L’histoire de Lord Northcliffe

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L’histoire de Lord Northcliffe

Alfred Charles William Harmsworth, premier vicomte Northcliffe (1865-1922), était un grand patron de presse britannique. Il était un pionnier du journalisme populaire et avait beaucoup d’influence au moment de la Première Guerre mondiale et juste après. Il publia un article sur les Protocoles des Sages de Sion en mai 1920, et surtout en 1922 il commença à s’opposer au projet sioniste en Palestine (qui avait été « promise » comme « foyer national juif » par la fameuse Déclaration Balfour en 1917). En faisant cela, il dérangeait de puissants intérêts. Voilà ce qui lui arriva :

[Ce texte a été traduit à partir de l’ancien site web (australien) de Peters Myers, spécialiste d’histoire et de politique : http://users.cyberone.com.au/myers/ ]

12. Douglas Reed sur l’éviction de Lord Northcliffe

12.1 Les informations qui suivent sur Northcliffe viennent du site Spartacus http://www.spartacus.schoolnet.co.uk/FWWtimes.htm:

{citation} En 1898, l’offre de Lord Northcliffe pour acheter The Times pour 320.000 livres fut acceptée. Le tirage du journal était tombé à 38.000 exemplaires et il perdait de l’argent. Northcliffe remplaça ses presses démodées, réduisit le prix du journal d’un penny à deux pences, et nomma un nouveau rédacteur, Geoffrey Dawson.

En mars 1914, Northcliffe réduisit le prix encore plus, et au début de la Première Guerre Mondiale le Times à un penny vendait 278.000 exemplaires par jour. Durant les premières étapes de la guerre, Northcliffe causa de grandes controverses en défendant la conscription et en critiquant David Lloyd George et Lord Kitchener. Cela déplut à de nombreux lecteurs et le tirage du Times commença à chuter à nouveau. Harmsworth cessa d’attaquer le gouvernement et en 1918 on lui demanda de prendre la direction de la propagande de guerre britannique.

Après une dispute avec Northcliffe, Dawson démissionna de son poste de rédacteur du Times, en 1919. Il fut remplacé par Henry Wickham Steed, l’ancien correspondant à l’étranger. Quand Lord Northcliffe mourut en 1922, le journal passa entre les mains de John Jacob Astor, le plus jeune fils de Lord Astor.

{fin de citation}

12.2 Douglas Reed, The Controversy of Zion, Veritas Publishing Company, PO Box 20, Bullsbrook, Western Australia 6084, 1985.

{p. 295} En 1919-1922, la censure se terminait et les journaux revenaient naturellement, dans l’ensemble, à la pratique antérieure du reportage véridique et des commentaires impartiaux sur les faits rapportés. Cela rétablit l’ancien contrôle sur les politiques gouvernementales, et si cela avait continué cela aurait indubitablement bloqué le projet sioniste, qui ne pouvait pas être poursuivi s’il était exposé à la vue du public. Par conséquent tout le futur des sionistes, à ce moment crucial où le « Mandat » n’était pas encore « ratifié », reposait sur la suppression des informations et des commentaires des journaux hostiles. A ce moment précis, survint un événement qui produisit ce résultat. En raison de ce grand effet sur l’avenir, et par sa propre nature singulière, l’événement (indiqué dans le titre du présent chapitre) mérite d’être ici relaté en détails.

A cette étape de l’affaire, l’Angleterre était d’une importance primordiale pour les conspirateurs (j’ai montré que le Dr. Weizmann et Mr. House utilisaient tous deux ce mot) et en Angleterre l’énergique Lord Northcliffe était un homme puissant. L’ex-Alfred Harmsworth, corpulent et portent une mèche napoléonienne, possédait les deux quotidiens les plus lus, divers autres journaux et périodiques, et était de plus propriétaire majoritaire du journal le plus influent du monde, à cette époque, le Times de Londres. Il avait ainsi un accès direct à des millions de gens chaque jour et, en dépit de son sens aigu des affaires, il était par nature un grand directeur de journal, courageux, combatif et patriote. Il avait parfois raison et parfois tort dans les causes qu’il lançait ou embrassait, mais il était indépendant et incorruptible. Il ressemblait un peu à Mr. Randolph Hearst et au colonel Robert McCormick en Amérique, ce qui revient à dire qu’il était prêt à faire beaucoup de choses pour accroître le tirage de ses journaux, mais seulement dans les limites de l’intérêt national ; il ne colporterait pas le blasphème, l’obscénité, la diffamation ou la sédition. Il ne pouvait pas être intimidé et était une force dans le pays.

Lord Northcliffe se fit l’ennemi de la conspiration venant de Russie, de deux manières. En mai 1920, il fit imprimer dans le Times l’article précédemment mentionné sur les Protocoles. Il était intitulé : « The Jewish Peril, A Disturbing Pamphlet, Call for Enquiry » [Le péril juif, Un pamphlet troublant, Appel à une enquête]. Il concluait : « Une investigation impartiale de ces soi-disant documents et de leur histoire est très désirable… allons-nous écarter toute l’affaire sans enquête et laisser l’influence d’une telle œuvre sans vérification ? »

Puis, en 1922, Lord Northcliffe visita la Palestine, accompagné par un journaliste, Mr. J.M.N. Jeffries (dont le livre ultérieur, Palestine: The Reality, demeure l’œuvre de référence pour cette période). C’était une combinaison différente de celle formée par les rédacteurs du Times et du Manchester Guardian, qui écrivaient leurs principaux articles sur la Palestine en Angleterre et en consultation avec le dirigeant sioniste, le Dr. Weizmann. Lord Northcliffe parvint immédiatement à la même conclusion que tous les autres enquêteurs impartiaux, et écrivit : « A mon avis, nous avons, sans réflexion suffisante, garanti la Palestine comme foyer pour les Juifs en dépit du fait que 700.000 musulmans arabes y vivent et la possèdent… Les Juifs semblaient être sous l’impression que toute l’Angleterre était dévouée à la seule cause du sionisme, enthousiaste pour celui-ci en fait, et je leur ai dit qu’il n’en était rien et qu’ils devaient veiller à ne pas lasser notre peuple par l’importation secrète d’armes pour combattre 700.000 Arabes… Il va y avoir des problèmes en Palestine… les gens n’osent pas dire la vérité aux Juifs ici. Ils en ont eu un peu de ma part ».

En disant cette vérité, Lord Northcliffe se rendait coupable d’une double offense, il était déjà entré dans la salle interdite en demandant une « enquête » sur les origines des Protocoles. De plus, il pouvait publier cette vérité dans les journaux à grand tirage qu’il possédait, de sorte qu’il devint, pour les conspirateurs, un homme dangereux. Il rencontra un obstacle sous la forme de Mr. Wickham Steed, qui était rédacteur du Times et dont le soutien au sionisme est rappelé par le Dr. Weizmann.

Dans cette épreuve, Lord Northcliffe avait un talon d’Achille. Il désirait particulièrement publier la vérité sur la Palestine dans le Times, mais il n’était pas le seul propriétaire de ce journal, seulement le propriétaire majoritaire. Ainsi ses propres journaux publièrent ses séries d’articles sur la Palestine, mais le Times, en fait, refusa de le faire. Mr. Wickham Steed, bien qu’ayant fait de grandes propositions sur l’avenir de la Palestine, refusa de le suivre sur ce terrain, et refusa toute publicité à l’accusation antisioniste.

Ces faits, et tous ceux qui vont suivre, sont racontés (à nouveau, avec une candeur surprenante) dans la Official History of The Times (1952). Elle raconte que Mr. Wickham Steed « esquiva » la visite en Palestine quand Lord Northcliffe lui demanda de s’y rendre ; elle raconte aussi l’« inaction » de Mr. Wickham Steed après un télégramme de Lord Northcliffe lui demandant « un grand article attaquant l’attitude de Balfour envers le sionisme ».

Dans ce qui suit l’attention du lecteur est particulièrement attirée sur les dates.

En mai 1920, Lord Northcliffe avait fait publier l’article sur les Protocoles dans le Times. Au début de 1922, il visita la Palestine et produisit la série d’articles mentionnée ci-dessus. Le 26 février 1922 il quitta la Palestine après sa requête, qui fut ignorée, au rédacteur en chef du Times. Il était révolté contre le rédacteur en chef peu conciliant et fit lire un message, critiquant fortement la politique éditoriale, à une réunion éditoriale qui eut lieu le 2 mars 1922. Lord Northcliffe souhaitait que Mr. Wickham Steed démissionne, et fut stupéfait de son maintien après cette réprimande explicite. Le rédacteur en chef, au lieu de démissionner, décida « de s’assurer l’avis d’un avocat sur le degré de provocation nécessaire pour constituer un licenciement illégal ». Dans ce but, il consulta le propre conseiller juridique de Lord Northcliffe (7 mars 1922), qui informa Mr. Wickham Steed que Lord Northcliffe était « anormal », « incapable de travailler » et, à en juger par son apparence, « ne vivrait probablement pas longtemps », et conseilla au rédacteur en chef de rester à son poste ! Le rédacteur se rendit ensuite à Pau en France, pour voir Lord Northcliffe, et décida à son tour que Lord Northcliffe était « anormal » (31 mars 1922), et informa l’un des directeurs du Times que Lord Northcliffe était en train de « devenir fou ».

La suggestion de la folie fut donc émise par un rédacteur en chef que Lord Northcliffe désirait congédier, et les impressions des autres sont donc d’une grande importance. Le 3 mai 1922, Lord Northcliffe assistait à un diner d’adieu à Londres pour le départ à la retraite du rédacteur en chef de l’un de ses journaux et « était en pleine forme ». Le 11 mai 1922, il fit « un discours excellent et efficace » devant l’Union de la Presse de l’Empire et « la plupart des gens qui l’avaient cru ‘anormal’ pensèrent qu’ils s’étaient trompés ». Quelques jours plus tard, Lord Northcliffe télégraphia des instructions au directeur général du Times pour arranger la démission du rédacteur en chef. Ce directeur général ne vit rien d’« anormal » dans une telle instruction et ne fut « pas le moins du monde inquiet concernant la santé de Northcliffe ». Un autre directeur, qui le vit ensuite, « considéra qu’il avait une santé aussi bonne que la sienne » : il « ne remarqua rien d’inhabituel dans le comportement ou l’apparence de Northcliffe » (24 mai 1922).

Le 8 juin 1922 Lord Northcliffe, depuis Boulogne, demanda à Mr. Wickham Steed de le rencontrer à Paris ; ils se rencontrèrent là le 11 juin 1922, et Lord Northcliffe dit à son visiteur que lui, Lord Northcliffe, assumerait la direction du Times. Le 12 juin 1922, tout le groupe partit pour Evian-les-Bains, un docteur étant caché dans le train, jusqu’à la frontière suisse, par Mr. Wickham Steed. A l’arrivée en Suisse, « un brillant spécialiste français des nerfs » (non-nommé) fut convoqué et certifia dans la soirée que Lord Northcliffe était fou. Sur l’autorité de ce document, Mr. Wickham Steed câbla des instructions au Times pour écarter et ne rien publier de ce qui viendrait de Lord Northcliffe, et le 13 juin 1922 il partit pour ne jamais revoir Lord Northcliffe. Le 18 juin 1922, Lord Northcliffe revint à Londres et se vit en fait privé de tout contrôle et même de toute communication avec ses entreprises (en particulier avec le Times ; son téléphone fut coupé). Le directeur fit placer des policiers à la porte pour l’empêcher d’entrer dans le bureau du Times s’il parvenait à s’en approcher. Tout ceci, d’après la Official History, se fit sur l’autorité d’un certificat fait dans un pays étranger (la Suisse) par un docteur (français) non-nommé. Le 14 août 1922, Lord Northcliffe mourut ; la cause déclarée de la mort fut une endocardite ulcérative ; et il était âgé de 57 ans. Il fut enterré, après un service religieux à l’Abbaye de Westminster, parmi une grande affluence de rédacteurs en deuil.

Telle est l’histoire que j’ai trouvée dans les publications officielles. Rien de tout cela n’était connu en-dehors d’un petit groupe de gens à l’époque ; cela ressortit dans la Official History seulement après trois décennies, et si tout cela avait été publié en 1922, cela aurait probablement soulevé beaucoup de questions. Je doute qu’on puisse trouver un autre exemple du remplacement d’un homme puissant et en bonne santé, en tous cas dans des circonstances aussi mystérieuses.

Pour la première fois, j’apparais maintenant dans ce récit comme un témoin personnel des événements. Pendant la guerre de 1914-1918, j’étais un participant parmi des millions d’autres tout aussi égarés, et je ne commençai à voir sa vraie forme que longtemps après. En 1922, je fus un instant dans le cercle intérieur, bien que n’en faisant pas partie ; en regardant en arrière, je me revois enfermé avec Lord Northcliffe (proche de sa mort) et complètement ignorant du sionisme, de la Palestine, des Protocoles ou de toute autre question pour laquelle il avait élevé la voix. Mon témoignage peut avoir quelque intérêt ; je ne puis juger moi-même de sa valeur.

J’étais en 1922 un jeune homme sortant juste de la guerre, et cherchant à trouver une place dans le monde et j’étais devenu employé de bureau au Times. En tant que secrétaire, je fus convoqué ici, en cette première semaine de juin, alors que Lord Northcliffe se préparait à congédier Mr. Wickham Steed et à assumer lui-même la direction du Times, pour aller voir Lord Northcliffe qui était à Boulogne. Je fus averti à l’avance que c’était un homme singulier dont chaque ordre devait être exécuté sur le champ. Peut-être pour cette raison, tout ce qu’il faisait me sembla être simplement l’expression de sa nature singulière. Aucune suspicion de quelque chose d’autre ne me vint à l’esprit, une semaine avant de faire l’objet d’un « certificat » et, en fait, d’être placé en captivité.

J’étais complètement ignorant de conditions « anormales », de sorte qu’un expert pourrait négliger mon témoignage. En tous cas, le comportement que j’observai fut exactement celui que m’avaient annoncé ceux qui travaillaient avec lui depuis de nombreuses années. Il y eut une exception à cela. Lord Northcliffe était convaincu que sa vie était en danger et le dit plusieurs fois ; plus précisément, il dit qu’il avait été empoisonné. Si cela est en soi de la folie, alors il était fou, mais dans ce cas de nombreuses victimes d’empoisonnement sont mortes de folie, et non de ce qu’on leur avait fait prendre. Et s’il avait raison, alors il n’était pas fou. Je me souviens avoir pensé qu’il était possible qu’un tel homme puisse avoir des ennemis dangereux, bien qu’à cette époque je n’avais pas la moindre idée d’une hostilité particulière qui l’aurait menacé. Cette idée lui faisait certainement suspecter les gens de son entourage, mais si par hasard il avait raison, alors encore une fois, ce n’était pas de la folie ; si tout cela avait été exposé à la lumière du jour, de telles choses auraient pu être expliquées.

Je ne peux pas juger, et je peux seulement me souvenir de ce que j’ai vu et pensé à l’époque, comme un jeune homme qui n’avait pas plus idée de ce qui se passait autour de lui qu’un bébé n’en a sur la forme du monde. Quand je revins à Londres je fus questionné sur Lord Northcliffe par son frère, Lord Rothermere, et par l’un de ses principaux associés, Sir George Sutton. La pensée de la folie devait être présente dans leur esprit à cette époque (le « certificat » avait suivi) et devait donc sous-tendre leurs questions, mais même à ce moment aucune suspicion ne me vint à l’esprit, bien que j’avais été l’une des dernières personnes à le voir avant qu’il fasse l’objet d’un certificat et soit privé du contrôle de ses journaux. Je ne le savais pas quand je les vis, ni même longtemps après. Tout cela fut fait dans un tel secret que bien que je continuai à être au service du Times pendant seize ans, je n’entendis parler de la « folie » et du « certificat » que trente ans plus tard, dans la Official History. C’est à ce moment que j’ai pu comprendre quelles grandes conséquences avaient résulté d’une affaire dont j’avais été un témoin non-initié à l’âge de 27 ans.

Lord Northcliffe fut donc mis hors-circuit, et privé du contrôle de ses journaux, pendant la période décisive qui précéda la ratification du « mandat » par la Société des Nations, ce qui conclut la transaction palestinienne et en légua les effets à notre présente génération. L’opposition d’un groupe de journaux à grand tirage durant cette période aurait pu changer tout le cours des événements. Après la mort de Lord Northcliffe, la possibilité d’éditoriaux du Times « attaquant l’attitude de Balfour envers le sionisme » disparut. A partir de cette époque, la soumission de la presse, de la manière décrite par les Protocols, devint toujours plus apparente et atteignit finalement la situation qui prévaut aujourd’hui, où les reportages fidèles et les commentaires impartiaux sur cette question sont suspendus depuis longtemps.

Lord Northcliffe fut privé du contrôle de ses journaux et placé sous contrainte le 18 juin 1922 ; le 24 juillet 1922, le Conseil de la Société des Nations se réunit à Londres, assuré de l’absence de toute protestation publique bruyante de la part de Lord Northcliffe, pour donner à la Grande-Bretagne un « mandat » pour rester en Palestine et y installer les sionistes par les armes (je décris ce que les événements ont fait apparaître comme un fait ; l’affaire ne fut pas présentée de cette manière au public, bien sûr).

{fin des citations}

13. Plus de détails sur l’éviction de Lord Northcliffe du Times de Londres

Lord Northcliffe revint en février 1922 d’un voyage autour du monde. Il avait gardé un journal, qui fut publié en 1923 sous le titre de My Journey Round the World [Mon voyage autour du monde] ; en voici des extraits.

En tant qu’adversaire du sionisme, il racontait dans ce livre :

« {p. 275} Il va y avoir des problèmes en Palestine. … {p. 276} … Je vois des problèmes, beaucoup de problèmes entre les 70.000 Juifs et les 700.000 Cananéens et Chrétiens. … {p. 277} Les gens n’osent pas dire la vérité aux Juifs ici. Ils en ont eu un peu de ma part. Je ne suis pas venu sans être invité. La taille de notre armée ici n’est pas connue des gens chez nous. Pourquoi cette armée est-elle nécessaire? A cause du ressentiment des musulmans et des chrétiens contre les Juifs. »

Des objections très rationnelles, mais en opposition avec la politique sioniste du gouvernement (menée en Palestine par Allenby) et de son propre rédacteur en chef du Times, Henry Wickham Steed.

13.1 The History of The Times, Volume 4

The History of The Times,
Volume 4, The 150th Anniversary and Beyond : 1912-1948;
Part II: 1921-1948
Ecrit par Stanley Morison;
Editeur : Londres : The Times, 1952.
AMICUS# 2476782

{p. 504} XV APRES LE TOUR DU MONDE DE NORTHCLIFFE

Pour le créateur de la plus puissante machine publicitaire jamais connue, et pour l’architecte de la plus spectaculaire carrière politique de l’histoire moderne, 1922 fut une année fatale. Northcliffe et Lloyd George, faisant partie de l’une des plus importantes de toutes les alliances de temps de guerre qui était devenue l’un des antagonismes les plus violents du temps de paix, ne se rencontrèrent plus jamais après l’Armistice. (…)

Northcliffe se sentait toujours revigoré par le premier janvier. Le présent ne faisait pas exception. La combinaison d’une nouvelle année et du fait de se rapprocher de chez soi lui donnait une immense vitalité. Débarquant à Colombo, le Chef fut rapidement sur le continent en train d’enquêter, de contester, de discuter avec tous ceux qui se trouvaient là, et de préparer ou de décider du futur. … Il fut à Beyrouth le 11 février, à Port-Saïd le 13. Il arriva à Marseille le 18. …

Le rédacteur, ayant à l’esprit les événements du printemps précédent, suspecta qu’un coup d’un genre quelconque se préparait. La suspicion était maintenant vue comme bien fondée. En février Lord Rothermore, qui avait fait campagne contre Lord Allenby dans les chroniques du Sunday Pictorial, envoya au Times une féroce dénonciation de la politique de Lord Allenby. Elle était conçue pour occuper une page entière de publicité dans le journal, et était énergiquement opposée à la politique actuelle du Times, mais comme elle était présentée comme une publicité elle n’était pas forcément soumise au contrôle de la rédaction. Le rédacteur en chef pensait que le Moyen Orient croirait à tort que le Times avait exprimé un avis éditorial, et qu’il n’avait pas simplement publié une publicité. En Palestine, l’imputation d’une déclaration selon laquelle Allenby était discrédité serait grave pour le journal. Soit la formulation de la publicité devait être modifiée, soit elle ne pouvait pas paraître. Rothermere, informé de la décision du rédacteur en chef, se plaignit immédiatement auprès de son frère. Northcliffe prit l’affaire au sérieux. Le rédacteur en chef n’avait-il pas évité de visiter la Palestine sur son insistance personnelle ? N’avait-il pas déjà eu raison de se plaindre de l’inaction de Steed après sa demande télégraphique d’un grand article attaquant l’attitude de Balfour envers le sionisme ? C’était le genre d’indépendance que les gens du Times pensaient toujours pouvoir manifester impunément, et il n’allait plus supporter cela longtemps. Le rédacteur en chef le faisait déjà passer pour un idiot. Il devait agir.

Le rédacteur en chef, l’homme qui avait fait le voyage avec lui à Washington, juste un peu plus de six mois plus tôt, devait maintenant être discrédité devant son propre personnel.

{p. 509} L’attitude de Northcliffe envers le rédacteur en chef était maintenant équivoque. Selon toutes apparences, il n’avait rien dit ni rien fait de plus pour s’assurer de la démission de Steed.

{p. 520} L’accord du 1er janvier 1913 fut donc avalisé le 15 juin :

{citation} Je soussigné John Walter, reconnais que le soussigné Vicomte Northcliffe m’a acheté la totalité de mes 215.000 actions ordinaires dans le dénommé Times

{p. 521} Publishing Co., Ltd. … {fin de citation}

Walter avait vendu ses actions et en faisant cela il avait forcément sacrifié son option. C’était un acte catastrophique.

{la dernière phrase indique un préjugé pro-Steed et anti-Northcliffe}

{p. 547} Il était impossible de dire la même chose de l’état de Northcliffe, ou de la position de Steed. Le rédacteur en chef savait depuis des semaines que l’état critique de Northcliffe n’était pas seulement dû à une cause physique. Il savait que sa fonction éditoriale était sujette à un préavis. Il était au courant de la vente le 9 juin par Walter de ses actions et de son abandon de l’option. Il avait été convoqué à Paris pour rencontrer Northcliffe le 11 juin.

{p. 551} Pendant de temps il y avait une profonde consternation à la Printing House Square and Carmelite House [siège du journal]. A minuit le 12 juin, Hubert Walter appela Ralph et l’informa qu’il avait entendu dire indirectement depuis Paris que Northcliffe était fou et qu’il y avait une étrange histoire de revolver. Finalement il sembla très clair à Hubert et Ralph Walter que Steed n’avait pas eu tort en parlant de folie, et que la vente ne devait pas se faire. Ralph et Hubert Walter prirent le petit déjeuner ensemble le mardi 13, et téléphonèrent à ses banquiers, leur disant de ne pas livrer les certificats des actions sans autres instructions. … Le rédacteur adjoint avait avec lui le rédacteur du Supplément Littéraire. Ce dernier suggéra que dans l’éventualité de la mort de Northcliffe une personne appropriée devrait se rendre acquéreur et contrôler le journal. …

{Notez que les actions précédentes furent menées sur la base d’un message « indirect » venu de Paris, par une source non-nommée ; et aussi que les autorités françaises n’avaient aucune juridiction en Grande-Bretagne.}

Walter décida qu’aucune mesure ne pourrait être prise tant que la question cruciale de la santé mentale de Northcliffe ne serait pas clairement résolue. Il n’y avait encore aucune preuve que l’esprit de Northcliffe soit ébranlé ou sa santé irréparable. Cela était aussi l’opinion de Sutton. …

Le mercredi matin Steed et Sutton arrivèrent à Paris et rencontrèrent Lints Smith avec qui ils se rendirent à Londres, après que Steed ait utilisé son influence auprès du gouvernement français pour sauver Northcliffe d’une action des autorités locales de Savoie contre une personne faisant l’objet d’un certificat, comme Northcliffe l’avait été {aucune preuve de cela n’est fournie dans ce livre}. Les instructions du rédacteur en chef à Londres avaient déjà été exécutées. Les rédacteurs du Daily Mail s’étaient réunis et avaient décidé que rien ne devait être publié sur le nom de Northcliffe sauf sous l’ordre écrit de George Sutton. Une déclaration sur la santé de Northcliffe fut publiée dans le Daily Mail le mercredi 14 juin.

{Pourquoi priver Northcliffe de l’opportunité de publier sa propre version des événements, dans son propre journal ? S’il était fou comme on le prétendait, cela serait apparu aux yeux de tous. N’était-ce pas plutôt une tactique malhonnête dans un combat politique ?}

{p. 553} Cinq minutes plus tard Northcliffe appela Steed chez lui. Il commença par le maudire pour l’avoir trahi ; il n’était pas revenu à Evian, et il ne l’avait pas attendu non plus à Paris ; il n’était même pas allé à [la gare] Victoria pour le rencontrer. Steed n’était plus rédacteur en chef. Northcliffe enverrait la police l’expulser du bureau si jamais il osait revenir à Printing House Square. La réponse de Steed fut qu’il y avait une chose et une chose seulement que Northcliffe devait faire et que c’était de rester calme et d’aller bien ; et que « Tant que vous n’irez pas bien je continuerai à m’occuper des choses dans ce bureau ». … Il possédait … quatre lignes de téléphone. Il les utilisa alors l’une après l’autre pour dire aux membres de la rédaction du Times et du Daily Mail qu’ils étaient virés. … Le lundi 19 juin, trois de ses lignes téléphoniques furent coupées, mais il continua à utiliser la quatrième.

John Walter, avec ou sans actions, avec ou sans option, n’était pas sans pouvoir. Il était encore président. Le rapport médical selon lequel la santé de Northcliffe était « entièrement recouvrable » mais que cela « prendrait de nombreux mois », fut fait le 17 quand Walters fut informé d’une réunion des directeurs prévue pour l’après-midi du lundi 19, pour le transfert de pouvoirs.

{p. 555} A partir de 15h 50 le 20 juin, les conseillers médicaux de Northcliffe coupèrent son dernier téléphone.

{c’est une action étrange pour des conseillers médicaux : le priver de communication avec l’extérieur est un acte politique; et il était encore propriétaire.}

{p. 565} Le point culminant survint le matin du 14 août, quand la note suivante fut publiée :

LE VICOMTE NORTHCLIFFE EST MORT A DIX HEURES DOUZE CE MATIN. SA FIN A ETE PARFAITEMENT PAISIBLE.
P. SEYMOUR-PRICE
HERBERT FRENCH

Le Chef était âgé de cinquante-sept ans et un mois lorsqu’il est mort d’une endocardite ulcérative.

{fin de citation}

Northcliffe mourut moins de six mois après être revenu d’un voyage autour du monde.

13.2 Alfred Viscount Northcliffe, Mon voyage autour du monde [My Journey Round the World]

Mon voyage autour du monde (16 juillet 1921 – 26 février 1922), par ALFRED, VICOMTE DE NORTHCLIFFE, édité par CECIL & ST. JOHN HARMSWORTH, Londres, John Lane The Bodley Head Ltd., 1923.

{p. vii.} INTRODUCTION

Ceci est le Journal de Lord Northcliffe, gardé par lui durant son voyage autour du monde en 1921-1922.

{p. viii.} Une triste vérité révélée dans le Journal est que les longues vacances – dangereusement tardives – en quête de santé et de récupération pour un esprit et un corps épuisés par le travail de nombreuses années, développées depuis le début d’une manière qui était calculée pour vaincre plutôt que pour promouvoir l’objet capital en vue. Les vacances devinrent une tournée d’exploration ardue dans les problèmes de l’Empire, et il n’y a pas de doute que Lord Northcliffe arriva chez lui en février de l’année dernière moins capable de résister aux ravages d’une maladie grave que lorsqu’il se mit en route pour ses voyages, avec tant de confiance joyeuse, en juillet 1921. …

Les compagnons de Lord Northcliffe aux différentes étapes de la tournée mondiale étaient –

HARRY GARLAND MILNER, son beau-frère.
WICKHAM STEED, alors rédacteur en chef du Times…

{Note: Le journal de Northcliffe, écrit seulement quelques mois avant qu’il soit accusé de folie, semble rempli non de « fatigue » mais du plaisir de s’engager dans les questions politiques. De plus, The History of The Times, Volume 4, Part II: 1921-1948 (ci-dessus), relate :

« {p. 504} Northcliffe se sentait toujours revigoré par le premier janvier. Le présent ne faisait pas exception. La combinaison d’une nouvelle année et du fait de se rapprocher de chez soi lui donnait une immense vitalité. »

Vitalité, pas épuisement ; voyons maintenant le Journal de Northcliffe, écrit en 1922, mais publié en 1923, après sa mort}

{p. 270} Dimanche 5 février 1922.
Le Caire.

Un brillant matin égyptien à sept heures, un soleil revigorant et ravissant. Les gommiers dehors viennent d’Australie, et pendant un bref moment j’ai cru que j’étais à nouveau dans le Queensland tropical ; non que je voudrais y retourner, car nous en avions assez des vêtements humides et des casques coloniaux depuis déjà quelque temps, et nous avions envie d’un bon brouillard ou d’un bon crachin. …

Lundi 6 février 1922.
Gaza-
LodJérusalem.

Dans le train, Gaza, Palestine,

J’ai eu mon premier aperçu – depuis trente ans – de la Terre Sainte, à 6h15 – très verte, avec des figures bibliques se déplaçant dans l’aube. Je suppose que personne à part une statue de pierre ne peut entrer dans le pays du Christ sans une profonde émotion. Je ne le puis pas, comme des millions d’autres.

La voiture privée qui nous a été fournie était excellente. J’avais Graves, le correspondant du Times, avec moi.

A Gaza, qui a été réduite en morceaux par la grande bataille, la première députation arabe est venue me voir. Depuis des jours, même au moment où nous étions à Ceylan, nous recevions des télégrammes venant d’Arabes, de Juifs, de chrétiens, demandant que le « Roi de la Presse » – et le reste du Oriental Flub Dub (américain) – vienne entendre les griefs qui sont, en bref, que nous avons (à mon avis), sans réflexion suffisante, garanti la Palestine comme un foyer pour les Juifs en dépit du fait que 700.000 musulmans arabes y vivent et en vivent. Les Arabes et les Chrétiens se sont maintenant alliés contre les Juifs. Il y a de la haine et le sang a coulé.

A Ludd est venue une autre députation. Il devait y avoir une manifestation de plusieurs milliers de gens, mais elle a été sagement stoppée. Les manifestants dans ces pays ont toujours des bâtons, et les incidents sont certains. Churchill en a eu quelques-uns l’année dernière. La députation a prétendu que tous les postes gouvernementaux étaient aux mains des Juifs, et j’ai prouvé que c’était faux. Les deux camps sont des menteurs orientaux.

A Ludd nous avons été accueillis par des paquets de télégrammes, une voiture d’escorte blindée (pourquoi ?), des voitures Sunbeam, et un avion au-dessus de nous.

{p. 271} En route vers Jérusalem, roulant à travers les collines bibliques, pour la plupart pierreuses (« certains tombaient sur un sol pierreux »), ou rougeâtres avec des anémones écarlates, et une quantité de cyclamens en massifs sous des rochers en surplomb. Route sinueuse, montagneuse, et la surface bonne. Du froid, du froid, du froid – et de la neige fondue dans les hautes collines. En bas dans les vallées il y a des orangeraies remplies de fruits et des amandiers en fleur à chaque kilomètre. Des Arabes et des ânes et des chameaux ; des Fords bourrées de Juifs à l’allure étrange, les mâles, vieux et jeunes, avec des mèches de cheveux pendantes sur les cotés. Après les tropiques le froid – ce qui est un mois de mars vraiment revigorant chez soi est ici tel que je suis complètement gelé.

On se retrouve à Jérusalem avant de le savoir, très soudainement après un virage, et en une minute on a devant soi la Ville posée sur une colline, comme beaucoup d’autres villes orientales en pierre grise. Soixante-quinze mille personnes y vivent – et certaines vraiment très étranges. …

Mon hôte, Sir Herbert Samuel, qui occupe l’un des postes gouvernementaux les plus épineux que j’ai rencontrés, était malade…

J’ai immédiatement été convié à une grande réception, et ensuite je suis allé visiter une « Colonie » juive, à une heure et quart en voiture rapide.

Je collecte des opinions tout le temps. Les officiels britanniques, à peu d’exceptions près, n’aiment pas travailler sous les ordres des Juifs ou avec eux, bien que tous disent que Samuel est aussi honnête que courageux ; et il faut du courage pour occuper un très mauvais emploi comme celui-ci quand on peut avoir un bon siège au Conseil des ministres chez soi, ce qu’il avait à l’âge de quarante ans ou un peu moins.

Après un long et grisant trajet à travers le froid soleil du printemps, nous somme arrivés là où nous devions aller et nous avons roulé sur des routes primitives de style américain, telles que des automobilistes britanniques n’en ont jamais vu, jusqu’à un long hameau où nous avons été conduits par le maire, un Juif russe établi depuis longtemps. Il y a des discours en français et je dois donner ma réponse en français. Elle doit être traduite en hébreu et en yiddish pour le reste de la foule. L’hébreu est remis en vie par les Juifs, tout comme l’irlandais l’est par les Irlandais. Ils semblaient être sous l’impression que toute l’Angleterre était dévouée à la seule cause du sionisme, enthousiaste pour celui-ci en fait ; et je leur ai dit qu’il n’en était rien et qu’ils devaient veiller à ne pas lasser notre peuple par l’importation secrète d’armes pour combattre 700.000 Arabes.

Nous sommes allés dans les bureaux de la « Colonie », qui produit toutes sortes de vins excellents. Il y a quarante ans, ces Juifs financés par les Rothschild français vinrent ici sur une série de dunes de sable et créèrent cette belle vigne et ce bel établissement. …

Aujourd’hui je suis allé à la Mosquée d’Omar {le Dôme du Rocher} et au Saint-Sépulcre, le lieu où se trouve le corps du Christ, et je crois qu’il s’y trouvait. C’est le lieu le plus sacré, le saint des saints dans le monde chrétien. La Mosquée d’Omar où les rusés musulmans avaient rassemblé leurs grands hommes, muftis et autres, pour me rencontrer, est le troisième plus grand lieu saint pour les 250.000.000 de musulmans, maintenant en train de s’éduquer et de s’organiser, ce qui forme une force si étrange. …

Je suis très occupé ici à Jérusalem où, en passant, des institutions, telles que des missions et des hôpitaux, sont entretenues par toutes les nations plus que partout ailleurs dans le monde. A de nombreux égards, la ville doit être une ville de parasites cosmopolites ; docteurs, infirmières et le reste, incluant des résidents juifs étrangers entretenus et venus de nombreux pays.

{p. 273} Mercredi 8 février 1922.
Jérusalem.

La plus grande partie de la matinée a été passée à recevoir des Arabes, des chrétiens, des sionistes, et des juifs orthodoxes. Tous tentèrent obstinément de me faire exprimer une opinion sur leur cause. J’ai refusé, sauf pour exprimer la conviction que l’immigration de nouveaux Juifs, non-habitués à la liberté et à l’abondance, devait être faite avec une grande prudence. Tous mentent abondamment ; les musulmans outrageusement, les sionistes artistiquement. Les juifs orthodoxes semblent les plus acharnés de tous. J’ai maintenant vu et questionné plus de deux cent des diverses parties. Je dois voir quelques-uns des nouveaux arrivants juifs jeudi sur ma route vers la mer. …

Après déjeuner, je suis à nouveau allé avec Storrs pour voir la piscine de Bethesda et le mur des lamentations des Juifs, et pour marcher dans les rues grouillantes, étroites et souvent traversées par des voûtes. Pékin, Fez, Le Caire, Canton, les arrière-rues de n’importe quelle ville orientale sont toutes pareilles. Il y avait là des Juifs accroupis, vendant des tapis ou des oranges, ou faisant tourner des machines à coudre. Le spectacle du mur des lamentations des Juifs, où des hommes et des femmes mettent leur visage dans des fissures du mur de la ville et prient, est étrange. Ils sont debout, bien sûr.

La Maison du Gouvernement s’est comportée très généreusement en me fournissant un logement pour voir les députations. Hier, une seule lui était favorable. Le gouvernement est honnête, enthousiaste, et ignorant de l’immigration.

Graves, le correspondent du Times pour le Proche Orient, est mon secrétaire et mon correspondent temporaire.

{p. 274} Une autre grande réception. Autour de moi, les évêques et les patriarches bizarrement assortis parlent grec, arménien, turc (par mon voisin chrétien marié à une musulmane), asiatique, français, et anglais. L’hébreu est parlé aussi.

Les méthodes du sionisme provoquent des oppositions. Les Juifs peuvent-ils dominer ? …

Hier une journée de voyage depuis le soleil chatoyant, le froid et la fraîcheur du Mont des Oliviers, à travers Jérusalem, la ville aux coupoles blanches avec des grandes murailles qui forment un carré, bien qu’elle commence à s’étendre dans de nouvelles banlieues. …

Je n’ai pas le temps de m’occuper de la Palestine en tant que grand champ de bataille des religions, ce qu’elle a toujours été depuis le temps des Croisades, et est toujours aujourd’hui. …

{p. 275} La vallée du Jourdain est presque tropicale ; les bananes poussent très bien ici. …

Il y avait un essaim de cheikhs et leur suite attendant de m’être présentés – des bédouins – « Bédous », comme les appelaient les officiers britanniques. C’était une image intéressante et primitive. Près de là, derrière les collines, se trouve le désert arabe et ensuite la Mésopotamie. J’aurais voulu pouvoir y aller, mais l’Egypt [navire] sera à Port Saïd le 12 pour Marseille, et je dois le prendre.

Nous avons dit au-revoir à ces hommes sauvages, à tous, avec l’Amir, en paye britannique, et avons refait le long trajet jusqu’à Jérusalem. Elle ressemble vraiment à la Jérusalem Dorée dans la lumière du soleil.

J’ai passé deux coups de téléphone, un à un Américain, un à un musulman, et j’ai entendu l’histoire habituelle de la peur devant les Juifs et le Conseil sioniste.

Tôt au lit, Dieu merci.

Il va y avoir des problèmes en Palestine.

{p. 276} Vendredi 10 février 1922.
Beyrouth, Syrie.

Ce fut une longue journée hier. Nous nous sommes levés à 6h et nous étions sur la route entre Jérusalem et la ville côtière de Haïfa à 7h30. …

Je me suis retourné vers la grise Jérusalem, la ville la plus divisée entre factions dans le monde… A Jérusalem mon départ a été filmé, au moment où on me remettait un cadeau que je ne pouvais pas refuser – un Ancien Testament en hébreu, orné de pierreries, offert par les Juifs.

Si seulement tous les Juifs étaient sains et modérés comme Ben Avi, rédacteur en chef du Daily Mail hébreu ici, je me sentirais moins inquiet pour la Palestine. Telle qu’elle est, en dépit des protestations des officiels du gouvernement, je vois des problèmes, beaucoup de problèmes entre les 70.000 Juifs et les 700.000 Cananéens et Chrétiens.

Nous nous sommes arrêtés dans deux « Colonies », où de jeunes Juifs lithuaniens et galiciens travaillaient très mollement à la construction d’une route. De beaux jeunes gens, beaucoup. Nous sommes entrés dans la tente pour les repas et dans les cabanes de quelques-uns. Ce sont des gens rudes. Si on les fait se lever, ce qu’ils ne font pas autrement, ils continuent à manger devant vous, avec leur chapeau posé en arrière de leur tête, et mettent les mains dans leurs poches. Les Dayaks de Bornéo se comportent mieux. S’ils font cela avec nous, alors qu’ils ont attendu notre venue depuis des heures, que font-ils avec les natifs ? J’ai dit ce que j’en pensais au chef, au grand plaisir des officiers britanniques [qui étaient] avec moi. Les gens n’osent pas dire la vérité aux Juifs ici. Ils en ont eu un peu de ma part. Je ne suis pas venu sans être invité.

La taille de notre armée ici n’est pas connue des gens chez nous. Pourquoi cette armée est-elle nécessaire ? A cause du ressentiment des musulmans et des chrétiens contre les Juifs.

Le développement, les routes, les chemins de fer, et tout ce que nous avons développé en Palestine n’a pas été le moins du monde le fruit de notre Administration du Soudan et d’Egypte, bien représentée ici. C’est un nouveau pays surimposé à un ancien – encore plus difficile, peut-être, que de coloniser, disons l’Australie, bien que cette tâche soit pleine d’obstacles.

{fin de citation}

13.3 Carroll Quigley donne plus d’informations sur l’éviction de Lord Northcliffe du Times dans son livre The Anglo-American Establishment.

La guerre contre les Arabes et l’islam est menée par deux conspirations, une anglo-américaine (la baleine, parce qu’elle contrôle les océans), et une sioniste (l’éléphant, celui qu’on ne peut pas voir dans le magasin de porcelaine tant qu’on n’allume pas la lumière).

Certains ne peuvent pas voir la baleine ; certains ne peuvent pas voir l’éléphant. Chomsky et la gauche trotskyste voient la baleine mais pas l’éléphant.

La Déclaration Balfour marqua la convergence des deux conspirations, la Britannique (maintenant anglo-américaine) et la sioniste : voir balfour.html.

La Britannique avait voulu faire revenir les USA dans l’Empire, même si cela signifiait le transfert du capital aux USA. Finalement, ils n’y parvinrent qu’avec l’assistance d’intermédiaires juifs.

Avant la Déclaration Balfour, les deux conspirations travaillaient l’une contre l’autre. L’intérêt des sionistes était de garder le plus grand équilibre possible entre les protagonistes de la Première Guerre mondiale, c’est-à-dire de garder les USA hors de la guerre, jusqu’à la chute du tsar, leur ennemi haï. Ensuite ils vendirent aux enchères leur appui aux protagonistes.

Supposons que les USA soient entrés dans la guerre plus tôt, et mobilisé leurs troupes et les aient envoyées sur le front. Alors la Grande-Bretagne n’aurait pas fait la Déclaration Balfour, comme « contrat avec la communauté juive mondiale », par laquelle les sionistes obtinrent la Palestine en échange de leur réussite à avoir fait entrer les USA dans la guerre – parce que les USA auraient déjà fait basculer la balance.

L’entourloupe était celle-ci : la conspiration sioniste connaissait l’anglo-saxonne, parce que Cecil Rhodes avait invité Lord Rothschild à la rejoindre ; mais les Anglo-saxons ne connaissaient pas la sioniste.

Quigley ne connaît pas la conspiration sioniste, mais révèle beaucoup de choses sur l’anglo-saxonne. La documentation qui suit commence par le rôle de Lord Esher (Reginald Baliol Brett, également connu sous le nom de Vicomte Esher) au Times. Le nom de naissance de Lord Northcliffe était Alfred Harmsworth.

Carroll Quigley, The Anglo-American Establishment: From Rhodes to Cliveden, Books In Focus, New York 1981

{p. 42} Les raisons d’Esher pour refuser ces postes étaient doubles : il voulait travailler derrière la scène plutôt qu’à la vue du public, et son travail en secret était si important et si influent que tout poste public aurait signifié une réduction de son pouvoir. … Cette opportunité d’influencer les décisions au centre venait de sa relation avec la monarchie. Pendant au moins vingt-cinq ans (de 1895 jusqu’à après 1920), Esher fut probablement le plus important conseiller en matières politiques pour la Reine Victoria, le Roi Edouard VII, et le Roi George V. … en 1908, lorsqu’un acheteur connu seulement sous le nom de « X » prit le contrôle du Times, Esher rendit visite à Lord Northcliffe de la part d’un « quartier très élevé » pour chercher l’assurance que la politique du journal ne serait pas changée. Northcliffe, qui était « X », se hâta de donner les assurances nécessaires, d’après l’officielle History of The Times. Northcliffe et l’historien du Times considérèrent Esher à cette occasion comme l’émissaire du Roi Edouard, mais nous, qui connaissons sa relation avec la société secrète Rhodes, pouvons nous demander s’il n’était pas également l’agent du Groupe Milner, puisqu’il était aussi vital pour le Groupe que pour le Roi que la politique du Times reste inchangée. Comme nous le verrons dans un chapitre ultérieur, quand Northcliffe adopta une politique contraire à celle du Groupe, dans la période 1917-1919, le Groupe rompit avec lui personnellement et en trois ans acheta sa participation majoritaire dans le journal. …

{p. 101} De même, les vrais efforts du Groupe Milner furent redirigés dans des activités plus fructueuses et anonymes telle que le Times et la Round Table.

Le Groupe Milner ne possédait pas le Times avant 1922, mais le contrôlait clairement dès 1912. Même avant cette dernière date, des membres du cercle le plus intérieur du Groupe Milner se pressaient autour du grand journal. En fait, il semblerait que le Times était contrôlé par le Cecil Bloc depuis 1884 et qu’il fut pris par le Milner Group de la même manière dont All Souls fut absorbé, tranquillement et sans combat. L’accoucheur de ce processus était apparemment George E. Buckle (1854-1935), diplômé du New College en 1876, membre de All Souls depuis 1877, et rédacteur en chef du Times de 1884 à 1912. Les principaux membres du Milner Group qui étaient associés au Times ont déjà été mentionnés. Amery fut lié au journal de 1899 à 1909. Durant cette période, il prépara et écrivit en grande partie la Times History of the South African War. Lord Esher se vit proposer un poste de directeur en 1908. Grigg fut membre de la rédaction en 1903-1905 et directeur de l’Imperial Department en 1908-1913. B. K. Long fut directeur du Dominion Department en 1913-1921 et du Foreign Department en 1920-1921. Monypenny fut rédacteur-adjoint avant et après la Guerre des Boers (1894-1899, 1903-1908) et membre du comité directeur après l’absorption du journal (1908-1912). Dason fut le correspondent principal du journal en Afrique du Sud Durant la période Selborne (1905-1910), alors que Basil Williams était le reporter couvrant la Convention Nationale ici (1908-1909). Lorsqu’il apparut en 1911 que Buckle devait bientôt prendre sa retraite, Dawson fut introduit dans le service dans un emploi plutôt va gue et, un an après, fut nommé rédacteur en chef. La nomination fut suggérée et encouragée par Buckle. Dawson occupa ce poste de 1912 à 1941, sauf pendant les trois années 1919-1922. Cet intervalle est d’une certaine importance, car cela fit comprendre au Milner Group qu’ils ne pourraient pas continuer à contrôler le Times sans le posséder. Le Cecil Bloc avait contrôlé le Times de 1884 à 1912 sans le posséder et le Milner Group avait fait la même chose durant la période 1912-1919, mais, dans cette dernière année, Dawson se querella avec Lord Northcliffe (qui fut propriétaire majoritaire de 1908 à 1922) et quitta le poste de rédacteur en chef. Dès que le Milner Group, par l’intermédiaire des Astors, acquit la propriété majoritaire du journal en 1922, Dawson fut restauré à son poste et l’occupa pendant les vingt années suivantes. Indubitablement, le coup habile qui enleva la propriété du Times à Harmsorth {Northcliffe} en 1922 fut monté par Brand. Pendant l’intervalle de trois ans durant lequel Dawson ne fut pas rédacteur, Northcliffe confia le poste à l’un des fameux correspondants à l’étranger du Times, H. W. Steed.

{fin de citation}

Plus de révélations de Carroll Quigley sur l’Establishment anglo-américain : quigley.html.

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