Savitri Devi – Le chant du Volcan

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LE CHANT DU VOLCAN

Savitri Devi

J’ai vu l’éruption du mont Hekla [en Islande]. Elle commença le 29 mars 1947, et elle dura pratiquement toute l’année. Je suis allée la voir le 4 avril, et j’ai passé la nuit du 5 avril sur les pentes du volcan en éruption. Je voulais passer la première nuit ici, mais les gens qui étaient avec moi prirent ma cape, et je dus redescendre aussi. Je ne pouvais pas rester toute la nuit – une nuit enneigée aussi – sans cape, sans manteau.

La seconde nuit je suis montée de moi-même, à 11h du soir, après le travail. Je suis montée jusqu’à un kilomètre du grand cratère. Il y avait cinq petits cratères et deux grands. Et j’ai admiré. Imaginez un paysage enneigé, un paysage d’argent. La pleine lune au-dessus dans un ciel violet, et devant la pleine lune un panache de cendres volcaniques, de fumées volcaniques, noires, aussi noires que possible. Et suspendues dans le ciel, de magnifiques aurores boréales – vertes et pourpres, jaune-verdâtre, se déplaçant comme ça, et la bordure pourpre. C’était magnifique.

J’étais devant la coulée de lave. La lave du mont Hekla est une lave acide. Elle contient 60-65% de silice. Elle est épaisse. Elle ne coule pas comme de l’eau, comme la lave du Vésuve ou comme la lave du Stromboli. Elle prend son temps pour avancer, quelques mètres par jour. Et au-dessus d’elle il y a une croûte épaisse de cinq centimètres, ou peut-être plus. Et lorsqu’elle se brise sous la pression des rochers à l’intérieur, ça fait un bruit étrange, comme de la vaisselle cassée. Je suis restée là, à monter et à descendre le long de la coulée, pendant toute la nuit.

Et je voulais contourner la coulée et m’approcher du cratère. Mais quelques scientifiques qui étaient là m’ont dit : « Ne faites pas ça, parce que les deux coulées de lave pourraient se rejoindre, et vous serez dans une île entourée de lave, et vous ne pourrez plus sortir ». Donc je n’ai pas pu m’approcher de trop près.

Soudain des flammes jaillirent – à deux, trois endroits, de nouveaux petits cratères. Je me suis enfuie, bien sûr. Mais tout le temps, ce qui m’impressionna fut le grondement du volcan, comme le son originel dans la tradition hindoue. Le son originel de la création est « Aum ». Le volcan disait toutes les deux ou trois secondes : « AUM ! AUM ! AUM ! ». Et la terre tremblait sous mes pieds tout le temps.

(Savitri Devi, And Times Rolls On, cassettes enregistrées, 1978)

[Ce livre a été récemment réédité en français par les éditions Ars Magna (en version intégrale et augmentée) sous le titre : Et le temps s’écoule.]

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