit plus tard l’historien Fest, « une intelligence qui incluait avant tout un sûr sens du rythme à observer dans les prises de décisions ».

D’abord, Hitler ménagea prudemment Hindenburg, le vieux feldmarschall de la Première Guerre mondiale, qui était très attaché à la tradition. De même, Hitler organisa une cérémonie solennelle en l’honneur de Hindenburg à Postdam, la résidence historique des rois prussiens. Ce chef-d’œuvre de majesté, de beauté, de tradition et de piété se déroula dans l’Eglise de la Garnison de Potsdam, le 21 mars 1933, quelques jours seulement avant que le Reichstag se réunisse à nouveau.

Hindenburg avait servi comme officier de l’armée pendant un demi-siècle. Pour que le vieux soldat puisse se réunir avec ses camarades en cette solennelle occasion, Hitler avait fait venir des vétérans de toutes les guerres dans lesquelles Hindenburg avait servi. Ils vinrent de tout le pays : des vétérans de la guerre franco-prussienne de 1870-1871 (62 ans plus tôt), de la guerre de 1866 contre l’empire autrichien (67 ans plus tôt), et même de la guerre de 1864 contre le Danemark (69 ans plus tôt !). Pour quelqu’un se trouvant sur la liste de retraite de 1911, cela devait être une occasion réconfortante de retrouver des camarades d’il y a si longtemps.

Avec déférence et une humilité apparente, et vêtu d’un habit de cérémonie pour l’occasion, Hitler courba la tête devant le vieil homme. Dans l’église d’Etat où la cérémonie avait lieu, Hitler s’était arrangé pour que le fauteuil de l’ancien Kaiser, Guillaume II, qui avait été inoccupé pendant quatorze ans, reste vide, afin que Hindenburg puisse s’arrêter devant lui et le saluer de son bâton de maréchal, comme si le monarque était encore là.

Hitler guida aussi calmement Hindenburg jusque dans la crypte de l’église, pour placer des couronnes sur les tombes de son vieux maître, le Kaiser Guillaume I, et de Frédéric le Grand. Les vieux yeux du président étaient remplis de larmes.

Ce 21e jour de mars à Potsdam, le président octogénaire revécut le glorieux passé de la monarchie allemande. Ce sobre hommage fut son heure suprême. Hindenburg avait toujours été un loyal serviteur de l’Empereur, et ce souvenir de son ancienne souveraineté, et des grands jours de sa propre longue carrière, l’émurent profondément. Hitler était le premier Chancelier depuis la défaite de 1918 à honorer ainsi la tradition de la Prusse et de l’Allemagne. Le jeune Chancelier révolutionnaire avait touché son cœur.

Un mois et demi plus tôt, Hindenburg avait chargé Papen, Hugenberg et Neurath, et d’autres ministres conservateurs de harceler Hitler « jusqu’à ce qu’il beugle ». Maintenant c’était fini. Hitler l’avait conquis : devant un fauteuil vide et devant les tombes des plus grands rois de Prusse.

Un an et demi plus tard, alors qu’il était mourant, le vieux feldmarschall croirait qu’il était de retour au temps de la dynastie des Hohenzollern, et dans son délire il s’adresserait à Hitler en l’appelant « Majesté ».

Cette cérémonie de la « Journée de Potsdam » gagna aussi à Hitler le soutien de nombreux monarchistes du pays, leur donnant l’impression qu’il n’était pas complètement insensible à l’idée de restaurer la monarchie. Mais la prudence temporaire du nouveau Chancelier était calculée avec précision.

« Il n’y a pas besoin de détruire les institutions existantes », assura Hitler, « tant qu’il n’y a rien de meilleur à mettre à leur place ».

Il avait encore besoin d’hommes comme von Papen et d’autres troglodytes de la classe dirigeante. Il les garda à ses cotés alors qu’il les conduisait autour de Potsdam durant cette journée historique, la ville en fête étant pavoisée non seulement de drapeaux à croix gammée mais aussi de drapeaux noir-blanc-rouge du Second Reich, ressortis pour l’occasion. Des orchestres militaires paradaient tout autour, jouant des marches héroïques calculées pour faire se dilater leurs vieilles poitrines. Là aussi, l’aversion à peine camouflée pour le parvenu fut adoucie. Hitler avait apprivoisé les aristocrates, de naissance ou d’argent. Ils ne se trouveraient plus sur sa route.

Mais c’était avant tout l’armée de l’Allemagne – la Reichswehr – qui était l’objet de la cour la plus ardente de Hitler. En 1933, il avait désespérément besoin du soutien de l’armée. Les généraux avaient toléré son arrivée au pouvoir à contrecœur. Un caporal à la Chancellerie semblait intolérable pour les généraux hautains et monoclés. Certains ambitionnaient de superviser la machinerie politique de la nation.

Ils n’avaient pas été consultés quand Hitler fut nommé Chancelier le 30 janvier. Le vieux feldmarschall avait même carrément envoyé sur les roses le général von Hammerstein-Equord, qui était venu faire part à Hindenburg du vote de désapprobation de l’Etat-major général. Dans les semaines suivantes, les généraux avaient à peine toléré le jeune intrus.

Etant bien conscient qu’un coup d’Etat de cette fière caste militaire le balaierait instantanément du pouvoir, lui et son parti, en même temps que ses plans pour l’avenir, Hitler savait qu’il devait procéder habilement contre les généraux impériaux. La Reichswehr se vit donc accorder une position d’honneur à Potsdam. A l’entrée du palais royal, des troupes de la Reichswehr présentaient les armes d’un coté, alors qu’un rang de SA leur faisait face de l’autre coté. Unissant les traditions militaires conservatrices de devoir et d’honneur à une nouvelle force révolutionnaire, ils formaient ensemble la garde d’honneur qui symbolisait une Allemagne rendue à l’harmonie.

Quant aux généraux, leurs tuniques brillantes de décorations et leurs poitrines bombées, ils marchaient une fois de plus derrière leur vieux commandant, une escorte héroïque, digne d’un grand chef germanique. Finalement, après quatorze années de mépris sous la République de Weimar démocratique, ils baignaient à nouveau dans la lumière dorée de la gloire martiale. Le caporal Hitler n’était peut-être pas aussi méprisable qu’ils l’avaient pensé.

L’ancien caporal, se tenant au garde-à-vous en haut-de-forme et habit de cérémonie, les laissa avoir leur journée de gloire à Potsdam. Il les connaissait assez pour les laisser plastronner sous les feux de la rampe.

Hitler avait gagné son armistice.

Pour toucher le peuple, Hitler et le Dr. Goebbels avaient rapidement pris le contrôle de la radio de la nation, dont ils avaient été interdits depuis si longtemps (et dont leurs adversaires n’avaient fait qu’un usage médiocre). En quelques semaines, ils avaient réussi à faire de la radio leur instrument le plus efficace. Chacun des principaux discours de Hitler était radiodiffusé à la nation, avec une puissance jusqu’ici inconnue.

La radio apporta aussi le spectacle de Potsdam au peuple. Goebbels installa ses microphones partout : devant Hindenburg, derrière Hindenburg, dans la crypte royale, près des orchestres militaires, et même sur les toits des maisons (où les annonceurs risquaient de se rompre le cou pour couvrir le spectacle). L’un d’eux était un jeune député national-socialiste du Reichstag, du nom de Baldur von Schirach, qui en 1946 se retrouva lui-même sur le banc des accusés devant les juges alliés vengeurs du tribunal de Nuremberg.

Toute l’Allemagne était à coté de son siège alors qu’elle écoutait pendant des heures la passionnante couverture des événements. Des millions d’Allemands frissonnaient en entendant une fois de plus les vieilles mélodies entraînantes, et en suivant de près chaque mouvement de Hindenburg, presque comme s’ils y étaient.

Pendant les jours sombres du passé récent, le vieux guerrier vénéré avait représenté la tradition et l’espoir. Maintenant, grâce à la soigneuse planification et gestion de cette occasion par Hitler, l’ancien soldat incarnait la promesse du grand renouveau national. C’était, comme l’historien Fest l’a observé, « une fête de réconciliation superbement présentée… Cette journée de Potsdam se révéla vraiment être un tournant de l’histoire… Beaucoup d’officiels du gouvernement, d’officiers de l’armée, de juristes et de juges, de nombreux membres de la bourgeoisie nationaliste qui se méfiaient d’Hitler pour des raisons rationnelles, abandonnèrent leur position… » (J. Fest, Hitler, New York: 1974, p. 405).

Potsdam fut une grandiose scène de théâtre sur laquelle tout le monde avait joué son rôle, même – par leur absence même – les tièdes et les ennemis de Hitler à gauche.

Collée à ses postes radios, toute l’Allemagne avait participé au spectacle, d’abord fascinée, puis prise par l’émotion de l’événement. Le jour suivant, les journaux de Berlin déclarèrent : « Hier l’enthousiasme national a balayé l’Allemagne comme une grande tempête ».

« Un étrange mélange de tacticien et de visionnaire », écrirait plus tard Joachim Fest, jugeant cet extraordinaire metteur en scène. Car Hitler avait conduit des feld-maréchaux, des généraux, et d’autres dignitaires, aucun d’entre eux n’étant idiot, à marcher à son pas, comme s’ils avaient tous été des soldats de plomb. Mais les plans de Hitler allaient bien plus loin que la conquête de la Vieille Garde.

Afin d’établir son nouvel Etat sous une forme définitive, Hitler se proposait maintenant d’obtenir la ratification officielle du Reichstag, qui établirait son autorité pour gouverner en quasi-dictateur pour une période de plusieurs années.

Pour gagner ces pleins pouvoirs légalement, la constitution allemande devait être amendée, et cela requerrait l’approbation des deux tiers des membres du parlement.

Le parti de Hitler, ayant gagné 17.300.000 voix aux élections du 5 mars 1933, pour le nouveau Reichstag, détenait un total de 288 sièges – en faisant de loin le plus grand parti. Son allié conservateur dans le partenariat temporaire, le Parti Populaire National Allemand (DNVP) de Hugenberg, avait obtenu 4.750.000 voix et détenait 52 autres sièges, donnant à la coalition un total de 340 députés.

Après avoir déduit les 81 sièges « vides » des communistes, l’opposition réunissait juste 226 membres : 120 sociaux-démocrates, 92 députés du Centre (catholique) et du BVP, et 14 autres.

Bien que sa coalition détenait une majorité de sièges, Hitler avait besoin d’une majorité des deux tiers pour modifier la constitution – ce qui signifiait 36 voix de plus.

A première vue, ce but semblait presque impossible à atteindre. Pendant plus d’une décennie, le Centre catholique et les partis populaires bavarois avaient ouvertement critiqué Hitler et son mouvement national-socialiste, utilisant sans hésiter la religion comme une arme politique partisane, et refusant même un enterrement religieux aux nationaux-socialistes catholiques tués par des meurtriers communistes.

Hitler, avec l’assistance de Göring (qui était maintenant président du nouveau Reichstag), devrait maintenant conquérir ce troupeau clérical. Le chef du parti du Centre, monseigneur Kaas, un prélat trapu et grassouillet qui trouvait la collecte des votes plus satisfaisante que la guidance des âmes, fut flatté et courtisé par Hitler, qui lui faisait miroiter la promesse d’un rapprochement entre l’Etat et l’Eglise catholique, une promesse fervente que Hitler tiendrait l’été suivant. Le prélat dupé dut croire qu’il allait ramener des moutons perdus au bercail. En tous cas, Hitler réussit à persuader et à séduire le parti du Centre. Quelques députés de l’opposition réduite cédèrent aussi.

Quand vint le moment du vote, Hitler se vit accorder les pleins pouvoirs avec une majorité écrasante de 441 voix contre 94 : il n’avait pas seulement gagné les deux tiers, mais 82,44% des votes de l’assemblée. Cette « Loi des Pleins Pouvoirs » accorda à Hitler pour quatre ans une autorité presque absolue sur les affaires exécutives aussi bien que législatives du gouvernement.

Les cinq paragraphes de cette « Loi pour le Soulagement de la Misère du Peuple et de la Nation » étaient brefs et précis :

  1. Les lois peuvent être promulguées par le gouvernement du Reich en-dehors des procédures prévues par la Constitution …

  2. Les lois promulguées par le gouvernement du Reich peuvent dévier de la Constitution à condition qu’elles ne changent pas la position du Reichstag ou du Reichsrat. Les pouvoirs du Président du Reich ne sont pas changés.

  3. Les lois promulguées par le gouvernement du Reich seront préparées par le Chancelier et publiées dans le « Journal Officiel ». Sauf mention contraire, elles deviennent effectives le jour suivant la publication …

  4. Les traités conclus par le Reich avec des Etats étrangers, concernant des questions de législation nationale, ne requièrent pas la ratification par les corps législatifs. Le gouvernement du Reich est habilité à émettre les réglementations nécessaires à leur exécution.

  5. Cette loi devient effective le jour de la publication, et reste valide jusqu’au 1er avril 1937. Elle devient aussi non valide si le présent gouvernement est remplacé par un autre.

Berlin, 24 mars 1933

Von Hindenburg, Hitler, Frick, von Neurath, Krosigk

Ainsi, une démocratie parlementaire, exerçant ses pouvoirs constitutionnels, avait légalement établi un Etat national autoritaire. Ensuite, une solution devait être trouvée au problème de la horde des parlements, juridictions et autorités régionales, étatiques et locales, en rivalité mutuelle. Pour la plus grande part, ces autorités étaient des quasi-nullités, et elles ne pouvaient pas se sentir. Pendant quatorze ans, cependant, elles avaient agi de concert dès qu’une occasion se présentait de contrecarrer le gouvernement central de Berlin.

Il était inconcevable qu’un gouvernement fort comme celui que Hitler venait d’établir puisse fonctionner efficacement avec des milliers de politiciens de deuxième ordre chicanant et contestant toutes ses mesures. En tous cas, les Allemands étaient maintenant malades et fatigués du laisser-aller, des chamailleries, de la petitesse, de la discorde et de l’anarchie pour lesquels, en dernière analyse, c’était le peuple qui payait.

« C’est un fait », observa plus tard l’historien français Benoist-Méchin, « que l’unification des Etats et du Reich répondait à l’une des aspirations les plus profondes du peuple allemand. Ils en avaient assez d’être déchirés par les constantes menaces de sécession des gouvernements provinciaux. Pendant des siècles, ils avaient rêvé de faire partie d’une seule communauté » (Histoire de l’Armée Allemande, vol. III, p. 117).

Cela semblait être une tâche assez simple, parce que l’opinion publique demandait l’abolition du fouillis administratif. Mais une telle réforme blesserait nécessairement la vanité de milliers de gens et dérangerait de nombreux intérêts particuliers régionaux.

Un homme qui est président du conseil ou ministre, même s’il s’agit d’un petit Etat, ne se résigne pas facilement à n’être rien de plus qu’un citoyen privé, à redevenir, disons, un avocat de province trottinant vers le tribunal avec sa toge flottant au vent. Les 2.400 députés législatifs seraient aussi mécontents de perdre la bonne vie qu’ils avaient fini par connaître et apprécier. Fini le prestige, la déférence, les honneurs, les vacances aux frais de l’Etat, les gratuités discrètes ! Qui parmi nous ne fait pas la grimace en avalant un remède amer ? Mais cela devait être fait, car Hitler avait les yeux fixés sur le but national : une nation unifiée.

Cela ne signifiait pas, bien sûr, qu’en éliminant les administrations régionales Hitler avait le désir d’abolir les identités distinctives des diverses provinces de la nation. Au contraire, il pensait que la vie d’une nation ne devait jamais être monopolisée par sa capitale, mais devait plutôt être nourrie et constamment renouvelée par l’épanouissement de douzaines de centres de culture dans des régions riches en manières, mœurs et legs divers de leur passé.

Il pensait que la nation était la conjonction harmonieuse de ces variations profondes et originales, et qu’un Etat conscient de ses pouvoirs réels devait promouvoir une telle variété, et non l’étouffer.

La dispersion du pouvoir politique n’avait pas favorisé une telle variété, mais l’avait au contraire diminuée, la privant de la cohésion qu’apporte une grande communauté. Les vingt-cinq entités administratives distinctes du Reich, rivales du gouvernement central et souvent rivales entre elles, étaient une source de désordre. Une nation doit être formée de régions qui se connaissent et s’estiment les unes les autres, et qui gagnent un enrichissement mutuel de leurs liens réciproques, au lieu de se retirer chacune dans une culture qui est étranglée par un provincialisme exclusif et restrictif. Et seule une autorité centrale forte pouvait assurer l’épanouissement de toutes les régions diverses à l’intérieur d’une seule entité collective. En somme, Hitler voulait que chaque région apporte sa part de culture originale à la totalité d’un Reich allemand qui avait mis fin à tant de frictions administratives.

De 1871 à 1933, les divers gouvernements nationaux de l’Allemagne s’étaient heurtés à cet obstacle du particularisme politique. Même un dirigeant aussi doué que Bismarck n’avait pas pu venir à bout de ce problème persistant. Et maintenant, là où les dirigeants du Second Reich et de la République de Weimar avaient échoué, ou n’avaient pas osé prendre le risque, Hitler, en quelques mois, allait convertir cette division et discorde de longue date en une unité puissante et efficace.

Hitler s’était à peine installé dans son bureau surmontant le jardin de la Chancellerie, où des écureuils craquaient des noix dans les arbres et sautaient même parfois jusque dans le bâtiment lui-même, qu’il établissait une loi pour unifier les nombreux pays du Reich.

Le premier des Etats qui serait remis au pas fut la Bavière, qui jusqu’à ce moment avait été un bastion du séparatisme belliqueux et des monarchistes obtus.

Les intentions de Hitler n’étaient pas plus tôt connues que plusieurs ministres bavarois conçurent un plan pour sortir de sa retraite la vieille baderne, l’ancien prince Ruprecht, héritier du trône des Wittelsbach, qui en novembre 1923, en tant que citoyen privé, avait, avec une bonne dose de vantardise, aidé à stopper le putsch malheureux de Hitler. Or le nouveau Chancelier répondit à leur petit complot avec une force soudaine et écrasante, faisant rentrer l’administration bavaroise dans le rang en une seule nuit. Le matin suivant, le lieutenant-général von Epp fut nommé Commissaire du Reich à Munich.

Après cela, presque tous les autres Etats régionaux s’effondrèrent rapidement, comme un château de cartes.

L’Etat le plus difficile à maîtriser était la Prusse, un énorme bastion (un tiers de l’Allemagne) s’étendant à travers le cœur du pays. La Prusse constituait vraiment un Etat dans l’Etat, un gouvernement spécial. En 1931, son gouvernement socialiste avait tenu le Chancelier du Reich, Brüning, complètement en échec. Son humiliante défaite survint malgré la défaite écrasante des socialistes dans les élections prussiennes un peu plus tôt, face aux candidats de Hitler. Le Chancelier von Papen découvrit que lui aussi devait s’attaquer à ce problème de la Prusse, qui était presque aussi forte que le gouvernement central.

Après être devenu Chancelier, Hitler fut obligé pendant un temps – parce que Hindenburg le lui demandait – de laisser von Papen rester comme Commissaire du Reich en Prusse ; et c’est seulement avec de grandes difficultés que Hitler réussit à faire nommer Göring comme ministre de l’Intérieur de von Papen en Prusse. L’autonomie du gouvernement prussien, plus que toute autre, devait être liquidée : autrement, le gouvernement central resterait soumis à tout instant à des embarras et à des obstacles dans la ville qui était la capitale de la Prusse ainsi que du Reich. La question était particulièrement délicate parce que von Papen, l’aristocrate, devait rester Commissaire du Reich en Prusse. Sa mise à l’écart risquerait de provoquer la désapprobation et même des contre-mesures de la part du président von Hindenburg.

A cet instant Hitler se surpassa en versatilité et en ruse. A force de flatterie et de persuasion, en un mois von Papen se laissa gentiment mettre à la porte. Hitler n’eut qu’à lui dicter le texte de sa lettre de démission du 7 avril 1933, dans laquelle le Vice-chancelier reconnaissait que la Loi d’Unification des Pays du Reich « était un édifice légal destiné à être d’une grande importance historique dans le développement du Reich allemand ». Il reconnaissait aussi que « le dualisme existant entre le Reich et la Prusse » devait prendre fin. Dans sa lettre, il compara même Hitler au prince Otto von Bismarck.

Bien que von Papen ait été poussé dehors, Hitler apaisa sa fierté blessée en déclarant publiquement qu’il n’aurait jamais pu mener seul la politique de réunification du Reich ; que le grand architecte de la réussite avait été von Papen.

Sans sourciller, Hitler écrivit aussi au Feldmarschall von Hindenburg :

« En assumant les fonctions de Commissaire du Reich en Prusse pendant la période difficile suivant le 30 janvier, Herr von Papen a mérité un très grand crédit pour avoir contribué si fortement à la mise en œuvre d’une stricte coordination entre la politique du Reich et celles des Etats régionaux. Sa collaboration avec le cabinet du Reich, auquel il pourra maintenant se consacrer complètement, me sera d’une aide précieuse. Les sentiments que j’ai pour lui sont tels que je me réjouis d’avoir le bénéfice de sa coopération, qui me sera d’une valeur inestimable. »

Pour sa part, le vieux feld-maréchal répondit à ce petit chef-d’œuvre d’hypocrisie par une lettre semblable, adressée à von Papen :

« Cher Herr von Papen,

Je viens d’accepter votre requête de vous relever de vos devoirs comme Commissaire du Reich en Prusse. Je saisis cette opportunité pour vous remercier, au nom du Reich et en mon nom propre, pour le service éminent que vous avez rendu à la nation en éliminant le dualisme existant entre le Reich et la Prusse, et en imposant l’idée d’une direction politique commune du Reich et des Etats régionaux. J’ai appris avec satisfaction que vous pourrez maintenant consacrer toute votre énergie au gouvernement du Reich.

Avec des sentiments de sincère camaraderie, je reste votre dévoué

von Hindenburg, Président du Reich

L’ex-Chancelier von Papen perdit ainsi le seul pouvoir efficace qu’il détenait encore. Bien qu’il restait membre du cercle intérieur du gouvernement de Hitler (mais pour combien de temps ?), il n’était en fait plus qu’un faire-valoir.

Hitler se nomma immédiatement lui-même Statthalter de Prusse, et Göring comme Ministre-président, plaçant ainsi le plus grand Etat allemand sous ferme contrôle.

L’un après l’autre, les Etats régionaux furent dépouillés de leur souveraineté. Le processus fut réglé comme un ballet.

Acte Un : Le pouvoir parlementaire régional est transféré en douceur à des hommes ayant la confiance de Hitler.

Acte Deux : Chaque homme annonce l’acceptation de la « Loi d’Unification ».

Acte Trois : Chaque parlement régional proclame la fin de sa propre autonomie et souveraineté d’Etat.

Acte Quatre : Dans chaque région, Hitler nomme un Commissaire du Reich (ou Statthalter), qui est chargé d’appliquer les directives politiques du Chancelier.

Dans les Grands-duchés de Bade et de Saxe il y eut quelques escarmouches verbales, mais elles furent rapidement écrasées. Dans la Ville Libre de Hambourg (une population d’un million et demi), ses dirigeants grognèrent un peu pour la forme, mais il ne fallut que quelques heures de négociations pour leur faire voir la lumière. En seulement quelques semaines, le processus entier était accompli.

En faisant usage des larges pouvoirs qui lui avaient été accordés par l’écrasant vote d’approbation du Reichstag le 23 mars 1933, en quelques mois Hitler réussit à transformer le vacillant gouvernement du Reich en un formidable instrument d’action. Grâce à ce mandat, et à plusieurs décrets spéciaux signés par le Président, il put ainsi éliminer constitutionnellement les autorités rivales de nombreux gouvernements et parlements d’Etats.

« Cela se passa beaucoup plus vite que nous n’osions l’espérer », commenta Goebbels avec délice, et une teinte de sarcasme.

Exactement un an après que Hitler soit devenu Chancelier, une « Loi pour la Reconstruction du Reich » exprima clairement l’ampleur du changement :

  1. La représentation des Etats régionaux est abolie.

  2. (a) Les droits souverains des Etats régionaux sont transférés au gouvernement du Reich.
    (b) Les gouvernements des Etats régionaux sont soumis au gouvernement du Reich.

  3. Les gouverneurs [Statthalter] sont soumis à l’autorité du Ministre de l’Intérieur du Reich.

  4. Le gouvernement du Reich peut modifier les droits constitutionnels des Etats régionaux.

  5. Le Ministre de l’Intérieur émettra les décrets légaux et administratifs nécessaires à la mise en œuvre de cette loi.

  6. Cette loi deviendra effective le jour de sa publication officielle.

Berlin, 30 janvier 1934

Von Hindenburg, Hitler, Frick

Bismarck, le « Chancelier de Fer », n’aurait jamais pu rêver d’une réunification politique sur une telle base autoritaire et hiérarchique. Mais Hitler avait tenté, et réussi. L’Allemagne avait maintenant atteint un niveau de concentration de pouvoir et d’autorité plus élevé qu’à tout autre moment de son histoire. Et tout cela avait été accompli, qui plus est, par des moyens démocratiques.

Après 1945 l’explication qui fut couramment avancée pour tout cela fut que les Allemands avaient perdu la tête. En tous cas, c’est un fait historique qu’ils agirent de leur propre volonté. Loin d’être résignés, ils étaient enthousiastes. « Pour la première fois depuis les derniers jours de la monarchie », a reconnu l’historien Joachim Fest, « la majorité des Allemands avaient maintenant le sentiment qu’ils pouvaient s’identifier avec l’Etat ».

Mais qu’en était-il des partis politiques ?

Bien que Hitler avait réussi à transformer les dizaines de millions de Bavarois, de Saxons, de Prussiens et de résidents de Hambourg en citoyens d’un seul Reich, sous une seule administration nationale, et même si la fourmilière des petits Etats plus ou moins séparatistes avait été aplatie, les partis politiques querelleurs et diviseurs subsistaient en Allemagne. Ils avaient été discrédités, bien sûr, mais les grandes ambitions des politiciens impénitents pouvaient se réveiller et éroder les fondations du nouvel Etat.

Les dirigeants des partis n’étaient guère en position de protester. Le 23 mars précédent, ils avaient eux-mêmes approuvé d’une manière écrasante la fatale « Loi d’Habilitation ». Maintenant, avec leurs ailes coupées et leurs prérogatives perdues, ils ne servaient plus de but utile. Ils n’étaient pas simplement superflus, ils étaient devenus une gêne.

Comment Hitler se débarrasserait-il d’eux ?

III. Liquidation des partis

Le jour de mars où les députés de la République de Weimar votèrent pour renoncer à leurs pouvoirs, Hitler, se tenant debout devant eux dans leur propre domaine parlementaire, parfaitement calme dans sa chemise brune, ne les épargna pas. « C’est à vous, messieurs du Reichstag », déclara-t-il, « de décider entre la guerre et la paix ».

Mais, demandera-t-on, comment auraient-ils pu reprendre le combat maintenant, alors qu’ils avaient en fait déjà abandonné le combat depuis plusieurs années ?

En ce moment, Hitler n’était pas prêt à laisser les derniers députés récalcitrants du Reichstag, les socio-démocrates – à présent réduits à représenter un simple 17,55% des électeurs de la nation – prendre la pose des martyrs, en tant que groupe marginal persécuté.

« Vous parlez de persécution ! », tonna-t-il dans une réponse impromptue à un discours du porte-parole social-démocrate. « Je pense qu’il y a ici seulement quelques-uns d’entre nous [dans le NSDAP] qui n’ont pas subi de persécutions en prison de votre part… Vous semblez avoir totalement oublié que pendant des années nos chemises nous étaient arrachées parce que vous n’aimiez pas la couleur… Nous avons triomphé de vos persécutions ! »

« En ces jours », continua-t-il d’un ton cinglant, « nos journaux étaient sans cesse interdits, nos meetings étaient interdits, et nous étions interdits de parole, j’étais interdit de parole, pendant des années. Et maintenant vous dites que le criticisme est salutaire ! »

Les rôles étaient maintenant inversés.

« A partir de maintenant, nous nationaux-socialistes, permettrons au travailleur allemand d’obtenir ce qu’il peut demander et revendiquer. Nous, nationaux-socialistes, serons ses intercesseurs. Vous, messieurs, vous êtes maintenant inutiles… Et ne nous confondez pas avec le monde bourgeois. Vous pensez que votre étoile peut monter à nouveau. Messieurs, c’est l’étoile de l’Allemagne qui montera et la vôtre qui baissera… Dans la vie des nations, ce qui est pourri, vieux et faible passe et ne revient pas. »

Finalement, Hitler renvoya ces socialistes en faillite avec ces mots : « Je puis seulement vous dire : je ne veux pas de vos votes ! L’Allemagne sera libre, mais pas par vous ! »

(cité dans J. Fest, Hitler, New York: 1974, p. 408 f.)

En seulement une demi-année, Hitler réussirait à liquider tous ces partis politiques maintenant passés et essentiellement hors-jeu. Pas seulement le parti socialiste, déjà rejeté par le peuple lui-même, mais tous les autres politiciens intriguant : les conservateurs, qui avaient un siècle de retard, les nationalistes myopes, et les centristes catholiques fanfarons – tous agents et collaborateurs dans la course de l’Allemagne vers la ruine entre 1919 et 1933.

Tous ces partis avaient clairement perdu leur force. Si quelques électeurs les soutenaient encore au début de 1933, même après que Hitler soit devenu Chancelier, c’était largement par habitude. Leur élan avait disparu. Les partis du système de Weimar avaient tout saboté et laissé la nation aller à la ruine. L’effondrement de l’Allemagne, ses six millions de chômeurs, la faim omniprésente, la démoralisation d’un peuple entier : tout cela était leur œuvre. Maintenant qu’un dirigeant fort avec un large soutien national avait pris leur place, que pouvaient-ils faire ? Comme Joachim Fest l’écrirait plus tard, ils étaient « comme une toile d’araignée avec laquelle on espérait attraper des aigles ».

Les millions de fidèles de Hitler avaient redécouvert la force primale de l’homme dur, non maniéré, d’un temps où les hommes avaient encore des tripes. Leur pouvoir était un pouvoir dionysiaque, qu’ils conserveraient pour les grands défis à venir : il ne serait pas nécessaire contre les partis politiques. Un simple haussement d’épaules, et ceux-ci partiraient en morceaux.

Il était juste que le premier à s’écrouler soit le parti social-démocrate (SPD). Il disparut dans un gémissement.

Il avait encore montré quelques tripes le 23 mars, quand ses députés au Reichstag refusèrent de voter les pleins pouvoirs à Hitler. Après 1945 le parti socialiste se glorifierait de cette action, tout en prenant soin de ne pas ajouter que moins de deux mois plus tard, le 17 mai, les députés socio-démocrates décidèrent d’approuver le grand discours de Hitler devant le Reichstag concernant la politique étrangère. C’était comme s’ils se sentaient emportés par la montée du soutien populaire à Hitler, même dans les rangs de leur propre parti. Avec les députés nationaux-socialistes, ils exprimèrent leur approbation pour la politique de Hitler.

Depuis son perchoir de président du Reichstag, Göring se tourna pour regarder les renégats, et commenta : « Le monde a vu que les Allemands sont unis quand leur destinée est en jeu ».

Maintenant que la direction sociale-démocrate, qui s’était répandu en injures contre Hitler pendant si longtemps, décidait de le soutenir au Reichstag, on pouvait difficilement s’attendre à ce que la base du parti s’oppose à lui. Ce jour marqua la fin de la crédibilité du parti social-démocrate. Suivant l’exemple de la direction de leur propre parti, le grand électorat du SPD voterait maintenant aussi, cela se comprend, pour Hitler.

Après cet acte de capitulation, c’était maintenant un jeu d’enfant pour Hitler de liquider le parti social-démocrate. Quatre semaines plus tard, le 22 juin, il fut officiellement dissous. « Personne ne s’attendait à la moindre résistance de la part du SPD », observa Fest. Les initiales du parti auraient plutôt dû être RIP: resquiescat in pace.

La paix serait totale. A part quelques membres de gauche du Reichstag qui partirent en exil et menèrent des vies isolées et improductives à l’étranger, les ex-députés socialistes continuèrent, chaque mois, à empocher les pensions que Hitler leur avait accordé. Ils marchaient sans être molestés dans les rues de Berlin. Un certain nombre d’entre eux, certains avec un grand succès, lièrent même leur sort aux nationaux-socialistes.

Gustav Noske, le bûcheron qui était devenu ministre de la défense – et le plus vaillant défenseur de la république en difficulté, dans les mois tumultueux suivant immédiatement l’effondrement de 1918 – reconnut honnêtement en 1944, alors que le Troisième Reich était déjà en train de s’écrouler, que la grande majorité des Allemands restaient encore fidèles à Hitler à cause du renouveau social qu’il avait apporté à la classe ouvrière.

Après les « Rouges », ce fut le tour des « Blancs ». Sur les deux douzaines environ de partis politiques qui existaient en Allemagne en 1932-1933, un certain nombre des plus petits se sabordèrent eux-mêmes sans que personne ne remarque leur disparition. Ils avaient été créés sans autre raison que de servir les ambitions politiques de leurs fondateurs. Mais maintenant qu’il n’y avait plus de sièges en vue au Reichstag, il n’y avait plus d’intérêt à tenter de recruter des électeurs.

Les partis de droite, autrefois importants mais maintenant abandonnés par leurs électeurs, étaient conscients de la futilité de tenter un autre effort ou de chercher de l’argent pour subsister artificiellement. Maintenant privés de tout soutien populaire, eux aussi se sabordèrent volontairement, l’un après l’autre. Le « Parti National du Peuple Allemand », abandonné par ses supporters bourgeois, fut le premier à baisser les bras. Quelques jours plus tard, le 28 juin, le « Parti de l’Etat » fit de même. Le « Parti du Peuple Bavarois » et le « Parti du Peuple Allemand » prirent la même décision le 4 juillet.

De tous les ultraconservateurs, le plus difficile à écarter fut Alfred Hugenberg, le titan des médias qui était encore ministre dans le cabinet de Hitler. Les nazis l’appelaient assez irrespectueusement « le vieux goret dans le champ de betteraves ». Hugenberg perdit finalement son poste parce qu’il joua au nationaliste trop zélé lors d’une conférence à Londres en juin 1933, faisant une réclamation, pour le moins prématurée, pour la restitution de ses colonies à l’Allemagne, et appelant à l’expansion économique allemande en Ukraine ! Hitler considéra cela comme totalement inopportun, particulièrement à un moment où il faisait tous ses efforts pour rassurer ses sceptiques et ses critiques à l’étranger. Après cette gaffe diplomatique, Hugenberg n’eut pas d’autre choix que de démissionner. Ainsi partit le capitaliste autrefois puissant qui s’était juré, le 30 janvier, de museler le Chancelier nouvellement nommé.

Sa mise à l’écart fut un double succès pour Hitler : en désavouant un fauteur de troubles international, il rassurait ceux en-dehors de l’Allemagne qui avaient été alarmés par les déclarations mal-choisies de Hugenberg ; et il se débarrassa d’un handicap politique dont la gaffe diplomatique lui avait coûté toute l’estime que lui avait porté Hindenburg.

Le dernier facteur politique à disparaître fut le parti clérico-bourgeois du « Centre ». A la suite de son vote du 23 mars pour donner les pleins pouvoirs à Hitler, le Centre avait perdu toute crédibilité comme parti d’opposition. Son électorat le quitta avec indifférence. Après tout, si le dirigeant du Centre, Monsignor Kaas, décidait de se ranger aux cotés du Führer au Reichstag, pourquoi la base du parti ne ferait-elle pas de même ?

Entretemps, les négociations diplomatiques avec le Vatican pour un concordat afin de régler les relations entre l’Etat allemand et l’Eglise catholique approchaient d’une conclusion favorable. Dans cet effort, peut-être plus que dans tout autre, Hitler manifesta de la patience, de l’habileté, et du tact. Il avait besoin d’une paix politique avec l’Eglise, du moins jusqu’à ce qu’il puisse, avec l’aide de la hiérarchie, compter sur l’appui des nombreux catholiques de l’Allemagne.

En votant pour Hitler au Reichstag, le dirigeant du Centre, Kaas, ainsi que ses pieux clercs, étaient sans s’en douter tombés dans un piège. Le 5 juillet 1933, ils se déclarèrent politiquement neutres et se sabordèrent en tant que parti.

Comme le nota un observateur contemporain : « Toutes les choses qui étaient abolies ne concernaient plus beaucoup le peuple ». Concernant la disparition rapide des partis politiques et des autres forces politiques de droite comme de gauche, Joachim Fest commenta avec à-propos : « Si quelque chose pouvait démontrer la chute de la vitalité de la République de Weimar, c’était la facilité avec laquelle les institutions qui l’avaient soutenue se laissaient écraser » (cité dans Joachim Fest, Hitler, New York: 1974, p. 415).

Abolir les partis politiques et avaler leurs réseaux d’électeurs autrefois vaste prit à peine une demi-année, et avec peu de dommage pour la vie ou le membre. Hitler avait réussi à gagner ou du moins à neutraliser ceux qui l’avaient si récemment vilipendé et raillé. Personne n’était plus stupéfait que Hitler lui-même de la rapidité avec laquelle les partis politiques avaient succombé. « On n’aurait jamais pensé possible un effondrement aussi misérable », remarqua-t-il en juillet 1933, après avoir jeté la dernière pelletée de poussière sur les tombes des partis autrefois puissants de la République de Weimar.

(J. Fest, Hitler, p. 415.)

IV. Unification des syndicats

Un seul facteur politique significatif demeurait encore : les syndicats marxistes. Depuis de nombreuses années, ils représentaient l’une des plus puissantes forces du pays. Bien qu’étant formellement seulement un facteur économique, ils avaient aussi été un facteur politique majeur, fournissant aux communistes leurs militants et aux socio-démocrates le gros de leurs électeurs.

Depuis quinze ans ils étaient un groupe de pression constant et fanatique, créant des troubles dans les rues et formulant des demandes toujours plus grandes. Les syndicats fournissaient depuis longtemps à la gauche de grandes quantités d’argent, des fonds qui étaient continuellement réapprovisionnés par les contributions des millions de membres des syndicats.

Ici encore, bien avant l’effondrement de la république de Weimar minée par les partis, la désillusion envers les syndicats était devenue générale parmi les masses ouvrières. Elles étaient affamées. Les centaines de députés socialistes et communistes restaient inactifs, incapables d’apporter une aide significative au prolétariat désespéré.

Leurs dirigeants n’avaient pas de propositions pour remédier, même partiellement, à la grande détresse du peuple ; pas de plans pour des travaux publics de grande ampleur, pas de restructuration industrielle, pas de recherche de marchés à l’étranger.

De plus, ils n’opposaient aucune résistance énergique au pillage des dernières ressources financières du Reich par les pays étrangers : ceci étant une conséquence du traité de Versailles que les socialistes allemands avaient ratifié en juin 1919, et auquel ils n’avaient jamais eu le courage de s’opposer depuis lors.

Les quelques modifications palliatives qui avaient été obtenues, arrachées avec grande difficulté aux Alliés rapaces, avaient été obtenues par Gustav Stresemann, le ministre conservateur des affaires étrangères. Bien qu’ayant peu ou pas d’appuis, même chez les politiciens, Stresemann combattit obstinément, en dépit d’une mauvaise santé, pour libérer le Reich. Souffrant d’évanouissements, et affligé d’un goitre de plus en plus gros, enserrant son cou comme un boa constrictor, Stresemann, même mourant, fut le seul dirigeant de Weimar qui tenta sérieusement d’enlever les talons étrangers de la chair du peuple allemand.

En 1930, 1931 et 1932, les travailleurs allemands avaient regardé croître le désastre : le nombre de chômeurs passa de deux millions à trois, à quatre, à cinq, puis à six millions. En même temps, les allocations de chômage diminuèrent de plus en plus, pour finalement disparaître complètement. Partout on voyait l’abattement et les privations : des mères émaciées, des enfants dépérissant dans des logements sordides, et des milliers de mendiants tristement alignés.

L’échec, ou l’incapacité, des dirigeants de gauche à agir, pour ne pas mentionner leur insensibilité, avait stupéfié la classe ouvrière. A quoi servaient de tels dirigeants avec leurs têtes et leurs cœurs vides – et, assez souvent, les poches pleines ?

Bien avant le 30 janvier, des milliers de travailleurs avaient déjà rejoint les formations dynamiques de Hitler, qui travaillaient toujours dur quand on en avait besoin. Beaucoup rejoignirent les nationaux-socialistes alors qu’ils étaient en grève. Hitler, lui-même un ancien travailleur et un homme franc comme eux, était déterminé à éliminer totalement le chômage. Il ne voulait pas simplement défendre le droit au travail du travailleur, mais faire de son métier un honneur, lui assurer le respect et l’intégrer pleinement dans une communauté vivante de tous les Allemands, qui avaient été divisés classe contre classe.

En janvier 1933, les troupes victorieuses de Hitler étaient déjà de caractère largement prolétarien, incluant de nombreux bagarreurs de rue, de nombreux chômeurs, qui ne comptaient plus économiquement ou socialement.

Entretemps, le nombre d’adhérents des syndicats marxistes avait chuté énormément : sur treize millions d’électeurs socialistes et communistes en 1932, pas plus de cinq millions étaient membres des syndicats. L’indifférence et le découragement avaient atteint de tels niveaux que de nombreux membres ne payaient plus leur cotisation. Beaucoup de dirigeants marxistes démoralisés commencèrent à se demander si ce n’étaient pas les millions de déserteurs qui voyaient clair. Bientôt ils ne se poseraient plus la question.

Même avant qu’Hitler n’obtienne le soutien du Reichstag pour sa « Loi d’ Habilitation », la fédération syndicale géante d’Allemagne, l’ADGB, avait commencé à rallier la cause national-socialiste. Comme le reconnut l’historien Joachim Fest : « Le 20 mars, le comité exécutif de la fédération du travail adressa une sorte de déclaration de loyauté à Hitler » (J. Fest, Hitler, p. 413).

Hitler prit alors une mesure hardie et habile. Les syndicats avaient toujours réclamé à grands cris que le Premier Mai soit reconnu comme la fête des travailleurs, mais la république de Weimar n’avait jamais accédé à leur requête. Hitler, ne manquant jamais une occasion, saisit celle-ci à deux mains. Il fit plus qu’accéder à cette demande raisonnable : il proclama le Premier Mai comme fête nationale.

De même que le parti socialiste était passé d’un vote contre Hitler au Reichstag (23 mars 1933) à un vote de soutien (17 mai 1933), les dirigeants syndicaux firent un virage à 180 degrés en quelques semaines. D’un seul coup, Hitler leur accordait ce qu’ils avaient vainement demandé à chaque gouvernement précédent : une fête célébrée par la nation entière. Il annonça cela pour honorer le Travail, il organiserait le plus grand meeting de l’histoire de l’Allemagne le Premier Mai à l’aéroport de Tempelhof à Berlin. Pris par surprise, mais dans l’ensemble très satisfaits de lier leur sort au national-socialisme et, de plus, de prendre part à une manifestation de masse que même les travailleurs marxistes avaient du mal à imaginer, la direction syndicale appela sa base à rejoindre, bannières flottantes, les meetings de masse organisés ce Jour de Mai dans toute l’Allemagne, et à acclamer Hitler.

J’assistai moi-même au mémorable meeting à Tempelhof en 1933. A neuf heures du matin, des colonnes géantes, certaines formées de travailleurs, d’autres de groupes de jeunesse, descendant au pas cadencé le pavé des grandes avenues de Berlin, avaient convergé vers l’aéroport où Hitler avait appelé tous les Allemands à se réunir. Toute l’Allemagne suivrait le rassemblement puisqu’il était retransmis par radio dans toute la nation.

A midi, des centaines de milliers de travailleurs – hitlériens et non-hitlériens – étaient massés sur le vaste aéroport. Les manifestants observèrent un ordre impeccable. Des centaines de tables, rapidement installées par le Parti, fournirent aux foules toujours croissantes des sandwiches, des saucisses, et des chopes de bière au prix coûtant, pour rafraîchir les nouveaux arrivants après leur marche.

Tout le monde, bien sûr, était debout, et resterait ainsi pendant plus de quatorze heures.

Une fabuleuse tribune se dressait dans le ciel, haute comme trois étages, flamboyante avec d’immenses drapeaux, aussi impressionnante qu’un chantier naval. Au fil des heures, des milliers de figures importantes prirent place, incluant de nombreux membres du corps diplomatique étranger. A la fin du jour, un million et demi de spectateurs était répandu jusqu’aux extrémités de l’immense plaine. Les soldats et les civils étaient mêlés. Les fanfares sonnaient sans cesse. Ce n’était plus un meeting politique, c’était devenu un festival, une sorte de kermesse bruegélienne fantastique, où les bourgeois de la classe moyenne, les généraux et les ouvriers se rencontraient tous et fraternisaient comme Allemands et comme égaux.

La nuit tomba et Hitler apparut. Sa tribune d’orateur ressemblait vraiment à la proue d’un navire géant. Les centaines de phares qui avaient illuminé la grande mer humaine étaient maintenant éteints. Soudain, Hitler surgit de l’obscurité, figure solitaire, haut dans les airs, éclairé par l’éclat éblouissant des projecteurs.

Dans l’obscurité, un groupe d’opposants déterminés auraient facilement pu chahuter Hitler ou saboter le meeting. Peut-être un tiers des spectateurs avait été des socialistes ou des communistes, seulement trois mois auparavant. Mais pas une seule voix hostile ne s’éleva pendant toute la cérémonie. Il n’y eut qu’une acclamation unanime.

Cérémonie est le mot qui convient. C’était presque un rite magique. Hitler et Goebbels n’avaient pas leur égal pour organiser des cérémonies de consécration de cette sorte. D’abord il y eut des chants populaires, puis des grands hymnes wagnériens pour captiver l’auditoire. L’Allemagne a une passion pour la musique orchestrale, et Wagner touche le point le plus profond et le plus secret de l’âme allemande, son romantisme, son sens inné du puissant et du grand.

Pendant ce temps, les centaines de drapeaux flottaient au-dessus de la tribune, sauvées de l’obscurité par des flèches de lumière.

Alors Hitler monta à la tribune. Pour ceux qui se trouvaient à l’extrémité du terrain, son visage devait sembler minuscule, mais ses paroles inondèrent instantanément les masses de gens de son auditoire.

Un auditoire latin aurait préféré une voix moins dure, plus délicatement expressive. Mais il n’y avait pas de doute que Hitler parlait à la psyché du peuple allemand.

Les Allemands ont rarement eu la chance de connaître l’enchantement de la parole parlée. En Allemagne, le ton avait toujours été donné par des orateurs pondérés, préférant de loin la pédanterie éléphantesque à la passion oratoire. Hitler, en tant qu’orateur, était un prodige, le plus grand orateur de son siècle. Il possédait, avant tout, ce dont les orateurs ordinaires manquent : une mystérieuse capacité à projeter la puissance.

Un peu comme un médium ou un sorcier, il était saisi, et même cloué sur place, lorsqu’il s’adressait à une foule. Celle-ci répondait à la projection de puissance de Hitler, la lui rendant, établissant, au cours d’une myriade d’échanges, un courant auquel l’orateur tout comme l’auditoire participaient et dans lequel tous deux puisaient. Il faut l’avoir vu soi-même parler pour comprendre ce phénomène.

C’est ce don particulier qui se trouvait à la base de la capacité de Hitler à conquérir les masses. Sa projection de haut voltage, semblable à la foudre, transportait et transformait tous ceux qui la rencontraient. Des dizaines de millions de gens furent éclairés, fascinés et enflammés par le feu de sa colère, de son ironie, et de sa passion.

Au moment où les acclamations se turent cette première soirée de Mai, des centaines de milliers de travailleurs auparavant indifférents ou même hostiles qui étaient venus à Tempelhof à la demande des dirigeants de leur fédération syndicale étaient maintenant conquis. Ils étaient devenus des adeptes, comme les SA avec lesquels tant de ceux qui étaient présents ce soir-là s’étaient bagarrés durant les dernières années.

La grande mer humaine reflua de Tempelhof jusqu’à Berlin. Un million et demi de gens était arrivés en ordre parfait, et leur départ fut tout aussi ordonné. Aucun bouchon ne bloqua les voitures et les bus. Pour ceux d’entre nous qui en furent témoins, cette discipline rigoureuse et pourtant joyeuse d’un peuple satisfait était elle-même une source d’émerveillement. Tout dans ce meeting de masse du Jour de mai s’était déroulé sans à-coups, comme un mouvement d’horlogerie.

Le souvenir de cette foule fabuleuse refluant vers le centre de Berlin ne me quittera jamais. Un grand nombre était à pied. Leurs visages étaient maintenant différents, comme s’ils avaient été imprégnés d’un esprit étrange et totalement nouveau. Les non-Allemands dans la foule étaient comme stupéfiés, et non moins impressionnés que les compatriotes de Hitler.

L’ambassadeur français, André François-Poncet, nota :

« Les étrangers présents sur la tribune en tant qu’invités d’honneur n’étaient pas seuls à emporter l’impression d’une fête publique vraiment belle et merveilleuse, une impression qui fut créée par le génie du régime pour l’organisation, par le déploiement des uniformes pendant la nuit, par le jeu des lumières, le rythme de la musique, les drapeaux et les feux colorés ; et ils n’étaient pas les seuls à penser qu’un souffle de réconciliation et d’unité était passé sur le Troisième Reich.

‘Notre souhait’, s’était exclamé Hitler, comme s’il prenait le ciel à témoin, ‘est de marcher ensemble et de combattre ensemble comme des frères, de sorte qu’à l’heure où nous serons devant Dieu, nous puissions lui dire : Vois, Seigneur, nous avons changé. Les Allemands ne sont plus un peuple rempli de honte, un peuple médiocre et lâche et divisé. Non, Seigneur ! Les Allemands sont devenus forts dans leur esprit, dans leur volonté, dans leur persévérance, dans leur acceptation de tout sacrifice. Seigneur, nous Te restons fidèles ! Bénis notre combat ! » (A. François-Poncet, Souvenirs d’une ambassade à Berlin, p. 128). [Ce passage semble provenir de l’édition anglaise, NDT]

Qui d’autre aurait pu avoir un tel attrait incantatoire sans se rendre ridicule ?

Aucun politicien n’avait jamais parlé des droits des travailleurs avec une telle foi et une telle force, ou n’avait exposé dans des termes aussi clairs le plan social qu’il avait juré de mettre en œuvre en faveur des gens ordinaires.

Le jour suivant, le journal de la gauche prolétarienne, le « Journal de l’Union », rapporta ce meeting de masse dont au moins les deux tiers – un million – des participants étaient des travailleurs. « Ce Premier Mai fut le jour de la victoire », résuma le journal.

Les travailleurs étant ainsi conquis, pourquoi aurait-on encore eu besoin des milliers de locaux syndicaux qui avaient depuis si longtemps empoisonné la vie sociale du Reich et qui, en tous cas, n’avaient rien accompli de durable et de positif ?

Quelques heures après la fin de ce meeting de la « victoire » sur le terrain de Tempelhof, les nationaux-socialistes purent pacifiquement prendre le contrôle complet de toute l’organisation syndicale de l’Allemagne, incluant tous ses bâtiments, entreprises et banques. Une ère d’obstruction marxiste prenait brutalement fin : dès lors, une unique organisation nationale incarnerait la volonté collective et les intérêts de tous les travailleurs allemands.

Bien qu’il fût maintenant bien en voie de créer ce qu’il promettait d’être un vrai « gouvernement du peuple », Hitler comprenait aussi que de grands obstacles subsistaient. D’une part, les dirigeants communistes à Moscou n’avaient pas baissé leur garde – ni leurs canons. Pour restaurer la nation, il faudrait plus que des paroles et des promesses, il faudrait de solides réalisations. Alors seulement, l’enthousiasme montré par la classe ouvrière au meeting de masse du Premier Mai serait l’expression d’une victoire durable.

Comment Hitler pouvait-il résoudre le grand problème qui avait défié les solutions de tous les autres (en Allemagne tout comme à l’étranger) : remettre des millions de chômeurs au travail ?

Que ferait Hitler concernant les salaires ? Les heures de travail ? Le temps de loisirs ? Comment réussirait-il à gagner, sur la longue durée, le respect pour les droits et la dignité du travailleur ?

Comment la vie des hommes pouvait-elle être améliorée – matériellement, moralement, et, on pourrait même dire, spirituellement ? Comment s’y prendrait-il pour bâtir une nouvelle société adaptée aux êtres humains, exempte de l’inertie, des injustices et des préjugés du passé ?

« Le national-socialisme », avait déclaré Hitler au début, « a sa mission et son heure ; ce n’est pas seulement un mouvement passager mais une phase de l’histoire ».

Ayant maintenant les instruments du pouvoir réel entre ses mains – un Etat autoritaire, ses provinces étant des parties subordonnées mais cependant organiques de l’ensemble national –, Hitler avait agi rapidement pour se libérer des dernières contraintes des partis politiques sectaires et impuissants. De plus, il pouvait maintenant diriger une force ouvrière cohésive qui n’était plus divisée en mille ruisseaux mais qui formait un unique et puissant courant.

Hitler était confiant, sûr du pouvoir de ses propres convictions. Il n’avait pas l’intention, ni le besoin, de recourir à l’usage de la force physique. Il avait plutôt l’intention de gagner, un par un, les millions d’Allemands qui étaient encore ses adversaires, et même ceux qui le haïssaient encore.

Sa conquête de l’Allemagne avait pris des années de préparation soigneuse et de dur travail. De même, il allait maintenant réaliser ses plans soigneusement établis pour transformer l’Etat et la société. Cela signifiait non seulement des changements dans les structures administratives et gouvernementales, mais aussi des programmes sociaux à longue portée.

Il avait jadis fait le serment : « L’heure viendra où les quinze millions de gens qui nous haïssent à présent seront solidement derrière nous et acclamerons avec nous le renouveau que nous créerons ensemble ». Il réussirait finalement à convaincre même beaucoup de ses sceptiques et adversaires les plus réfractaires.

Son armée de convertis formait déjà les rangs. Dans un hommage remarquable, l’historien Joachim Fest se sentit obligé de reconnaître sans équivoque :

« Hitler était passé rapidement du statut d’un démagogue à celui d’un homme d’Etat respecté. Le désir ardent de rejoindre les rangs des vainqueurs se répandait comme une épidémie, et la minorité réduite de ceux qui résistaient à l’appel étaient visiblement poussés dans l’isolement. Le passé était mort. Le futur, semblait-il, appartenait au régime, qui avait de plus en plus d’adeptes, qui était acclamé partout et qui soudain avait de saines raisons de son coté. »

Et même l’éminent auteur de gauche Kurt Tucholsky, sentant la direction de l’inexorable marée qui était en train de submerger l’Allemagne, commenta d’une manière frappante : « On ne peut pas lutter contre l’océan » (J. Fest, Hitler, p. 415 f.).

« Notre pouvoir », pouvait maintenant déclarer Hitler, « n’appartient plus à une fraction territoriale du Reich, ni à une seule classe de la nation, mais au peuple dans sa totalité ».

Beaucoup restait à faire, cependant. Jusqu’ici, Hitler avait réussi à supprimer les obstacles à son programme. Maintenant le moment de construire était arrivé.

Tant d’autres avaient renoncé à s’attaquer aux nombreux problèmes décourageants qui étaient maintenant de sa responsabilité. Avant tout, la nation demandait une solution au grand problème du chômage. Hitler pouvait-il maintenant réussir là où d’autres avaient si lamentablement échoué ?

V. Où trouver les milliards ?

Alors qu’il se tenait, silencieux et préoccupé, à la fenêtre de la Chancellerie ce soir de janvier, recevant les acclamations de la foule, Hitler était saisi d’anxiété – et non sans raison.

Dans ses mémoires, le Dr. Hjalmar Schacht rappela : « J’eus l’impression que c’était un homme presque écrasé par le poids de la responsabilité qu’il prenait – Ce profond bouleversement émotionnel dont j’étais le témoin ne pouvait pas être une simple comédie : il trahissait de vrais sentiments » (H. Schacht, Mémoires d’un magicien, vol. II, p. 52).

Hitler, cependant, était un homme capable de surmonter de telles anxiétés. Bien qu’il faisait face à une tragédie nationale déchirante – chômage immense, misère générale, stagnation industrielle presque totale – qu’aucun autre politicien n’avait même pu améliorer, ce jeune dirigeant allait relever ce défi avec une détermination et une volonté extraordinaires.

Hitler avait à peine obtenu les pleins pouvoirs qu’il relevait ses manches et commençait à mettre en œuvre ses plans bien préparés.

A la différence des autres politiciens responsables – ou irresponsables – de l’Europe du XXe siècle, Hitler ne croyait pas que combattre pour la santé économique de son pays signifiait devoir accepter passivement un recul après l’autre, rester sans rien faire pendant que les industries mouraient, ou regarder des millions de chômeurs battre le pavé.

A cette époque, la seule solution à ces problèmes qui était acceptée par les politiciens et les économistes des démocraties était de réduire radicalement les dépenses, gouvernementales et privées. Se serrer la ceinture était le seul remède connu.

Ainsi, les dirigeants de l’Allemagne avant Hitler avaient réduit les salaires de 25%, limité le paiement des allocations de chômage à six mois, et réduit l’investissement privé total des cinq sixièmes. Le niveau de vie du pays s’était effondré comme un ballon dégonflé. A la fin des six mois, les chômeurs n’avaient évidemment pas retrouvé de travail. Au contraire, ils étaient rejoints par de longues files de nouveaux chômeurs. Privés de tout moyen de subsistance, ils gravitaient autour des services d’aide sociale.

Les gens dépensaient de moins en moins, avec l’inévitable conséquence que les industries produisant des biens de consommation fermaient leurs portes, l’une après l’autre, par manque de commandes, envoyant donc des milliers de chômeurs de plus dans les rues. En 1932, les industries de l’Allemagne dépérissaient, leur production réduite de moitié.

L’investissement privé annuel était tombé de trois milliards de marks à environ 500 millions. Aucun sang neuf n’avait été injecté dans le système industriel, aucune usine modernisée. L’économie stagnait.

Non seulement le gouvernement ne prenait aucune initiative, mais il était presque en faillite. Les recettes fiscales étaient tombées à dix milliards de marks, dont les deux tiers étaient absorbés par les maigres et brèves allocations de chômage.

L’Allemagne ne pouvait pas attendre une reprise des affaires pour que l’économie redémarre. Comme Hitler l’avait compris depuis longtemps, le gouvernement devait provoquer le renouveau économique par une action audacieuse et une entreprise imaginative.

Le chômage pouvait être combattu et éliminé seulement en donnant à l’industrie les moyens financiers de redémarrer, de se moderniser, créant ainsi des millions de nouveaux emplois.

Le taux normal de consommation ne pourrait pas être restauré, et encore moins accru, si on ne relevait pas d’abord le niveau misérable des allocations qui faisait de n’importe quel achat une quasi-impossibilité. Au contraire, la production et les ventes devraient d’abord être restaurées pour que les six millions de chômeurs puissent redevenir des acheteurs.

La grande dépression économique ne pouvait être surmontée qu’en restimulant l’industrie, en adaptant l’industrie à l’époque, et en promouvant le développement de nouveaux produits.

Puisque l’Allemagne n’avait pas de pétrole, par exemple, la production d’essence synthétique (à partir du charbon) devait être encouragée autant que possible. La technique était déjà connue, mais elle avait besoin d’être appliquée. De même, l’Allemagne était capable de produire un substitut artificiel du caoutchouc, le « Buna ». Mais les plans pour son développement et sa production dormaient encore dans des dossiers. Seul un petit pourcentage de nouvelles inventions pratiques quittait les dossiers.

Les grands projets de travaux publics étaient un autre moyen de créer de nouveaux emplois, de stimuler l’activité industrielle, et de faire revivre l’économie. D’une part, les médiocres routes de l’Allemagne avaient besoin d’une vaste amélioration. De plus, les exigences de l’époque appelaient à la construction d’un réseau national d’autoroutes modernes. Couvrant des milliers de kilomètres, ces grandes artères en béton encourageraient un accroissement du commerce et des communications entre les nombreuses régions du Reich.

De nouvelles autoroutes encourageraient aussi un accroissement de la production automobile. Au vu de son potentiel, l’Allemagne était encore très en retard pour sa production automobile. Elle ne produisait qu’un cinquième des voitures produites en France.

Presque dix ans plus tôt, dans sa cellule de prison, Hitler avait déjà envisagé un formidable système d’autoroutes nationales. Il avait aussi conçu une petite automobile facilement abordable (plus tard connue sous le nom de « Volkswagen »), et il avait même suggéré son profil. Elle devait avoir la forme d’une coccinelle, proposa-t-il. La nature elle-même suggérait la ligne aérodynamique de la voiture.

Avant l’arrivée de Hitler au pouvoir, une voiture était le privilège des riches. Elle n’était pas financièrement à la portée de la classe moyenne, encore moins des ouvriers. La « Volkswagen », coûtant un dixième du prix de l’automobile des années précédentes, deviendrait finalement un véhicule de travail populaire et une source de plaisir après le travail : un moyen de se détendre et de changer d’air, et de découvrir, grâce au nouveau réseau d’autoroutes (Autobahn), un pays magnifique qui était alors, dans sa totalité, presque inconnu des travailleurs allemands.

Depuis le début, Hitler voulait que cette nouvelle voiture économique soit construite pour les masses. Les usines de production deviendraient aussi l’un des plus importants centres industriels et employeurs d’Allemagne.

Pendant son emprisonnement, Hitler avait aussi dessiné des plans pour la construction de lotissements populaires et de bâtiments publics majestueux.

Quelques-unes des esquisses de Hitler ont survécu. Elles incluent des groupes de maisons familiales pour les travailleurs, avec leurs propres jardins (qui allaient être construites par centaines de milliers), le plan d’un stade couvert à Berlin, et un immense hall de congrès, sans égal dans le monde, qui symboliserait la grandeur de la révolution nationale-socialiste.

« Un bâtiment avec un dôme monumental », a expliqué l’historien Werner Maser, « dont il dessina le plan alors qu’il était en train d’écrire Mein Kampf, aurait une travée de 46 mètres, une hauteur de 220 mètres, un diamètre de 250 mètres, et une capacité de 150 à 190.000 personnes debout. L’intérieur du bâtiment aurait été dix-sept fois plus grand que la cathédrale Saint-Pierre à Rome » (W. Maser, Hitler, Adolf, p. 100).

« Ce hall », a souligné l’architecte Albert Speer, « n’était pas seulement un rêve creux impossible à réaliser ».

L’imagination de Hitler, par conséquent, brassait depuis longtemps de nombreux projets ambitieux, dont beaucoup seraient finalement réalisés.

Heureusement, les entrepreneurs, patrons et techniciens nécessaires étaient disponibles. Hitler n’aurait pas besoin d’improviser.

L’historien Werner Maser, bien que complètement anti-Hitler – comme presque tous ses collègues (ou bien comment auraient-ils trouvé des éditeurs ?) – a reconnu : « Depuis le début de sa carrière politique, il [Hitler] prenait grand soin de préparer tout ce dont il aurait besoin pour appliquer ses plans ».

« Hitler se distinguait », a aussi remarqué Maser, « par une intelligence exceptionnelle dans les questions techniques ». Hitler avait acquis ses connaissances en consacrant des milliers d’heures aux études techniques, depuis le temps de sa jeunesse.

« Hitler lisait une quantité incroyable de livres », expliqua le Dr. Schacht. « Il acquérait une très considérable quantité de connaissances et en faisait un usage magistral dans les discussions et les discours. A certains égards, c’était un homme de génie. Il avait des idées auxquelles personne d’autre n’aurait jamais pensé, des idées qui aboutissaient à la solution de grandes difficultés, parfois par des mesures d’une simplicité ou d’une brutalité étonnantes ».

De nombreux milliards de marks seraient nécessaires pour commencer la grande révolution socioéconomique qui était destinée, comme Hitler en avait toujours eu l’intention, à refaire de l’Allemagne le leader européen de l’industrie et du commerce, et, le plus urgent, à supprimer rapidement le chômage en Allemagne. Où trouver l’argent ? Et, une fois obtenu, comment ces fonds seraient-ils distribués pour assurer une efficacité maximum dans leur investissement ?

Hitler n’était en aucune façon un dictateur en matière d’économie. Il était plutôt un stimulateur. Son gouvernement entreprendrait de faire seulement ce que l’initiative privée ne pouvait pas faire.

Hitler croyait en l’importance de l’imagination et du dynamisme créatifs individuels, au besoin de toute personne d’aptitude et de talent supérieurs à assumer une responsabilité.

Il reconnaissait aussi l’importance du motif du profit. Privé de la perspective d’être récompensée de ses efforts, une personne capable se retient souvent de prendre des risques. L’échec économique du communisme l’a démontré. En l’absence de motivations personnelles et d’opportunité d’initiative individuelle réelle, « l’économie planifiée » soviétique était à la traîne dans presque tous les domaines, son industrie ayant des années de retard sur ses concurrents.

Le monopole d’Etat sonne la mort de toute initiative, et donc de tout progrès.

Il serait merveilleux que tous les hommes mettent en commun leurs richesses, mais c’est aussi contraire à la nature humaine. Presque chaque homme désire que son travail améliore sa propre condition et celle de sa famille, et sent que son cerveau, son imagination créative, et sa persévérance, méritent bien leur récompense.

Parce qu’il méprisa ces vérités psychologiques de base, le communisme soviétique, jusqu’à la fin, resta embourbé dans la médiocrité économique, en dépit de son immense réservoir de main d’œuvre, sa compétence technique, et ses abondantes ressources naturelles, qui auraient toutes dû en faire un géant industriel et technologique.

Hitler était déjà opposé à l’idée de direction d’Etat de l’économie. Il croyait dans les élites. « Une seule idée de génie », disait-il, « a plus de valeur qu’une vie entière de travail consciencieux dans un bureau ».

De même qu’il existe des élites politiques ou intellectuelles, il existe aussi une élite industrielle. Un fabriquant de grande aptitude ne devrait pas être limité, traqué par les services des impôts comme un criminel, ou être mal vu par le public. Au contraire, il est important pour le développement économique que l’industriel soit encouragé moralement et matériellement, autant que possible.

Les initiatives les plus fructueuses que Hitler prendrait à partir de 1933 seraient en faveur de l’entreprise privée. Il garderait un œil sur la qualité de leurs directeurs, bien sûr, et écarterait les incompétents, un bon nombre d’entre eux parfois, mais il soutenait aussi les meilleurs, ceux ayant les esprits les plus vifs, les plus imaginatifs et les plus audacieux, même si leurs opinions politiques n’étaient pas toujours en accord avec la sienne.

« Il n’est pas question », déclara-t-il très fermement, « d’écarter un propriétaire ou un directeur d’usine sous le prétexte qu’il n’est pas un national-socialiste ».

Hitler exercerait la même modération, le même pragmatisme, dans le domaine administratif aussi bien que dans le domaine industriel.

Ce qu’il demandait à ses collaborateurs, c’était avant tout la compétence et l’efficacité. La grande majorité des fonctionnaires du Troisième Reich – quelque 80% – ne furent jamais enrôlés dans le parti national-socialiste. Plusieurs des ministres de Hitler, comme Konstantin von Neurath et Schwerin von Krosigk, et des ambassadeurs à des postes clés comme Prague, Vienne et Ankara, n’étaient pas membres du parti. Mais ils étaient compétents.

Si Hitler gardait un œil sur les opportunistes (comme Franz von Papen, qui était à la fois intelligent et habile), il savait comment utiliser au mieux de tels hommes, et les honorer et reconnaître leurs réussites.

De même, il n’hésitait pas à conserver des bureaucrates compétents choisis par ses prédécesseurs. Un bon exemple fut le Dr. Otto Meissner, qui avait dirigé la chancellerie présidentielle sous le socialiste Ebert et le conservateur von Hindenburg, et qui avait fait tout ce qui était en son pouvoir, jusqu’à la dernière minute, pour torpiller l’accession de Hitler au pouvoir. Mais Meissner connaissait son travail, et Hitler le conserva sagement à son poste. Hitler le traita avec respect et confiance, et Meissner servit le Führer fidèlement et efficacement pendant douze ans.

Peut-être le plus remarquable de ces cas est-il celui du Dr. Hjalmar Schacht, le plus perspicace et le plus compétent des financiers de l’Allemagne en 1933. Un partisan de Hitler ? En aucune façon ! Schacht ne fut et ne serait jamais le partisan de quiconque excepté lui-même. Mais il était le meilleur dans son domaine : pour remettre en route l’économie du Reich, il n’avait pas d’égal.

Dix ans plus tôt, à la fin de 1923, Schacht avait financièrement sauvé la République de Weimar en contribuant à inventer le « Rentenmark ». Il était astucieux et imaginatif, et donc capable de comprendre et d’appliquer les plus hardis des plans de Hitler.

L’ambition personnelle de Schacht était immense, mais pour Hitler c’était encore une autre raison de lui donner toutes les possibilités de s’élever aussi haut qu’il le pourrait. Quelques semaines après la prise du pouvoir, Hitler le nomma président de la Reichsbank, puis, un an plus tard, ministre de l’Economie. Schacht ne pouvait pas être plus heureux.

Dangereux ? Bien sûr ! Et doublement, dans la mesure où Schacht était un capitaliste jusqu’à la moelle, ayant des liens étroits avec les grands intérêts bancaires étrangers, y compris des financiers juifs à Londres et à New York. De plus, Schacht se souciait peu du programme révolutionnaire de Hitler, qui considérait le travail comme la vraie source de richesse nationale.

Hitler fit appel au brillant Dr. Schacht pour concevoir de nouvelles manières d’acquérir les fonds nécessaires pour ce qu’il avait l’intention d’accomplir. C’était une grande affaire, mais c’était tout. La collaboration n’allait pas plus loin : Schacht ne fut jamais autorisé à intervenir dans les questions politiques. Quand les formules financières de Schacht auraient atteint leur but, la collaboration prendrait fin. Avant de lui enlever la présidence de la Reichsbank en 1939, Hitler fit bon usage de ses talents extraordinaires. Mais Schacht n’oublia jamais son éviction, et en nourrit un intense ressentiment.

Déterminé à trouver des milliards de marks aussi rapidement que possible, et par tous les moyens disponibles, Hitler convoqua en février 1933 le prédécesseur de Schacht à la présidence de la Reichsbank, le Dr. Hans Luther. Ce dernier, qui avait été nommé à son poste en 1930 par une administration précédente, avait des idées vieux jeu et d’une extrême prudence dans la gestion des fonds de l’Etat. Comme les coffres de l’Etat étaient presque vides, il était d’autant plus prudent. Son faux col, rigide comme une carte de visite, proclamait la rigidité de ses principes. Il appartenait à la vieille école des comptables qui dépendaient un dollar seulement quand ils avaient un dollar.

Hitler était bien conscient que cet homme capable n’était pas heureux de présider une banque centrale qui manquait de fonds. Mais ce n’était pas pour vider le trésor de l’Etat que Hitler l’avait convoqué, mais pour lui demander de découvrir de nouveaux moyens pour financer le redressement de l’Allemagne.

C’était une question d’imagination, mais le cerveau de Luther n’était pas un volcan d’idées nouvelles ; c’était une machine à calculer.

« Combien d’argent », lui demanda Hitler, « pouvez-vous mettre à ma disposition pour créer des emplois ? ». Luther hésita à répondre ; sa calculatrice commença à fonctionner. Après avoir fait les calculs dans son esprit, il répondit comme s’il parlait au directeur d’une grande firme financière : « Cent cinquante millions ».

Une réponse éloquente, qui montrait à quel point les prédécesseurs de Hitler et leurs collègues manquaient de la compréhension de l’ampleur des ressources qui seraient nécessaires pour sauver le Reich. Cent cinquante millions, à une époque où le gouvernement du Reich dépensait un milliard de marks tous les trois mois, rien que pour les allocations de chômage !

Avec un budget de 150 millions de marks, le trésor allemand aurait eu du mal à épargner trois ou quatre marks par jour pour les cinq ou six ou sept millions de chômeurs pendant une courte semaine.

Il était clair que cette question n’avait jamais été posée au Dr. Luther, et aucun dirigeant du Reich avant Hitler ne s’était même soucié de se demander comment trouver les fonds qui seraient indispensables pour mettre en œuvre un programme sérieux pour remettre l’Allemagne au travail.

Il était donc évident que le Dr. Luther n’était pas la personne pour mettre en œuvre le programme de Hitler. Le nouveau Chancelier pensa alors au Dr. Schacht, le vieux renard rusé. Il avait toujours une astuce en réserve, et maintenant Hitler avait besoin de sa magie.

« Herr Schacht », dit-il, « nous sommes assurément d’accord sur un point : aucune autre tâche attendant le gouvernement en ce moment ne peut être vraiment aussi urgente que de vaincre le chômage. Cela nécessitera beaucoup d’argent. Voyez-vous une possibilité d’en trouver en-dehors de la Reichsbank ? Et après un moment, il ajouta : « Combien de temps cela prendra-t-il ? Avez-vous une idée ? »

Souhaitant s’attacher Schacht en faisant appel à son ambition, Hitler sourit puis demanda : « Seriez-vous prêt à assumer une fois de plus la présidence de la Reichsbank ? ». Schacht dit qu’il était gêné vis-à-vis du Dr. Luther, et qu’il ne voulait pas heurter les sentiments du président en exercice. Entrant dans le jeu, Hitler assura à Schacht qu’il trouverait un nouvel emploi approprié pour Luther.

Alors Schacht dressa l’oreille, se redressa et fixa ses gros yeux ronds sur Hitler : « Eh bien, s’il en est ainsi », dit-il, « alors je suis prêt à assumer à nouveau la présidence de la Reichsbank ».

Son grand rêve était réalisé. Schacht avait été président de la Reichsbank entre 1923 et 1930, mais il avait été écarté. Maintenant il allait revenir en triomphe. Il se sentait vengé. En quelques semaines, l’ingénieuse solution aux urgents maux financiers de l’Allemagne allait sortir de son cerveau inventif.

« Il était nécessaire », expliqua Schacht plus tard, « de découvrir une méthode qui éviterait l’inflation immodérée des investissements de la Reichsbank et donc l’accroissement de la circulation excessive d’argent ».

« Par conséquent », continua-t-il, « je devais trouver un moyen d’obtenir les sommes qui dormaient dans les poches et les banques, sans que ce soit à long terme et sans leur faire courir le risque d’une dépréciation. C’était le raisonnement qui se trouvait derrière les bons Mefo ».

Qu’étaient donc ces bons « Mefo » ? Mefo était la contraction de Metallurgische Forschungs-GmbH (Société de recherche métallurgique). Avec une capitalisation de départ d’un milliard de marks – que Hitler et Schacht s’arrangèrent pour obtenir des quatre firmes géantes Krupp, Siemens, Deutsche Werke et Rheinmetall –, cette société finirait par attirer des milliards de marks d’investissements.

Les entreprises, anciennes et nouvelles, qui livraient les commandes du gouvernement avaient seulement à tirer des traites sur les Mefo pour les sommes dues. Ces traites, lorsqu’elles étaient présentées à la Reichsbank, étaient immédiatement convertibles en argent liquide. Le succès du programme Mefo dépendait entièrement de l’acceptation des bons Mefo par le public. Mais l’astucieux Schacht avait tout bien calculé. Comme les bons Mefo étaient des bons à court terme qui pouvaient être échangés à tout moment contre de l’argent liquide, il n’y avait pas de risque réel à les acheter, les accepter ou les détenir. Ils rapportaient un intérêt de 4% – un chiffre très acceptable à cette époque –, alors que les billets cachés sous les matelas ne rapportaient rien. Le public prit rapidement cela en considération et accepta les bons avec empressement.

Alors que la Reichsbank ne pouvait tirer de son propre trésor qu’une somme relativement insignifiante de 150 millions de marks pour la guerre de Hitler contre le chômage, en seulement quatre ans le public allemand souscrivit pour plus de douze milliards de marks de bons Mefo !

Ces milliards, fruits de l’imagination, de l’ingéniosité et de l’intelligence combinées de Hitler et Schacht, balayèrent le conservatisme temporisateur et craintif des banquiers. Pour les quatre années suivantes, cette énorme réserve de crédit rendrait les miracles possibles.

Peu après le crédit initial d’un milliard de marks, Schacht ajouta un autre crédit de 600 millions afin de financer le lancement du grand programme de Hitler pour la construction d’autoroutes. Ce programme Autobahn fournit immédiatement du travail à 100.000 chômeurs, et assura finalement les salaires de quelque 500.000 travailleurs.

Si grande qu’était cette dépense, elle fut immédiatement compensée par une réduction des allocations de chômage, et par les rentrées fiscales additionnelles générées en conséquence de l’élévation du niveau de vie des travailleurs ayant retrouvé un emploi.

En quelques mois, grâce au crédit créé par les bons Mefo, l’industrie privée osa à nouveau prendre des risques et se développer. Les Allemands retournèrent au travail par centaines de milliers.

Schacht était-il le seul responsable de cet extraordinaire retournement ? Après la guerre, il répondit en tant que prévenu devant le Tribunal de Nuremberg, où il fut accusé d’avoir rendu possible le renouveau économique du Reich :

« Je ne pense pas que Hitler était réduit à mendier mon aide. Si je ne l’avais pas servi, il aurait trouvé d’autres méthodes, d’autres moyens. Il n’était pas homme à abandonner. Il est assez facile pour vous de dire, Mr. le Procureur, que j’aurais dû regarder Hitler mourir sans lever le petit doigt. Mais toute la classe ouvrière serait morte avec lui ! »

Même les marxistes reconnurent le succès de Hitler, et leur propre échec. Dans le numéro de juin 1934 du Zeitschrift für Sozialismus, le journal des sociaux-démocrates allemands en exil, cet aveu apparaît :

« Face au désespoir des prolétaires réduits au chômage, des jeunes diplômés sans avenir, des classes moyennes des commerçants et artisans condamnés à la faillite, et des fermiers terriblement menacés par l’effondrement des prix agricoles, nous avons tous échoué. Nous avons été incapables d’offrir quelque chose aux masses à part des discours sur la gloire du socialisme. »

VI. La révolution sociale

La formidable réussite de Hitler concernant la remise au travail des six millions de chômeurs de l’Allemagne est rarement reconnue aujourd’hui. Bien qu’elle fut bien plus qu’une réussite transitoire, les historiens « démocratiques » s’en débarrassent généralement en quelques lignes. Depuis 1945, pas une seule étude érudite objective n’a été consacrée à ce phénomène historique hautement significatif, et en fait sans précédent.

Tout aussi négligé est l’ensemble de réformes profondes qui changea spectaculairement la condition des travailleurs en Allemagne. De cavernes obscures, les usines furent transformées en centres de travail spacieux et sains, avec un éclairage naturel, entourés de jardins et de terrains de jeux. Des centaines de milliers de maisons attractives furent construites pour les familles de la classe ouvrière. Une politique de plusieurs semaines de congés payés fut introduite, avec des semaines et des congés consacrés à des voyages sur terre et sur mer. Un programme de grande envergure d’éducation physique et culturelle pour les jeunes travailleurs fut établi, avec le meilleur système du monde pour la formation technique. La sécurité sociale et le système d’assurance de santé pour les travailleurs du Troisième Reich était le meilleur et le plus complet du monde.

Ce remarquable ensemble de réussites sociales est couramment dissimulé aujourd’hui, parce qu’il embarrasse ceux qui défendent la vision orthodoxe du Troisième Reich. Sinon, les lecteurs pourraient commencer à penser qu’Hitler était peut-être le plus grand bâtisseur social du XXe siècle.

Parce que le programme hitlérien de réformes sociales était une partie d’une importance cruciale – en fait, essentielle – de l’œuvre de sa vie, le fait de comprendre cela pourrait induire les gens à voir Hitler avec des yeux neufs. Il n’est donc pas surprenant que tout ceci soit passé sous silence. La plupart des historiens persistent à traiter Hitler et le Troisième Reich d’une manière simpliste, faisant partie d’une moralité manichéenne du bien contre le mal.

Cependant, la restauration du travail et du pain pour des millions de chômeurs qui avaient vécu dans la misère pendant des années ; la restructuration de la vie industrielle ; la conception et l’organisation pour la défense et l’amélioration effectives des millions de salariés de la nation ; la création d’une nouvelle bureaucratie et d’un nouveau système judiciaire garantissant les droits civiques de chaque membre de la communauté nationale, tout en plaçant simultanément chaque personne devant ses responsabilités en tant que citoyen allemand : cet ensemble organique de réformes faisait partie d’un seul plan complet, que Hitler avait conçu et établi des années plus tôt.

Sans ce plan, la nation serait tombée dans l’anarchie. Englobant tout, ce programme incluait un vaste rétablissement industriel ainsi qu’une attention minutieuse même pour la construction d’auberges confortables le long du nouveau réseau d’autoroutes.

Il fallut plusieurs années pour qu’une structure sociale stable émerge de la Révolution française. Les Soviets eurent besoin d’encore plus de temps : cinq ans après la Révolution bolchevik de 1917, des centaines de milliers de Russes mouraient encore de faim et de maladie. En Allemagne, par contre, la grande machinerie fut en mouvement en quelques mois, l’organisation et l’accomplissement se rejoignant rapidement.

La seule tâche de construction d’un système national d’autoroutes qui était sans égal dans le monde aurait pu occuper un gouvernement pendant des années. D’abord, le problème devait être étudié et évalué. Ensuite, avec toute la considération due aux besoins de la population et de l’économie, le système d’autoroutes devait être soigneusement planifié dans tous ses détails.

Comme d’habitude, Hitler avait été remarquablement clairvoyant. Les autoroutes en béton auraient 24 mètres de largeur. Elles seraient enjambées par des centaines de ponts et de passerelles. Pour être sûr que tout le réseau autoroutier serait en harmonie avec le paysage, une grande quantité de roche naturelle serait utilisée. Les voies artistiquement conçues se rejoindraient et divergeraient comme si elles étaient des œuvres d’art à grande échelle. Les stations-services et les motels nécessaires seraient judicieusement intégrés dans le schéma global, chaque équipement construit en harmonie avec le paysage local et le style architectural.

Le plan d’origine prévoyait 7.000 kilomètres de voies. Cette projection serait plus tard accrue jusqu’à 10.000, puis, après la réunion de l’Autriche avec l’Allemagne, jusqu’à 11.000 kilomètres.

L’audace financière égalait la vision technique. Ces voies express étaient sans péage, ce qui semblait téméraire pour les financiers conservateurs. Mais les économies de temps et de travail, et le spectaculaire accroissement du trafic, amenèrent des recettes fiscales accrues, notamment sur l’essence.

L’Allemagne se construisait ainsi non seulement un vaste réseau d’autoroutes, mais aussi une avenue vers la prospérité économique.

Cette immense extension des équipements de transport encouragea le développement de centaines de nouvelles entreprises commerciales le long des voies express. En éliminant la congestion des routes secondaires, les nouvelles autoroutes stimulèrent le voyage de centaines de milliers de touristes, et accrurent ainsi le commerce du tourisme.

Même les salaires payés aux hommes qui construisirent le réseau du Reichsautobahn amenèrent des bénéfices indirects considérables. D’abord, ils permirent une réduction drastique des allocations de chômage, 25% du total payé en salaires. Ensuite, les nombreux travailleurs employés à construire les voies express – 100.000, et plus tard 150.000 – dépensèrent une grande partie des 75% restants, ce qui généra un nouvel accroissement des recettes fiscales.

Imaginez les problèmes, même avant que la première route soit ouverte au trafic, posés par la mobilisation de tant de dizaines de milliers d’hommes mis au travail dans des régions souvent inhabitées, dans des zones marécageuses, ou à l’ombre des pics alpins ! Il est déjà dur pour 150.000 hommes de quitter leurs foyers et de camper dehors sur un terrain souvent rude. Mais en plus, il était nécessaire, dès le départ, d’assurer des conditions de vie tolérables aux colonnes d’hommes qui avaient accepté de travailler à la sueur de leur front à la belle étoile.

En France, il était absolument impensable à cette époque qu’un homme sans travail fasse même vingt kilomètres pour chercher un nouvel emploi. Il était pratiquement cloué à son village natal, à son jardin, et au café du coin. Les Allemands n’étaient fondamentalement pas différents, mais en 1933 ils en avaient plus qu’assez de leur oisiveté forcée. En coulant du béton, en utilisant une pioche, ou n’importe quoi d’autre, ces gens en difficulté ramèneraient la dignité dans leurs vies.

Pas un seul ne regimba devant les inconvénients, l’absence de maison, ou le long voyage. La volonté de vivre une vie productive et significative l’emportait sur toutes les autres considérations.

Pour maintenir le moral et l’esprit du travailleur, de crainte qu’il ne se sente isolé ou simplement exploité, aucun effort ne fut épargné pour fournir du confort matériel, des distractions et une instruction. Le monde n’avait jamais rien vu de semblable dans des grands projets de construction. En fin de compte, les travailleurs sentaient qu’ils étaient traités comme des êtres humains respectés qui avaient des corps à satisfaire, des cœurs à réconforter, et des cerveaux à éclairer.

Des campings, des bases de ravitaillement, et des équipements de loisirs furent systématiquement installés, tout cela se déplaçant méthodiquement à mesure que la construction avançait. Quatorze équipes mobiles qui fournissaient des films de loisirs voyageaient en même temps, passant d’un site de construction à l’autre. Et toujours et partout, le travail était honoré et célébré.

Hitler remua personnellement la première pelletée de terre pour la première voie d’autoroute, reliant Frankfurt-sur-le-Main à Darmstadt. Pour l’occasion, il amena avec lui le Dr. Schacht, l’homme dont la sorcellerie financière visionnaire avait rendu le projet possible. La procession officielle allait en tête, trois voitures de front devant, puis six derrière, tenant toute la largeur de l’autoroute.

La Seconde Guerre mondiale arrêterait brutalement le travail sur cette grande entreprise de construction. Mais ce qui fut imaginé et créé demeure comme un témoignage immortel à un homme et à une époque.

Le plan de Hitler pour construire des milliers de maisons à bas coût demandait aussi une vaste mobilisation de main d’œuvre. Il avait imaginé des logements qui seraient attractifs, confortables et abordables pour des millions de familles allemandes de la classe ouvrière. Il n’avait pas l’intention de continuer à tolérer, comme l’avaient fait ses prédécesseurs, des « cages à lapins » exigües et laides pour le peuple allemand. Les grands projets de logements, ressemblant à des casernes, à la périphérie des villes industrielles, surpeuplés de familles, le dégoûtaient.

La plus grande partie des maisons qu’il construirait avaient un seul étage, étaient des habitations séparées, avec de petites cours où les enfants pouvaient s’ébattre, où les épouses pouvaient faire pousser des légumes et des jardins fleuris, pendant que les pères de famille pouvaient lire leurs journaux en paix après leur journée de travail. Ces maisons familiales étaient construites en conformité avec les styles architecturaux des diverses régions allemandes, conservant autant que possible les charmantes variantes locales.

Partout où il n’y avait pas d’alternative pratique à la construction de grands complexes d’appartements, Hitler veillait à ce que les appartements individuels soient spacieux, aérés et entourés de pelouses et de jardins où les enfants pourraient jouer en toute sécurité.

Le nouveau logement était, bien sûr, construit en conformité avec les plus hauts standards de la santé publique, une considération notoirement négligée dans les projets antérieurs concernant la classe ouvrière.

Des prêts généreux, amortissables en dix ans, étaient accordés aux couples de jeunes mariés pour qu’ils puissent acheter leur propre maison. A la naissance de chaque enfant, un quart de la dette était annulé. Quatre enfants, au rythme normal d’une nouvelle arrivée tous les deux ans et demi, suffisaient pour annuler toute la dette.

Une fois, pendant une conversation avec Hitler, j’exprimai mon étonnement devant cette politique : « Mais alors, vous ne récupérez jamais la quantité totale de vos prêts ? », demandai-je. « Comment cela ? », répondit-il en souriant. « Sur une période de dix ans, une famille de quatre enfants rapporte bien plus que nos prêts, à travers les taxes perçues sur une centaine de divers articles de consommation ».

De fait, le revenu des taxes s’accrut chaque année, en proportion de la croissance des coûts des programmes sociaux de Hitler. En seulement quelques années, le revenu des taxes tripla. L’Allemagne de Hitler ne connut jamais de crise financière.

Pour stimuler l’économie moribonde, il fallait le cran, qu’Hitler avait, d’investir l’argent que le gouvernement n’avait pas encore, au lieu d’attendre passivement – en accord avec les principes financiers ‘sains’ – que l’économie revive par elle-même.

Aujourd’hui, toute notre époque est mourante économiquement, parce que nous avons succombé à l’hésitation craintive. L’enrichissement suit l’investissement, et non l’inverse.

Depuis Hitler, seul Ronald Reagan a semblé comprendre cela. En tant que président, il comprit que restaurer la prospérité aux Etats-Unis signifiait stimuler hardiment l’économie avec des crédits et une réduction drastique des impôts, au lieu d’attendre que le pays sorte tout seul de la stagnation économique.

Même avant la fin de l’année 1933, Hitler avait réussi à construire 202.119 unités de logement. En quatre ans, il fournirait au peuple allemand près d’un million et demi (1.458.128) de nouvelles habitations !

De plus, les travailleurs ne seraient plus exploités comme ils l’avaient été. Pour un travailleur, le loyer d’un mois ne pouvait pas dépasser 26 marks, soit environ un huitième du salaire moyen d’alors. Les employés avec des salaires plus substantiels payaient des loyers mensuels de 45 marks maximum.

Des mesures sociales tout aussi efficaces furent prises en faveur des fermiers, qui avaient les plus faibles revenus. Rien qu’en 1933, 17.611 nouvelles fermes furent bâties, chacune d’entre elles étant entourée d’une parcelle de terrain de mille mètres carrés. En trois ans, Hitler allait construire 91.000 de ces fermes. Le loyer pour de telles habitations ne pouvait pas légalement dépasser une part modeste du revenu du fermier. Cette offre sans précédent de terrains et de logements fut seulement l’un des traits d’une révolution qui améliora bientôt spectaculairement le niveau de vie de la population rurale du Reich.

La grande œuvre de construction nationale avançait en même temps. 100.000 travailleurs de plus trouvèrent rapidement un emploi en réparant les routes secondaires de la nation. Beaucoup d’autres furent employés pour travailler sur les canaux, les digues, les projets de drainage et d’irrigation, contribuant à fertiliser quelques-unes des régions les plus arides de la nation.

Partout l’industrie employait à nouveau, quelques firmes – comme Krupp, IG Farben et les grands fabricants d’automobiles – employant de nouveaux travailleurs sur une très grande échelle. A mesure que le pays devenait plus prospère, les ventes de voitures s’accrurent de plus de 80.000 unités, pour la seule année 1933. Le recrutement dans l’industrie automobile doubla. L’Allemagne se préparait à la pleine production, l’industrie privée ouvrant la voie.

Le nouveau gouvernement prodiguait toute l’aide possible au secteur privé, principal facteur d’emploi et de production. Hitler débloqua presque immédiatement 500 millions de marks de crédits pour le secteur privé.

Cette assistance au démarrage donnée à l’industrie allemande serait rendue au centuple. Bientôt, deux milliards de marks de plus seraient prêtés aux sociétés les plus entreprenantes. Près de la moitié irait dans de nouveaux salaires, épargnant au trésor environ de trois cent millions de marks d’allocations de chômage. Ceux-ci s’ajoutant aux centaines de millions de rentrées fiscales générées par la reprise des affaires, l’Etat recouvra rapidement son investissement, et même plus.

Toute la politique économique de Hitler serait basée sur l’équation suivante : risquer de grosses sommes pour entreprendre de grands travaux publics et favoriser le renouveau et la modernisation de l’industrie, puis recouvrer les milliards investis grâce à des rentrées fiscales invisibles et indolores. Il ne fallut pas longtemps pour que l’Allemagne voie les résultats de la formule de rétablissement de Hitler.

Le rétablissement économique, aussi important qu’il l’était, n’était cependant pas le seul objectif de Hitler. Tout en luttant pour restaurer le plein emploi, Hitler ne perdit jamais de vue son but de créer une organisation suffisamment puissante pour résister aux propriétaires et aux patrons capitalistes, qui avaient montré peu de préoccupation pour la santé et le bien-être de toute la communauté nationale.

Hitler imposerait à tous – au puissant patron tout comme au petit salarié – son propre concept de la communauté sociale organique. Seule la collaboration loyale de tout le monde pouvait assurer la prospérité de toutes les classes et de tous les groupes sociaux.

En accord avec leur doctrine, les dirigeants marxistes d’Allemagne avaient dressé classe contre classe, aidant à amener le pays au bord de l’effondrement économique. Désertant leurs syndicats et partis politiques marxistes en masse, la plupart des travailleurs avaient fini par comprendre que les grèves et les conflits incités par leurs dirigeants ne faisaient que du tort à la production, et donc aux travailleurs aussi.

A la fin de 1932, en tous cas, les syndicats discrédités étaient noyés dans une dette massive qui ne pourrait raisonnablement jamais être remboursée. Certains des dirigeants syndicaux les moins scrupuleux, sentant venir la catastrophe, avaient commencé à voler des centaines de milliers de marks aux travailleurs qu’ils représentaient. Les dirigeants marxistes avaient échoué : socialement, financièrement et moralement.

Toute activité humaine collective requiert un chef. Le directeur d’une usine ou d’une entreprise en est aussi le responsable. Il surveille tous les aspects de la production et du travail. Dans l’Allemagne de Hitler, le directeur d’une entreprise devait être à la fois un directeur compétent et une personne soucieuse de la justice sociale et du bien-être de ses employés. Sous Hitler, de nombreux propriétaires et patrons qui s’étaient révélés injustes, incompétents ou récalcitrants perdirent leur poste, ou leur entreprise.

Un nombre considérable de garanties légales protégeaient le travailleur contre tout abus d’autorité sur le lieu de travail. Leur but était d’assurer le respect des droits des travailleurs, et que ceux-ci soient traités comme des collaborateurs méritants, pas seulement comme des outils animés. Chaque industriel était légalement obligé de collaborer avec des délégués ouvriers pour établir les règlements d’atelier, qui n’étaient pas imposés d’en-haut mais adaptés à chaque entreprise et à ses conditions de travail particulières. Ces règlements devaient spécifier « la durée de la journée de travail, le moment et la méthode de paiement des salaires, et les règles de sécurité, et être affichés dans toute l’usine », facilement accessibles aux travailleurs dont les intérêts pourraient être menacés et au propriétaire ou au patron dont les ordres pourraient être mal appliqués.

Les milliers de versions différentes de telles règlementations servaient à créer une saine rivalité, chaque groupe de travail tentant de dépasser les autres en efficacité et en justice.

L’une des premières réformes au bénéfice des travailleurs allemands fut l’instauration de congés payés. En France, le gouvernement de gauche du Front Populaire prétendrait bruyamment, en 1936, avoir été à l’origine des congés payés légalement approuvés – et misérables en plus, seulement une semaine par an. Mais ce fut en réalité Hitler qui les instaura les premiers, en 1933 – et ils étaient deux ou trois fois plus généreux.

Sous Hitler, chaque employé d’usine avait un droit légal aux congés payés. Antérieurement, les congés payés n’avaient normalement pas dépassé quatre ou cinq jours, et près de la moitié des jeunes travailleurs n’avaient pas de vacances du tout. Hitler favorisa plutôt les travailleurs plus jeunes ; les plus jeunes travailleurs recevaient des vacances plus généreuses. C’était humain et sensé : quelqu’un de jeune acait davantage besoin de repos et d’air frais pour développer sa force et sa vigueur. Ainsi, ils jouissaient de 18 jours complets de congés payés par an.

Aujourd’hui, plus d’un demi-siècle plus tard, ces chiffres ont été dépassés, mais en 1933 ils dépassaient de loin la moyenne européenne.

Le congé standard était de douze jours. Ensuite, à partir de l’âge de 25 ans, il montait à 18 jours. Après dix ans dans l’entreprise, les travailleurs obtenaient des congés encore plus longs : 21 jours, c’est-à-dire trois fois ce que les socialistes français accorderaient aux travailleurs de leur pays en 1936.

Hitler introduisit la semaine de travail standard de quarante heures en Europe. Quant aux heures supplémentaires, elles étaient maintenant compensées, comme nulle part ailleurs sur le continent à l’époque, par une paye accrue. Et avec la journée de travail de huit heures, les heures supplémentaires devenaient maintenant plus facilement accessibles.

Une autre innovation fut que les pauses furent allongées : deux heures chaque jour, permettant aux travailleurs de se détendre et d’utiliser les terrains de jeux que les grandes industries étaient maintenant obligées de fournir.

Alors que les droits du travailleur à la sécurité de l’emploi avaient été quasi-inexistants, un employé ne pouvait maintenant plus être licencié au bon vouloir de l’employeur. Hitler veilla à ce que les droits des travailleurs soient énoncés et respectés. Dès lors, un employeur dut donner un préavis de quatre semaines avant de licencier un employé, qui avait alors deux mois pour contester le licenciement. Les licenciements pouvaient aussi être annulés par les « Tribunaux d’Honneur Social » (Ehrengerichte).

Ce tribunal fut l’une des trois grandes institutions qui furent établies pour protéger les travailleurs allemands. Les autres furent les « Commissions du Travail » et les « Conseils de Confiance ».

Le « Conseil de Confiance » (Vertrauensrat) était responsable de l’établissement et du développement d’un véritable esprit de communauté entre le patronat et les salariés. « Dans chaque entreprise », stipulait la Charte du Travail de 1934, « l’employeur et chef d’entreprise (Führer), les employés et les travailleurs, le personnel de l’entreprise, travailleront conjointement pour le but de l’entreprise et le bien commun de la nation ».

Personne ne serait plus exploité par l’autre – ni le travailleur par les caprices arbitraires de l’employeur, ni l’employeur par le chantage des grèves à des fins politiques.

L’article 35 de la Charte du Travail déclarait : « Chaque membre d’une communauté d’entreprise assumera la responsabilité requise par sa position dans ladite entreprise commune ». Bref, chaque entreprise serait dirigée par une direction dynamique, ayant le sens de la plus grande communauté – et non plus par un capitaliste égoïste avec un pouvoir inconditionnel et arbitraire.

« L’intérêt de la communauté peut nécessiter qu’un employeur incapable ou indigne soit relevé de ses fonctions », stipulait la Charte du Travail. L’employeur n’était plus inattaquable, un patron tout-puissant ayant le dernier mot pour employer ou licencier son personnel. Lui aussi serait soumis aux règlementations du lieu de travail, qu’il était maintenant obligé de respecter, non moins que le dernier de ses employés. La loi conférait l’honneur et la responsabilité de l’autorité à l’employeur seulement dans la mesure où il les méritait.

Chaque entreprise de vingt personnes ou plus comptait maintenant un « Conseil de Confiance » (Vertrauensrat), dont deux à dix membres étaient choisis parmi le personnel par le directeur. L’ordonnance de mise en œuvre de la loi, le 10 mai 1934, déclarait aussi :

Le personnel sera appelé à voter pour ou contre la liste proposée dans un vote secret, et tous les employés salariés, incluant les apprentis de vingt-et-un ans ou plus, participeront au vote. Le vote se fait en mettant un nombre devant les noms des candidats par ordre de préférence, ou en rayant certains noms.

A la différence des conseils d’entreprise (Betriebsräte) de l’Allemagne d’avant Hitler, le Conseil de Confiance n’était plus l’instrument d’une seule classe. Comprenant des membres de tous les niveaux de l’entreprise, il était maintenant l’instrument d’un travail d’équipe entre les classes. Obligés de coordonner leurs intérêts, les anciens adversaires sur le lieu de travail coopéraient maintenant dans l’établissement, par entente mutuelle, des réglementations qui déterminaient les conditions de travail.

Le Conseil avait le devoir de développer la confiance mutuelle dans l’entreprise. Il donnait son avis sur toutes les mesures servant à améliorer l’exécution du travail de l’entreprise, et sur les standards relatifs aux conditions de travail générales, en particulier ceux concernant les mesures visant à renforcer les sentiments de solidarité entre les membres eux-mêmes et entre les membres et l’entreprise, ou visant à améliorer la situation personnelle des membres de la communauté d’entreprise. Le Conseil avait aussi l’obligation d’intervenir pour résoudre les conflits. Il devait être entendu avant l’imposition d’amendes basées sur les règlementations des ateliers.

La loi requérait aussi qu’avant d’assumer leurs devoirs, les membres du Conseil du Travail devaient prêter serment devant tous leurs collègues de travail « d’accomplir leurs devoirs pour le bien de l’entreprise et de tous les citoyens, en mettant de coté tout intérêt personnel, et dans leur comportement et leur manière de vivre de servir de représentants modèles de l’entreprise ».

Chaque 30 avril, à la veille de la grande fête national du travail, les mandats des Conseils se terminaient et de nouvelles élections étaient tenues. Cela contribua à éliminer l’incompétence, à éviter la stagnation, et à empêcher l’arrogance ou le carriérisme chez les membres des Conseils.

L’entreprise payait un salaire à chaque membre du Conseil, exactement comme s’il était employé dans un bureau ou un atelier, et devait « assumer tous les coûts résultant de l’accomplissement régulier des devoirs du Conseil ».

La seconde institution établie pour assurer le développement ordonné du nouveau système social allemand était la Commission du travail (Reichstreuhänder der Arbeit), dont les membres étaient essentiellement des conciliateurs et de médiateurs. Ils étaient chargés de traiter et de surmonter les inévitables frictions survenant sur le lieu de travail. Leur fonction était de veiller à ce que les Conseils de Confiance fonctionnent harmonieusement et efficacement, et de s’assurer que les règlementations d’une entreprise soient exécutées à la lettre.

Chacune des treize Commissions du Travail opérait dans son propre secteur du Reich. En tant que médiatrices, elles étaient indépendantes des propriétaires et des employés. Nommées par l’Etat, elles représentaient plutôt les intérêts de chacun dans l’entreprise, et les intérêts de la communauté nationale. Pour minimiser les règles arbitraires ou infondées, les Commissions du Travail prenaient l’avis d’un Conseil Consultatif des Experts, composé de dix-huit membres choisis dans un échantillon de l’économie dans chaque secteur territorial. Comme garantie supplémentaire d’impartialité, une troisième agence fut imposée au-dessus des Conseils de Confiance et des treize Commissions : les Tribunaux d’Honneur Social.

Par ces institutions, le travailleur allemand, à partir de 1933, put compter sur un système de justice créé spécialement pour lui, habilité à « juger toutes les infractions graves aux devoirs sociaux basés sur la communauté d’entreprise ». Des exemples de telles « violations de l’honneur social » étaient les cas dans lesquels un employeur, abusant de son pouvoir, maltraitait son personnel, ou portait atteinte à l’honneur de ses subordonnés ; dans lesquels un membre du personnel menaçait l’harmonie du lieu de travail par une agitation malveillante ; ou dans lesquels un membre du Conseil faisait mauvais usage ou publiait des informations commerciales confidentielles découvertes au cours de son travail.

Treize Tribunaux d’Honneur Social, correspondant aux treize Commissions, furent établis. Le président du tribunal n’était pas un politicard ou un idéologue ; c’était un juriste de carrière, au-dessus de tout intérêt étroit. L’entreprise concernée jouait un rôle dans les actes du Tribunal : deux juges assistants, l’un représentant la direction, l’autre membre du Conseil de Confiance, assistaient le président.

Chaque Tribunal d’Honneur Social (Ehrengericht), comme tout autre tribunal, avait les moyens d’imposer ses décisions. Il y avait des nuances, cependant. Dans les cas bénins, les décisions pouvaient se limiter à une réprimande. Dans les cas plus graves, la partie coupable pouvait être condamnée à une amende allant jusqu’à 10.000 marks. Des sanctions spéciales, précisément adaptées aux circonstances, étaient prévues. Celles-ci incluaient un changement obligatoire d’emploi et le renvoi d’un directeur, ou de son agent, qui était reconnu défaillant dans son devoir. Dans le cas d’une décision contestée, l’amende pouvait être contestée devant un Tribunal Suprême à Berlin – encore un niveau de protection.

Dans le Troisième Reich, le travailleur savait que « l’exploitation de sa force physique par mauvaise foi ou en violation de son honneur » n’était plus tolérée. Il avait des obligations envers la communauté, mais il partageait ces obligations avec tous les autres membres de l’entreprise, depuis le directeur jusqu’au garçon de course. Finalement, le travailleur allemand avait des droits civils clairement définis, qui étaient arbitrés et appliqués par des agences indépendantes. Et si tout cela avait été accompli dans une atmosphère de justice et de modération, cela constituait cependant une véritable révolution sociale.

A la fin de 1933, les premiers effets de la révolution de Hitler se faisaient sentir sur les lieux de travail. L’Allemagne avait déjà parcouru une longue route depuis le temps où des salles de bain crasseuses et des cours sordides étaient les seuls équipements sanitaires et de loisirs accessibles aux travailleurs.

Les usines et les ateliers, grands et petits, furent modifiés ou transformés pour se conformer aux règles les plus strictes de propreté et d’hygiène : les intérieurs, si souvent obscurs et étouffants, furent ouverts à la lumière ; des terrains de jeux furent construits ; des aires de repos où les travailleurs pouvaient se détendre pendant la pause, furent établies à coté ; des cafétérias et des vestiaires confortables furent créés pour les employés. Les entreprises industrielles plus grandes, en plus de fournir les équipements sportifs conventionnels normalement requis, furent obligées de créer des piscines !

En seulement trois ans, ces réalisations atteindraient des hauteurs inimaginables : plus de deux mille usines remises en état et embellies ; 23.000 locaux de travail modernisés ; 800 bâtiments conçus exclusivement pour les rencontres ; 1.200 terrains de jeux ; 13.000 installations sanitaires ; 17.000 cafétérias.

Pour assurer le sain développement de la classe ouvrière, des cours d’éducation physique furent institués pour les jeunes travailleurs. Environ 8.000 de ces cours furent finalement organisés. L’accent fut également mis sur la formation technique. Des centaines d’écoles professionnelles, et des milliers de cours techniques furent créés. Il y avait des examens pour la compétence professionnelle, et des compétitions dans lesquelles des prix généreux étaient décernés à ceux qui étaient des maîtres dans leur métier.

Huit cent inspecteurs départementaux et 17.300 inspecteurs locaux furent recrutés pour surveiller et promouvoir consciencieusement ces améliorations.

Pour fournir des vacances abordables aux travailleurs allemands à une échelle jusqu’ici inégalée, Hitler établit le programme « La Force par la Joie ». En résultat, des centaines de milliers de travailleurs pouvaient maintenant faire des voyages de vacances sur terre et sur mer chaque été. De magnifiques navires de croisière furent construits, et des trains spéciaux emmenèrent les vacanciers vers les montagnes et les bords de mer. En seulement quelques années, les touristes de la classe ouvrière allemande parcourraient une distance équivalente à 54 fois le tour de la terre ! Et grâce aux généreuses subventions de l’Etat, le coût de ces excursions de vacances populaires était presque insignifiant pour les travailleurs.

Les réformes de Hitler étaient-elles parfaites ? Sans doute y avait-il des défauts, des bévues et des désavantages. Mais que représentaient quelques erreurs inévitables à coté des réussites immenses ?

La transformation par Hitler du sort de la classe ouvrière était-elle autoritaire ? Sans doute. Et pourtant, pour un peuple qui était malade et fatigué de l’anarchie, ce nouvel autoritarisme n’était pas ressenti comme quelque chose d’imposé. En fait, les gens ont toujours accepté la direction d’un homme fort.

En tous cas, il n’y a pas de doute que l’attitude de la classe ouvrière allemande, qui était encore aux deux tiers non-nazie au début de 1933, changea bientôt complètement. Comme l’auteur belge Marcel Laloire le remarqua à l’époque :

« Quand vous traversez les villes d’Allemagne et que vous entrez dans les quartiers ouvriers, que vous traversez les usines, les cours de construction, vous êtes étonné de trouver tant d’ouvriers au travail arborant l’insigne hitlérien, de voir tant de drapeaux avec la croix gammée, noire sur un fond rouge vif, dans les secteurs les plus densément peuplés. »

Le « Front du Travail Allemand » (Deutsche Arbeitsfront) de Hitler, qui incorpora tous les travailleurs et tous les employés, fut dans l’ensemble accepté avec enthousiasme. Le long des voies, on pouvait aussi voir briller les pelles en acier des jeunes hommes vigoureux du Service du Travail National (Reichsarbeitsdienst).

Hitler créa le Service du Travail National non seulement pour diminuer le chômage, mais aussi pour réunir, dans une égalité absolue, et sous le même uniforme, les fils de millionnaires et les fils des familles les plus pauvres pendant plusieurs mois de travail et de vie en commun.

Tous accomplissaient le même travail, tous étaient sujets à la même discipline ; ils jouissaient des mêmes plaisirs et bénéficiaient du même développement physique et moral. Sur les mêmes sites de construction et dans les mêmes baraques, les Allemands devenaient conscients de ce qu’ils avaient en commun, apprenaient à se connaître, et rejetaient leurs vieux préjugés de classe et de caste.

Après une période dans le Service du Travail National, un jeune travailleur savait que le fils de riche n’était pas un monstre dorloté, et le jeune homme de famille riche savait que le fils d’ouvrier n’avait pas moins d’honneur qu’un noble ou un riche héritier ; ils avaient vécu et travaillé ensemble comme des camarades. La haine sociale disparaissait, et un peuple socialement unifié était en train de naître.

Hitler se rendit dans les usines – une chose que peu d’hommes de la soi-disant droite auraient risquée dans le passé – et fit des discours devant des foules d’ouvriers, parfois des milliers, comme dans les immenses ateliers de Siemens. « Contrairement aux von Papen et aux gentlemen d’autres pays », pouvait-il leur dire, « dans ma jeunesse j’étais un travailleur comme vous. Et au fond de mon cœur, je suis resté ce que j’étais alors ».

Durant ses douze années au pouvoir, aucun incident fâcheux ne survint jamais dans une usine qu’il visitait. Hitler était chez lui lorsqu’il allait au milieu du peuple, et il était reçu comme un membre de la famille revenant à la maison après avoir réussi.

Mais le Chancelier du Troisième Reich voulait davantage que l’approbation populaire. Il voulait que l’approbation soit exprimée librement, largement et régulièrement par le vote populaire. Aucun peuple ne se vit plus souvent demander son opinion électorale que le peuple allemand à cette époque – cinq fois en cinq ans.

Pour Hitler, il ne suffisait pas que le peuple vote de temps en temps, comme sous le système démocratique précédent. A cette époque, on faisait rarement appel aux électeurs, et lorsqu’ils exprimaient une opinion ils étaient souvent mal informés et apathiques. Après une élection, des années pouvaient s’écouler, durant lesquelles les politiciens étaient inattentifs et inaccessibles, l’électorat ne pouvant pas s’exprimer sur leurs actions.

Pour permettre au public allemand d’exprimer son opinion à l’occasion d’événements importants, de signification sociale, nationale ou internationale, Hitler fournit au peuple un nouveau moyen d’approuver ou de rejeter ses propres actions en tant que Chancelier : le plébiscite.

Hitler reconnaissait le droit de tous, hommes et femmes, à voter par bulletin secret : d’exprimer leur opinion sur sa politique, ou de rendre un jugement bien fondé sur telle ou telle grande décision dans les affaires intérieures ou étrangères. Au lieu d’une routine formaliste, la démocratie devint un programme vital et actif qui était renouvelé chaque année.

Les articles de la Loi sur le Plébiscite étaient brefs et clairs :

  1. Le gouvernement du Reich peut demander au peuple s’il approuve ou non une mesure prévue ou prise par le gouvernement. Ceci peut aussi s’appliquer à une loi.

  2. Une mesure soumise à un plébiscite sera considérée comme établie lorsqu’elle recevra une majorité simple des suffrages. Ceci s’appliquera aussi à une loi modifiant la Constitution.

  3. Si le peuple approuve la mesure en question, celle-ci sera appliquée en conformité avec l’article III de la Loi de Suppression de la Détresse du Peuple et du Reich.

Le Ministère de l’Intérieur du Reich est autorisé à prendre toutes les mesures légales et administratives nécessaires pour appliquer cette loi.

Berlin, 14 juillet 1933.

Hitler, Frick

La promesse électorale faite par Hitler ce jour-là n’était pas de la vaine rhétorique. Les référendums nationaux se succédèrent : en 1933, en 1934, en 1936, et en 1938, sans parler du plébiscite sur la Sarre en 1935, qui se déroula sous supervision internationale.

Le vote était secret, et le votant n’était pas contraint. Personne n’aurait pu empêcher un Allemand de voter « non » s’il le souhaitait. Et, de fait, un certain nombre votèrent « non » dans chaque plébiscite. Des millions d’autres auraient aussi facilement pu faire la même chose. Cependant, le pourcentage de votes « non » resta remarquablement faible – généralement sous les 10%. Dans la Sarre, où le plébiscite de janvier 1935 fut supervisé du début à la fin par les Alliés, le résultat fut le même que dans le reste du Reich : plus de 90% votèrent « oui » à l’union avec l’Allemagne de Hitler ! Ce dernier ne craignait pas de tels plébiscites à bulletin secret, parce que le peuple allemand le soutenait invariablement.

Depuis les premiers mois de 1933, ses réussites étaient un fait public, que tous pouvaient voir. Avant la fin de l’année, le chômage en Allemagne était tombé de plus de 6.000.000 à 3.374.000. Ainsi, 2.627.000 emplois avaient été créés depuis février, quand Hitler commença sa « tâche gigantesque » ! Une simple question : qui en Europe réussit à obtenir des résultats similaires en si peu de temps ?

Plus de deux millions et demi de foyers ouvriers connaissaient à nouveau le pain et la joie, plus de dix millions d’hommes, de femmes et d’enfants de la classe ouvrière, après des années de dénuement, avaient retrouvé leur vigueur, et avaient été rendus à la communauté nationale.

La popularité de Hitler prit des aspects étonnants, en fait, comiques. « Une marque de hareng en conserves », rapporte Joachim Fest, « fut appelée ‘Bon Adolf’. Des billets de banque furent faits sous la forme de casquettes de SA. Du bicarbonate de soude fut recommandé avec le slogan publicitaire : ‘Mon combat (Mein Kampf) contre les flatulences’ ! Des images de Hitler apparurent sur des cravates, des mouchoirs, des miroirs de poche, et la croix gammée décora des cendriers et des chopes de bière, ou servirent de publicité pour une marque de margarine ». Ennuyé par cet usage flagorneur (et exploiteur) de son nom, et de l’emblème de son parti, Hitler ordonna qu’on y mette fin immédiatement.

La transformation économique et sociale du Reich impressionna les observateurs non moins que la transformation politique menée par le chef du national-socialisme. Gottfried Benn, le plus grand poète d’Allemagne à cette époque – et un homme de gauche – écrivit à un ami expatrié, Klaus Mann :

« Je me déclare personnellement en faveur du nouvel Etat, parce que c’est mon peuple qui fait son chemin maintenant. Qui suis-je pour m’exclure ? Est-ce que je connais quelque chose de meilleur ? Non ! Dans les limites de mes pouvoirs, je peux tenter de guider le peuple dans la direction où j’aimerais qu’il aille – Mon existence intellectuelle et économique, ma langue, ma vie, mes relations humaines, toute la somme de mon cerveau, je le dois principalement à cette nation. Mes ancêtres en sont venus ; mes enfants y reviennent – Il y a des moments où toute cette vie tourmentée disparaît et où rien n’existe plus que les plaines, les étendues, les saisons, le sol, les mots simples : mon peuple. » (Voir : J. Fest, Hitler, New York: 1974, p. 428.)

Dans sa biographie détaillée et critique de Hitler, Joachim Fest limita son traitement des extraordinaires réalisations sociales de Hitler en 1933 à quelques paragraphes. Malgré tout, Fest ne put s’empêcher de reconnaître :

« Le régime souligna qu’il n’était pas le règne d’une classe sociale sur toutes les autres, et en accordant à chacun des chances de réussir, il démontra en fait sa neutralité de classe – Ces mesures renversèrent en fait les vieilles structures sociales périmées. Elles améliorèrent d’une manière tangible la condition matérielle d’une grande partie de la population. » (J. Fest, Hitler, pp. 434-435.)

Ce n’est pas sans raison que les drapeaux à croix gammée flottaient fièrement dans tous les quartiers ouvriers, là où, seulement un an auparavant, ils avaient été déchirés sans cérémonie.

Publié dans le Journal of Historical Review, automne 1992 (Vol. 12, No. 3), pp. 299-370.

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