À bas les Pharisiens !

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A BAS LES PHARISIENS !

(extrait du livre d’Albert Maillet, Les deux témoins de l’Apocalypse, 1961)

Le livre dont sont extraites les pages suivantes est une curiosité. Il fut publié en 1961, à seulement vingt exemplaires. Son auteur, originaire de la région lyonnaise semble-t-il, était un exalté qui avait fini par se convaincre qu’il était l’envoyé du Christ – rien de moins ! Fortement impressionné par la lecture de l’Apocalypse de Jean, il identifie les deux témoins de l’Apocalypse à Hitler et Mussolini (à noter que le verset XI, 7 est également cité en exergue par Saint-Loup dans son livre Götterdämmerung, écrit en 1947). Pour lui, la Grande Prostituée est l’Eglise catholique (ce qui est peut-être excessif), et la Bête est le « pharisaïsme mondial » (ce qui n’est pas si mal vu). Dans ce livre d’une audace étonnante, l’auteur enchaîne les paradoxes stupéfiants, les dénonciations furieuses des « pharisiens » modernes (l’establishment politique et religieux), les réflexions politico-philosophiques profondes, et sombre finalement dans un délire de « missionné » mégalomaniaque (en particulier dans le dernier chapitre). Le livre fut rédigé entre le début de 1960 et le début de 1961, et il semble qu’en l’espace d’un an la santé mentale de l’auteur s’était sérieusement dégradée. Au vu de sa tendance à l’agitation et de ses prétentions à la dictature mondiale (affirmées sans complexe dans le dernier chapitre), il est assez probable que l’affaire se termina par un internement.

Malgré ce délire religieux, certains passages (notamment dans les réflexions politiques) sont d’une lucidité vraiment étonnante. Il est évident que l’auteur est un hypersensible ; il ne supporte pas la moindre injustice ou le moindre mensonge, et aperçoit donc des vérités que quelqu’un de « normal » ne verrait pas (c’est pourquoi la lecture de la prose de ce genre d’exaltés est souvent intéressante). Sa vision du nazisme rappelle fortement celle d’Alphonse de Châteaubriant ; d’autres passages, empreints de générosité, évoquent certains jugements de Simone Weil sur Hitler (dans L’Enracinement), ou même certaines idées de Gandhi (« Ne résistez pas au mal »). Le témoignage personnel de l’auteur sur l’ambiance de l’époque, ainsi que le reportage sur la présence italienne en Ethiopie, sont d’un intérêt indéniables. Il va de soi que tout ceci est politiquement fort incorrect. Mais ce qui importe, c’est la capacité de l’auteur à dépasser les apparences et à démasquer les mensonges et les hypocrisies de l’historiographie officielle, et à rappeler certaines vérités gênantes – même s’il le fait sous une forme souvent paradoxale, et parfois choquante. L’auteur ésotériste J.M. Angebert jugea le livre suffisamment intéressant pour en citer plusieurs passages importants dans son livre Hitler et la tradition cathare (pp. 234-235 et 303-309). Angebert dit que l’auteur « tient de l’illuminé et du visionnaire », qu’il a « mélangé l’or pur au vil plomb », et ajoute : « Avouons que le rapprochement des événements réels et des prophéties de l’Apocalypse est troublant pour l’esprit ».

Comme dans le cas de Savitri Devi Mukherji, autre illuminée d’origine lyonnaise, le traumatisme de la guerre mondiale et de ses carnages est clairement l’une des causes du déséquilibre mental de l’auteur (Savitri Devi, pour sa part, identifiait Hitler à un avatar de Vishnou). On peut aussi percevoir la terreur de l’ère atomique et l’attente de la Troisième Guerre mondiale, des peurs prégnantes dans l’après-guerre.

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Le présent livre est… semblable à un formidable coup de bélier asséné contre les murailles de la citadelle pharisaïque – destiné à en faire tomber « la dixième partie », en attendant qu’elle s’écroule complètement.

(…)

Les noms d’Hitler et de Mussolini sont connus de tout le monde. La société humaine internationale a jugé ces deux hommes et les a condamnés. Elle n’est parvenue à les vaincre qu’à la suite d’une guerre qui a coûté la vie à quelque cinquante millions d’hommes. Et elle fait aujourd’hui retomber le sang de toutes ces victimes sur leur tête. Pour les représentants de l’Eglise, les noms d’Hitler et de Mussolini sont couramment synonymes d’Antéchrist, dans le sens d’antichrist. Dans la croyance communiste, ils symbolisent de même le comble de l’infamie, et les termes de fasciste et de nazi sont les injures les plus flétrissantes que l’on puisse adresser à un homme. Pour les uns comme les autres, Hitler, en particulier, est le plus grand criminel de l’histoire, le principal responsable de la guerre la plus meurtrière de tous les temps.

Ainsi en ont jugé les hommes. En vérité il s’en faut de beaucoup que tous pensent ainsi. Mais tel est le verdict officiel, la croyance imposée plus ou moins rigoureusement par les autorités qui gouvernent la terre – une croyance contre laquelle il est dangereux de s’insurger.

C’est la première fois, peut-être, qu’un jugement est ainsi porté par l’ensemble des nations. Les forces coalisées du pharisaïsme mondial l’ont imposé à l’humanité, et le simple individu qui pense différemment se sent impuissant devant ce nouvel article de foi. Face au jugement du monde, le passage apocalyptique fait éclater, comme un coup de tonnerre, le jugement de Dieu. Il anéantit les forces du monde, et délivre l’individu qui étouffait dans l’atmosphère viciée du mensonge universel.

Tremblez donc, pharisiens ! Car l’heure est venue où vous êtes jugés à votre tour, l’heure où prend fin votre puissance !

Dieu vous annonce, par l’Apocalypse, qu’il fait monter au ciel ceux que vous aviez placés au plus profond de votre enfer. Il condamne ainsi vos guerres punitives, livrées hypocritement au nom de la justice, il condamne votre prétendue justice qui ne procède que de cœurs méchants, ennemis de l’amour et de la vérité. Pour que Dieu aime Hitler et Mussolini, il lui suffirait d’ailleurs qu’ils aient été condamnés et mis à mort par votre justice pharisaïque, qui jadis crucifia Jésus. Le jugement de Dieu fait retomber sur votre tête tout le sang que vous avez versé pour les vaincre, et tout le sang qu’ils versèrent eux-mêmes dans leur lutte contre votre oppression. Car vous les aviez jugés avec l’esprit du diable, qui est un esprit de haine et de mensonge.

Telle est la signification divine, terrible pour les pharisiens dont l’esprit domine aujourd’hui la terre, de l’épisode apocalyptique des « deux témoins ». Mon livre, qui explique ce passage, vise à détruire la morale pharisaïque des hommes, et à délivrer de son oppression tous les malheureux qu’elle pousse dans le péché afin de pouvoir les exterminer. D’une façon plus générale, il vise à faire connaître le vrai Christ et son esprit d’amour, qui s’oppose à la justice du monde. Car le monde ne peut être sauvé tant qu’il n’aura pas compris quelle est la véritable doctrine du Christ, et tant que cette doctrine n’aura pas remplacé les idées fausses qui ont jusqu’ici prévalu sous le nom de Jésus.

(…)

Je pense que j’aimai les Allemands avant de les connaître, parce qu’ils étaient détestés autour de moi, et que cette haine me semblait injuste. Ce sentiment s’accentua lorsque se précisa pour moi la physionomie particulière du peuple allemand. (…) les Allemands avaient sûrement moins de haine pour nous que nous n’en avions pour eux. Cette impression se confirma par la suite.

C’est à peu près vers la même époque que l’on commença à parler d’Hitler. Pourquoi aimai-je Hitler dès que je vis sa photographie dans les journaux, alors que la physionomie des hommes politiques de mon pays ne m’inspirait que de la répulsion ? Son visage exprimait la noblesse, la franchise, la force. Blake, dans un poème bien connu, parle de la « symétrie effrayante » du tigre. C’est un peu cela que j’aimais en Hitler, et je retrouvais la même expression chez ses collaborateurs Goering et Goebbels – chez Mussolini aussi, à qui je commençai à m’intéresser vers la même époque. « Ils ont des têtes de gangsters », disaient certains. C’était un peu vrai, mais je préfère, pour ma part, le masque farouche et vigoureux du bagnard au visage faux du pharisien. Dostoïevski, qui côtoya pendant quatre ans les détenus de Sibérie, pensait de même. Jésus aussi.

(…)

J’ai trouvé plus de haine dans mon pays qu’en Allemagne. Je vis s’exacerber l’antigermanisme et l’antifascisme des Français à mesure que la puissance d’Hitler augmentait. Cette haine fut la vraie cause de la guerre. Combien de fois j’ai bravé l’hostilité de ceux qui m’entouraient, essayant de diminuer leur haine, et de leur faire comprendre ce que je comprenais ! Comme prix de mes efforts, je m’attirais leur mépris et leurs moqueries. J’étais considéré comme un mauvais Français parce que j’aimais les Allemands !

(…)

Le comportement des Allemands, qui indignait mes compatriotes, me semblait assez naturel. Ils occupaient notre pays, mais ne leur avions-nous pas déclaré la guerre ? Et ceux qui, une fois vaincus, reprenaient les armes contre eux, de leur libre consentement, devaient-ils s’étonner d’être traités cruellement en retour ? En les considérant comme des monstres ou des barbares, ne les poussait-on pas à se montrer tels ?

(…)

Il était inévitable qu’Hitler et Mussolini fussent vaincus à la fin, car ils avaient contre eux tout le monde pharisaïque – la coalition du pharisaïsme ecclésiastique et du pharisaïsme communiste. Lorsqu’ils furent enfin exterminés, le monde se réjouit, comme s’il venait de se débarrasser des seuls auteurs de ses maux. Je ne connaissais pas encore l’Apocalypse à ce moment-là, mais je prédis que la postérité réviserait le jugement contemporain, et réhabiliterait les deux dictateurs.

(…)

Lorsque Jésus prenait la défense d’un pécheur contre ses accusateurs pharisaïques, il ne tentait nullement de démontrer son innocence. Il se tournait vers les pharisiens et leur disait : « Que celui qui n’a point péché lui jette la première pierre ! ». Il montrait aux pharisiens qu’ils étaient de plus grands pécheurs que ceux qu’ils condamnaient : « Pourquoi vois-tu la paille qui est dans l’œil de ton frère, et n’aperçois-tu pas la poutre qui est dans ton œil ? Ou comment peux-tu dire à ton frère : Laisse-moi ôter une paille de ton œil, toi qui a une poutre dans le tien ? Hypocrite, ôte premièrement la poutre de ton œil, et alors tu verras comment ôter la paille de l’œil de ton frère ». C’est dans de telles paroles qu’il faut rechercher la véritable signification de la doctrine du pardon des péchés, sur laquelle repose le salut chrétien – et non dans la théologie de saint Paul, qui est une diabolique falsification de cette doctrine. Jésus disculpe le pécheur en inculpant le pharisien qui le condamne. Pour lui il ne demeure qu’un seul péché : celui qui consiste à condamner un homme, à l’appeler mauvais, et à le rejeter de la société. Cette doctrine est une doctrine d’amour. Jésus savait qu’il n’y a pas de plus grande souffrance que celle du pécheur, lapidé par la multitude. Il ne condamne le pharisien que parce qu’il est l’inspirateur diabolique de la multitude déchaînée. Le pharisien n’est jamais un être isolé et rejeté. Il est par définition le représentant de la moralité régnante, un homme dont le seul désir est d’être bien vu de ceux qui l’entourent. Lorsque Jésus juge ceux qui jugent, lorsqu’il condamne ceux qui condamnent, et accuse ceux qui accusent, il ne faut donc pas conclure, un peu trop hâtivement, qu’il se rend ainsi coupable du genre de péché qu’il dénonce, car il est seul devant le grand nombre, tandis que les pharisiens ont toujours pour eux le grand nombre. A partir du moment où la balance du nombre penche du coté de Jésus, le pharisaïsme cesse d’exister, et la terre devient le Royaume de Dieu.

Pour défendre Hitler et Mussolini contre leurs accusateurs, j’emploie la méthode du Christ : celle qui consiste à accuser les accusateurs. On reproche aux deux dictateurs d’avoir opprimé les peuples, et d’avoir tué, ou fait tuer, beaucoup d’hommes. Je réponds : Oppresseurs vous-mêmes ! Criminels vous-mêmes ! Car n’avez-vous pas employé la puissance des armes pour faire triompher vos idées ? N’avez-vous pas tué des millions d’hommes avec vos armes ? Pharisiens aveugles qui vous réclamez du Christ ! Quand Jésus a-t-il dit qu’il fallait punir le méchant, et mettre à mort le criminel ? N’a-t-il pas dit au contraire : Ne résistez pas au méchant. Pardonnez soixante-dix sept fois sept fois – indéfiniment ? Dans l’esprit du Christ, le justicier est plus coupable que le criminel, car ce dernier savait qu’il faisait le mal, tandis que le justicier prétend faire le bien en tuant autrui. Celui qui enfreint le plus gravement la loi d’amour, c’est celui qui, avant de tuer, a porté un jugement contre sa victime, décrétant que cet homme était mauvais, et qu’il devait mourir : il a été incapable de reconnaître en son prochain son frère, un homme tel que lui, fait à l’image de Dieu. Le diable est entré dans son cœur, obnubilant son intelligence, lui faisant croire qu’il était bon, et que son ennemi était mauvais. Regardez-le, ce justicier au regard sévère, plein de haine et de cruauté, brandissant l’arme du châtiment ! Dans son regard impitoyable, dans son cœur fermé à l’amour, je n’ai pas de peine à reconnaître l’esprit du diable !

Cette idée que l’homme est sur terre pour pardonner, et non pour châtier – que Dieu pardonne au criminel, plutôt qu’au justicier – est l’idée essentielle de l’Evangile. Mais il y a encore fort peu d’hommes qui ont été capables de la comprendre et de l’exprimer. (…) Il y a un petit poème tout simple de William Blake, intitulé La nuit, où le comportement chrétien est illustré par des anges, pleins d’amour pour tous les animaux de la nature, non seulement pour les doux agneaux, mais aussi pour le loup et le lion. Quand le lion assoiffé se jette sur sa proie, les anges pleurent et le supplient, mais ne font aucun geste hostile pour l’arrêter. Mais la douceur passive des anges apparaît comme un principe souverain mettant un terme à la violence. Car on voit ensuite dans le ciel, le lion transformé, « versant des larmes d’or », plein d’amour maintenant envers les moutons, qu’il prend sous sa protection.

Hitler et Mussolini sont semblables au lion de ce poème. Les Juifs, ou les Polonais, peuvent être assimilés aux agneaux. Mais ce sont les autres nations qui n’ont pas su se comporter comme les anges de Blake, en 1939. Parce qu’Hitler faisait un peu de tort à la Pologne en essayant de regrouper les terres allemandes, on lui a déclaré la guerre qui fit quelque cinquante millions de victimes. Si l’on avait eu envers lui l’attitude du Christ, une attitude intelligente, aussi bienveillante que possible, il n’y aurait pas eu de guerre. Hitler aurait été un bienfaiteur, non seulement pour l’Allemagne, mais pour l’humanité entière, et il serait devenu le protecteur des Polonais et de ces mêmes Juifs qu’il persécuta.

Ce n’est pas seulement l’amour, c’est l’intelligence, la profondeur psychologique qui manquent au pharisien, et qui manquèrent aux nations européennes qui se sont dressées contre Hitler. La plus coupable fut la France, ce peuple prétentieux, le plus superficiel du monde. On a fait la guerre à Hitler parce qu’on a eu peur de lui. Mais les hommes profonds, tels que Blake, Dostoïevski, ou Jésus, ne craignent pas le pécheur, et le pécheur les aime en retour, et il ne leur fait aucun mal. Ils savent que le pécheur fait comme eux partie des forts – qu’il est devenu pécheur précisément parce qu’il avait l’esprit noble, et qu’il a souffert dans un monde asservi au mensonge. C’est parce que la société est gouvernée par des pharisiens qu’il y a des criminels. Celui qui naît avec une âme vigoureuse et intelligente devient de bonne heure un insociable et un révolté. L’excès de la souffrance, provoqué par le sentiment confus du mensonge et de l’injustice, et par l’hostilité à laquelle se heurtent tous ses efforts vers la vérité, le conduit presque inévitablement au crime. Jésus ôte le péché du monde en détruisant le pharisaïsme, seule cause du péché. Et il détruit le pharisaïsme en épousant la cause du pécheur, en montrant que cet homme est en réalité meilleur que la société qui le condamne.

Dans l’épisode apocalyptique des deux témoins, et dans le présent livre qui l’explique, Hitler et Mussolini, les deux témoins, dressent devant la conscience universelle l’image de l’homme fort poussé au crime par une société pharisaïque, et éliminé ensuite de cette société en tant que criminel. L’ampleur des crimes qui leur sont reprochés ne saurait en aucune façon leur aliéner l’amour du Christ, puisque pour lui, c’est la société mauvaise qui est la vraie responsable de ces crimes. C’est par le sang qu’ils ont versé qu’Hitler et Mussolini ont rendu témoignage à la vérité ainsi que par leur propre sang, et c’est pour cela qu’ils peuvent être appelés les deux témoins du Christ, pierres de touche, comme lui, de la perversité du monde. La nation allemande complète le tableau : en tant que nation pécheresse, c’est-à-dire calomniée, injustement accusée et opprimée, c’est elle, plus que toute autre, qui bénéficie de l’amour divin.

(…)

L’avènement du fascisme, que l’on considère comme une réaction, est en effet une tentative de réaction contre le mensonge – contre l’immense raz-de-marée de mensonge politique qui déferle aujourd’hui sur le monde, et dont la première vague est la Révolution de 1789. Nulle doctrine n’a fait plus de mal à la France que le dogme officiellement imposé selon lequel la Révolution de 1789 fut une réussite, alors qu’elle est la faillite la plus remarquable de l’histoire. La liberté spirituelle n’est pas une conquête de la Révolution, elle est le fruit du lent progrès de la pensée humaniste, sous l’égide des souverains, du XVIe au XVIIIe siècles. En renversant l’Ancien Régime, la populace ignare a donné le premier coup de cognée à l’arbre merveilleux de la liberté humaine, au moment où il commençait à s’épanouir. On avait libéré une demi-douzaine de prisonniers détenus à la Bastille. Quatre ans plus tard, sous le signe de la liberté démocratique, il y en avait des dizaines de milliers entassés dans de nouvelles prisons, attendant leur tour de passer à la guillotine. L’arbitraire, l’injustice, le fanatisme, la pauvreté, la famine, tous les maux que l’on avait prétendu abolir, s’étaient en réalité abattus sur le pays. Et sur la façade de cette tyrannie odieuse, on pouvait lire : Liberté, Egalité, Fraternité. Pharisiens hypocrites ! Ce n’est pas à l’extérieur de la coupe et du plat qu’il fallait d’abord nettoyer, et vous n’avez fait que cela, tandis que l’intérieur s’emplissait de rapine, de violence, et de toute espèce d’impureté !

C’est en grande partie grâce à Napoléon que le soleil de la liberté brilla de nouveau sur le XIXe siècle, après le cauchemar de la Révolution. Mais le poison du pharisaïsme politique continuait d’agir sur les masses, préparant sournoisement l’anéantissement définitif de la liberté. Aujourd’hui c’est la moitié du monde qui se trouve soumise au régime de tyrannie mensongère inauguré par Robespierre. Jamais société humaine n’a connu une servitude aussi totale que les pays soumis au communisme. Pourtant le communisme va de victoire en victoire, à cause de la puissance du mensonge, à cause de l’étiquette dont il se couvre. Au lendemain de la guerre, lorsque le souffle de l’esprit recommença à éveiller les âmes, certains se croyaient hardis en affirmant que le régime communiste n’était pas moins tyrannique que les régimes fascistes que l’on s’était donné tant de peine à détruire. On appelait ces deux formes de gouvernement du nom de totalitarisme, sans s’apercevoir qu’une différence essentielle les sépare : car, dans les pays de l’Axe, la réalité du régime était conforme à la théorie, tandis que dans les pays communistes elle se trouve exactement à l’opposé. Napoléon, Mussolini, Hitler furent des hommes véridiques, car ils n’ont pas essayé de dissimuler la vraie nature de leur régime, qui était celui du pouvoir personnel. A coté d’eux, Staline et les autres chefs communistes, ces super-tsars vêtus hypocritement comme des hommes du peuple, prétendant que leur régime est démocratique, sont les plus fieffés menteurs que la terre ait jamais portés. Le mensonge communiste est comparable à celui de l’Eglise régnante, ainsi que Dostoïevski l’avait prévu. Le fascisme repose sur une vérité fondamentale, tandis que le mensonge est inhérent au communisme. Il y a là une différence capitale qui réhabilite le premier et condamne irrémédiablement le second. Car toute la souffrance humaine provient du mensonge.

Sous l’étiquette fasciste, les régimes hitlérien et mussolinien furent d’ailleurs authentiquement démocratiques en ce sens qu’ils ont été acceptés librement et avec enthousiasme par la majorité du peuple. Hitler et Mussolini n’ont pas dû livrer une guerre sanglante, comme Franco par exemple, pour parvenir au pouvoir. Ils ont subjugué les foules par la puissance de leur parole. Cette considération rend plus catégorique encore la différence qui sépare leurs régimes du totalitarisme communiste, qui jamais ne fut plébiscité, mais qui fut imposé par une petite minorité, au moyen de la ruse, et à la faveur de la guerre. Le mensonge des communistes, lorsqu’ils se prétendent « démocratiques », en s’opposant ainsi aux régimes fascistes, est donc d’autant plus grand. Le communisme est essentiellement pharisaïque, comme Hitler et Mussolini sont essentiellement anti-pharisaïques, et c’est pour cette raison que Jésus les a aimés. Entre eux et les communistes, il y a la même différence qu’entre les bons et les mauvais ouvriers de la parabole : car les uns avaient dit qu’ils ne voulaient pas travailler dans la vigne, et ils y sont allés ; les autres prétendaient hypocritement qu’ils voulaient y travailler, et ils firent le contraire de ce qu’ils avaient promis. Mais dans le monde asservi au diable, c’est le pharisien qui triomphe. Le triomphe du communisme est celui du pharisaïsme.

(…)

…les chefs communistes russes ont été contraints à un gouvernement plus oppressif que celui des plus terribles tsars. La puissance actuelle de la Russie ne provient pas du communisme, mais du fascisme outrancier qui sévit là-bas, sous le couvert de l’étiquette communiste. Le fascisme russe triomphe grâce à son déguisement. Le fascisme d’Hitler et de Mussolini a été vaincu parce qu’il ne portait pas de déguisement.

Ce n’est pas pour le fascisme que je lutte ici, mais pour la vérité qui affranchit le monde. Mon idéal politique est celui d’Emerson : l’absence totale d’armée et de police, la liberté totale pour l’individu. Je pense qu’un jour cet idéal se réalisera, car il est impossible de concevoir autrement le Royaume de Dieu sur la terre.

(…)

Le régime démocratique parlementaire n’est pas un régime de liberté, en dépit de la liberté qu’il laisse au citoyen de calomnier et de salir son gouvernement. (…) Lorsque l’esprit de méfiance, base du parlementarisme, sévit sous un tel régime, un pays comme la France, riche en ressources de toute espèce, glisse rapidement vers sa ruine. (…) Les profiteurs du régime sont les médiocres, les ignobles, les lâches, les menteurs, ceux qui aiment à remplir les formules paperassières pour extorquer « légalement » les fonds publics. Tous les mensonges triomphent sous l’apparence de la légalité. C’est le règne du factice, du trompe-l’œil, de l’hypocrisie, du pharisaïsme.

(…)

…celui qui fait la guerre au méchant rend ce dernier encore plus méchant, il devient donc responsable de l’excès du mal commis. Jésus a résumé cette idée en disant que « tout le sang répandu depuis le commencement du monde retombe sur la tête des pharisiens ».

Monsieur X s’indigne contre les nations qui pratiquent la discrimination raciale, mais il évite de s’asseoir dans un compartiment où il y a des ouvriers nord-africains, et il a fait changer ses enfants d’école quand il s’est aperçu qu’ils avaient pour camarades de petits Arabes « qui leur donnaient de mauvaises manières ». Ce même Monsieur X, qui se dit anti-raciste, a maintes fois affirmé qu’il serait salutaire d’exterminer toute la race allemande…

S’il n’est pas beau de voir un Blanc opprimer un Noir, il ne l’est sûrement pas davantage de voir des Blancs s’entredéchirer pendant cinq ans, jonchant le sol d’un million [sic] de morts, comme ce fut le cas en Amérique pendant la Guerre de Sécession. La vraie cause de la Guerre de Sécession fut beaucoup moins les sentiments inhumains des Blancs sudistes à l’égard des Noirs, que le jugement pharisaïque que les Blancs nordistes ont porté contre leurs frères du Sud – en leur attribuant un cœur plus dur que le leur. Car l’absence d’esclavage dans le Nord ne provenait pas d’un niveau de moralité plus élevé, mais simplement du fait qu’il y avait fort peu de Noirs dans ces Etats, et que le coton ne mûrissait pas sous cette latitude. Le sang versé dans cette guerre retombe donc sur les nordistes pharisaïques et calomniateurs, et en particulier sur cette romancière superficielle – si innocente, si chrétienne en apparence – qui écrivit La case de l’Oncle Tom. Ce livre contribua à répandre l’image du planteur inhumain et malfaisant, et, de cette image inexacte, on glissait si facilement à cette déduction que, pour devenir soi-même un bienfaiteur et un libérateur, il suffisait de le tuer ! En réalité, les planteurs sudistes, si décriés, furent de meilleurs amis pour les Noirs que leurs accusateurs. Ce sont eux qui ont donné à manger et à boire, qui les ont vêtus et logés, soignés quand ils étaient malades, et qui les ont élevés de leurs ténèbres préhistoriques jusqu’au niveau des peuples les plus évolués. Que firent les nordistes, en regard de cela ? La guerre, une guerre où périt un million de Blancs. Ils prétendent avoir « aboli l’esclavage » ! Menteurs ! Vous avez seulement « nettoyé le dehors de la coupe et du plat », en fermant les yeux sur l’intérieur « plein de rapine et de méchanceté ». Ce n’est pas avec les guerres que l’on abolit l’esclavage, mais en se haussant à un niveau un peu plus élevé d’intelligence et d’amour. La haine raciale qui sévit aujourd’hui aux Etats-Unis est la conséquence de la victoire nordiste. Si les nordistes avaient eu des sentiments fraternels et intelligents, il n’y aurait pas eu de sécession ni de Guerre de Sécession, et l’abolition de l’esclavage aurait été accomplie de façon beaucoup plus effective par les sudistes eux-mêmes. Noirs et Blancs vivraient en bien meilleurs termes aujourd’hui en Amérique.

Avec la Guerre de Sécession, l’humanité est entrée dans l’ère des guerres pharisaïques, qui sont non seulement en elles-mêmes les plus destructrices, mais aboutissent chaque fois à un recul de la civilisation, parce que c’est toujours le mensonge pharisaïque qui l’emporte sur la noblesse et la vérité.

Cette guerre annonce les deux guerres mondiales, et en particulier la seconde, où cette même question raciale a contribué à envenimer les haines.

(…)

…et si même toute l’humanité avait péri dans cette guerre, ma réponse resterait la même : les véritables responsables de ces crimes sont les pharisiens qui ont fait la guerre à Hitler. (…) Hitler se savait vaincu et condamné. Il savait qu’on lui reprochait en particulier son antisémitisme, et qu’on le considérait comme un monstre, quoi qu’il fasse. Sa cruauté est la réaction naturelle d’un esprit noble, refusant de se soumettre à une condamnation injuste. Sa violence traduit la révolte d’une âme libre contre une tyrannie toute-puissante qu’il savait diabolique. Elle exprime le refus de se plier à la domination pharisaïque. Mais dans cette indomptable fierté, dans ce mépris du jugement du monde, je reconnais l’esprit du Christ, je me reconnais moi-même.

Ces paroles vous étonnent, mais si vous connaissiez le vrai Christ, vous sauriez qu’Hitler lui ressemble. Jésus suscita en son temps le même genre de haine que celle qui vous anime aujourd’hui contre Hitler, ou contre moi. Lorsque Caïphe condamna Jésus à mort pour « blasphème », il l’accusait de ce même péché d’orgueil que l’Eglise attribue à Hitler, et qui est pour elle le péché suprême. L’Eglise montre par là qu’elle est semblable à Caïphe : elle crucifie journellement le Christ en condamnant tout ce qui lui ressemble.

…Cette situation me rappelle une anecdote que raconte Dostoïevski, afin d’illustrer sa philosophie d’amour et de pardon, que j’ai faite mienne : un cocher russe indignait les passants en frappant son cheval à coups redoublés, mais les passants ne voyaient pas le maître du cocher, assis à l’intérieur de la voiture, et donnant lui-même des coups de canne à son cocher. Ceux qui condamnent Hitler sont semblables aux spectateurs bornés qui condamnaient la cruauté du cocher : ils voient le mal qu’il a fait, mais refusent de voir le mal que les autres lui firent, et qui est la vraie cause de sa cruauté.

D’où provient l’antisémitisme, sinon du mensonge millénaire de l’Eglise pharisaïque, attribuant aux Juifs son propre crime déicide ? Car ce sont les chrétiens, bien plus que les Juifs, qui aujourd’hui ressemblent aux meurtriers de Jésus. A partir du moment où le pharisien saint Paul prit la tête de l’Eglise, celle-ci devint le nouveau repaire du pharisaïsme. Le peuple juif devint paria, et cessa d’être pharisaïque. C’est à cause des chrétiens menteurs et cruels que les Juifs ont été marqués du sceau de l’infamie, qu’ils ont été parqués dans les ghettos, et contraints à un sort ignoble. Encore aujourd’hui, les chrétiens reprochent couramment aux Juifs d’être aveugles, parce qu’ils refusent d’embrasser leur propre religion. Mais c’est à l’honneur de la race juive d’être restée rebelle à ce néo-pharisaïsme qui se réclame faussement du Christ. Les Juifs modernes sont généralement plus ouverts, plus intelligents, plus généreux, plus proches du vrai Christ que la plupart des prétendus chrétiens. L’Etat d’Israël est aujourd’hui déjà, sans le savoir, la nation la plus véritablement chrétienne de la terre. D’ailleurs, ce jeune Etat juif ne ressemble-t-il pas étonnamment, par son courage, son énergie, sa vertu civique, et aussi par l’hostilité envieuse qui l’environne – au peuple allemand ?

(…)

Non, vous n’avez pas démontré votre amour de l’humanité en faisant la guerre à Hitler et à Mussolini, et en tuant 15 millions [sic] d’Allemands. Vous reprochiez à Hitler de piétiner les valeurs sacrées de la civilisation. Ce sont les non-valeurs qu’il a piétinées, la prétention pharisaïque d’aimer son prochain lorsque le cœur est pétri de haine et d’égoïsme stupide. Il n’a renversé que les « sépulcres blanchis remplis d’ossements desséchés ». Il a provoqué la haine des pharisiens, comme jadis Jésus, par son mépris de la légalité pharisaïque.

(…)

Les affirmations outrancières d’Hitler recèlent une vérité profonde, qu’il déformait ainsi par réaction contre le mensonge du monde. Son véritable ennemi n’était pas la race juive, mais le pharisaïsme. Lorsqu’il s’en prenait à la « juiverie internationale », ce n’était pas en réalité contre une race qu’il prononçait ses invectives, mais contre un système de pensée superficiel et faux, dont il se trouve que les intellectuels juifs, européanisés ou américanisés, ont souvent été les colporteurs. La vérité qui sauve le monde a surgi du faux christianisme comme une fleur au milieu du fumier, mais c’est justement pour cette raison que la culture juive, isolée du ferment nauséabond, n’a participé que faiblement à la floraison merveilleuse de l’humanisme occidental. En croyant s’approprier les idées salutaires, elle les a souvent trahies. Ce n’est pas l’esprit du Christ, mais l’esprit pharisaïque de saint Paul, qui réapparaît en Karl Marx. L’intelligentsia juive a joué un rôle très important dans la propagation des idées socialistes qui aboutirent à la Révolution de 1917. Lui attribuer une influence pernicieuse, comme le fit Hitler, n’est donc pas un effet du préjugé et de la sottise. Dostoïevski pensait exactement la même chose. L’auteur russe a souvent exprimé sa haine « philosophique » des Juifs, parce qu’il voyait en eux des agents propagateurs de ces idées qu’il appelait « occidentales », en les opposant au véritable esprit russe, qui était selon lui l’esprit du Christ. (…) Mais, encore une fois, ce rôle néfaste des Juifs est dû aux circonstances de leur existence minoritaire au sein d’une société dont la religion les sépare. Ils ne doivent pas en être tenus pour responsables. Il n’en demeure pas moins que l’antisémitisme théorique d’Hitler repose sur des bases plus solides qu’on n’a consenti jusqu’ici à le reconnaître. Lorsqu’Hitler dénonçait l’influence juive dans la culture européenne, son instinct ne le trompait pas : il luttait pour la vérité du Christ, dont dépend le salut de l’humanité entière, et en particulier celui des Juifs. Le chemin du salut passe par la vérité.

Ce n’est pas servir la cause de l’humanité, ni celle de la race juive, que de fermer les yeux sur l’influence exercée par les Juifs dans la politique au XIXe et au XXe siècles – ou d’appeler criminels ceux qui pensent devoir porter un jugement défavorable sur cette influence. C’est à cause du tabou pharisaïque s’opposant, dans ce domaine, à la liberté de jugement, que l’antisémitisme d’Hitler est devenu véritablement criminel.

(…)

Lorsque Mussolini a fait la conquête de l’Abyssinie, afin d’agrandir le petit empire colonial italien, les grandes puissances européennes se sont élevées contre ce qu’elles appelaient une violation flagrante du droit des nations, et elles ont délibéré sur les moyens de faire échouer son entreprise, en prenant, par exemple, contre l’Italie, des sanctions économiques. Parmi ceux qui élevaient le plus haut leurs voix accusatrices, il y avait les Anglais, dont l’empire colonial couvrait alors le quart de la terre, les Français, dont les seules possessions africaines représentaient cinq ou six fois les possessions italiennes, et les chefs soviétiques, qui avaient hérité de l’immense empire asiatique annexé par les tsars. Mussolini n’accusait pas ses adversaires d’impérialisme, car pour lui l’impérialisme n’était pas un péché. Mais il les accusait avec raison d’hypocrisie pharisaïque, car si, comme ils le prétendaient, l’impérialisme était un péché, pourquoi conservaient-ils leurs immenses possessions coloniales ? Et il aurait pu leur répondre : Hypocrites ! Otez d’abord la poutre qui est dans votre œil.

Si les nations possédantes avaient eu des sentiments chrétiens, elles se seraient réjouies de voir l’Italie contribuer, pour sa part, à la civilisation de l’Afrique et à l’émancipation de ses populations arriérées. Mais leur méchanceté, sœur de leur stupidité, leur a fait dénoncer le colonialisme comme un péché à partir du moment où Mussolini voulut être, lui aussi, un colonisateur. Leur accusation s’est retournée contre elles, et elles ont perdu leurs propres empires à cause des idées calomniatrices qu’elles avaient elles-mêmes répandues.

(…)

Je ne prétends pas que Mussolini ait entrepris la conquête de l’Abyssinie avec le seul souci de civiliser des populations arriérées. Il avait d’autres mobiles, dont il ne se cachait pas : augmenter la puissance de l’Italie, lui ouvrir un nouveau débouché pour son industrie, un nouvel « espace vital » pour le surplus de sa population, une nouvelle source de matières premières. Je tiens compte, également, de la part de mal que comportait la conquête elle-même, non sans faire remarquer, d’ailleurs, que l’effusion de sang eût été beaucoup réduite, si les autres nations n’avaient soutenu l’Ethiopie dans sa résistance. Mais mon christianisme est conforme à celui de William Blake : ce qui est anti-chrétien, ce n’est pas cette énergie vitale, appelée par Nietzsche « volonté de puissance », et poussant les nations, comme les individus, à s’épanouir selon la loi naturelle, mais c’est au contraire la morale pharisaïque qui s’y oppose. Lorsque Jésus dit : « Si vous ne pardonnez pas aux autres leurs offenses, Dieu ne vous pardonnera pas non plus les vôtres », il énonce une loi inséparable de la vie terrestre de l’homme, car celui qui condamne l’énergie d’autrui travaille à sa propre destruction. (…) L’amour est la plus haute expression de la volonté de puissance. Le pharisien, qui lutte contre la vie, ne parviendra jamais à l’amour chrétien.

(…)

La condamnation du « colonialisme » est l’une des formes les plus odieuses du pharisaïsme moderne. On a vu se généraliser, au milieu du XXe siècle, le phénomène psychologique qui avait provoqué la Guerre de Sécession. Parce que les colonisateurs retiraient un profit de leur œuvre, on s’est mis à les considérer comme des malfaiteurs, comme des voleurs tirant leur richesse de l’exploitation de l’homme, alors qu’elle provenait de l’exploitation de ressources naturelles, dont personne ne profitait auparavant. Loin de moi l’intention de nier les abus du colonialisme, tels que les dénonce par exemple Gide, dans son Voyage au Congo, ou son Retour du Tchad. Les livres de Gide sont des livres d’amour, mais la propagande politique a utilisé les mêmes faits au profit de la haine. Les abus étaient en voie de régression, ils avaient à peu près disparu, au moment où la calomnie s’est déchaînée contre les colons, et contre les nations colonisatrices. Et dans la haine aveugle contre eux, on a oublié l’indigène, qui fut la principale victime de la « décolonisation ». Lorsqu’il était trop tard, on s’est aperçu que le départ des Européens plongeait ces pays dans la misère, la guerre civile, la famine. Et les mêmes pharisiens qui en étaient responsables se sont tout à coup aperçus qu’il était nécessaire d’« aider les pays sous-développés ». Hypocrites ! Que n’avez-vous vu plus tôt le bien que faisaient les colons, au lieu de ne voir que le mal ?

(…)

Je pourrais citer l’exemple du Congo, de l’Indonésie, de l’Inde, de l’Afrique du Nord, du Kenya, et inviter le lecteur à comparer le sort des habitants de ces diverses contrées sous le régime colonialiste, et sous celui de la prétendue « liberté » de l’heure présente. Je me bornerai à faire cette comparaison pour l’Abyssinie, bien que les Italiens n’y soient restés que cinq ans, puisque Mussolini est, avec Hitler, le sujet de ce livre, et que la condamnation de son impérialisme est à l’origine du vaste mouvement pharisaïque qui a provoqué l’abandon des colonies africaines. Ma source de renseignements est une voyageuse qui a parcouru ce pays en simple touriste, et qui a décrit ce qu’elle a vu, sans arrière-pensée politique. D’abord elle est émerveillée de l’œuvre accomplie par les Italiens, pendant les cinq années que dura leur domination…

(…)

O pharisiens qui avez condamné Mussolini parce qu’il conquit l’Abyssinie, et qui ensuite lui avez fait la guerre pour l’en chasser, contemplez ces horribles tableaux dont votre méchanceté est, au moins en partie, responsable ! Car vous avez fait partir celui qui tirait du sol d’abondantes moissons, celui qui construisait des routes pour en porter le fruit à chaque village, et des hôpitaux pour vaincre les maladies dévastatrices. Malheur à vous parce que vous dites que vous avez libéré l’Ethiopie, et que vous n’avez fait que restaurer l’empire de la famine et de la lèpre ! Vous prétendiez agir par amour du peuple éthiopien, Pharisiens menteurs ! Vous n’étiez animés que de la haine de Mussolini, ainsi que du désir de faire croire à votre justice en même temps qu’à sa méchanceté. Votre hypocrisie a triomphé sur la terre, mais aujourd’hui la voix de Dieu vient anéantir votre puissance, proclamant l’amour du Juge Suprême pour celui que vous avez mis à mort en le couvrant d’injures.

La méchanceté pharisaïque des nations possédantes, à l’égard de l’Allemagne hitlérienne, fut la vraie cause de la deuxième guerre mondiale. Ce n’était pas un empire africain, ou asiatique, qu’Hitler cherchait à édifier. Il cherchait seulement à réunir les territoires allemands, peuplés d’Allemands depuis plus de mille ans, que le traité de Versailles avait séparés de la mère-patrie. La population de ces territoires réclamait son rattachement à l’Allemagne. Mais les dirigeants de France et d’Angleterre voyaient dans cette restauration de la Grande Allemagne une menace à l’« équilibre européen ». Lors du traité de Versailles, ils avaient proclamé le droit des nationalités à disposer d’elles-mêmes. Seule la nation allemande était exclue de ce droit : on craignait qu’elle ne fût trop forte, de même que les pharisiens redoutent la force du pécheur. Ainsi a-t-on vu les faibles se coaliser contre le fort, le lier, l’enchaîner, l’emprisonner dans un étau, pour l’empêcher de grandir. Et cette oppression se parait des noms de justice et de liberté. L’hitlérisme est une révolte contre ce mensonge pharisaïque. La dictature d’Hitler est la conséquence du diktat de Versailles.

Par rapport aux autres grandes puissances européennes, l’Allemagne et l’Italie étaient des nations pauvres, parce qu’elles avaient réalisé leur unité tardivement, et avaient, à ce moment, trouvé le monde déjà partagé entre la France, l’Angleterre, la Russie, la Belgique, la Hollande. Au début du XXe siècle, le peuple allemand était en plein essor. Intelligent, travailleur, discipliné, il possédait les qualités des nations jeunes et vigoureuses, dont le destin était jadis de fonder de puissants empires, et de propager la civilisation. Non seulement la jeune nation allemande trouva déjà occupés les vastes territoires d’Afrique, d’Asie, et d’Océanie que son industrie aurait pu contribuer à exploiter, mais elle se heurta en outre à une conception nouvelle des relations internationales, selon laquelle toute nouvelle conquête était un crime. La morale internationale était née. Le système des coalitions, qui jadis avait brisé la puissance de Louis XIV et celle de Napoléon, se généralisa jusqu’à unir les principaux pays du monde contre toute nation menaçant l’ordre existant. Et c’est ainsi que le monde est entré dans l’ère des guerres mondiales.

On aperçoit aisément l’égoïsme grossier des nations possédantes derrière leurs prétentions morales. Après avoir conquis leurs immenses empires, elles décrétaient que toute nouvelle conquête était criminelle. Mais l’idée que les frontières devaient désormais rester immuables n’était pas moins monstrueuse. Car tout le progrès de la civilisation avait jusqu’ici reposé sur la conquête. L’essor de l’Occident aurait été impossible sans l’Empire Romain, et ce n’est sans doute pas une coïncidence si le Christ est apparu au moment précis où cet empire atteignait son apogée. La paix romaine a permis la propagation rapide de la nouvelle religion. Plus tard, c’est par la conquête que les rois de France ont réalisé l’unité de ce pays. De même c’eut été un bienfait pour l’humanité que la nation la plus capable réalisât l’unité du monde. C’est un bienfait pour un pays décadent de tomber sous le joug d’une nation conquérante. Il souffre sûrement moins ainsi qu’en continuant de dépérir dans sa pourriture. Qu’importe la nationalité de celui qui gouverne, s’il assure le bonheur présent des peuples et un bonheur plus grand encore pour les générations futures ? Quand je parle du danger communiste, ce n’est pas l’oppression russe que je redoute, ni même l’oppression chinoise, c’est l’asservissement de l’âme au mensonge qui opprime déjà le peuple russe et le peuple chinois.

Hitler n’a pas déguisé son désir de voir le peuple allemand jouer un rôle prédominant dans le monde. Et dans cette prétention, il importe d’ailleurs de mettre la dureté qu’elle implique pour les autres sur le compte de l’hostilité des autres qui l’avaient précédée, et dont elle était la conséquence, comme une sorte de réaction, ou de défi. Mais au fond, cette excuse n’est pas nécessaire, car on peut y voir, même sous son aspect le plus brutal, l’une des rares théories logiques et réalistes du salut de l’humanité qui aient été émises à notre dangereuse époque. Il est évident que le monde a besoin aujourd’hui d’un gouvernement mondial. Il n’est pas moins évident que toutes les tentatives faites jusqu’ici pour unifier le monde selon le principe parlementaire (la Société des Nations, l’O.N.U.) ont lamentablement échoué. Il était tout à fait logique, de la part d’Hitler, de concevoir le gouvernement de toute la terre selon la formule fasciste, et de vouloir instaurer l’ordre et la paix dans l’ensemble du monde comme il les avait restaurés en Allemagne. Et il n’y avait rien de déraisonnable dans la candidature du peuple allemand à ce rôle de peuple gouvernant. Ne montrait-il pas, dans son aptitude à se gouverner lui-même, qu’il était, plus que tout autre, capable de gouverner ? L’Allemagne n’était-elle pas au premier rang des nations civilisées, non seulement sur le plan de la technique, mais aussi dans le domaine de la pensée et de l’art ? N’avait-elle pas donné à l’humanité Goethe, Beethoven, Wagner, Nietzsche, égalant ainsi, et dépassant peut-être, la contribution de toute autre nation à la culture mondiale au cours du XXe siècle ?

Parce que le monde était méchant, il a vu le mal là où il aurait tout aussi bien découvrir un espoir nouveau, une possibilité merveilleuse de paix universelle. Quand les Allemands envahirent la France en 1940, les populations s’enfuirent comme à l’approche de hordes sauvages. Ensuite elles furent étonnées de la parfaite correction des soldats d’Hitler, de les voir, par exemple, se lever dans les trains pour céder leurs places aux femmes et aux vieillards. Alors que le viol des femmes est une pratique courante des armées victorieuses, rares furent les soldats allemands qui s’en rendirent coupables, et, quand de tels actes étaient découverts, ils étaient généralement punis par la mort immédiate. Ce ne sont pas les troupes françaises ou les troupes russes, au jour de la victoire, qui ont ainsi donné l’exemple du « respect de la personne humaine » – la valeur essentielle qu’elles prétendaient défendre.

(…)

Mon désir n’est pas de glorifier la force militaire, car je suis précisément le champion de l’esprit contre la force brutale, le défenseur des déshérités contre l’oppression du nombre et de la richesse. Je constate simplement que la morale, au sens péjoratif que Nietzsche donne à ce terme, est devenue toute-puissante dans le monde moderne, de telle sorte que l’on voit maintenant l’ordre international régi par la même loi maléfique que l’ordre civil : le triomphe de tout ce qui est vil, et l’anéantissement de tout ce qui est noble.

Pense-t-on que j’exagère, que je dépasse les bornes ? Pour se faire une idée juste sur cette deuxième guerre mondiale, et sur Hitler que l’on accuse de l’avoir causée, il faut jeter un regard en arrière, au moins jusqu’en 1911, où se produisit l’incident d’Agadir, annonciateur de la première. Le premier Juillet de cette année 1911, l’Allemagne envoya un navire de guerre dans le port d’Agadir, et la voix du Kaiser se fit entendre, réclamant solennellement pour son pays « une place au soleil ». Non seulement l’espace vital manquait à l’Allemagne, mais elle estimait, à juste titre, qu’elle était au moins aussi capable que la France et l’Angleterre de porter en Afrique la lumière de la civilisation. L’esprit européen, sous son égide, y fût parvenu sous une forme plus pure que sous celle de l’Angleterre, et surtout de la France, qui a semé, dans ses colonies, en même temps que le bon grain, l’ivraie : l’esprit haineux, calomniateur, de 1789. Derrière les prétentions de l’Allemagne impériale, en 1911, il n’y avait pas seulement l’armée la plus forte du monde, mais aussi une volonté profonde et droite, au service du bonheur de l’humanité.

Les autres nations ont fort mal accueilli les revendications du Kaiser. Les vertus allemandes étaient pour elles un sujet de dérision.

(…)

Le gouvernement français de 1911 ne voulut pas que l’on pût lui reprocher d’avoir « travaillé pour le Kaiser ». La France venait de s’emparer du Maroc, ajoutant ainsi une colonie nouvelle aux immenses territoires qu’elle possédait déjà en Afrique. Parcimonieusement, elle octroya à l’Allemagne une portion du Congo, trouvant que c’était bien suffisant, ce qui était aussi l’avis de l’Angleterre et de la Russie. L’Allemagne s’inclina provisoirement devant la coalition des nations riches, mais comment eût-elle pu les aimer ? Leur pharisaïsme fut la vraie cause de la guerre de 1914-18, dans laquelle 10 millions d’hommes furent tués et 17 millions blessés.

Le pharisaïsme des nations possédantes avait été la cause de cette première guerre mondiale, mais, bien loin de se repentir de leur méchanceté, elles mirent sur le compte de l’Allemagne la responsabilité de l’horrible hécatombe. L’Allemagne fut désignée, aux yeux du monde entier, comme une nation coupable, infiniment criminelle ! Elle était la victime impuissante et muette, tombée dans le piège du pharisaïsme souverain. Le Dieu du Monde prononçait contre elle l’accusation de péché – et quel péché ! Mais que l’on essaye d’imaginer de quel œil le Dieu du Ciel pouvait considérer ces événements, depuis le début du drame, depuis Agadir. Si Dieu aima l’Allemagne avant 1914, parce qu’elle était l’une des nations où l’homme s’était élevé le plus haut, dans la réalisation de l’Image Divine, combien plus encore ne dût-il pas l’aimer quand il la vit vaincue, mise au rang des malfaiteurs, écartelée ! Pensez-vous donc, Nations Alliées, que les anges du ciel se réjouissaient de vous voir piétiner votre sœur, dont la seule faute avait été de réclamer sa part d’héritage ? Croyez-vous que Dieu l’ait condamnée parce qu’elle ne tendait pas la joue gauche quand vous la souffletiez sur la droite ? Pensez-vous que la coalition de vos médiocrités pour exterminer celui qui refuse de s’y soumettre soit la justice de Dieu ?

En 1919 une ère nouvelle commença pour le monde : l’ère pharisaïque de la Société des Nations. Désormais la domination appartenait à ceux qui élevaient le plus haut leurs voix hypocrites, aux plus vils et aux plus menteurs, à ceux qui s’entendaient le mieux à calomnier. Chaque nation noble et vigoureuse, répugnant à l’emploi du mensonge, était destinée à se voir mise au ban de cette société, et sévèrement châtiée, réduite à l’obéissance.

C’est alors que surgit Mussolini, l’un des deux grands conducteurs d’hommes qui tentèrent de s’opposer au progrès de la marée pharisaïque. L’énergie, la franchise, le mépris souverain des utopies mensongères, une noble fierté face à un monde vil, tel était le caractère de Mussolini. Encore inconnu à ce moment-là, Hitler aima et admira le duce italien. Il rêva de l’imiter, et, lorsqu’il sortit de l’ombre un peu plus tard, les mêmes qualités se manifestèrent en lui avec plus de force encore, avec une puissance et une pureté terribles, contre le monde qui avait jugulé l’Allemagne.

A l’origine de la carrière d’Hitler, il y a l’indignation et la pitié devant le spectacle de l’Allemagne meurtrie, soumise au diktat de Versailles, sombrant dans le chômage, la misère et le chaos. Il réussit à rassembler les forces de son peuple agonisant, pour le plus gigantesque combat que le monde ait jamais connu. Il galvanisa les foules par son éloquence, beaucoup plus qu’il ne les terrorisa par sa police. L’Allemagne muette vit en lui son prophète, et lui voua un amour tel qu’aucun peuple n’en montra jamais à l’égard de son souverain.

Le mobile profond du nazisme fut le refus de se plier à une tyrannie injuste et dégoûtante. Bien plus encore qu’au temps du Kaiser, l’Allemagne manquait d’espace vital, mais jamais les autres nations n’avaient été moins disposées à lui en accorder, bien qu’entre-temps, la Russie fût devenue communiste ! Les dirigeants russes avaient hérité de la plus vaste étendue d’espace vital de la terre, conquise par les tsars. Monstrueux hypocrites ! Votre communisme consistait-il à garder jalousement vos immenses richesses inexploitées, tandis que le pauvre agonisait à vos cotés ?

Quand Jules César fit la conquête de la Gaule, ou Guillaume le Conquérant celle de l’Angleterre, leur domination impérialiste était infiniment moins odieuse que la contrainte imposée à l’Allemagne par le traité de Versailles. Car celle-ci avait le caractère d’un châtiment. Les vainqueurs ne se réclamaient pas du vae victis antique, qui est une façon de restaurer l’honneur de la nation vaincue, en plaçant sa défaite sous le signe de la fatalité. Ils se prétendaient vertueux et justes, et traitaient l’Allemagne en coupable. Ils la plaçaient sous le régime de la « liberté surveillée », en lui interdisant d’avoir une armée de plus de 100.000 hommes. Ils l’amputaient, non seulement des quelques colonies qu’elle avait possédées, mais de certains territoires européens peuplés en majorité d’Allemands, privant ainsi une partie de sa population de ce droit sacré des peuples à disposer d’eux-mêmes qu’ils proclamaient si hautement. Et ils prétendaient en même temps agir avec générosité, car qu’étaient ces sanctions en regard de l’immense crime qu’ils lui attribuaient d’avoir provoqué la guerre de 1914-18 ? Si les autres nations avaient avoué leur culpabilité, tout aurait été différent. Mais leur pharisaïsme victorieux imposait son interprétation mensongère des événements. Il fondait la Société des Nations sur une monstrueuse hypocrisie. Ce n’était pas Jules César ou Guillaume le Conquérant imposant sa loi, c’était Caïphe enserrant dans ses bras gluants tous les peuples de la terre.

Hitler a vu l’ombre dégoûtante du diable s’asseoir sur le trône du monde, et il en conçut une répugnance infinie pour le monstre vampirique qui s’apprêtait à sucer, l’une après l’autre, le sang de toutes les nations, en commençant par les meilleures. Toute la carrière d’Hitler, sa véhémence, sa violence, sa ténacité désespérée, s’expliquent par cette vision initiale.

Lorsqu’Hitler se mit à violer, successivement, les différentes clauses du traité de Versailles, il n’était pas seulement le chef du peuple allemand, s’efforçant de l’affranchir de la servitude, il était aussi le champion de l’humanité contre la puissance destructrice du diable, devenue plus grande que jamais. S’il n’avait eu en vue que les intérêts de l’Allemagne, il n’aurait pas jeté ce défi au monde, qui avait toutes les chances d’aboutir à un nouvel échec, à une défaite encore plus meurtrière pour son pays. En vérité, il préférait l’anéantissement total de l’Allemagne, et la mort pour lui-même, à une intolérable soumission à la loi visqueuse de Satan. Son mobile profond, dont il n’avait lui-même qu’imparfaitement conscience, était celui qui pousse un prophète de la vérité sur la voie du martyre, et il fut assez fort pour entraîner un peuple entier sur cette voie.

De même que Jésus peut être comparé à un réactif, jeté dans la substance chimique du monde, afin d’en révéler le poison sournois, Hitler n’a pas cessé de donner au pharisaïsme universel des occasions de se manifester. Qu’y a-t-il de plus beau que l’union de deux nations, qui décident librement de supprimer leurs frontières, afin de former un seul Etat ? Mais quand Hitler réalisa l’Anschluss, ce fut chez les autres nations un concert de voix pharisaïques, clamant que l’ogre Hitler venait de dévorer la malheureuse Autriche. Quand il rattacha les Allemands des Sudètes à la mère-patrie, on vit en lui un fauve furieux déchirant le flanc d’une nouvelle victime. Mais c’est le 3 septembre 1939 que devait éclater, avec la Deuxième Guerre Mondiale, la preuve suprême de l’infinie bêtise de la méchanceté humaine : c’est pour empêcher le retour à l’Allemagne de la ville allemande de Dantzig qu’on se lança dans ce nouveau conflit, qui devait être le plus sanglant de l’histoire. On décida d’abattre l’« impérialiste » Hitler, alors qu’il mettait précisément en pratique le grand principe anti-impérialiste de ses adversaires : le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. Mais ceux qui connaissent l’histoire du Christ savent de quel degré de perversité et de mensonge les pharisiens sont capables.

(…)

Bien entendu, on ne pensait pas que cette guerre contre Hitler couvrirait le monde de sang. On ne pensait même pas, quand furent signés les accords avec la Pologne, qu’elle éclaterait. On croyait qu’il suffisait de menacer Hitler pour le décourager. On le jugeait non seulement mauvais, mais incapable et lâche.

Si Hitler s’était soumis à la menace du pacte polonais, sacrifiant l’honneur allemand à la paix du monde, il n’aurait eu que la moquerie et le mépris pour remerciements : les Français l’appelaient le « caporalissime », et il fallut l’anéantissement de leur armée pour qu’ils consentissent à reconnaître quelque valeur à la Wehrmacht. Le rôle d’Hitler était d’ouvrir les yeux du monde sur la vérité de son ignominie. Pour cela il devait devenir « le plus grand criminel de l’histoire », aux yeux de ses adversaires pharisaïques, afin que cette terrible accusation se retourne contre eux, quand l’heure de la vérité sonnerait. Il lui suffisait de riposter à la violence par la violence pour jouer ce rôle. La partie était inégale, parce que le monde était, spirituellement, contre l’Allemagne. Elle était perdue d’avance, mais Hitler pouvait faire beaucoup de mal à ceux qui lui voulaient du mal, avant de succomber. Les Français l’avaient accusé d’ambition impérialiste lorsqu’il prétendait annexer Dantzig à l’Allemagne : il leur montra qu’il était non seulement capable de s’emparer du corridor polonais, mais de la Pologne et de la France entière.

(…)

La puissance d’Hitler provenait de l’empire spirituel qu’il réussit à exercer sur un pays de 80.000.000 d’habitants, de l’amour qu’il sut leur inspirer. C’est parce que les autres niaient cet amour, ou s’en moquaient, que tant de victimes furent immolées sur son autel.

Mussolini exerça une bien moindre influence spirituelle sur le peuple italien. C’est sans grand enthousiasme que ce dernier se laissa entraîner aux cotés du peuple allemand dans la guerre. Et l’armée italienne n’apporta à celle d’Hitler qu’un bien faible secours. Mais Mussolini voulut lier son sort à celui du dictateur allemand. Alors que l’intérêt mesquin l’eût poussé à trahir leur amitié, il préféra le suivre sur la voie du désastre, et ces deux hommes, si proches en esprit d’un bout à l’autre de leur carrière terrestre, restèrent unis dans la mort et l’ignominie posthume.

Les habitants de la terre se réjouirent, parce que ceux qui les avaient tourmentés étaient morts, mais rien n’était plus faux que leur théorie selon laquelle un monde peuplé de braves gens s’était enfin débarrassé de deux des plus grands malfaiteurs qui eussent jamais vu le jour. La vérité se résume dans cette parole du plus profond des apôtres : « Le monde entier est sous la puissance du malin » (1 Jean, V, 19). L’histoire d’Hitler et de Mussolini est celle de deux prophètes de la vérité mis à mort par un monde méchant.

(…)

Le vrai Christ ne ressemble pas aux chefs de l’Eglise, si haut-placés soient-ils. Mais il ressemble aux plus nobles représentants de l’intelligence humaine, aux psychologues les plus perspicaces. Et il juge de toutes choses, non selon les apparences, mais selon la réalité. Ceux qui se réclament de lui en reniant son esprit ne réussissent, par leurs professions de foi, qu’à augmenter sa colère. Et il préfère infiniment ceux qui pèchent contre son nom, mais sont proches de lui par leur esprit.

(…)

Hitler et Mussolini se situent sur un autre plan que Nietzsche et Dostoïevski, encore qu’ils aient des points communs avec l’un et l’autre, ainsi que je l’ai montré. Les deux dictateurs appartiennent à la catégorie des hommes d’action. En tant que penseurs, ils n’ont rien apporté à l’humanité qui n’ait été dit avant eux, et beaucoup mieux que par eux, sous une forme plus pure. Il y a une forte part de mensonges dans les paroles qu’ils ont prononcées. Je les appelle néanmoins prophètes de la vérité parce qu’il y a une vérité sous-jacente et imparfaitement exprimée dans l’ensemble de leur comportement, qui a ébranlé le monde, et parce que cette vérité est au fond celle de Nietzsche, de Dostoïevski, et du Christ.

(…)

Bien qu’Hitler ait désigné l’Ennemi suprême par le terme impropre de judéocratie internationale, bien qu’il ait été absolument futile, dérisoire, et infiniment criminel de prétendre l’anéantir en exterminant les Juifs, il n’en demeure pas moins que sa vision imprécise était d’une remarquable lucidité par rapport à l’aveuglement des chefs spirituels et politiques qui s’opposaient à lui. Ainsi que je l’ai montré, Hitler et Mussolini ont lutté, sans succès, mais de toute leur force, contre le mensonge politique qui entraîne aujourd’hui le monde à sa perte.

(…)

Même leurs ennemis ont reconnu la puissance de leur parole, qui leur a permis de subjuguer leurs peuples, et, par ce moyen, de bouleverser le monde. (…) Hitler et Mussolini… sont des précurseurs du Vainqueur de la Bête, qui doit instaurer le règne du Christ sur la terre. Ils le précèdent de peu ; leur exemple est devant ses yeux, et éclaire sa propre voie. Il leur ressemble en partie. L’expression : « il gouvernera les nations avec une verge de fer » n’évoque-t-elle pas l’image d’un chef fasciste ? Il y aura cependant une différence essentielle entre lui et eux : il combattra la Bête avec les seules armes de l’esprit, c’est-à-dire au moyen de ses paroles exprimant la toute-puissante vérité. Et il vaincra au lieu d’être vaincu.

(…)

Ce sont les hommes méchants qui ont inventé que les deux larrons représentent respectivement l’humanité sauvée et l’humanité damnée. La promesse que fait Jésus à l’un d’eux : « Aujourd’hui tu seras avec moi dans le paradis », n’implique nullement qu’il retire à l’autre sa pitié. Et la différence qui les sépare s’estompe devant celle, beaucoup plus importante, qui les oppose, l’un et l’autre, à la société pharisaïque. Les deux brigands ont en commun avec Jésus la révolte contre cette société, en raison de laquelle ils se trouvent tous les trois crucifiés côte à côte. Aux yeux des pharisiens le plus grand pécheur des trois était Jésus. Aux yeux de Dieu c’est la société pharisaïque qui est coupable. Mais si Dieu ne condamne pas les deux brigands, il n’en déplore pas moins que leur révolte se soit manifestée par des actes violents ou meurtriers : ce genre de révolte est voué à l’échec, il aboutit à l’extermination du pécheur et au triomphe de Satan. Au contraire la révolte spirituelle du Christ est finalement couronnée de succès, et elle aboutit à la défaite de Satan.

(…)

C’est la réponse de l’ange à Zacharie qui nous donne la clef de cette interprétation, car lorsque celui-ci lui demande ce que signifie l’ensemble de cette vision, l’ange lui répond : « Ce n’est point par la puissance ou par la force, c’est par l’esprit que s’accomplira cette œuvre ». En livrant une guerre corporelle contre le pharisaïsme, Hitler et Mussolini ont augmenté sa puissance au lieu de le détruire. Le pharisaïsme ne peut être détruit que par la puissance de l’esprit.

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Mais ne sommes-nous pas étonnés, nous qui voyons aujourd’hui le pharisaïsme triomphant obliger les nations les plus fières à baisser la tête, en pensant à cette période si récente et en même temps si lointaine, où le fascisme et le nazisme tenaient le monde en échec ? Dans l’évolution actuelle, il est incontestable que le règne d’Hitler et de Mussolini apparaît comme une anomalie, comme un « renversement du cours de l’histoire ». Leur puissance provenait de Dieu en ce sens qu’à travers eux, ce sont les aspirations secrètes des foules muettes qui se sont manifestées, échappant pour un temps au refoulement du rationalisme superficiel : l’amour de la vérité que l’on sent et que l’on ne parvient pas à exprimer logiquement, le romantisme de l’âme, qui est fait d’amour beaucoup plus que de haine, et où la haine elle-même découle de l’amour. A la mystique irrationnelle de l’hitlérisme s’oppose la théorie communiste, logique en apparence, mais ne s’appuyant que sur les mécanismes superficiels du cerveau, et méconnaissant l’être réel de l’homme.

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Quand ils auront achevé leur témoignage, la bête qui monte de l’abîme leur fera la guerre, les vaincra, et les tuera. (Apocalypse, v. 7)

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Face à la puissance des deux prophètes, nous voyons maintenant surgir une puissance plus grande que la leur. Elle est appelée « la bête qui monte de l’abîme ». La Bête est l’un des personnages essentiels de l’Apocalypse. Comme on le sait déjà, je l’ai identifiée avec le pharisaïsme, et j’ai montré aussi que les temps modernes sont caractérisés par l’avènement du pharisaïsme dans la politique. Dans la lutte contre Hitler, le pharisaïsme capitaliste et le pharisaïsme communiste ont trouvé un terrain d’entente : la même méchanceté bornée, le même égoïsme mesquin déguisé en justice ont uni les prétendus chrétiens et les marxistes contre les deux hommes forts qui levaient trop haut la tête. La médiocrité l’a emporté sur la valeur, car elle s’appuyait sur le grand nombre, sur la richesse acquise, et sur la force du mensonge.

Et leurs cadavres seront sur la place de la grande ville… (v. 8)

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La grande ville de ce verset, c’est la terre entière, considérée comme le royaume de Satan. Les enfants du diable ont crucifié Jésus quand il est venu sur terre, et ils ont exterminé de même les deux prophètes qui ressemblaient à Jésus parce qu’ils refusaient de payer leur tribut au mensonge pharisaïque. Non seulement les hommes pervers les ont vaincus et tués, mais ils ont publiquement déshonoré leur mémoire, exposant en quelque sorte leurs cadavres au mépris et aux insultes.

(…)

Justiciers de Nuremberg, et vous, multitudes ivres de haine, ivres de sang, qui eussiez volontiers injurié, déchiré, supplicié Hitler, de même que la foule milanaise traita le cadavre de Mussolini, que n’êtes-vous capables de vous reconnaître également dans la foule qui insulta Jésus, et dans le sanhédrin qui le condamna ? Car ceux-ci n’étaient pas moins persuadés que vous d’accomplir la justice. Jésus était l’agneau innocent, mais il suscita le même genre de haine que les criminels Hitler et Mussolini, de la part de la même catégorie d’hommes. La fin du verset ci-dessus signifie exactement cela.

Des hommes d’entre les peuples, les tribus, les langues et les nations, verront leurs cadavres pendant trois jours et demi, et ils ne permettront pas que leurs cadavres soient mis dans un sépulcre. (v. 9)

Le symbolisme du verset précédent se poursuit ici. Les cadavres exposés sur la place publique, l’interdiction de les ensevelir, servent à décrire l’ignominie où sont maintenus les deux prophètes, même après leur mort. Il n’est pas permis, officiellement, de porter sur eux un jugement favorable. La puissance qui les a vaincus est maîtresse de la terre, et elle impose à tous les peuples, et à toutes les nations, comme une vérité indiscutable, le verdict qu’elle a prononcé. Même ceux qui les avaient acclamés sont aujourd’hui contraints, par la persuasion ou par la force, de les renier et de les maudire.

(…)

Sans doute faudra-t-il attendre de longs siècles avant que chaque homme soit capable de reconnaître le mensonge pharisaïque, qui mène le monde à sa ruine. Et il faut que les destructeurs de la terre soient mis hors d’état d’accomplir leur œuvre (…) Notre vérité est celle du Christ, débarrassée de toutes les impuretés dont une tradition pharisaïque, remontant à saint Paul, l’a souillée et défigurée. Le christianisme traditionnel sera aboli, telle une façade mensongère, et Jésus apparaîtra, radieux, sous son vrai jour. L’ivraie sera séparée du bon grain, car l’heure de la moisson est venue, et l’on apprendra à reconnaître l’esprit du diable, non seulement dans la doctrine théologique de saint Paul, mais dans celles de saint Augustin, de Calvin, et de tous les faux prophètes qui ont jusqu’ici exercé leur autorité spirituelle dans les différentes Eglises.

(…)

…la domination pharisaïque doit cesser, car elle aboutit à l’anéantissement de l’espèce humaine et de toute la création. Il est écrit que le Seigneur de la Terre « foulera la cuve du vin de l’ardente colère du Dieu Tout-Puissant », et Jésus a dit que tout le sang répandu depuis le commencement du monde retomberait sur la tête des pharisiens. Il faut donc que ces prophéties s’accomplissent, mais nous ne savons pas encore exactement de quelle façon elles s’accompliront.

[fin des citations]

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